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Lutte contre l’excision : « Nos besoins sont évalués à 6,87 milliards F CFA», Alphonsine Sawadogo, SP/CNLPE

Publié le mardi 1 juin 2021  |  Sidwaya
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© Autre presse par DR
La Secrétaire permanente (SP) du Conseil national de la lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), Alphonsine Sawadogo
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Trois décennies de lutte contre la pratique de l’excision au Burkina Faso ont permis une baisse importante de la prévalence de l’excision, mais de nombreux défis demeurent. Dans cette interview, la Secrétaire permanente (SP) du Conseil national de la lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), Alphonsine Sawadogo, revient sur les acquis de la lutte, la réorientation de la stratégie et les défis.

Sidwaya (S) : Le Burkina Faso est engagé depuis 30 ans dans la lutte pour l’abandon des Mutilations génitales féminines(MGF). Quels sont les résultats obtenus ?

Alphonsine Sawadogo (A.S.) : En 30 ans de lutte contre la pratique de l’excision au Burkina Faso, plus d’une demi-douzaine de résultats majeurs ont été effectivement engrangés sur le terrain. Au nombre de ceux-ci, je peux citer, la volonté politique affichée du gouvernement à travers la création depuis 1990 d’un Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision, doté d’un secrétariat permanent avec des démembrements aux niveaux régional, provincial et départemental, de même que l’élaboration et la mise en œuvre de quatre plans quinquennaux de lutte contre la pratique de l’excision dont le dernier est celui qui a couvert la période 2016-2020. Sur le plan législatif, il y a eu l’adoption de la loi n°025-2018/AN du 31 mai 2018 portant Code pénal réprimant les MGF au Burkina Faso (jugement et condamnation de plus de 295 auteurs et complices de l’excision par exemple). Au niveau éducatif, le processus de l’intégration effective des modules sur les MGF, le mariage d’enfant dans les curricula d’enseignement du primaire, le postprimaire et du secondaire constitue une victoire que nous saluons. Par ailleurs, grâce aux efforts des acteurs engagés sur le terrain de la lutte contre l’excision, nous avons pu obtenir l’engagement des leaders coutumiers et religieux, (RELECORE, RBOIPD et des ambassadeurs de bonne volonté) à s’impliquer dans la lutte ainsi que l’organisation de cérémonies d’engagement public d’abandon de l’excision dans 4231 villages.
La prise en charge sanitaire de 4559 filles et femmes souffrant de complications et des séquelles de l’excision avec en amont à travers la formation de 2500 agents de santé formés ; ce qui représente pour nous, un grand acquis dans le cadre de la lutte que nous avons engagé pour mettre fin à cette pratique.

S : Au regard du travail qui a été mené auprès des communautés, ces résultats sont-ils satisfaisants ?
A. S. : Pour nous, ces résultats sont même très satisfaisants. Car, en 30 ans de lutte, nous avons pu obtenir la démystification de la pratique de l’excision. Cela s’est traduit notamment par une baisse significative de la prévalence des MGF qui passe de 75,8% à 67,6% pour la tranche d’âge de 15-49 ans et de 13,3% à 11,3 % pour celle de 0-14 ans. Aujourd’hui, le Burkina Faso s’est hissé au premier rang des Etats en matière de promotion de l’élimination des MGF. Un leadership, qui a valu le sacre du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, comme Champion de l’Union africaine pour la promotion de l’élimination des MGF.

S : Quels sont les défis qui doivent être relevés pour l’avènement d’une génération zéro excision ?

A. S. : Effectivement, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Il reste des défis que nous devons relever si, nous voulons en finir totalement avec cette pratique. En premier lieu, nous devons vaincre le phénomène de la clandestinité de la pratique et les poches de résistance qui se sont développées. En effet, on assiste depuis un certain temps à la baisse de l’âge de l’excision, car ce sont des nourrissons qui subissent la pratique et il y a les déplacements des exciseuses et même des populations à l’intérieur comme à l’extérieur pour pratiquer l’excision. Malgré les actions de sensibilisation et de répression, nous enregistrons quelques cas de pratiques d’excision dans certaines régions dans les hameaux de cultures et les villages reculés. Le Burkina doit également mettre en œuvre, le plan d’actions Saleema de l’UA et les recommandations de la Résolution 44/16 du Conseil des droits de l’Homme du 17 juillet 2020. La mobilisation des ressources pour financer la mise en place et le fonctionnement des démembrements du CNLPE afin de faciliter la coordination des acteurs et la capitalisation des actions sur le terrain et faire face aux défis sécuritaire et sanitaire représentent aussi un challenge pour les acteurs de terrain. Vu que certains parents envoient les enfants dans les pays voisins pour les faire exciser, nous devons renforcer la coopération judiciaire entre les Etats de la sous-région pour barrer la route à la pratique transfrontalière de l’excision. Enfin, il y a la responsabilisation accrue des communautés à travers l’implication de la jeunesse à qui d’ailleurs le président du Faso a passé le flambeau de la lutte en 2020.

S : Le Burkina Faso a célébré en différé, le 25 mars 2021, la Journée internationale « Zéro tolérance aux MGF » sous le thème : « Le temps de l’inaction mondiale est révolu. Unissons-nous, finançons et agissons pour mettre fin aux Mutilations génitales féminines ». Qu’est-ce qui justifie ce thème ?

A. S. : Plusieurs faits majeurs suivants justifient le choix de ce thème. Vous savez, en dépit des multiples efforts, les MGF continuent d’être une préoccupation nationale au regard des poches de résistance exacerbées par la clandestinité, la baisse de l’âge à l’excision et la pratique transfrontalière. Ces défis sont aggravés par le contexte sécuritaire difficile et la maladie de la COVID-19 qui tendent à détourner l’attention des différents acteurs notamment le gouvernement, les ONG et Associations, les partenaires techniques et financiers, de la question des violences basées sur le genre. Selon, l’UNFPA, plus de 2 millions de cas supplémentaires de MGF pourraient être enregistrés dans le contexte de la COVID-19 si nous n’agissons pas aujourd’hui. En outre, on constate qu’il y a de moins en moins de ressources financières, humaines et matérielles pour faire face au phénomène. Cette situation nous interpelle tous et requiert un sursaut d’ensemble à travers un engagement individuel et collectif à tous les niveaux, de toutes les catégories d’acteurs, pour impulser un mouvement d’ensemble contre cette pratique qui handicape la pleine participation des femmes et des filles à l’effort de développement.

S : Quelles sont les cibles que vous avez identifiées pour le plaidoyer ?

A. S. : Le plaidoyer de haut niveau est organisé à l’endroit de l’ensemble des partenaires nationaux et internationaux susceptibles de contribuer à la promotion de l’élimination de la pratique de l’excision au Burkina Faso. Il s’agit principalement du secteur public, en l’occurrence les personnalités politiques, les institutions et les ministères, les collectivités territoriales, les entreprises publiques (l’ONEA, la SONABHY, la LONAB, la Poste Burkina Faso, les EPE, les écoles de formation etc.
Pour la première fois, nous comptons également sur la contribution du secteur privé, c’est-à-dire les opérateurs économiques, les sociétés d’hydrocarbure, les sociétés minières, les compagnies de téléphonie mobile, le Patronat, les sociétés de transport, les banques, les fondations pour nous permettre de relever des nombreux défis dans le cadre de la lutte. Le 3e groupe cible est constitué par les partenaires au développement du Burkina Faso. En effet, nous espérons de la part des partenaires bilatéraux et multilatéraux, à savoir les ambassades, les institutions internationales comme l’Union européenne, l’Union africaine, l’UEMOA et la CEDEAO, l’UNFPA, l’UNICEF, l’’OMS, la Banque mondiale, la BID, la BAD, Plan international, l’Association des amis de Raoul Follereau Luxemburg au Burkina Faso… Les groupes d’acteurs et d’ONG œuvrant dans le domaine des MGF (GALOP, Mwangaza Action, Voix de Femmes, ONG Tin Tua, DIAKONIA, Groupe d’appui en santé, communication et développement (GASCODE), Christian Children’s Fund of Canada (CCFC), Fondation Rama, CEATS, ABPAS…) plus d’engagement dans le financement de la lutte contre les MGF.

S : Quelles sont vos attentes vis à vis de chacune d’elles de manière concrète ?

A. S. : Ce plaidoyer a pour objectif d’unir les efforts de toute la nation pour accélérer l’atteinte de la tolérance zéro aux MGF d’ici à 2030. De manière concrète, nous attendons des personnalités politiques, qu’elles influencent les décisions et les orientations en faveur de la lutte contre les MGF. Au niveau des institutions et des ministères, à travers le plaidoyer, nous voulons susciter la mise en place de cellules de lutte contre la pratique de l’excision fonctionnelle en leur sein. Le plaidoyer à l’endroit des collectivités territoriales vise à les encourager à inscrire une ligne budgétaire destinée à la lutte contre l’excision dans les plans communaux et régionaux de développement. De la part des sociétés d’Etat telles que la SONABHY, la LONAB, la Poste Burkina Faso, nous voulons obtenir un appui financier à travers le sponsoring des activités de promotion de l’élimination des MGF, la diffusion de messages de sensibilisation sur les factures timbres ou tickets de tombola, etc. Concernant les Etablissement publics de l’Etat comme : (ANPE), (INFTS), (ENSP) (ENAM) (ENP), le plaidoyer vise à leur faire intégrer des modules MGF dans les curricula de formation et financer les recherches sur les MGF.
Le plaidoyer auprès du secteur privé, en l’occurrence les opérateurs économiques, les sociétés d’hydrocarbure, les sociétés minières, le patronat, les sociétés de transport, les banques, les fondations vise à obtenir leurs appuis financiers aux initiatives de l’Etat, des collectivités territoriales ou des communautés dans les actions de lutte contre les MGF. La diffusion des messages de sensibilisation par les compagnies de téléphonie mobile et plus de vigilance dans le transport des mineures de la part des sociétés de transports font également partie de nos attentes.

S : Au Burkina Faso, quels sont les besoins de financement de la lutte ?

A. S. : Suivant les référentiels mis en œuvre, notamment le PSN/MGF 2016-2020, nos besoins en termes de financements s’élèvent à plus de 6 872 880 000 pour les cinq prochaines années à venir. Le plan stratégique national 2022-2026 est en cours d’élaboration avec un plan opérationnel 2022-2024 assorti du budget détaillé à moyen terme pour la mise en œuvre des actions.

S : Combien de temps durera la campagne de mobilisation des fonds ?

A. S. : Elle couvre toute l’année 2021. Mais nous pensons pouvoir mobiliser à court terme, des ressources pour les activités inscrites dans le plan de travail annuel 2021.

S : Comment procéder pour donner sa contribution ?
A. S. : La contribution peut être en espèce ou en nature. Pour les contributions financières, elles doivent être reversées dans le compte « FONDSPartenaires » du ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire. Un formulaire est mis à la disposition des différents donateurs à cet effet. Ceux-ci peuvent prendre attache avec le SP/CNLPE aux numéros suivants : 78159508 ou 70268200.

S : Les jeunes sont désormais le fer de lance de la lutte pour l’abandon de l’excision au Burkina. Comment entrevoyez-vous leur contribution à ce combat ?

A. S. : Le passage du témoin aux jeunes dans le processus de la promotion de l’élimination des MGF s’est fait par le président du Faso en juin 2020. Aussi, leur contribution sera faite à tous les niveaux à travers surtout : leur implication dans les activités de sensibilisation à l’endroit de leurs pairs, leurs familles et des communautés; la dynamisation et la mise en place de nouveaux clubs jeunes-jeunes pour la promotion de l’abandon de la pratique de l’excision dans les établissements et scolaires et autres structures de jeunesse, l’organisation de caravanes des jeunes pour l’abandon des MGF et la mise en place de la coordination des associations de jeunesse pour la promotion de l’élimination des MGF avec des points focaux au niveau déconcentré.

Entretien réalisé par
Nadège YE
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