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Prix des produits de grande consommation : « Le Burkina Faso s’est inscrit dans une période inflationniste », dixit Pr Mamadou Diarra

Publié le mardi 7 juin 2022  |  Sidwaya
Flambée
© RFI par DR
Flambée des prix sur les marchés
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L’inflation figure dans la liste des mots les plus populaires ces derniers temps. Le Professeur Mahamadou Diarra, président du Centre d’Etudes et de recherche sur l’intégration économique en Afrique (CERIEA) décortique cette notion d’économie passée dans le langage courant. Cet enseignant- chercheur à l’université Norbert- Zongo de Koudougou passe à la loupe les mesures prises par le gouvernement pour faire face à la crise inflationniste que vit le Burkina.

Sidwaya (S.) : Les Burkinabè constatent une augmentation des prix des produits de grande consommation. Est-ce cela l’inflation ?

Pr Mamadou Diarra (Pr. M.D.) : Par définition, l’inflation traduit un mouvement à la hausse, simultané et persistant des prix de la plupart des produits et des facteurs de production dans une économie. Il s’agit d’un phénomène global qui affecte l’ensemble des marchés ; même si l’ampleur des hausses de prix n’est pas nécessairement identique d’un marché à un autre au cours d’une même période inflationniste.

L’ensemble des prix des produits dans une économie est mesuré par le niveau général des prix ou encore indice des prix. Et quand il s’agit des prix des produits à la consommation, on parle de l’indice des prix à la consommation. L’inflation se mesure donc par le taux d’accroissement de l’indice des prix à la consommation. Au regard de cette définition, on peut dire que le Burkina Faso, à l’instar de la plupart des pays du monde, s’est inscrit dans une période inflationniste depuis 2021, même si au cours de ces derniers mois, le phénomène s’est un peu exacerbé.

En effet, en mars 2022 l’accroissement du niveau général des prix à la consommation en glissement annuel (le taux d’inflation) est ressorti à 13,5% au Burkina Faso contre un taux moyen de 6,6% pour les autres pays de l’UEMOA. Ces taux sont de 8,8% au Togo, 8,3% au Mali, 6,2% au Sénégal, 4,5% en Côte d’Ivoire, etc. Le Bénin est le pays de l’union qui connaît le taux d’inflation le plus bas avec un taux de 2% sur la période concernée. Par rapport à d’autres pays de la sous-région, on peut noter que le taux d’inflation atteint 16% au Nigeria et 19,4% au Ghana sur la période sous revue.

Ailleurs dans le monde, ce sont les mêmes pressions inflationnistes qui sont observées : en mars 2022, le taux d’inflation est ressorti à 4,5 % en France et à 8,5% aux Etats-Unis (c’est son plus haut niveau d’inflation depuis décembre 1981) !

S : Quelles sont les causes de cette inflation que connaissent presque tous les pays du monde ?

Pr. M.D. : Au niveau global, le phénomène inflationniste observé est essentiellement la conséquence du choc sanitaire lié à la COVID-19. Cette pandémie a freiné, voire arrêté l’activité de production dans la plupart des pays qui ont été touchés. Cela a engendré une réduction plus que proportionnelle de l’offre globale par rapport à la demande.

Et c’est cette insuffisance de l’offre globale par rapport à la demande qui a créé des pressions sur les prix. Pis, les politiques monétaires et budgétaires depuis le début de cette crise ont été très accommandantes. Il y a eu une injection massive de liquidités dans l’économie trois fois plus que pendant la crise financière de 2008 !

Ces politiques de relance ont boosté la demande alors que l’offre n’a pas suivi ; ce qui a contribué à exacerber le phénomène. Par ailleurs, la pandémie a désorganisé la chaîne logistique mondiale et cela a entrainé une hausse fulgurante des coûts du transports qui s’est renforcée à cause de la forte reprise du commerce international, se traduisant par une importante demande du marché et de nombreux flux de marchandises à travers les océans.

Selon l’indice World Container, entre 2020 et 2021, les prix des conteneurs ont été multipliés par 15 voire par 17 sur certains corridors. Et cette envolée se poursuit à cause de la guerre entre la Russie et l’Ukraine dont les corollaires riment avec augmentation des cours du pétrole et des prix de certains produits à la consommation. Tous ces chocs ont d’importantes répercussions sur les prix des biens et des services de par le monde.

Ainsi, au niveau du Burkina Faso, l’inflation observée au niveau mondial a été importée au niveau national. A titre illustratif, les prix des principaux produits alimentaires importés dans notre pays ont augmenté de 12,3% en mars 2022. Cet accroissement concerne le blé (+39,4%), les huiles végétales (+12,7%), le riz (+5,1%), le sucre (+2,5%), etc. Au niveau interne, l’augmentation des prix des céréales est très remarquable.

Par exemple, le prix d’achat du maïs a augmenté de 51% entre mars 2021 et mars 2022. A l’origine de cette flambée, l’insuffisance de l’offre est pointée du doigt. En effet, la campagne agricole passée a été caractérisée par l’arrêt précoce des précipitations et des poches de sécheresse. De plus, le contexte sécuritaire difficile a entrainé l’abandon de certaines zones de production accentuant ainsi la réduction de l’offre.

Il ne faut pas négliger également la spéculation qui est le jeu favori de certains acteurs du domaine ! En somme, c’est l’ensemble de ces facteurs externes et internes qui expliquent cette inflation rampante au Burkina Faso. S :Doit-on craindre un nouveau cap dans la tendance haussière des prix avec l’annonce de l’augmentation du prix du carburant ? Ce qui caractérise le phénomène d’inflation constitue ce que nous appelons les effets de report d’un secteur à d’autres.
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