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On a peur qu’ils reviennent » : craintes au Burkina Faso après l’attaque d’une mosquée

Publié le lundi 9 novembre 2020  |  Netafrique.net
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© Autre presse par DR
Une vue de mosquée
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Sous un toit de tôle, des tapis de prière brûlés gisent toujours au milieu des débris de verre. A côté, un boubou blanc noirci par les flammes a été abandonné dans les herbes folles. Deux jours après l’attaque de la petite mosquée de la cité universitaire de Kossodo, intervenue vendredi 6 novembre à la sortie de Ouagadougou, au Burkina Faso, la stupéfaction et l’incompréhension règnent sur le campus. Encore sous le choc, Abdoulaye Toé, un étudiant en licence de chimie, tourne autour des dégâts, comme pour y trouver les réponses à ses questions. En vain.

« Quel était l’objectif ? Nous tuer ? Nous faire peur ? », s’interroge ce jeune homme de 27 ans en regardant la mèche carbonisée, au sol, qui a servi à allumer le cocktail Molotov lancé ce soir-là par un individu non identifié, quelques minutes seulement après le début de la prière de 19 heures. « J’ai entendu une première détonation, personne n’a bougé, puis une deuxième beaucoup plus forte, là tout le monde s’est mis à crier et à courir dans tous les sens, certains avaient le visage et le dos en feu », raconte Abdoulaye Toé en montrant le pantalon de son boubou rouge, déchiré aux genoux en tombant.

Si lui a eu de la chance et ne s’en sort qu’avec quelques égratignures, six personnes ont été blessées, dont une gravement, selon le bilan officiel. « Dans l’obscurité, j’ai juste eu le temps de voir un homme passer et nous jeter une bouteille en verre », rapporte un témoin, joint par téléphone, qui a été brûlé au dos et au bras. Samedi, le ministre de la sécurité, Ousséni Compaoré, s’est rendu sur place et a condamné un « acte ignoble ». Une enquête a été ouverte pour tenter de retrouver le ou les coupables qui ont pris la fuite. Selon une source sécuritaire, la piste du règlement de comptes entre étudiants serait privilégiée, même si à ce stade « aucune hypothèse n’est écartée ».

« On va lancer des grenades »
Depuis, la peur tenaille Abdoulaye Toé et ses amis. Juste après l’attaque, ils ont trouvé un message laissé au sol, écrit à la main en lettres rouges, avec un dessin de tête de mort. « Fermez cette mosquée sinon on va lancer des grenades sur vous », peut-on lire sur ce mot. « On a peur qu’ils reviennent et mettent leurs menaces à exécution », s’inquiète le jeune homme. Alors ce dimanche, il s’est porté volontaire, avec une poignée de fidèles, pour « patrouiller » autour de la mosquée pendant la prière. « Certains ont préféré rester prier dans leur chambre, nous on a décidé de s’organiser en attendant. Pas le choix », explique-t-il.

Dans la foulée de l’attaque, les autorités ont promis de prendre « des dispositions pour sécuriser » la cité universitaire. Mais sur place, dimanche, aucune présence des forces de sécurité n’a été constatée. « Ils étaient là hier mais sont repartis, c’est toujours pareil, quand il y a des problèmes on nous fait des promesses puis on nous oublie. Ça fait des années qu’on demande plus de sécurité ! », s’irrite un étudiant, assis dans une petite gargote en plein air, près de la mosquée. Ici, pas de murs ni de clôtures. Derrière lui, les commerçants ambulants, les bergers et leurs troupeaux de bœufs vont et viennent librement dans la cité, entourée par de vastes champs en friche et la zone industrielle de Kossodo. « Il y a déjà eu plusieurs cambriolages et braquages, on a même entendu des coups de feu un jour », indique Abdoulaye Toé.
Même si le flou persiste autour des motivations de l’agresseur vendredi, cette attaque, la première du genre contre un lieu de culte à Ouagadougou, inquiète les étudiants de la cité de Kossodo, d’une capacité de 1 500 lits. A côté de la mosquée – en réalité un simple hangar aux murs ouverts –, une église catholique et un temple protestant ont été aménagés en plein air, sans aucun dispositif de sécurité. « Aujourd’hui ce sont les musulmans qui ont été visés, demain ce sera peut-être les chrétiens, je crains le pire », souffle Assane Ouedraogo, un étudiant catholique de 26 ans.

Engrenage de violences
Contacté, le directeur général du Centre national des œuvres universitaires (Cenou), Issa Ouédraogo, assure qu’une clôture est « en cours de construction », malgré « des retards », et que ses équipes vont réfléchir à un dispositif particulier pour sécuriser les lieux de culte.

Mais pour certains, le mal est plus profond. Au Burkina Faso, longtemps considéré comme un modèle de cohabitation religieuse, les attaques des groupes terroristes (plus de 1 600 morts et un million de déplacés en cinq ans) ont mis à mal la cohésion sociale. Dans le nord, le centre-nord et l’est du pays, les lieux de culte sont régulièrement pris pour cible par les djihadistes et, dans cet engrenage de violences, les représailles entre communautés se sont multipliées.

A Ouagadougou, certains étudiants s’inquiètent d’ailleurs face à la multiplication des amalgames. « De plus en plus, j’entends des gens nous accuser, nous les musulmans, d’être à l’origine des attaques, mais on en parle calmement, il n’y a jamais eu de bagarres », assure un jeune de 25 ans. A la cité de Kossodo, où « on étudie, on mange, on dort ensemble, quelles que soient ta religion ou ton origine », comme le souligne un étudiant, les musulmans et les chrétiens ont l’habitude de s’inviter pour fêter à tour de rôle Noël et la Tabaski. « On est comme une deuxième famille ici », résume Abdoulaye Toé, assurant prier « pour la paix ».
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