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Relations franco-burkinabè : «Il n’y a aucun nuage entre Ouaga et Paris», Alain Francis Gustave Ilboudo, ambassadeur du Burkina en France

Publié le vendredi 22 novembre 2019  |  Sidwaya
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© Ambassade par D.R
Union des travailleurs burkinabè à Paris : des conférences pour célébrer les 35 ans
L’Association des travailleurs burkinabè à Paris (ATBP) a célébré le week-end des 1er et 2 avril 2017, au siège de l’ambassade du Burkina Faso à Paris, ses 35 ans d’existence. Photo : Alain Gustave Ilboudo, ambassadeur du Burkina en France
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L’ambassadeur du Burkina Faso à Paris, Alain Francis Gustave Ilboudo, nous a accordé une interview le 16 novembre 2019 au sein de l’enceinte diplomatique.

Insécurité, présence militaire française, fracture sociale, etc., le diplomate a répondu sans détour à nos questions.

Damien Raphaël Nikiéma (D.R.N.) : Le Burkina Faso vit depuis janvier 2016 au rythme des attaques terroristes avec son cortège de morts et de psychose sociale. Quelle lecture faites-vous de la situation depuis l’hexagone ?

A. F. G. I. : C’est avec une profonde tristesse que nous assistons aux attaques terroristes contre notre pays, avec son cortège de morts, de blessés et de destruction de biens. Nous ne pouvons que nous associer à nos sœurs et frères qui sont au pays, pour déplorer cette situation. Cela arrive à un moment où le Burkina Faso est à un tournant de son histoire, car en train de rebondir face à son destin.

Ces événements qui touchent notre pays ne font que freiner, ralentir sa marche vers son développement. De l’extérieur, nous sommes en communion avec nos compatriotes qui sont à l’intérieur, et ensemble nous restons convaincus que notre pays, quoiqu’il advienne, sortira vainqueur de cette lutte contre les forces obscures du mal.

D. R. N. : Le Burkina Faso a-t-il pris langue avec la France pour une solution définitive contre cette gangrène qu’est le terrorisme ?

A. F. G. I. : Le terrorisme ne peut pas être vaincu individuellement. Ce n’est que collectivement que nous pourrons arriver à bout de ce péril. Dans ce sens, le Burkina Faso s’allie à d’autres pays, notamment ceux de la sous-région qui sont confrontés aux mêmes réalités, pour lutter contre ce mal. Egalement, il y a des pays amis qui nous accompagnent et la France est de ceux-là. Du reste, le Burkina Faso a des contacts avec tous les pays qui sont disposés à nous aider dans la lutte contre le terrorisme. La France est très présente dans la sous-région du Sahel confrontée au terrorisme aujourd’hui. Il y a la force Barkhane au Mali. Mais la France est également présente individuellement dans les pays qui sont confrontés au terrorisme avec des unités pour les aider à lutter contre ce fléau. Donc les contacts avec la France sont évidents. Et de par la coopération traditionnelle que nous avons entre nos deux pays, c’est l’occasion pour cette collaboration de s’exprimer davantage.

D. R. N. : Quelle est votre lecture de la fracture sociale au pays et partant, votre adresse à l’endroit de vos compatriotes vivant au pays.

A. F. G. I. : Naturellement, on ne peut pas être indifférent à ce qui arrive au pays, et c’est vrai que par rapport aux difficultés auxquelles le Burkina Faso est confronté, on constate des fissures dans notre tissu social que nous déplorons. Je pense que l’heure n’est plus aux divisions car comme on le dit, quand la pluie vous bat, il faut avoir l’intelligence de ne pas s’affronter entre victimes. Et c’est là véritablement l’occasion pour les Burkinabè de se serrer les coudes pour faire face à la situation parce que la lutte contre le terrorisme n’est pas seulement l’affaire d’une seule personne mais plutôt de tous les Burkinabè. Le Burkina Faso nous appartient à tous. Dans ce sens, je lance un appel à l’union, à la solidarité pour qu’ensemble nous puissions faire face de manière efficace à la situation qui nous est imposée. Ma conviction reste que nous allons en sortir vainqueur, mais à des conditions. Et l’une des conditions est que véritablement, nous soyons soudés et qu’ensemble chacun apporte sa contribution à la lutte contre le terrorisme.

D. R. N. : Dans ce sens d’ailleurs, le Pape François a, le mercredi 13 novembre 2019, appelé les Burkinabè au dialogue et à la concorde. Que peuvent renfermer ces deux mots pour les Burkinabè, selon vous ?

A. F. G. I. : Evidemment pour qu’on reste soudé et uni, il faut d’abord qu’il y ait cette concorde qui est le socle même de l’unité et il me paraît évident qu’on ne peut pas parvenir à la concorde sans dialogue. Donc, il faut bien qu’on se parle, qu’on se parle franchement, qu’on se parle vrai. Un appel comme celui que le Pape a lancé doit nous interpeller tous au Burkina, afin que nous puissions faire nôtre ce message. Ce sera à cette condition que des résultats tangibles et probants pourront être constatés sur le terrain.

D. R. N. : Comment se porte l’axe Ouagadougou-Paris ?

A. F. G. I. : L’axe Ouagadougou-Paris se porte très bien. Les relations entre nos deux pays sont au beau fixe. Nos relations de coopération se déroulent normalement avec les renforcements sur certains aspects. En tous les cas, il n’y a aucun nuage entre Ouagadougou et Paris.

D. R. N. : Le ciel est dégagé ?

A. F. G. I. : Absolument. Et de couleur bleu clair.

D. R. N. : Et qu’en est-il des relations post-insurrectionnelles avec la France ? Rompent-elles avec le passé ou s’inscrivent-elles dans la continuité ?

A. F. G. I. : A ce niveau, il faut dire que tant au Burkina Faso qu’en France, il y a eu des changements fondamentaux après l’insurrection, puisque c’est cet événement qui constitue la référence de nos relations. Après l’insurrection, il y a eu la Transition, les élections qui ont d’ailleurs été très bien appréciées de par le monde et qui ont conduit au choix du président Roch Marc Christian Kaboré. En France aussi, on a pu constater à partir de 2017 l’arrivée du président Emmanuel Macron après le départ du président Hollande. De part et d’autre, c’est un nouveau départ pour chacun des pays.

Alors, est-ce que cela peut être interprété comme une rupture dans l’évolution des relations entre les deux pays ? Je me contenterai seulement d’apprécier ce qui se passe. Et j’ajouterai que les changements qui sont intervenus de part et d’autre ne font que renforcer et booster davantage nos relations. Ces dernières années, on a vu l’intensification des échanges entre nos deux pays tant au niveau des deux responsables que des techniciens, et cela, toujours dans le cadre de l’animation de la coopération. Le président Macron a effectué sa première visite officielle au Burkina Faso en novembre 2017, et le président Kaboré aussi a effectué sa deuxième visite officielle en 2018, après la première en 2016. Donc, nos relations sont vraiment au beau fixe.

D. R. N. : Vous avez présenté vos lettres de créance au président français le 9 novembre 2016. Si ce n’est un secret, quelles en sont les grandes lignes ?

A. F. G. I. : Effectivement, j’ai présenté mes lettres de créance au président français François Hollande le 9 novembre 2016, soit deux semaines après mon arrivée en France (le 22 octobre 2016). Un cahier de route définit mes lettres de créance que le président Kaboré m’a consignée et elle est à la fois mon guide et ce que le Président Kaboré a bien voulu faire passer comme message à son homologue Hollande à l’époque par rapport à sa vision des relations entre les deux pays. A ce niveau-là, permettez-moi de rappeler simplement la mission d’un ambassadeur qui est de veiller à la poursuite et au renforcement des relations entre son pays et le pays d’accueil et aussi de veiller sur les compatriotes vivant dans le pays d’accueil. Pour le reste, permettez que les messages de fond qui m’ont été confiés relèvent de la confidence.

D. R. N. : Mais nul doute que les questions militaires, notamment la lutte contre le terrorisme ont été en première ligne des échanges ?


L’ambassadeur du Burkina Faso en France, Alain Francis Gustave Ilboudo : «L’intervention militaire française au Burkina Faso répond à des règles que les uns et les autres méconnaissent ».

A. F. G. I. : Oui, c’est sûr qu’à ce niveau, il n’y a pas de secret. La France est solidaire de ce qui nous arrive et c’est ce qui explique sa forte implication sur le terrain. Tout naturellement, la question du terrorisme n’échappe pas aux relations que nous avons avec les autorités françaises. C’est une constante dans nos relations, d’autant plus que depuis mon arrivée en France, ce sujet revient régulièrement dans nos échanges. C’est ce qui permet aussi de faire avancer les choses, d’avoir des résultats et par conséquent d’apprécier à sa juste valeur ce qui se passe sur le terrain des opérations. Le terrorisme n’a pas aujourd’hui le même visage qu’il y’a quelques années. Et force est donc de constater et de reconnaître que sur le terrain il y a des progrès, même si malheureusement nous sommes dans une guerre asymétrique.

D. R. N. : Sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, l’aide de la France est de plus en plus décriée par la conscience collective burkinabè pour cause d’inefficacité, voire de complicité…

A. F. G. I. : C’est vrai que les attentes sont très grandes quant à l’intervention française. Mais il faut aussi comprendre que dans ce type de collaboration, il y a des règles. Autant les populations ont des attentes très fortes de la part de la France, autant il faut savoir que la France œuvre sur le terrain d’un pays souverain. Donc, il faut bien comprendre que la question militaire a aussi ses règles qui échappent très souvent aux civils que nous sommes. Les appréciations dont vous faites cas répondent essentiellement à des méconnaissances que nous avons du mode de conduite de nos armées, du reste très réservées. C’est ce qui explique donc ce ressentiment de nos populations. Mais le tout est à mettre sous le compte des très fortes attentes des populations. Qu’à cela ne tienne, la coopération sur le terrain de la lutte contre le terrorisme reste à être améliorée, compte tenu du mal en face qui évolue aussi et qui est très mouvant.

D. R. N. : Parmi les points également décriés par les Burkinabè et bon nombre de populations africaines, il y a la présence des bases militaires françaises en Afrique. La question est-elle à l’ordre du jour avec la France ?

A. F. G. I. : Vous savez que depuis l’indépendance, le Burkina Faso a refusé l’installation d’une base militaire française sur son territoire. C’est une position qui a été maintenue et qui le reste jusqu’ à aujourd’hui. Et à ma connaissance, il n’y a pas de base militaire française au Burkina Faso. Ceci dit, il y a des forces spéciales françaises qui sont présentes au Burkina et dans d’autres pays de la sous-région, pour aider exclusivement à la lutte contre le terrorisme. Et je pense que c’est l’amalgame que les gens font souvent quand ils voient des militaires étrangers sur le sol burkinabè.

D. R. N. : Et leur présence est bien définie ?

A. F. I. : Absolument. La présence de ces forces est régie par un accord entre les deux Etats.

D. R. N. : Lesquels accords restent dans le secret des dieux ?

A. F. G. I. : Oui, c’est ce sont des accords qui resteront au secret de ceux-là qui sont désignés chefs pour gérer ces questions.

D. R. N. : Alors, la route de la cohésion sociale ne passe-t-elle pas par Paris, étant donné que chaque fils du Faso a sa partition à jouer ?

A. F. G. I. : Merci de confirmer quelque chose que j’ai dit tantôt à savoir que les Burkinabè de France ont aussi leur partition à jouer aujourd’hui quant à ce qui se passe au pays car nous sommes aussi concernés, même étant à l’étranger. Les Burkinabè de France participent à leur manière aux efforts pour la cohésion nationale bien que ces efforts ne soient pas assez visibles au pays. Nous cultivons ici des valeurs de solidarité et de cohésion. En ce qui concernent les fissures dans le tissu national face au terrorisme, les Burkinabè de France ont mené des activités dans le sens du renforcement de leur cohésion et cela en communion avec leurs frères du pays. Ce sont, entre autres, des cérémonies religieuses en hommage aux victimes du terrorisme, des rassemblements pour saluer la mémoire des victimes et des opérations de collecte de fonds ici en France pour soutenir les victimes du terrorisme. Il y a encore d’autres initiatives en gestation pour les semaines à venir.

D. R. N. : La communauté burkinabè vivant en France parle-t-elle d’une seule voie face au terrorisme ?

A. F. G. I. : En France la communauté burkinabè est très soudée. Mais comme la cohésion n’est pas une chose acquise pour de bon, nous continuons de stimuler le rassemblement et la cohésion de tous ceux qui vivent ici. Nous sommes unis et nous sommes dans de meilleures dispositions pour apporter notre contribution aux efforts de développement déployés au pays. Dans ce sens, la communauté burkinabè de France, active et multiple dans ses composantes, rivalise d’initiatives pour sa part de contribution.

D. R. N. : La paix, la sécurité, l’unité et la cohésion nationale passent-elles par quel chemin ?
A. F. G. I. : C’est par des contributions personnelles pour qu’on arrive à des résultats de manière collective. Chacun doit avoir un dépassement de soi et se dire que soi-même, on ne vaut que par le collectif. A partir de ce moment, c’est l’intérêt collectif qui sera mis en jeu en lieu et place des intérêts individuels. Il faut donc un don de soi sans calcul aucun par rapport aux autres. Que chacun fasse ce qu’il a à faire.

D. R. N. : Et si vous aviez une baguette magique pour trois vœux ?

A.F.G.I : Je dirai la Paix, la sécurité et l’entente entre les Burkinabè. Si ces conditions sont réunies, le Burkina Faso ira très loin.

Damien Raphaël NIKIÉMA (Collaborateur)
Sur la Route de la Cohésion Sociale
Ouaga-Paris
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