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Suspension de RFI, « c’est une décision d’un Etat souverain qui a été prise», Jean-Baptiste Ilboudo, ancien président de l’Observatoire burkinabè des médias et journaliste à la retraite

Publié le jeudi 8 decembre 2022  |  Libre Info
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© Autre presse par DR
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Dans cette entretien accordé à Libreinfo.net , M. Jean-Baptiste Ilboudo se prononce sur la suspension de RFI et la problématique du traitement de l’information dans le contexte actuel de crise sécuritaire liée au terrorisme. M. Ilboudo est journaliste à la retraite et ancien président de l’Observatoire burkinabè des médias (OBM), organe d’autorégulation de 2012 à 2015. Il est actuellement le secrétaire général de l’Association nationale des retraités du Burkina Faso (A.N.R.B.F.)

Li : Comment avez-vous accueilli la suspension de Radio France internationale (RFI) en tant qu’ancien président de l’Observatoire burkinabè des médias (OBM) ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Chaque fois qu’un organe de presse est fermé, que ce soit en radio, en télévision, en presse écrite ou en ligne, je déplore la décision; parce que c’est un espace d’expression qui se rétrécit ; donc les journalistes n’ont pas la liberté de s’exprimer. C’est aussi une atteinte au droit du public de s’informer.

En ce qui concerne la suspension de RFI, c’est une décision d’un Etat souverain, qui a été prise après le constat d’un certain nombre de faits.

Lorsque RFI a fait un commentaire sur le recrutement des volontaires pour la défense de la partie (VDP) en disant qu’il s’agit d’un recrutement d’une ethnie pour combattre une autre ethnie, quel est l’objectif réel de ce commentaire ?

C’est diviser les communautés, c’est opposer une ethnie à l’autre. Cette information a été traitée avec légèreté. C’est déplorable !

Le deuxième fait concerne la vidéo diffusée par le chef terroriste faisant suite au recrutement des VDP. Moi-même, j’ai reçu cette vidéo, je l’ai regardée mais je n’ai pas osé la partager parce que ce genre de vidéo, on ne la partage pas, à plus forte raison en donner une répercussion internationale par RFI interposé.

En ce moment, RFI s’est transformé en chargé de communication des terroristes. De mon point de vue, c’est un acte de trop.

Le troisième fait déplorable que je voudrais souligner, c’est le compte rendu du journaliste de Oméga Médias sur le supposé coup d’Etat contre le président actuel et repris par RFI.

Dans le cas d’espèce, la déontologie voudrait qu’il vérifie les faits. Même si tu ne peux pas avoir accès directement au président de la Transition qui a parlé, tu peux avoir d’autres sources et recouper les informations avant de les diffuser.

Selon les dires du ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernent, le président a parlé de velléités de subversion et non de coup d’Etat. Donc c’est une fausse information et la charte du journalisme considère cela comme un manquement.

Dans ce cas, le journaliste de Oméga médias doit être interpellé. Donc, tous ces trois faits montrent qu’il y a un défaut de professionnalisme quelque part ou du moins c’est expressément fait pour un objectif donné en ce qui concerne le cas de RFI.

Li.net : Est-ce à dire qu’il y a “une communication” derrière l’information diffusée par RFI ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Absolument. Parce que le Président Macron (Ndlr ; chef d’Etat de la France) a été très clair. Il a demandé aux médias France 24 et RFI d’être des porte-paroles de la politique française à l’extérieur.

Et là, les journalistes burkinabè devraient en tirer une bonne leçon. Nous sommes en situation de guerre ; notre pays est menacé dans son existence.

En ce moment, comme le président IB (Ibrahim Traoré) l’a dit, on est pour la patrie ou on est contre la patrie. On ne peut pas être indifférent. Cela veut dire qu’il faut avoir une autre manière de faire le journalisme.

Li : Quelle attitude devraient adopter les journalistes dans ce contexte de guerre comme vous le dites ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Je crois qu’il faut être prudent. A chaque fois qu’on veut diffuser une information, il faut se poser la question sur les conséquences, sur l’impact de cette information.

Si cette information est de nature à opposer des communautés comme dans le cas du commentaire de RFI, on doit s’abstenir de la diffuser. Parce qu’il ne faut pas donner l’information pour mettre le pays à feu et à sang.

Li : Certains ont reproché au Gouvernement d’outrepasser ses compétences dans la décision de suspension de RFI ; que pensez-vous de ces critiques ?

Jean-Baptiste Ilboudo : En principe, la décision revenait au Conseil supérieur de la Communication (CSC). Mais le CSC était en léthargie et il fallait parer au plus vite la situation, cela a été fait et c’est de bonne guerre.

Peut-être que c’est pour cela que le décret de nomination du président du CSC est tombé hier soir (Ndlr : 6 décembre 2022).

Li : Jusque là, les organisations professionnelles des médias au Burkina Faso ne se sont pas prononcées sur la suspension de RFI. Comment interprétez-vous ce silence ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Je déplore ce silence des organisations professionnelles des médias. Dans des situations de ce genre, soit on n’est pour ou on est contre.

On ne peut pas s’abstenir de prendre la parole. On ne peut pas être indifférent lorsque des confrères ont été suspendus. De mon point de vue, on doit pouvoir avoir une position.

Li : Depuis 13 ans que vous êtes à la retraite, quel constat faites-vous de l’espace médiatique burkinabè ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Plus que jamais, je constate qu’il y a tellement de journalistes et d’organes… Il y en a qui font du très bon boulot. Cela est à féliciter. Mais il y a aussi ceux qui sont à la traîne, qui ne font pas preuve de professionnalisme et de culture générale.

Pourtant, ce qui fait le journaliste, c’est d’abord sa grande culture générale. A notre génération, nous étions des journalistes généralistes. Pour la nouvelle génération, les journalistes doivent se spécialiser dans un domaine donné.

Après la culture générale, l’autre volet du professionnalisme, c’est la maîtrise des techniques journalistiques. Par exemple, si vous êtes à la radio, vous devez en maîtriser les techniques.

Vous savez à quel moment il faut faire une table ronde, une interview, par exemple. Maîtriser les genres et savoir comment les utiliser. Si je prends, par exemple, la technique d’interview, je vois souvent des journalistes qui posent trois questions à la fois.

Ce n’est pas professionnel. Enfin, le troisième volet du professionnalisme, c’est l’intégrité morale. Le journaliste doit être exemplaire du point de vue de la conduite morale et même dans son quartier on doit le prendre pour quelqu’un de correct.

Li : Quel commentaire faites-vous de l’explosion des supports médiatiques au Burkina Faso ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Plus il y a d’organes d’information, plus on peut s’exprimer et mieux on peut satisfaire le droit du public à information.

Mais, maintenant, il faut que ça soit bien fait. Quand j’étais président de le l’Observatoire burkinabè des médias, nous avons eu des plaintes de certains journaux en ligne qui étaient plagiés par d’autres.

Cela n’ honore pas le journaliste. Il ne suffit pas de faire de la quantité, il faut qu’il y ait de la qualité, de la variété. Vous ne pouvez pas vous asseoir dans votre bureau, attendant que votre voisin écrive son article pour que vous alliez copier et signer de votre nom. Cela n’ honore pas non plus le journaliste.

Li : La viabilité économique est également l’un des défis auxquels les médias burkinabè font face. Qu’est-ce qu’on peut faire selon vous ?

Jean-Baptiste Ilboudo : Là dessus, je crois qu’il y a une réflexion à mener pour rechercher un modèle viable pour les médias. Ce défaut fait que des gens se débrouillent pour créer et faire vivre leurs médias.

Je me rappelle, la dernière fois où des chaînes qui émettent sur la Télévision numérique terrestre (TNT) ont été suspendues parce qu’elles n’ont pas pu payer…; parce que la somme qu’on leur demande est élevée.

Donc, il faut rechercher un modèle économique pour soutenir les médias. Qu’ils soient des médias commerciaux, associatifs ou confessionnels, ils jouent un rôle d’intérêt général.

De ce point de vue, ils doivent pouvoir bénéficier, de la part de l’Etat, d’une certaine compensation ou l’Etat peut créer des conditions d’efficacité de ces médias.
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