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Aux jeunes Burkinabè : Il n y a point d’avenir dans le terrorisme

Publié le mercredi 28 octobre 2020  |  Netafrique.net
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© AFP par Issouf Sanogo
Début avril, 62 personnes ont été tuées à Arbinda, lors d`attaques jihadistes suivies d`affrontements intercommunautaires.
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Pour les enrôler, les groupes terroristes leur avaient promis monts et merveilles. Aujourd’hui, ils déchantent. Il n y a aucun idéal dans cette lutte. Ils ne sont que des faire-valoir ou de la chair à canon pour des individus sans foi ni loi. De nombreux jeunes comprennent aujourd’hui que massacrer d’innocentes populations n’a rien d’héroïque et qu’ils ne l’emporteront surtout pas au paradis. Du coup, les rangs des terroristes enregistrent de nombreuses défections. Celles-ci ne sont pas toujours médiatisées afin de ne pas exposer les « repentis » aux représailles. La dynamique des défections doit se poursuivre et s’intensifier. Il faut aussi envisager un vaste programme de déradicalisation. Il n y a point de salut pour qui que ce soit dans le terrorisme.

Avec le terrorisme, le Burkina Faso n’est plus uniquement confronté à un problème de sécurité. Il s’agit plus globalement d’un problème sociétal. Depuis plusieurs années maintenant, les concepts de radicalisation et d’extrémisme violent se sont invités dans le vocabulaire sécuritaire, accompagnant l’apparition du terrorisme international et la lutte globale contre celui-ci. Au cœur de ces problématiques figure le processus de radicalisation qui voit la pensée gagner en intransigeance et en radicalité pour finalement, dans certains cas, déboucher sur la violence physique. Le Burkina Faso et les pays du Sahel sont confrontés à ces phénomènes qui se développent chez les jeunes et dont les conséquences sont dramatiques pour la société tout entière.

Le phénomène de radicalisation, y compris sa forme violente, est toujours multifactoriel et doit toujours être analysé dans un contexte historique, géographique et socio-économique spécifique. Dans le cas de l’espace saharo-sahélien contemporain, les États centraux peinent à instaurer des systèmes de gouvernance efficaces surtout dans les régions peu peuplées et éloignées des grands centres urbains. La corruption est fortement présente dans les administrations publiques, entrainant une crise de confiance surtout parmi les jeunes. Les citoyens se sentent dès lors peu soutenus et protégés. Dans ce contexte, les groupes terroristes offrent des alternatives en répondant aux besoins notamment au niveau des infrastructures et des soins de santé. A cette situation s’ajoute le manque de perspectives d’avenir lié à la rareté des emplois, accru par un manque d’éducation, le tout

menant à une grande pauvreté et à une frustration grandissante. Ces facteurs font le jeu des bandes criminelles organisées et des extrémistes religieux qui offrent des opportunités de gains rapides et illégaux liés à des trafics en tous genres. Au niveau individuel, beaucoup de jeunes sont en manque de repères et de valeurs, situation souvent liée à des problèmes familiaux. En leur inculquant des valeurs auxquelles ils peuvent se rattacher, en leur donnant un sentiment d’appartenance à un groupe soudé, les groupes terroristes redonnent un sens à la vie de nombreux jeunes à l’avenir incertain. Ils les poussent à croire que le mal est un bien et que les terroristes, ce sont les «les autres». Pas eux. C’est ainsi que de nombreux jeunes burkinabè et sahéliens se retrouvent à prendre les armes contre leurs propres familles et leurs propres frères.

Mais au fil des exactions et des massacres, ils finissent par être pris de remords et de regrets pour les atrocités commises ou subies. Au Centre-Nord et au Sahel, les témoignages sont formels. De nombreux jeunes ont ainsi déserté les rangs des terroristes pour revenir sur le droit chemin. Ils tentent tant bien que mal de faire amende honorable, de se reconstruire après s’être laissés utiliser comme instruments de terreur et de mort. Aujourd’hui, ils sont encore nombreux ceux-là qui veulent abandonner toute velléité terroriste. La nation ne doit point leur tourner le dos comme le soutient le Président du Faso.

Un dispositif doit être créé pour accueillir et traiter convenablement les cas de tous ceux qui auront décidé de faire défection. En France, l’expérience de David Vallat est assez saisissante. À 25 ans, enrôlé dans les rangs de groupes terroristes, il voulait « tout canarder ». Ayant plus tard compris son égarement, il bénéficiera d’accompagnement. Deux décennies plus tard, il deviendra chargé d’affaires dans l’industrie et père de famille. En 2015, il publie un ouvrage : Terreur de jeunesse. Témoigner est devenu une nécessité pour lui:« Je veux dire aux jeunes tentés par le terrorisme qu’il s’agit d’une voie sans issue. Leur dire qu’ils se fourvoient en fantasmant le martyr et en croyant qu’on peut donner un sens à sa mort à défaut d’en avoir trouvé un ici-bas. ». Le Burkina Faso doit tendre la main à tous ces jeunes qui se sont trompés de chemin et qui continuent à être manipulés et téléguidés.

Une telle action permettra de renforcer les renseignements, de mieux adapter les stratégies de lutte et de permettre à des familles éprouvées de récupérer leurs enfants égarés. Ici se pose la problématique de la déradicalisation.

Réussir la déradicalisation

Les recrues des groupes terroristes sont de plus en plus jeunes, issues de toutes les classes sociales.

C’est en cela que réside toute la difficulté de la déradicalisation. Les profils étant très différents, il n’est pas possible de proposer une solution unique. Il faut adapter les dispositifs à la pluralité de cas afin de pouvoir mettre en œuvre un véritable suivi personnalisé. Certains doivent être traités en milieu ouvert, d’autres dans un centre de déradicalisation et les plus dangereux en prison. En effet, un traitement exclusivement judiciaire et répressif de ce phénomène posera un problème inévitable dans les années à venir. Que faire des terroristes qui sortiront de prison dans quelques années? Il faut travailler à améliorer

le dispositif d’identification et d’évaluation des radicalisés. Ce travail devrait permettre une prise en charge individuelle pour s’adapter à chaque cas. Dans la première catégorie pourraient par exemple se retrouver ceux qui sont reconnus comme des terroristes purs et durs susceptibles de commettre des attentats au Burkina Faso et dans la sous-region. Pour ceux-là, le traitement judiciaire et l’incarcération apparaissent comme les solutions les plus envisageables. La deuxième catégorie peut être constituée de ceux qui rentrent, déçus ou désillusionnés par les excès de violence des groupes terroristes et qui n’ont pas participé à des crimes. Davantage que l’emprisonnement, qui ne peut concourir qu’à les radicaliser, il convient de leur proposer un programme de désendoctrinement et de réinsertion.

L’objectif d’un centre de déradicalisation serait par exemple d’accompagner les jeunes et de les aider à se réinsérer dans la société en leur permettant de développer un projet personnel et professionnel. L’accompagnement se ferait par une équipe pluridisciplinaire constituée d’éducateurs spécialisés, de professionnels de santé, de FDS, de techniciens dans bien des domaines porteurs …

Quelque soit l’option retenue, la justice et les services de renseignements devront rester particulièrement vigilants. Les parents devront également jouer leurs rôles d’éducateurs. Les valeurs du vivre ensemble , de l’acceptation de l’autre s’acquièrent d’abord au sein de la cellule familiale. Si les enfants sont laissés à eux-mêmes, ils courent le risque de devenir rapidement des kamikazes. De nombreuses opportunités existent au Burkina Faso pour gagner honnêtement sa vie. Les jeunes doivent s’y investir plutôt que de céder aux sirènes des terroristes. C’est un chemin sans issue.
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