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Dépolitisation de l’administration publique burkinabè: « Il faut continuer de rêver…. »

Publié le mardi 20 decembre 2022  |  Netafrique.net
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© Autre presse par DR
Le 131ème Conseil d’Administration de la BOAD autorise de nouveaux engagements pour un montant de 73 Milliards FCFA.
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Ceci est une tribune de Issouf Bachir BOLY sur la dépolitisation de l’administration publique burkinabè.

Une intention noble : la dépolitisation de l’administration publique et le renforcement de la méritocratie, c’est là le challenge d’un ministre, qui, il faut le reconnaître est tout à fait noble et ambitieux.

La politisation de l’administration publique est le processus par lequel, tout agent public fonde la prise de ses décisions dans l’exercice de ses fonctions ou à l’occasion de celles-ci sur des considérations liées à des opinions politiques ou instrumentalise les facteurs religieux, ethnique ou régional à des fins politiques ou partisanes.

Si l’on parle de dépolitiser l’administration c’est qu’elle l’est et c’est probablement mauvais que ce soit ainsi, puisqu’on en parle depuis belles lurettes.

La Méritocratie est un système de gouvernance ou d’organisation qui promeut, suivant une procédure transparente et équitable, les agents en fonction de leur mérite. Le mérite est attesté par les compétences, les aptitudes, les expériences, les efforts au travail et les attitudes des agents.

Renforcer la méritocratie signifierait que le mérite n’est pas suffisamment promu et c’est une excellente chose que de chercher à assainir l’environnement de travail des agents publics de l’Etat burkinabé.

En parcourant quelques dispositions des statuts des établissements publics de l’Etat vous constaterez que les premiers responsables des structures (DG, etc.) sont recrutés suivant la procédure d’appel à candidature par le Conseil d’Administration. A l’issue de la phase de recrutement, il est nommé par décret pris en Conseil des Ministres.

Et il est dit ensuite : « Par dérogation, le Conseil des Ministres peut pourvoir directement au poste de Secrétariat Exécutif sur proposition du Ministre en charge de…. »

L’administration publique est dirigée par des politiciens ; pour ne pas dire qu’elle appartient aux politiques. Vous comprendrez donc pourquoi l’exception est érigée en règle d’or.

Vous verrez rarement un responsable administratif recruté selon la procédure d’appel à candidature.

Il faudrait peut-être cesser d’être cruel pour dire les choses telles qu’elles sont.

La réalité des faits est que l’administration publique est comme un gâteau qui se partage selon une clé de répartition avec des critères plus ou moins connus et évidents, et d’autres paramètres quasi subtiles voire occultes dont seuls les initiés ont le secret.

Il y’a des accords secrets entre politiciens (pouvoir-pouvoir d’une part, pouvoir-mouvance et même pouvoir-opposition pour peu que cette dernière ne soit pas trop radicale, donc de bonne foi).

Il est étonnant que cet accord secret ne soit pas souvent évoqué sous nos toits.

Toujours est-il que le gâteau semble appartenir aux seuls politiciens et ceux qui leur ont fait allégeance. Le mot d’ordre semble être suffisamment clair : « la chèvre broute là où elle est attachée ! ». Si elle refuse de brouter, on lui fera brouter, sans oublier qu’elle devra apporter une partie de la moisson pour consolider la famille afin d’asseoir les bases de la conservation durable du pouvoir. Nous sommes dans un environnement où l’argent est un dieu très puissant. Vous voulez être aimé et soudoyé ? alors vous avez intérêt à en disposer suffisamment. Du programme politique, on s’en moque, même dans les milieux insoupçonnés ; l’argent en abondance est déjà un programme suffisamment éloquent.

Le phénomène est devenu tel que si vous voulez avoir un village, des amis, des parents…vous avez non seulement intérêt à faire la politique et surtout à avoir de l’argent en abondance. Un cousin me lançait au visage : « si ce n’est le commerçant (il vend avec tout le monde sans distinction) du village, personne ne te suivra si tu ne fais la politique ». Maintenant, désormais, chacun doit se faire suivre ; vous comprendrez pourquoi la guerre des égos fait rage depuis quelques années. Si d’aventure, de votre séjour à l’extérieur votre cœur penche vers votre village pour y réaliser une œuvre utile, faites allégeance au préalable aux principautés, sinon vous serez soupçonné de vouloir vous « positionner » et si vous persistez, vous serez traité à la hauteur de l’affront par les seigneurs du terroir.
Faire la politique, selon les fondements érigés depuis la démocratisation de ces trente dernières années, c’est amasser de l’argent, et surtout assurer le nécessaire à ses partisans (famille politique, amis, parents …) selon les ordres de priorité de l’homme politique.

Un politicien est forcément généreux et cherche toujours à être le mieux vu de la famille, du terroir… il ne peut en être autrement ; car il doit donner afin de recevoir en temps opportun le soutien nécessaire à sa réélection, surtout dans un environnement ou quasiment tout le monde adopte une attitude de mendicité.

Or, l’administration publique n’offre guère de rémunération à la hauteur des exigences de l’environnement ; il faut nécessairement des extras qui ne sont pas forcément prévus par la loi. Il faut absolument les rechercher dans les labyrinthes de l’administration car, n’oublions pas que la chèvre doit brouter là où elle est attachée. Pourquoi donc espérer que la chèvre soit poursuivie si elle broute suffisamment au point d’apporter la commission requise à qui de droit ?

Il ne faut donc pas se faire d’illusion ! ce qui était sera !

Le retour à une vie constitutionnelle normale n’est pas vraiment une préoccupation des renards de la république, mais bien un impératif de retour à un ordre conventionnel social où on pourra tranquillement réinstaller ceux qui ont les moyens de se faire élire. Il s’agit donc d’un retour à un ordre social régit par l’argent, les chapelles et les principautés.

L’hydre politico-administrative est la pire de toutes. C’est elle qui a bâti de toutes pièces la décadence sociale sur les fondements d’une politique divisionniste régie par l’argent et la méchanceté congénitale.

Soyons réalistes, l’administration publique ne peut être dépolitisée dans un tel contexte, surtout pas en une transition de quelques mois.

Ce qu’il faudrait, c’est une transformation sociétale bâtie sur des valeurs partagées avec des hommes et femmes « nés de nouveau ». Or la société est quasiment en lambeau ; mais il faut continuer de rêver en des lendemains meilleurs et on aura peut-être le mérite d’avoir quand même essayé surtout que le miracle peut toujours survenir, on ne sait jamais !

Issouf Bachir BOLY
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