Le d饕ut et la fin du Ramadan donnent r馮uli鑽ement lieu � des divergences. Dans cet entretien accord� � Sidwaya, le sp馗ialiste de la civilisation arabo-islamique au CNRST, par ailleurs charg� des 馗oles coraniques au sein de la Communaut� musulmane du Burkina Faso (CMBF), Dr Adama Ou馘raogo analyse la question.
Sidwaya (S.) : Comment se porte la CMBF, un an apr鑚 le renouvellement de ses instances ?
Adama Ou馘raogo A.O : Avant de dire comment elle se porte, il faut d誕bord indiquer que la CMBF est la toute premi鑽e association islamique au Burkina Faso, si l弛n consid鑽e que la Tidjanya repr駸ente une confr駻ie autour d置n leader (cheick). Avec l帝volution des situations, il y a eu d誕utres tendances et beaucoup d誕ssociations islamiques ont 騁� mises en place. On en d駭ombre une centaine. Et la F馘駻ation des associations islamiques du Burkina (FAIB) a 騁� cr鳬e pour regrouper toutes les structures. Pour r駱ondre � votre question, je peux dire que tout va bien au sein de la communaut�.
S. : Qu弾st-ce qui explique ces dissidences?
A.O. : Je dirai plut�t qu段l y a eu des divergences de vues notamment sur la pratique religieuse. Certaines associations ont trouv� que la communaut� musulmane n誕ppliquait pas les pr馗eptes religieux comme il se doit. Elles lui ont reproch� de manquer de rigueur. Sinon, � son d饕ut, le but de la CMBF a 騁� de rassembler toutes les structures musulmanes en son sein.
S : Cette ann馥 encore les musulmans du Burkina n弛nt pas commenc� le je�ne le m麥e jour. A quand la fin de cette situation?
A.O. : Cette situation est li馥 � un probl鑪e d段nstruction des musulmans. La majeure partie des adeptes de la religion manque d段nstruction religieuse. Je me rappelle qu置n S駭馮alais m誕 une fois dit qu段l y a beaucoup de musulmans au Burkina, mais qu段l n馳 a pas de culture islamique. Sur le coup, ses propos m弛nt choqu�. Apr鑚 r馭lexion, je me suis rendu compte qu段l n誕vait pas tort. Les divergences au sein de nos structures sont li馥s pour la plupart du temps � ce manque de culture.
S : Mais qu弾st-ce qui devrait 黎re fait pour mettre fin � ces dissensions ?
A.O : Il faut continuer � former les gens, surtout les personnes qui sont � la t黎e des diff駻entes associations. Il faut que les dirigeants aillent au-del� de leur personnalit� pour mettre en avant les int駻黎s de la religion. Car, les cas de discorde ternissent avant tout l段mage m麥e de l段slam et cela ne profite � aucun musulman. Vraiment, il faut cultiver l段nstruction islamique.
S. : Les musulmans devront observer la lune pour marquer officiellement la fin de Ramadan. Au sein de votre organisation comment se fait l弛bservation ?
A.O: Nous avons une commission nationale qui si鑒e pour fixer les dates de d饕ut et de fin du Ramadan. Il y a des correspondants un peu partout au Burkina. Le comit� d弛bservation central bas� � Ouagadougou contacte chacun de ces repr駸entants pour savoir, si la lune a 騁� aper輹e dans leur localit�. Cette ann馥, la commission a si馮� effectivement le 5 juin. Mais jusqu亭 20 heures, nulle part, la lune n誕vait pas encore 騁� vue. Il a fallu donc appliquer le pr馗epte qui stipule de compl騁er le mois � 30 jours(le mois de Shabane). C弾st � la derni鑽e minute, vers 1 heure du matin, que des gens ont d馗lar� avoir aper輹 le croissant lunaire. Mais � ce moment, le communiqu� 騁ait d駛� pass� et il 騁ait difficile de rattraper le coup. Ce n弾st pas parce que la lune a 騁� aper輹e dans les autres pays qu段l faut que nous nous alignions. Nous n誕vons pas les m麥es situations g駮graphiques. Si on d馗ide de r鑒lementer, il faut aller jusqu誕u bout et respecter les d馗isions. Il n馳 a pas de raison que des gens aillent � l弾ncontre d置ne d馗ision qui a 騁� prise au plan national. Et cela, 騁ant donn� que toutes les sensibilit駸 musulmanes sont repr駸ent馥s dans cette commission d弛bservation lunaire.
(S). : La technologique est assez d騅elopp馥 de nos jours. Pourquoi n弾st-elle pas utilis馥 pour d騁erminer exactement ces dates importantes ?
A.O. : Je suis d誕vis qu段l serait pratique que le calendrier lunaire soit 騁abli indiscutablement � l誕vance. D誕illeurs, je vous fais remarquer que les calendriers mentionnent tr鑚 souvent des dates indicatives qui peuvent s誕v駻er plus ou moins exactes. Toutefois, il y a lieu de respecter aussi la pratique islamique elle-m麥e. Observer la lune est un principe de l段slam. Et de toute fa輟n, nous n誕vons pas encore ces moyens technologiques.
S. : Finalement, face � autant de pol駑iques, � quand la f黎e de l但�d El Fitr ?
A.O. : La commission va si馮er ce mardi soir et on ne peut qu誕ttendre sa d馗ision.
S : A quelle enseigne seront log駸 ceux qui ont d饕ut� le je�ne le 6 ou le 7 juin ?
A.O. : Il n馳 a pas de diff駻ence. Le Coran prescrit le je�ne pour 29 ou 30 jours. C弾st-�-dire que ceux qui ont d饕ut� le je�ne le 7 juin sont � leur 29e jour aujourd檀ui (ndlr : mardi 5 juillet ). Donc, ils n弛nt aucun souci � se faire.
S. : La f黎e de Ramadan rime avec la Zakat El Fitr. Que disent les saintes 馗ritures en la mati鑽e ?
A.O. : Comme son nom l段ndique, El Fitr veut dire la rupture. Apr鑚 avoir je�n�, on doit donner la Zakat. Ceux qui ont les moyens doivent respecter cette r鑒le, pour permettre aux plus d駑unis de f黎er. Le jour de la f黎e, il ne doit pas y avoir de gens qui n弛nt pas � manger. Pour la quantit� � offrir, c弾st environ 2,5 kg de c駻饌les qu弛n a l檀abitude de consommer. Mais on peut donner plus. Le don se fait avant la grande pri鑽e pour permettre au b駭馭iciaire de cuisiner. Les dons doivent 黎re faits � l弾ndroit des n馗essiteux qui peuvent 黎re dans le voisinage. Il est pr馭駻able aussi de donner aux pauvres musulmans. Ce n弾st pas une discrimination puisque c弾st lui qui veut f黎er. Apr鑚 si vous pr駱arez, vous pouvez donner � vos voisins non musulmans.
S. : Quelle doit 黎re l誕ttitude du musulman le jour de la f黎e ?
A.O: Il peut pr駱arer ce dont il a envie, mais cela doit 黎re du hallal (qui respecte les principes de l段slam : NDLR). Toutefois, on ne doit pas acheter de l誕lcool le jour de la f黎e. M麥e si c弾st pour le donner � des invit駸. Celui qui ach鑼e ce genre de choses est en dehors de l段slam. Au-del� du repas, il est pr馗onis� au musulman de rendre visite aux parents, amis et connaissances.
S. : Apr鑚 le Ramadan, on constate comme un rel稍hement de la foi et de la pratique religieuse de certains musulmans. Comment changer cette donne ?
A.O. : Le musulman doit vivre sa foi � tout moment, que ce soit avant, pendant ou apr鑚 le mois de Ramadan. Certes, il y en a qui n誕rrivent pas � demeurer constant dans la pratique de la religion au-del� du mois de cette p駻iode. Mais si une personne parvient � se mettre la pression pour suivre la parole de Dieu pendant un temps, il doit pouvoir continuer et changer son comportement, notamment en s段nstruisant. De nos jours, il existe plusieurs moyens pour se former en islam. Il y a la t駘�, la radio avec des cha�nes de confession musulmane. Il y a aussi l棚nternet. Les documents ne manquent pas non plus. Je pense que c弾st plut�t une question de d馗ision. Tout musulman qui d駸ire suivre le chemin de l段slam n誕 qu亭 s誕rmer de volont� et 騅iter les habitudes, les personnes ainsi que les milieux qui sont susceptibles de le d騁ourner de cette voie.
S. : Cela ne frise-t-il pas le clanisme ?
A.O.: L段slam n段nterdit pas de serrer la main d置n non musulman. Au-del� du cadre religieux, chacun sait qu段l faut 騅iter la mauvaise compagnie.
S. : Le Burkina Faso vit des remous sociopolitiques (actes de violences et d段ncivisme�). Quelle est la contribution de la CMBF pour un pays de paix ?
A.O. : La communaut� islamique fait ce qu弾lle peut � travers des actions visibles comme invisibles. A chacune de nos pri鑽es, nous pr�nons la paix dans le pays. Si nous vivons dans la paix, tout le monde peut vaquer � ses occupations, aller � la mosqu馥, � l帝glise, au march�... M麥e au niveau des 馗oles coraniques, il est enseign� aux 駘钁es de prier pour la paix, � tout moment. Concernant la situation actuelle, la communaut� musulmane, � travers les moyens de communication (t駘騅ision, radio) demande � ses fid鑞es de toujours promouvoir la coh駸ion sociale. Nous approchons 馮alement les autorit駸 pour les sensibiliser � ce sujet. Le probl鑪e de l段ncivisme est tr鑚 complexe de nos jours. L弾nsemble de la soci騁� a besoin d底tre 馘uqu�. Que ce soit au niveau des 馗oles classiques ou religieuses, des familles et m麥e des dirigeants, chacun doit contribuer � l帝ducation civique. Il faut que chacun travaille � r騁ablir la s駻駭it� sociale, � commencer par les dirigeants et surtout les partis politiques.
S. : Vos v忖x pour la Umma islamique et le Burkina Faso ?
A.O. : Je demande � Dieu d誕ccorder sa gr稍e � la communaut� musulmane, � l弾nsemble des Burkinab� et au monde entier. L底tre humain n誕 plus de valeur aujourd檀ui, on se tape dessus, on s弾ntretue. Il faut que nous travaillions � devenir des humains, � respecter l檀omme et sa dignit�. J弾n appelle aux leaders religieux � toujours 忖vrer � la cohabitation pacifique entre les religions et entre les populations. Les partis politiques doivent aussi jouer le m麥e r�le, car, ils sont responsables de notre situation actuelle. Si le pays vit en paix, c弾st gr稍e � eux. S段l prend feu, c弾st 馮alement de leur faute. C弾st eux qui nous utilisent.
Propos recueillis par
Djakaridia SIRIBIE et
Fab� Mamadou
OUATTARA