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Blaise Compaoré sur « Surface de vérité » de BF1: « je suis le père du 4 août 1983… »

Publié le vendredi 21 aout 2020  |  netafrique.net
L`ex-président
© aOuaga.com par DR
L`ex-président burkinabé Blaise Compaoré
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C’est connu de tous. La Révolution démocratique et populaire a marqué à l’encre indélébile l’histoire du pays des Hommes intègres. C’est ce qui fait que le mois d’août pourrait être décrété « le mois des révolutionnaires burkinabè ». En effet, c’est dans la nuit du 4 août 1983 que les jeunes officiers à la sève révolutionnaire se sont emparés du pouvoir. Tout s’est préparé à Pô où Blaise en était le maître d’œuvre pendant que Sankara depuis Ouagadougou en était l’instigateur. La Révolution portée sur les fonts baptismaux fit rayonner Sankara, aux côtés de qui on voyait toujours son alter ego, son ami et frère d’armes, Blaise Compaoré.

Quatre ans plus tard, soit le 15 octobre 1987, Sankara trouve la mort au Conseil de l’entente et Blaise devient PF (président du Faso) à la place du PF. Aujourd’hui comme hier et pour toujours, les deux personnalités restent indissociables. L’on ne peut évoquer l’un sans parler de l’autre. À la différence que Sankara jouit d’une aura planétaire tandis que Blaise est parfois vu comme la face sombre de la lune. Mais ce dernier s’en défend sur les antennes de BF1, cette chaîne qui a eu l’immense et insigne honneur de diffuser un certain 31 octobre 2014, le communiqué de fin de son long règne.

Pour le tout-puissant Compaoré qui sentait que le douillet fauteuil de Kosyam avait commencé à lui brûler terriblement les fesses, la révolution du 4 août 1983 n’a été que « son affaire ». C’est ce que moi en tout cas, j’ai pu suivre en rêve, à l’émission « Surface de vérité » de BF 1 où le journaliste Aubin Guébré recevait au Togo l’ex-PF qui a (momentanément ?) déserté sa belle-famille pour se retrouver au pays de Faure Éyadéma. Et lui seul (l’ex-PF bien sûr) sait pourquoi. Je raconte…

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GUÉBRÉ : Comment va Son Excellence Monsieur le Président Compaoré ? « Ça fait deux jours », comme on le dit au Burkina…

COMPAORÉ : Blaise Compaoré se porte bien. Il vit sa vie d’ancien président du Burkina.

GUÉBRÉ : Avec beaucoup de nostalgie sans doute. Et de surcroît, dans sa belle-famille… Un homme qui est hébergé par ses beaux-parents…

COMPAORÉ : Pourquoi la nostalgie ? Ici-bas, rien n’est éternel. Donc mon règne ne pouvait être éternel. J’ai fait ma part, je suis parti, une page est tournée. S’agissant de ma vie post-présidentielle, si vous Guébré vous avez honte de votre belle-famille, c’est votre problème. Chez moi, c’est chez ma femme, chez mon épouse, c’est chez moi. Je ne vois aucun inconvénient à vivre en Côte d’Ivoire. Je m’y sens très bien d’ailleurs.

GUÉBRÉ : Rien n’est éternel ici-bas, dites-vous. Pourtant c’est la soif de la présidence « long courrier » qui vous a valu votre fuite en plein midi de cet historique 31 octobre 2014. Vous avez voulu vous éterniser au pouvoir…

COMPAORÉ : Je n’ai pas fui, s’il vous plait. J’ai déclaré la vacance du pouvoir avant de m’en aller. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition », c’est ce que mon communiqué disait en substance, un communiqué lu sur le plateau de votre chaîne de télé. Quelqu’un qui fuit n’aura pas eu le temps de rédiger cette déclaration.

GUÉBRÉ : Venons-en à notre question centrale : août, c’est le mois des révolutionnaires burkinabè. Que vous rappelle la parenthèse révolutionnaire de 1983 à 1987 ?

BLAISE : (Après un long soupir, un silence et un raclage de gorge.) Août 1983, la nuit du 4 août, disons tout court le 4 août ! C’est une journée historique. Nous étions dans le feu de l’action. Les redoutables para-commandos de Pô. Le départ en camions pour Ouaga. Les attaques simultanées des points stratégiques. Ouaga sans lumière ni sans téléphone… La prise du pouvoir dans la nuit. Tout ça sous ma coordination. C’était un travail de vrais parachutistes commandos. Le 4 août, c’est une date inoubliable pour moi. Et puis, la Révolution a continué après 1987. Le Front populaire était venu pour approfndir la Révolution démocratique et populaire.

GUÉBRÉ : Vous seriez donc le père de la révolution ?

COMPAORÉ : Mais que voulez-vous d’autre ? Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? D’abord, le 17 mai, j’ai été le seul des quatre qu’on appellerait plus tard « les quatre chefs historiques de la révolution » à avoir échappé au coup monté par les impérialistes. Je me suis retranché à Pô pour organiser la résistance. Et le 4 août, ce sont mes hommes qui ont joué le rôle principal.

GUÉBRÉ : Donc sans Blaise, on n’aurait pas connu la Révolution ? Est-ce pour cela que vous avez fini par renverser à mort votre ami et frère d’armes Thomas Sankara ? Pour vous hisser au trône… Pour être calife à la place du calife ? Pour donner raison à ceux qui disent que dès le 4 août, vous auriez affirmé que si le coup réussissait, vous seriez président et Sankara allait être votre Premier ministre ?

BLAISE : Je n’ai pas renversé Sankara. Ce n’est pas moi qui l’ai tué. Mes hommes s’en sont occupés.

GUÉBRÉ : Votre long règne ne vient-il pas vous contredire ? Ne vient-il pas confirmer la thèse développée dans la question précédente, à savoir que dès le départ, vous nourrissiez l’ambition d’occuper le fauteuil duquel vous alliez éjecter le pauvre médecin commandant Jean-Baptiste Ouédraogo ? Ce serait l’opposition des autres camarades qui vous aurait amené à vous résigner. Et voilà qu’une fois au pouvoir, vous n’aviez plus voulu lâcher de leste. Vingt-sept ans pour votre seul règne…

BLAISE : Il est vrai que j’ai régné pendant quatre années sous un régime d’exception. Mais dès lors qu’il y a eu l’élection présidentielle en décembre 1991, le reste n’était plus qu’une affaire de confiance entre les populations et moi. J’étais en fait le choix du peuple, l’élu du peuple. C’est cela le secret de ma longévité au pouvoir.

GUÉBRÉ : Mais que dites-vous de votre période d’exception ? Il y a eu le 27 octobre 1987 ou la cité du Cavalier rouge a vu couler le sang rouge de ses valeureux et dignes fils, sous le fait de vos hommes, les Gaspard Somé et Alain Bonkian, des baroudeurs hors pair… Vingt-huit soldats, c’est beaucoup quand même. Surtout qu’ils n’ont pas combattu. Il y a eu la nuit du 18 au 19 septembre 1989 où vous vous êtes débarrassé des deux autres chefs historiques de la révolution pour être seul maître à bord. Et je m’arrête là.

BLAISE : Monsieur Guébré, attention à ce que vous dites. Moi j’étais en Chine où je venais de passer un mois. Un mois hors du pays. La nuit du 18 septembre, à mon arrivée à l’aéroport de Ouaga, je tombe dans une situation trouble qui aurait pu me couter la vie. Heureusement que les hommes qui m’étaient fidèles avaient pris les devants. Ce n’est donc pas moi. Ces deux ont voulu jouer avec le feu et ils ont perdu. Quant à Koudougou, allez demander au commandant du BIA, le commandant Boukary Kaboré. Il est encore vivant, vous le trouverez à Mokognadougou dans ses champs, dans la commune rurale de Koumbia, à quelques encablures de Bobo. C’est cet homme que vous connaissez, qui a tout provoqué.

GUÉBRÉ : Le président Compaoré n’a donc rien à se reprocher ? De 1987 à 2014 ?

BLAISE : Absolument rien. Au contraire, le plaignant c’est moi. Le 15 octobre 1987, des gens se préparent pour m’éliminer, mes hommes prennent le devant. Est-ce moi qu’il faut accuser ? En 1989, je suis en Chine pendant un mois. Le jour de mon retour, mes plus proches collaborateurs s’apprêtent à m’anéantir. Une fois de plus, je suis sauvé par mes hommes. C’est moi l’homme mauvais ? Je regrette toutes ces vies perdues. Les perdants ont été la cause de leur propre perte. De 1991 à 2014, c’était dans un cadre régulier. Et même en 2014, le peuple a voulu me confier sa destinée, des gens malins ont monté les femmes et la jeunesse pour m’amener à partir de Kosyam. Je suis parti, sans voir de quoi on m’accuse réellement. Allez-y lire la Constitution. Je ne suis pas un putschiste constitutionnel.

GUÉBRÉ : Mais Monsieur le Président, vous qui étiez médiateur hors pair, comment expliquez-vous votre entêtement à ne pas avoir écouté tous les conseils qui auraient pu vous éviter le 31 octobre 2014 ? Et puis, dites-nous franchement : Avez- vous pensé à Sankara quand vous quittiez Kosyam en pleine journée de ce 31 octobre 2014 ?

BLAISE : Monsieur Guébré, vous avez de ces questions que vous croyez embarrassantes. Mais je n’en suis nullement ébranlé. Vous voulez ma réponse ? Ne vous mettez pas entre Sankara et moi parce que…

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Dring ! Dring ! Dring ! C’est mon vieux portable qui ose sonner à cette heure-là ! Trois heures du matin !

Allo !
Oui ! Allo ! C’est moi. Ils sont encore là. Ils sont dehors. Ils disent qu’ils ont fini de creuser la tombe et qu’ils viendront me buter et me jeter là-dedans.
Non ! Il n’y a rien. Recouchez-vous et dormez. Ne craignez rien. Il n’y a personne dehors.
C’est compris. Merci. Bonne nuit.
C’était encore ma belle-mère, une personne du quatrième âge. Depuis un certain temps, elle dit voir des choses que nous autres nous ne voyons pas. Elle refuse qu’on dise qu’elle délire. Bon, il y a des choses bizarres dans la vie. Comme aussi ce rêve que je suivais, et qui a été interrompu par l’appel de ma chère belle-mère. Belle-mère, meilleure santé à toi.

Les rêveries de Gnindé Bonzi
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