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Le Pays N° 5603 du 13/5/2014

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Situation nationale : « Tout système qui dure sécrète sa propre vermine »
Publié le mercredi 14 mai 2014   |  Le Pays


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© Autre presse par DR
Appel du CDP : « nous lançons un appel au président du Faso d’user de ses prérogatives constitutionnelles pour instaurer le référendum sur la modification de l’article 37 »


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Le débat sur la situation sociopolitique nationale est loin d’être clos. Chacun y va de ses commentaires et de ses propres analyses. C’est le cas de l’auteur des lignes ci-dessous, qui estime que le « Burkina Faso est rattrapé par le poids de l’histoire et que, ce faisant, la nécessité d’une refondation républicaine s’impose ». Et d’ajouter que « ceux qui se combattent aujourd’hui se connaissent bien ». Lisez

J’ignore ce qui reste du mouvement de la refondation, autre dissidence fracassante du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qui semble avoir fait feu de paille. L’on s’en doute, je n’ai pas été de ce mouvement, quoique leur idée fût (ou soit) juste.
Je suis plutôt un simple citoyen burkinabè qui se sent dans l’obligation d’apporter sa modeste contribution à l’approche d’ensemble de la situation nationale, marquée par les divergences sur l’opportunité ou la nécessité d’une alternance politique.
Le casus belli, on le sait, c’est la modification de l’article 37, constitutionnellement possible, mais à laquelle s’oppose une partie de la classe politique.
Les dirigeants actuels du CDP auraient tort de sous- estimer l’humeur divorçante de leurs camarades d’hier car, à s’entêter, l’on peut conduire notre peuple à une situation qui compromet les acquis, par ailleurs réels, engrangés par notre pays sous la conduite du président Blaise Compaoré.
Mon propos n’ose nullement diaboliser tel ou tel courant de pensée mais prendre un recul critique sur l’histoire politique de notre pays sous la IVe République.
On le sait, le Burkina Faso a fait l’économie d’une conférence nationale souveraine qui a consisté, dans certains pays, à remettre à plat tout l’édifice républicain et à définir, par la loi fondamentale, les nouvelles conditions d’évolution, de gestion et d’échéance du pouvoir politique.
Mais la politique est un jeu de rapport de forces. Tout ce qui concerne la nécessité d’une conférence nationale souveraine ou d’une application rigoureuse des recommandations du Collège de sages, mis en place à la suite de l’affaire Norbert Zongo, c’est le rapport des forces qui les ont contrariés.
A tout bien considérer, la crise nationale résulte d’une faillite du système des partis politiques consacré par la Constitution. D’abord parce que celle-ci consacre un multipartisme intégral qui n’a aucun sens dans le contexte de notre pays, mais qui, en plus, ne permet pas les candidatures indépendantes, c’est-à-dire celles de personnalités influentes susceptibles, à un moment donné, d’incarner le destin national. Il s’avère nécessaire, dès lors, de codifier les candidatures indépendantes dans la Constitution, même à l’assortir du parrainage d’un nombre précis de citoyens. Insistons plus spécifiquement sur les candidatures indépendantes. Puisque nous insistons, il s’agit de prouver leur pertinence et leur nécessité. Nous avons tous fraîchement en mémoire l’éclatante victoire de M. Anatole Bonkoungou aux récentes élections municipales partielles. Transfuge du CDP, M. Bonkoungou a rejoint l’ODT et remporté brillamment le scrutin. Il ne fait aucun doute que les populations de l’arrondissement 4 de Ouagadougou ont porté leur choix sur la personne de M. Bonkoungou et non sur l’ODT. Si les candidatures indépendantes étaient autorisées et qu’il se fut présenté candidat indépendant, il ne fait aucun doute qu’il aurait été élu.
En ce qui concerne les partis politiques, beaucoup d’analystes ne sont pas loin de penser que leur création est suscitée et procède de manœuvres électoralistes. Leur « trop plein » n’est pas forcément un signe de vitalité démocratique. Certaines formations politiques n’ont d’existence que pendant les campagnes électorales. Les joutes passées, elles entrent en hibernation pour ne réapparaître qu’aux prochaines échéances.
Les perspectives d’un jeu démocratique assaini et qui s’inscrit dans la durée, semblent nous imposer une refonte de notre Constitution. En cela, ce n’est pas un référendum, organisé uniquement sur l’article 37 qui sortirait le Burkina Faso de l’auberge. Nous faudra-t-il alors des états généraux de la Nation ?
Cette formule nous semble impossible, de nos jours, au regard de la radicalisation des positions politiques.
En effet, ceux qui se combattent aujourd’hui se connaissent bien. Tous de grands manœuvriers du jeu politique, l’on semble assister, comme sous la Rome Antique, à un combat de gladiateurs où il faut un vainqueur et un vaincu.
Quand le jeu politique s’ancre sous ce prisme, toutes les dérives sont possibles.
Mais il y a une vérité simple à laquelle devraient se ranger les dirigeants actuels de notre pays : tout système qui dure sécrète sa propre vermine. Je ne saurai pas rattacher cette pensée à tel ou tel philosophe des Lumières, mais c’est une lapalissade. Il suffit de croire au dynamisme socio- historique pour admettre qu’à un moment donné, il faut repenser en améliorant les institutions républicaines.
Les actes de mal gouvernance, l’arrogance de certains parvenus et l’impunité ont fini par révolter une proportion non négligeable des Burkinabè. Il en résulte une grave crise de l’autorité et du discours politique qu’il faut impérativement restaurer. Le pouvoir actuel le peut-il ?
Il est permis d’en douter car, toute maladresse de sa part ne peut qu’embraser le pays.
Que ceci suffise à illustrer la gravité de la situation nationale dont l’approche d’ensemble doit dépasser les individus qui, agrippés à leurs intérêts, sont prêts à tout pour conserver leur strapontin.
A tout bien considérer, le Burkina Faso est rattrapé par son histoire. Ceci nous rappelle la pensée d’un philosophe et homme politique français : « L’on ne peut gouverner ni par la force ni par la ruse, car la force s’use et la ruse se découvre ».
Au Burkina Faso, la force s’est usée et la ruse semble être découverte.
Il ne reste que la vérité. Et cette vérité, il faut avoir le courage de la regarder en face : nous avons de plus en plus affaire à un peuple mûr qui entend se faire gouverner autrement.
Plus tôt on acceptera cette idée en procédant à une profonde refonte de notre dispositif constitutionnel, mieux on épargnera notre pays d’une instabilité politique qu’il ne peut se permettre, au regard de notre fragilité économique. Mais une telle démarche suppose que l’on mette les intérêts supérieurs de la nation au-dessus des intérêts de clans.
Autant en conclure : le Burkina Faso est rattrapé par le poids de l’histoire, et la nécessité d’une refondation républicaine s’impose.

Dieu bénisse le Burkina !

Eric François Désiré BASSOLET

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