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Sita Djerma Ancien maire de la commune de Toéni: « J’éprouve de la gêne de voir nos villes, continuer à festoyer pendant que dans les chaumières et sur les routes, les sans-domicile déambulent »

Publié le mercredi 23 novembre 2022  |  Netafrique.net
Sita
© Autre presse par DR
Sita Djerma Ancien maire de la commune de Toéni: « J’éprouve de la gêne de voir nos villes, continuer à festoyer pendant que dans les chaumières et sur les routes, les sans-domicile déambulent »
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Nous avons accordé une interview à un homme politique moins prolixe de par ses parutions rarissimes dans les colonnes des journaux et sur les écrans télé, administrateur des affaires maritimes, qui a bien voulu répondre à nos questions principalement sur la gestion de la nouvelle Transition conduite par le capitaine Ibrahim Traoré. Sita Djerma, car c’est de lui qu’il s’agit, est un citoyen averti et grand observateur de la scène politico-social Burkinabè, également membre de la faîtière des chefs traditionnels et coutumiers de la Boucle du Mouhoun dénommé « Massaton », ancien secrétaire général du conseils africains des chargeurs. Cet ancien maire de la commune de Toéni dans la province du Sourou, commune aujourd’hui en proie à l’hydre terroriste, répond sans détour à nos questions sur la gestion de la Transition. Il propose un plan d’hercule à la Transition pour mettre le Burkina Faso débout dans une synergie d’actions suite à cette épreuve sécuritaire que subi le Burkina Faso depuis près de huit années. Il encourage chaque fille et fils Burkinabè épris de paix et de patriotisme à donner sa contribution en vue de sauver la mère patrie pour le bonheur des générations présentes et futures. Lisez plutôt!

Le Burkina Faso a connu un deuxième coup d’Etat après celui du 24 janvier 2022. Désormais c’est le capitaine Ibrahim Traoré a pris les rênes du pouvoir suite aux assises je nationales. Dites nous quel commentaire vous faites sur les derniers développement de l’actualité dans le pays?

L’avènement du MPSR II a été accueilli globalement avec un sentiment de soulagement au regard de la dérive manifeste du président Damiba qui semblait s’écarter des objectifs de départ mais aussi et surtout de la crise sécuritaire dans laquelle nous nous enfoncions davantage. Les heures qui ont suivi nous ont fait craindre un affrontement des frères d’armes entre pro et anti Damiba. Dieu merci ce scénario catastrophique a été évité. Les Burkinabè sont désormais dans une nouvelle expectative avec le grave sentiment que cette révolution de palais devait sans doute être la dernière chance pour notre pays de renaître en lui-même. Toute autre spéculation aurait ouvert la porte à l’inconnu total.

Pensez vous que le MPSR II pourra lutter efficacement contre l’hydre terroriste au regard des tous premiers faits?

La réalité des faits comme vous dites, c’est une profession de foi renouvelée puisque le MPSR dans sa formule initiale n’a pas dit autre chose que son exaspération à voir notre pays faire du sur place en matière de lutte contre le terrorisme. Quant à sa capacité à juguler efficacement la crise, prêtez-moi votre boule de Crystal. Plus sérieusement, le refus de la fatalité en lui-même est porteur d’espoir et je crois que dans ce pays toute perspective de reconquête de notre espace national et de sa souveraineté commencera nécessairement par notre conviction d’y arriver et notre détermination subséquente à résister et à vaincre.

La jeunesse s’est fortement mobilisée pour soutenir l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Est-ce à dire que le messie est arrivé?

Toute réponse à votre interrogation me paraitrait prématurée. Souvenez-vous, nous étions nombreux au soir du 24 janvier 2022 à pousser un ouf de soulagement pour vite déchanter par la suite. Je préfère que nous fassions preuve de plus de circonspection cette fois-ci. Au regard des derniers développements toutefois, nous aurions des raisons d’espérer encore. On aurait certainement pu mieux faire sur la question de l’ALT, du gouvernement et que sais-je encore? Personnellement je crois que nous aurions pu aller encore plus loin en matière de bénévolat car voyez-vous le pouvoir attire comme à la curée toutes sortes de rapaces et la perspective affichée de ne pas en tirer un avantage matériel consacré, permet de mesurer l’engagement réel des uns et des autres à servir leur pays. surtout à ces heures plus que fatidiques.

Nous en sommes là et j’ose espérer que le récent casting du gouvernement, ponctué de récusations rejetées dans un premier temps puis consenties dans un deuxième temps, ne nous réservera pas plus de déception. Le mérite absolu, au demeurant, n’existe pas. Les Burkinabè devront faire plus preuve de tolérance quant au choix des personnes pour la gouvernance mais ils doivent demeurer intraitables, me semble-t-il, sur la question de l’intégrité dont nous tirons notre essence même.

J’ai comme la plupart de nos compatriotes craint aux premières heures de la « rectification » que l’establishment » y compris les intérêts extérieurs à notre cause, ne cherche à récupérer le mouvement des capitaines, vidant ainsi toute leur lutte de son contenu. Les jeunes qui se sont pas en effet mobilisés partout dans le pays, ont compris ce danger et le pire a été évité.

Cette même jeunesse qui porte nos espoirs d’une Afrique libérée et maitresse de son destin doit continuer à jouer son rôle de veille. Mais avec discernement et dans une logique stratégique et tactique pour ne pas mettre en peril ses propres acquis.

Des acteurs font entendre la voix pour la collaboration militaire du Burkina Faso avec la Russie. Rien ne se profile à l’horizon dans ce sens pour l’instant. Par contre le président Capitaine Ibrahim Traoré a effectué une première visite au Mali pour consolider les liens de collaboration avec ce pays frère. Quel commentaire vous faites à ce propos?

C’est vrai que la pression dans le sens d’une évolution de nos partenariats en matière de coopération et de lutte contre le terrorisme singulièrement, est forte. Et depuis un certain temps culminant avec l’avènement du MPSR, le drapeau Russe est brandi pour signifier cette option. C’est l’expression sans doute du ras-le-bol et aussi de la légitime volonté d’émancipation de notre jeunesse. En la matière, comme vous dites, l’autorité semble faire preuve de tempérance et c’est tant mieux.

Les questions aussi stratégiques ne se traitent pas dans la rue. En la matière le Premier ministre a donné le ton, qui me semble juste. Aucune transaction avec nos partenaires n’est envisageable qui ne prenne pas en compte notre souverainété. C’est à prendre ou à laisser. Le drame de ce continent continue malheureusement de se jouer autour de nos interêts bradés au gré des faveurs accordées à des dirigeants sans conviction et corrompus.

La jeune génération qui devra s’élever au-dessus de la subjugation des colonisés que sont leurs ainés, ont pour atout majeur une conscience des choses débarrassées de tout complexe. ce faisant, ils devront résister à l’appât du gain facile, car on les invitera à leur tour, mais plus subtilement, au changement des temps oblige, à venir céder leur pays, qui pour la promesse du pouvoir, qui pour un appartement en Bengué, qui pour une légion d’honneur. Suivez mon regard.

Que le capitaine Traoré ait réservé sa première visite à l’étranger au pays frère du Mali me semble tomber sous le coup du bon sens. Chacun, sans être expert en la matière, aura compris qu’une victoire sur le terrorisme dans sa configuration au Sahel serait totalement illusoire sans un tandem efficace entre le Mali et le Burkina. Maintenant que le concept du G5 Sahel semble enterré avec l’espoir qu’il a suscité, la seule alternative raisonnable serait une coopération bilatérale avec le Mali d’une part et le Niger d’autre part.

En vue de traiter la gangrène des « Trois frontières ». En même temps, il faudrait comprendre que nous avons certes le même problème mais du fait de la trajectoire politique différente de ces pays, l’on ne saurait recommander la même thérapeutique. Si l’apport Russe fait l’affaire des Maliens, tant mieux. Après tout l’adage bien de chez nous ne dit-il pas que « si le remède à ton mal se trouve sur la place du marché, c’est sans hésitation qu’il faut s’y rendre? » Ce que nous n’accepterons plus c’est sous-traiter à titre exclusif notre defense et notre sécurité. Par ailleurs et cela me parait assez clair pour tous, il ne s’agit pas de changer de suzerain, de troquer une dependance contre une autre. Je crois que l’opinion publique de ces deux pays qui se firent naguère la ridicule « guerre des pauvres » ne comprend toujours pas que leurs pays ne collaborent pas systématiquement pour bouter hors de leurs frontières respectives, l’indicible phénomène terroriste.

Il y a eu un recrutement massif des volontaires de la défense de la patrie. Quelle lecture vous faites de cette initiative des premières autorités de la Transition?

Le recrutement des V.D.P., nous l’espérons aussi massif qu’il n’est annoncé. C’est la condition sine-qua-non de son succès et notre conviction est faite depuis bien longtemps que nous ne saurions faire l’économie d’une « guerre populaire généralisée » pour reprendre l’expression des C.D.R. même si a l’époque mon opinion était que la phraséologie du régime ne suffisait pas à justifier la fameuse guerre de noël. Mais le CNR avait sans doute raison sur un point : la sécurité est l’affaire de tous.

Avec les nouvelles dispositions encadrant le recrutement et la projection des V.D.P. sur le terrain tout porte à croire que nous tenons le bon bout. Il demeure bien entendu que nous devons être vigilants et éviter toute dérive susceptible de naître d’un tel déploiement. En attendant l’attitude la plus logique consisterait pour les Burkinabè de tous âges et toutes personnes qui aiment leur pays à tout mettre en œuvre pour aider ce pays à rester debout. La tendance actuelle nous semble encourageante. je note au passage que l’enrôlement, même symbolique des politiques, au-delà de toutes lectures qu’on pourrait en faire, est un bonne initiative. L’une des faiblesses de notre communauté nationale demeure l’exemplarité modérée de ses dirigeants qui brillent plus par leur arrogance et leur cupidité, que leur propension à donner le bon exemple. Or, c’est autour de notions telles que le don de soi et le renoncement, la probité, la justice et l’équité, la sobriété, le sens du partage que se bâtissent les nations.

L’Assemblée législative de la Transition a été mise en place. Pensez vous qu’elle est représentative des populations?

s’il ne tenait qu’à mon humble personne, nous aurions fait l’économie de l’ALT. A mon avis les ressources consacrées à son animation en dépit des efforts consentis pour en réduire la voilure, auraient été mieux utilisées dans ce contexte ou tout est urgent et où chaque sou engrangé pourrait faire la différence. Le tollé qu’a suscité les mesures salariales hors-sol du gouvernement Albert Ouédraogo ainsi que les émoluments que se servaient nos députés ad ‘hoc, est à suffisance symptomatique de la vive conscience qu’ont nos compatriotes de la nécessité d’une gouvernance au plus près de leurs préoccupations.

Maintenant, puisque le vin est tiré, il faut le boire. L’ALT est là, il faut faire avec. Il reste à espérer que la reduction effective du train de vie de l’Etat, au profit des éfforts de guerre, soit perçue comme une exigence absolue. Des lors ou nous doutons du bien-fondé même de l’existence de l’ALT, se prononcer sur sa représentativité nous parait absolument superfétatoire.

Récemment le Premier ministre a sacrifié à la tradition en prononçant le discours de politique générale du gouvernement. Il a mis l’accent sur la question sécuritaire. Comment vous avez apprécié cet exercice?

Le discours de politique générale du gouvernement (DPG), vous l’avez dit est une tradition. Une tradition qui s’entend, dans le contexte de la république. Ceci étant, le Premier ministre a eu la sagesse de nous épargner d’un long et soporifique discours qui n’aurait aucune forme de justification et c’est tant mieux. Le mandat est connu de tous et il est relativement court. Par ailleurs il faut faire dans l’urgence. Par ailleurs, il s’est bien gardé de faire cette fois des déclarations à l’emporte-pièce qui rattrapent toujours et c’est une fois de plus tant mieux. Même comme déja aborde, j’aurais personnellement apprecié que le gouvernement emboitât le pas au president Traoré et renonce à ses émoluments au lieu d’un timide demi-salaire du mois en cours concédé sans grande gêne me semble-t-il. L’époque que nous vivons, c’est celle des patriotes et quiconque n’est pas convaincu de cela, devrait se démettre si appelé à jouer un quelconque rôle officiel au nom de notre peuple.
Qu’il ait abordé la question sécuritaire me parait dans l’ordre des choses. c’est cette question qui est au coeur du « mandat » du MPSR II et de son gouvernement

Votre région est particulièrement touchée. Avec le MPSR II, l’espoir renaît -il?

Ma région la Boucle du Mouhoun et plus particulièrement ma commune Toéni si meurtrie est sujette à l’embrigadement depuis les débuts. J’ai longtemps prêché dans le désert avant l’embrasement du reste du Sourou et de la Boucle du Mouhoun toute entière. J’ai longtemps éprouvé ce terrible sentiment d’être laissé à soi-même, dans la solitude, au milieu de la multitude. J’en éprouve encore plus de tristesse maintenant que tout le pays nous a rejoint hélas. Encore aujourd’hui j’éprouve beaucoup de gêne à voir nos villes continuer de festoyer pendant que dans les chaumières et sur les routes les hordes de sans domicile comme moi (oui comme moi) déambulent et ne savent plus à quel saint se vouer. Quand elles ne sont pas massacrées tout simplement. J’ai perdu des amis, de la famille, comme beaucoup de mes compatriotes mais je souhaite que nous ayons à l’égard de tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous demeurions, plus de compassion.
Les mesures en cours, nous fondent à croire que demain est possible

Un mot pour clore notre entretien?

Il me semble, sans prétention aucune, que pour réussir et le Burkina avec, le jeune capitaine a qui le costume de son brillant prédécesseur va si bien, devra entreprendre au moins trois chantiers d’Hercule :
1- Résoudre l’équation de la hiérarchie militaire et opérer la mue nécessaire de l’armée.
2- Convaincre les Burkinabè de la nécessité de changer, par l’exemple. Un premier pas est fait avec l’abandon de son salaire de président comme l’a fait naguère le président Sankara. Les membres du gouvernement auraient dû lui emboiter le pas.
3- Mettre le pays tout entier en ordre de bataille. Le recrutement des 50000 V.D.P. et autres mesures de défense et de reconstitution du tissu social nous semblent aller dans ce sens.
Si toutes ces diligences sont conduites à terme, l’espoir est permis que le vivre mieux et ensemble ait de nouveau droit de cite aux pays des Hommes intègres.

Interview réalisée par Soumoubienkô KI

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