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Soupçons de mauvaise gouvernance : « La corruption n’honore personne, ni l’Etat ni ceux qui l’organisent » , Simon Compaoré, président du MPP

Publié le vendredi 3 juillet 2020  |  Sidwaya
Simon
© Autre presse par DR
Simon Compaoré, président par intérim du MPP
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Sidwaya (S) : Après trois ans d’intérim, vous avez été confirmé à la tête du MPP, lors du récent congrès du parti. Peut-on dire que la page des querelles de leadership est définitivement tournée ?

Simon Compaoré (S. C.) : En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu ce ressenti de querelles de leadership. Ce n’est pas seulement au MPP qu’il y a ce genre de situation. J’ai papillonné dans d’autres partis, mais je n’ai jamais eu à faire à une lutte de leadership avec qui que ce soit. Dans la vie, on mérite ce qu’on a. Lorsque vous avez des ambitions, vous vous donnez les moyens de les réaliser. Mon ambition est de toujours apporter ma contribution là où je suis pour qu’on ne dise pas que j’ai été défaillant.

S : Et pourtant, certaines langues vous prêtent une querelle de leadership avec le président de l’Assemblée nationale.


S.C. : C’est dommage ! Vous ne connaissez pas celui que vous interrogez. Faites un feedback dans mon parcours. Ce sont des intentions qui ne ressemblent pas à Simon Compaoré. Avant le MPP, j’ai été dans un parti où j’ai toujours eu la chance d’occuper des responsabilités politiques. Mais je ne me suis jamais battu sur le plan administratif ou même politique pour être à tel ou tel poste. Vous ne pourrez pas voir des traces de lutte qui m’ont permis d’être aux postes que j’ai eus à occuper. Le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, est un jeune frère. Dans quelque deux ou trois mois, j’aurai 68 ans. Ce serait vraiment ridicule que quelqu’un qui entre dans sa soixante-huitième année se mette à lutter avec son petit frère pour des postes.

S : Ne pensez-vous pas que votre génération, qui gère les affaires depuis une trentaine d’années, doit passer la main aux jeunes ?

S. C. : Absolument ! Ça le sera. Je ne vais pas vous donner le scoop maintenant. Je vais le vendre cher.

S : Peut-on avoir une petite idée du moment auquel cela se fera?

S. C. : Non ! Je vais vous surprendre. Personne ne viendra me dire de passer par la fenêtre. Je vais passer par la porte. C’est l’indignité qui suit ceux qui passent par la fenêtre.

S : Cela veut-il dire que vous êtes fatigué de faire la politique ?

S. C. : Non ! Comme on le dit, il y a un temps pour toute chose. Si on compte à partir de 1975, où on était étudiant et militant dans des structures de lutte, on peut dire que j’ai plus de 30 ans de vie politique. Il faut savoir, à un moment donné, s’arrêter. Mais vous le saurez au moment opportun.

S. : L’opposition vous accuse de politisation de l’administration publique à travers la création de cellules MPP dans les ministères. Que répondez-vous ?

S. C. : Cela ne date pas d’aujourd’hui.
C’est un combat qui ne vaut pas la peine d’être mené. Tous ceux qui travaillent dans les services privés ou publics et qui adhèrent à notre parti sont organisés dans des structures qui s’appellent les secteurs structurés. Il n’y a pas un texte qui l’interdit. C’est pourquoi, la critique de l’opposition ne nous concerne pas, car nous avons dit à nos militants que le lieu de service n’est pas le siège du parti.
Les biens du service ne sont pas ceux du parti. Nous faisons la différence.

S : N’y a-t-il pas de contrevenants à ces règles ?

S. C. : Il peut arriver qu’un militant, dans un service, pose un acte répréhensible. Là, on le rappelle à l’ordre et s’il doit être sanctionné, il le sera.

S : Le parti connaît une certaine crise dans la province du Bazèga, notamment à Kombissiri. Comment vous comptez la régler?
S. C. : Je sais qu’il y a eu des camarades qui ne se sont pas entendus. Ce sont des choses qui peuvent arriver, mais nous disons toujours qu’il faut savoir raison garder. Si des gens se disputent dans une province donnée pour être à des niveaux de responsabilité, c’est que le parti a de la valeur. S’il n’y avait pas d’intérêt à militer au MPP, certains n’allaient pas se bousculer. Nous sommes fiers d’être un parti qui attire des gens et qui peut les amener à se frotter. Pour une organisation qui s’étend sur tout le territoire, il est tout à fait normal qu’il y ait des problèmes de réglages. Pour ceux qui gèrent les partis, c’est le quotidien des responsables. Il n’y a pas de parti qui n’a pas ce genre de réglages à faire. Nous avons envoyé des missions dans le Bazèga et à l’heure du bilan, nous allons pouvoir tirer les marrons du feu au niveau de cette province.

S : Est-ce alors une guerre de positionnement ?

S.C. : Oui, c’est au moment où on devait renouveler nos structures que des gens ne se sont pas entendus dans l’occupation des postes. Ce ne sont pas des problèmes idéologiques ou de ligne politique.

S : Mais il se trouve qu’il y a eu mort d’homme ?
S.C. : Nous avons eu un camarade qui s’est suicidé, paix à son âme. Je souhaite qu’on n’en parle pas et que nous laissions son âme reposer en paix.

S : Vous êtes membre fondateur du MPP, vous n’êtes plus ministre. D’autres par contre, militants de la 25e heure, occupent de hautes fonctions. Qu’est-ce que cela vous donne comme sentiments ?

S. C. : Vous ne connaissez vraiment pas l’homme que vous avez en face de vous. Pourquoi vous ne m’avez pas posé la même question quand j’étais au CDP ? Si vous connaissez l’histoire du CDP où j’ai fait 27 ans, on peut se passer des développements qui n’ont pas d’intérêt aujourd’hui. Pendant 27 ans, je n’ai pas occupé de poste de responsabilité ministérielle.

S. : Mais vous avez été maire de Ouagadougou…

S. C. : Je ne pense pas qu’on me plaçait parmi des gens un peu tarés qui n’ont aucune capacité. Etre ministre, député ou maire, ce sont des missions. Et en tant que militant, votre rôle est d’exécuter la mission à la grande satisfaction de ceux-là qui vous ont mandaté. Que ce soit en tant que haut-commissaire à Ziniaré, responsable à l’AVB, à la Caisse générale de péréquation, ou encore à la mairie, mes anciens collaborateurs vous diront qui je suis. Ils vous diront également qui je suis, ceux du ministère de la Sécurité. J’aime relever les défis. C’est tout ! Je ne demande pas que quelqu’un m’aime. Ma philosophie est que j’aime qu’on apprécie ce que je fais.

S : Est-ce vrai que vous êtes tombé malade quand vous avez été relevé de vos fonctions de ministre de la Sécurité?

S. C. : Non ! C’est moi-même qui ai demandé à être relevé. Je ne veux pas me juger.
Si vous me dites que mon passage là-bas était négatif, je prends acte. Mais, je crois que j’ai fait ce que je pouvais. Peut-être qu’effectivement, je ne vous ai pas donné satisfaction. C’est à l’histoire de juger.

S : Vous avez demandé à être relevé, mais on a été surpris d’un certain nombre d’actions… Que s’est-t-il passé?

S. C. : Ce n’est pas la première fois. C’est pour cela que je dis que vous ne me connaissez pas. Même quand j’étais de l’autre côté, j’ai demandé à être relevé de mes fonctions au niveau du parti.

S : On imagine que c’était au CDP ?

S. C. : Oui, je me suis retiré de la direction volontairement. J’ai fait des choses que je n’oublie pas. J’étais maire en ce moment. Ce n’est pas dans un bureau ou dans une direction que l’on peut montrer ce qu’on peut donner. Ce qui est nécessaire, c’est la volonté à poser des actes là où l’on est. Il y a des camarades qui pensent que parce qu’un tel est ministre, ils doivent également l’être. Pour d’autres, il faut que cela soit tournant. Certains militants doivent savoir qu’être ministre n’est pas de la sinécure. C’est juste une mission qu’on assume ponctuellement.

S : Il semble qu’à la mairie, c’est Salifou Diallo qui vous a permis d’y être…

S. C. : Je suis encore vivant et je peux témoigner. Ça c’est archi-faux. J’ai eu tous les misères et problèmes à la mairie (rires). A moins d’être un masochiste, il n’y avait pas de quoi se battre pour y être.

S. : Vous y êtes resté tout de même pendant 17 ans …

S. C. : Oui. J’étais en mission. Et si vous pensez que c’est la sinécure, ce n’était pas des gains. Je peux vous rechercher mes bulletins et vous verrez combien je gagnais. Mais, j’ai accepté la mission que j’ai assumée avec plus ou moins de bonheur. Ainsi va la vie.

S : Vous aviez parlé de votre salaire. Et pourtant, à ce que l’on dit, vous aviez même célébré le 10e milliard de Simon Compaoré ?

S. C. : Est-ce que j’ai besoin de vous dire que ceux qui ont raconté cela sont des gens qui délirent ? On n’est pas à Katmandou (Népal). Je suis un enfant de Ouagadougou. J’y suis né et je prie le Bon Dieu pour y mourir. Ceux qui racontent, veulent
amuser la galerie. C’est archi-faux. C’est avec la plus grande franchise que je vous dis. Sinon, même quand on veut mentir, il faut faire un mensonge qui attire les gens. Mais, comme il y a des anormaux, il faut les laisser car chacun a son rôle dans la société. Je ne fais pas preuve de suffisance mais quand on a vu plus que ça, ce ne sont pas des propos de ce genre qui peuvent vous mettre en émoi.

S : Un sondage du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a récemment donné la note de 4,53/10 au président du Faso. L’opposition pense qu’il méritait plutôt 2/10. Etes-vous inquiet pour sa réélection ?

S.C. : Pas du tout ! les sondages ne sont pas propres au Burkina. Il y en a en Europe, aux USA. Ils sont comme une cloche que l’on sonne pour attirer votre attention. C’est pourquoi, je ne néglige rien. Ce qui m’intéresse, ce sont les points forts et faibles, présentés par ceux qui ont réalisé le sondage. Ceux-ci indiquent là où il faut redoubler d’effort, parce que quand bien même nous sommes au terme de la mandature, nous ne voulons pas que les derniers instants viennent éclipser le parcours qu’on a fait. Ce qui a été considéré comme points faibles, nous allons essayer de les corriger jusqu’aux derniers jours du mandat.

S : Sur quoi vous vous fondez pour dire que vous n’êtes pas inquiet quant à la réélection de Roch Marc Christian Kaboré ?

S.C. : Quand vous allez à une bataille, vous ne partez pas avec la conviction d’être battus. Le premier atout, c’est la conviction ajoutée à la détermination et l’organisation. Deuxièmement, depuis 2015, on a commencé à gérer le pouvoir d’Etat jusqu’aujourd’hui et on a posé des actes. Nous savons qu’on a des points forts, mais nos adversaires vont se baser sur nos points faibles. C’est la capacité à mettre en valeur les aspects positifs pour masquer ceux négatifs qui sera déterminante. Nous avons des secteurs où les résultats ont impacté positivement la vie de bien de citoyens. Il s’agit notamment du secteur de la santé où des actes ont été posés au bénéfice des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans. Ainsi, la gratuité des soins a coûté plus de 104 milliards de francs CFA. Il y a aussi le secteur de l’eau. Même si vous êtes opposant, si on construit un barrage dans votre village, vous ne pouvez pas ne pas le reconnaître. En outre, il y a les secteurs de l’énergie, de l’éducation, des infrastructures routières. Ce sont les éléments positifs de notre action qui améliorent la qualité de vie des citoyens des campagnes et des villes. J’ai la conviction que si nous savons nous organiser en utilisant les éléments de terrain, nous allons tirer les marrons du feu.

S : Ce sera un coup K.O ?

S.C. : On travaille pour gagner et j’ai la conviction qu’on va gagner. Maintenant, si vous allez rafistoler pour avoir du sensationnel, cela n’engage que vous. Nous sommes sur le terrain avec la conviction que notre candidat passera au premier tour. C’est notre objectif. Toutes les structures vont passer au vert et grâce à la stratégie qui a été dégagée, j’ai la conviction que si elle est suivie, nous allons atteindre notre objectif.

S : Le MPP a récemment lancé un appel à candidatures pour les législatives. Pourquoi une telle démarche ?

S.C. : La désignation des candidats a toujours été difficile pour les vrais partis politiques. Il faut chaque fois réfléchir pour voir la méthode la moins problématique qui vous permette de franchir cette étape avec moins de troubles. Il faut voir dans cette méthode deux choses : le centralisme et la démocratie. Il faut faire en sorte que le sommet et la base participent au choix. Il ne faut pas s’enfermer et sortir une liste. Nous avons pensé qu’il fallait trouver un schéma qui permette à la base d’être associée et à la direction, in fine, d’avoir le dernier mot.

S : N’avez-vous pas échoué sur le plan sécuritaire comme le dit l’opposition?

S. C. : Je n’ai pas de honte sur cette question. Ce n’est pas une lèpre pour nous. L’insécurité est apparue, alors que le président Roch Marc Christian Kaboré n’avait même pas encore rendu fonctionnel son premier gouvernement. Si vous prenez le programme du président, nous n’avions pas disserté sur le terrorisme parce qu’à l’époque, on ne savait pas ce qui allait venir.

S : Gouverner, c’est prévoir, dit-on. On sait que le terrorisme sévissait déjà au Mali…

S.C. : La manière dont le terrorisme s’est développé, personne ne pouvait savoir la forme et la gravité qu’il prendrait. Comme il y en a qui n’ont jamais géré le pouvoir, ils peuvent dire ce qu’ils veulent. La critique est facile, mais quand on est aux commandes, les choses deviennent suffisamment compliquées. Pour la sécurité, on marche sur des œufs. Nous faisons ce que nous pouvons. On recherche au quotidien des solutions. Même ceux qui ont mille fois plus de moyens que nous continuent de lutter contre le terrorisme.

S : Votre parti est-il favorable à des négociations avec les terroristes?
S. C. : C’est facile de dire que l’on peut négocier avec les terroristes. Négocier avec qui? Savez-vous où est Amadou Kounfa ? L’avez-vous déjà vu? Tant qu’on est en vie, il ne faut jamais dire jamais. Mais pour négocier, il y a des préalables. En tous les cas, aujourd’hui, les Burkinabè, opposition, majorité et libres penseurs, doivent rester solidaires. On peut se diviser sur la façon dont il faut acquérir le pouvoir, mais quand il s’agit de lutter pour sauvegarder l’intégrité de notre pays, on doit parler le même langage.

S : Quelle définition donnez-vous au mot terrorisme, vous qui avez été ministre de la Sécurité?

S.C. : Il y a ceux qui veulent s’implanter sur un territoire. A côté d’eux, il y a tous les trafiquants qui ne vivent que du fruit des trafics. C’est pourquoi, la jonction avec les deux groupes est facile. En somme, les terroristes, ce sont ceux qui refusent de regarder la légalité. Le Burkina est apparu dans l’histoire au regard des situations qu’on a traversées depuis la colonisation jusqu’à ce jour. Il faut combattre le terrorisme, car le monde n’a pas été construit sur de telles bases, afin de laisser cet Etat à nos enfants. C’est ce qui fait la beauté de l’humanité.

S : Des organisations de défense des droits de l’homme accusent régulièrement les forces de défense et de sécurité d’exactions. Vous qui avez été ministre de la Sécurité, ont-elles tort ?

S. C. : La lutte contre le terrorisme est extrêmement difficile. Les jeunes soldats qui sont au front méritent notre appui. Il peut arriver, dans l’exercice de leur métier, des dérapages. Lorsque cela arrive, il faut faire comprendre aux auteurs, que ça ne doit pas se reproduire. Je suis de ceux qui sont très mécontents de certaines organisations. Lorsqu’on tue 10 militaires, 5 gendarmes, est-ce que vous attendez des mouches voler ? Pourtant les militaires, gendarmes ou policiers sont aussi des hommes. Ils méritent l’attention de tous ceux qui opinent. Tout se passe comme s’il y a des gens qui méritent qu’on s’apitoie sur leur sort et d’autres qui sont abandonnés à leur sort. Ce n’est pas juste. Ceux qui font des critiques doivent nous accompagner. Ce qu’ils dénoncent se passe aussi dans les armées étrangères. Nous ne détenons pas la palme. Il faut savoir raison garder.

S : Ce que dénoncent certaines organisations, c’est le fait de s’en prendre à des hommes non armés. N’est-ce pas là le problème ?

S.C. : Lorsque j’étais ministre, il y a eu une attaque au camp de réfugiés de Mentao. Lorsque nous avons enquêté, nous avons su que celui qui a mené l’attaque avait sa sœur dans le camp. Les enquêtes ont permis de retracer les contacts intérieurs et extérieurs qu’il a eus. A l’époque, je discutais chaudement avec certaines institutions, car, si ces camps deviennent des dangers pour nous, cela pose problème. Des réfugiés qui partent dans leur pays d’origine et reviennent sans traçabilité, deviennent un danger. Ceux qui pensent que l’on s’attaque à une ethnie, je voudrais rappeler qu’on a vu des chefs terroristes Sawadogo. Cela veut dire que la lutte est complexe, parce qu’au sein des populations, les terroristes sont arrivés à avoir des contacts. C’est pourquoi, le président du Faso a dit qu’il faut éviter la stigmatisation et le repli identitaire. Ceux qui soulèvent la question, nous comprenons leur préoccupation. Il n’y a pas de guerre propre.

S : Pourquoi beaucoup de terroristes arrêtés n’ont pas encore été jugés ?

S.C. : C’est la preuve qu’il faut féliciter nos forces de défense et de sécurité qui ne tuent pas au hasard. Elles ont la maîtrise de soi pour arrêter certains. C’est ce qui fait que certains sont encore en vie. C’est parce qu’elles ont de la retenue que les prisons sont remplies de ces garnements. Les FDS méritent qu’on les accompagne dans leur tâche difficile. Pour le reste, il faut que la justice se prépare pour que ces détenus dangereux passent rapidement à la barre. Car, ils peuvent s’échapper et donner la mort à d’autres personnes.

S : Comment appréciez-vous la gestion de votre successeur à la mairie de Ouagadougou avec les accusations de malversations au quotidien ?

S.C. : Lorsque j’étais à la mairie, j’ai été l’objet d’accusations. Ce sont des cicatrices que je porte. J’ai demandé que si j’ai péché que je sois jugé. J’ai envoyé une lettre à qui de droit. Dans les écritures saintes, on dit : « le cœur de l’Homme est méchant». Il y a certaines situations où si vous ne faites pas attention, vous pouvez vous suicider. Je disais que ceux qui se suicidaient étaient des esprits faibles. Non. Moi-mème, j’ai failli en arriver là. Dans les actes qu’on pose, on peut se tromper. Je ne suis pas juge et je n’ai pas envie de juger mon successeur. Nous avons une justice qui a ses insuffisances, mais qui reste notre référence. Je souhaite que ce qui doit être fait, le soit conformément à la loi et aux textes en vigueur.

S : L’ancien ministre de la Défense, Jean Claude Bouda, a été déposé à la MACO. Le MPP a-t-il décidé de lâcher l’un de ses militants pour calmer la colère qui montait dans certains rangs?

S.C. : Je suis le président du parti et par conséquent, responsable de mes propres turpitudes. Je n’ai pas vu les documents de la justice pour connaître l’intitulé exact de l’accusation. Je reste donc prudent. Il a été mis en examen, mais il n’a pas encore été jugé. Jusqu’à ce qu’il soit jugé, il y a ce qu’on appelle la présomption d’innocence. Mais, le commun des mortels ne connaît pas cela. Or, il arrive qu’on emprisonne des citoyens pendant des mois, voire des années, puis après ils sont relâchés pour insuffisance de preuves, etc. C’est un camarade qui a des ennuis avec la justice. Il reste un camarade. Nous ne le renierons pas. Nous souhaitons qu’il puisse se défendre, et que le droit soit dit.

S : Certains militants du MPP de la région du Centre-Sud, dont est originaire Jean Claude Bouda, ne seraient pas contents. Ils accusent la direction du parti d’avoir lâché l’ex-ministre de la Défense…

S. C. : Ce sont des montages. Dans un droit de réponse, il est mentionné que celui qui a rapporté de tels éléments a tronqué les conclusions. Mais c’est de bonne guerre ! Dans une famille, si un enfant commet une gaffe, les parents ne vont pas le renier. C’est pareil en politique. C’est pourquoi, nous nous sommes déplacés pour aller rencontrer nos camarades à Manga. Jusqu’ à ce qu’il soit démontré que le camarade est fautif ou condamné, nous ne devons pas jeter l’opprobre sur lui. Nous devons lui apporter notre soutien et souhaiter qu’il puisse organiser sa défense.

S : Avec l’affaire « charbon fin », celle du maire de Ouagadougou relative à l’achat des véhicules pour des maires d’arrondissements, on a l’impression que la mauvaise gouvernance prend du galon…

S.C. : C’est votre point de vue. Dans notre feuille de route, nous sommes contre la corruption. La corruption n’honore personne, ni l’Etat ni ceux qui l’organisent, encore moins le peuple. Parce que chacun reçoit ses effets négatifs. Nous devons tous combattre ce fléau. Dans les réformes proposées par le programme du président du Faso, il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Depuis 2016, il y a eu l’adoption de 13 décrets d’application de la loi portant organisation, composition, et fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Aujourd’hui, c’est une structure indépendante. Le président du Faso n’est plus le président du CSM. Il faut reconnaître que quelque chose a été fait à ce niveau pour que l’indépendance de la justice soit une réalité.
Et puis, ce n’est pas tout. Au niveau de la lutte contre la corruption, en 2016, il y a eu les décrets d’application de la loi portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso. Il y a d’autres décrets qui ont été pris et qui donnent la possibilité à tout citoyen d’aller porter plainte contre quelqu’un pour délit d’apparence. Si on ne voulait pas d’une indépendance de la justice, on aurait pris ces décrets ?

S : En 2018, vous êtes apparu dans une vidéo avec une kalachnikov en main. Aujourd’hui avec le recul, regrettez-vous cet acte?
S.C. : J’avais dit que je ne reviendrai plus sur cette question. Parce qu’au moment des faits, on m’a posé toutes les questions. Il n’est pas nécessaire d’y revenir. Si c’est pour cela que l’on doit me conduire à la place de la Nation pour me fusiller, je porterai ma croix.

S. : Une autre vidéo circule également sur les réseaux sociaux où Norbert Zongo affirmait que vous avez commandé, en 1983, du riz d’un montant de 5 milliards F CFA, et qui n’est jamais arrivé. Quel commentaire en faites-vous?

S. C. : Cette opération dont vous faites cas a été limpide. Il y a deux choses. A l’époque, une dame m’avait accusé d’avoir essayé de rentrer dans ses grâces, et comme elle a refusé, je l’ai affectée arbitrairement. J’ai été appelé à me justifier et j’ai dit à ceux qui m’ont appelé que je ne veux pas d’arrangement. J’exigeais, pour laver mon honneur, que cette affaire soit amenée au contentieux. Deuxièmement, c’est l’affaire du bateau Le Villard. Je me souviens comme si c’était hier. La Société nationale d’assurance et de réassurance (SONAR) et FONCIAS, les assureurs, ont vendu le risque auprès d’autres assureurs en France. Le bateau a eu des avaries. Et nous avons poursuivi notre assureur. Le dossier a été tranché au contentieux. Simon Compaoré n’y est pour rien, et est blanc comme neige dans cette affaire. Je ne veux pas que quelqu’un s’apitoie sur mon sort. Je suis responsable de mes propres turpitudes. Si c’est moi qui ai gaffé, c’est moi qui répondrai.

S : Avez-vous échangé avec le président Blaise Compaoré, depuis sa chute en 2014?

S.C. : Non ! Je dis non !

S : Lors d’une visite des députés de l’Assemblée nationale à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA), le général Gilbert Diendéré a désapprouvé vos propos, selon lesquels, l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) était une milice…

S. C. : Cela n’a aucune importance. Nous avons aujourd’hui d’autres chats à fouetter. Nous luttons contre le terrorisme, la COVID-19, etc. Nous voulons avancer dans l’amélioration de la qualité de vie des Burkinabè des villes et des campagnes. Tout le reste relève du domaine de l’histoire.

S.: Qu’est-ce qui explique votre absence sur la scène nationale pendant les heures chaudes de la COVID-19?

S. C. : J’étais confiné comme tout le monde. Nous avions eu des contacts avec des gens qui avaient été déclarés positifs à la COVID-19. Nous avons donc dû respecter les consignes de confinement édictées par les autorités sanitaires.

S : La gestion de la crise sanitaire du coronavirus au Burkina a révélé de graves insuffisances. Pourquoi la ministre de la Santé, Claudine Lougué, n’a-t-elle pas été démise de ses fonctions?

S.C. : Pourquoi voulez-vous qu’elle soit démise de ses fonctions? Tout le monde sait que la gestion de la COVID-19 dans le monde a posé des problèmes et des contestations. Mais, je constate avec beaucoup de bonheur que dans la gestion de cette pandémie, nous avons eu des hauts et des bas, mais nous avons affronté avec courage la situation, et grâce à notre capacité de mobilisation, et celle de toutes les populations, toutes sensibilités confondues, nous sommes arrivés à rester sur le même plateau. Et aujourd’hui, on peut dire que cela a porté fruit.
Nos efforts sont en train d’être payés. La tendance de l’épidémie (16 juin 2020, Ndlr) a montré que la courbe des guérisons continue de monter. Et le nombre de personnes qui sont toujours malades diminue. Ce sont des tendances qui ne trompent pas. Cela ne signifie pas, cependant, que la maladie est loin derrière nous. Le plus important est de tirer les enseignements de cette situation. Nous avons eu des ratés. Et aujourd’hui, nous sommes dans une situation satisfaisante. Je ne vois pas, aujourd’hui, quelqu’un qui soit mécontent de l’évolution de la pandémie. Nous sommes fiers d’avoir eu peu de moyens et d’avoir suscité une grande mobilisation, et d’avoir aussi vu le personnel médical se mobiliser et prendre des risques. Cela signifie que nous avons encore un fond que nous devons travailler à préserver. En attendant, je dis bravo à la ministre Lougué. Il y a eu des difficultés, mais c’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît les grands hommes. Je ne vois pas la nécessité de réclamer sa démission.

S : La chaîne de contamination de la COVID-19 risque de repartir à la hausse si rien n’est fait puisque les mesures-barrières ne sont plus respectées. Qu’en pensez-vous ?

S.C. : Il y a eu des gens qui ont voulu politiser cette affaire. Ils ont dit aux commerçants : « Voilà, ils veulent vous affamer, asseyez-vous, eux ils ont à
manger et vous si vous n’allez pas au marché, d’où va venir la popote ? Il faut vous lever ». Ça a été le cas à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso.
C’est les mêmes gens qui vont surfer sur les mêmes propos en disant voilà, ils ont rouvert les marchés. Tout cela, c’est de la politique.
Il faut simplement s’assumer et l’Etat l’a fait. Il faut continuer à sensibiliser dans les marchés, sinon l’épidémie peut repartir de plus belle à tout moment. Nous avons tous quelque chose à faire, journalistes et politiques, car il y va de notre santé commune.

S : Avec la levée des mesures restrictives, instaurées dans le cadre de la lutte contre la COVID-19, le front social va encore entrer en ébullition. Est-ce qu’il n’est pas temps que les syndicats et le gouvernement renouent le fil du dialogue?

S. C. : L’un des points d’achoppement, c’est la révocation des trois agents des impôts. La question prise toute seule, ne se vend pas bien. Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire que la décision du gouvernement est erronée. On a vu des syndicats plus virulents dans les années 1970, mais ils n’ont jamais franchi le Rubicon jusqu’à agresser littéralement un travailleur qui, plus est, de la gent féminine. Devant certains actes gravissimes, il faut avoir le courage de sanctionner. Le droit de grève est reconnu par la Constitution mais est-ce pour autant que ceux qui vont en grève doivent agresser ceux qui veulent travailler ? Dans quel pays sommes-nous ? La loi est très claire. Dites-moi quel est l’intérêt de faire des guéguerres contre l’Etat qui est votre employeur et qui doit faire tout pour qu’à la fin de chaque mois vous puissiez entendre le « viim koèga » ? Les syndicats sont des partenaires, mais quand on sert la mine et on tient des propos incendiaires, cela ne sert pas.
Même si c’est la fougue de la jeunesse, il faut souvent savoir raison garder. Comme le dit un adage moaga, c’est dans la négociation que l’on résout certaines situations.
Ce n’est pas en bandant les muscles que les syndicats peuvent avoir raison ou trancher la gorge de l’Etat. On n’a pas besoin d’avoir un Etat faible, au contraire l’Etat doit être suffisamment solide pour mieux protéger les travailleurs.

S. : D’aucuns ont estimé que la révocation des trois agents n’avait plus lieu d’être puisqu’il y avait eu une médiation sous la houlette des syndicats. Qu’est-ce que vous en dites ?

S. C. : Lors d’une conférence de presse, le premier responsable du syndicat a banalisé les faits en disant qu’une gifle, c’est quoi ? Pensez-vous que ce soit responsable que le dirigeant d’une organisation dont un militant commet un tel acte parle de la sorte ? Si on minimise la gifle, cela veut dire qu’il n’y a pas de remords. On est tous des hommes responsables et quand votre enfant mérite une sanction, bien que vous soyez son géniteur, il faut lui apporter la sanction parce que c’est nécessaire. J’aurai compris qu’ils aient cherché des intermédiaires pour négocier et demander pardon à l’Etat, mais au lieu de cela, ils montent sur leurs grands chevaux. Qui veut faire peur à qui ?

S : Est-ce qu’il vous est venu à l’idée de succéder au président Roch, à la fin de son second mandat s’il est réélu cette année ?

S.C. : Jamais ! Arrêtez ! Je n’ai jamais pensé à me présenter. Mon ambition est de faire en sorte que le candidat du MPP obtienne un second mandat comme le lui autorise la Constitution. Après, il y a d’autres camarades. Pour vous dire vrai, nous voulons même que le parti soit rajeuni plus qu’il ne l’est actuellement.

S : Allez-vous écrire vos mémoires un jour ?

S.C. : Je n’ai pas l’habitude d’écrire et je prends mes notes dans plusieurs carnets, qui sont difficiles à rassembler.

S : Vous aviez promis lors d’une visite à Sidwaya de plaider pour l’acquisition d’une rotative afin d’améliorer les conditions de travail des agents. Cet engagement est-il toujours d’actualité ?

S.C. : Cet engagement n’est pas du vent. Je ne l’ai pas dit pour juste faire plaisir. Car je suis venu, j’ai vu et j’ai cru aux difficultés d’une grande maison comme Sidwaya. Vous êtes à féliciter, vu les conditions dans lesquelles vous travaillez. Que ce soit à la télé, à la radio ou ici, vous faites un boulot formidable. Je n’ai pas oublié mon engagement mais il y a trop d’impondérables qui se sont invités avec la COVID-19. Ce sont les accidents de parcours.
Je vous dis clairement que si le président Kaboré venait à avoir un deuxième mandat, je souhaite que l’on règle la question de la télévision nationale, de la radio nationale ainsi que de Sidwaya. L’Etat doit faire en sorte que vous quittiez les locaux actuels. C’est une question de volonté politique qui doit être traduite dans le budget.
Même si la presse privée a connu un essor sans précédent, on ne doit pas pour autant oublier la presse d’Etat. Je suis un de vos avocats. En tant que lecteur, je trouve le format du journal trop large, ensuite la qualité de l’impression et la taille des caractères sont des choses qui peuvent être revues.
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Sidwaya N° 7229 du 8/8/2012

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