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Le Bénin au bord de l’asphyxie après la fermeture de sa frontière avec le Nigeria

Publié le samedi 21 septembre 2019  |  AFP
Patrice
© Autre presse par DR
Patrice Talon Fortune, homme d`affaires béninois
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Cotonou - Sur la côte atlantique du Bénin, des dizaines de paniers de tomates pourrissent dans la chaleur moite. La plupart n'ont même pas été ramassées depuis que le Nigeria voisin a fermé ses frontières pour lutter contre la contrebande.

"Ce spectacle (...) est affligeant", a regretté lundi le ministre béninois de l'Agriculture, Gaston Dossouhoui, en visite aux maraîchers de Grand Popo, une des principales communes agricoles du sud du Bénin. "C'est très difficile pour nos producteurs. C'est une catastrophe".

"Les maraichers béninois sont asphyxiés économiquement et traînent déjà des
millions (de francs CFA) de dettes depuis le 19 août", se désespère le président de la Chambre nationale d'agriculture du Bénin, Adjéoda Amoussou, dans une interview à l'AFP.

Le 19 août, le président nigérian Muhammadu Buhari a décidé unilatéralement, et à l'encontre de tous les traités commerciaux ou de liberté de circulation de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), de fermer les frontières avec le Bénin et le Niger.
Il les accuse de mal gérer leurs douanes et de profiter de la porosité des frontières.

- David contre Goliath -

Le port béninois de Cotonou est quasiment devenu le port naturel de Lagos, capitale économique du Nigeria de 20 millions d'habitants totalement
congestionnée et gangrénée par la corruption. Une centaine de km séparent les
deux grandes villes.

D'immenses quantités de poulets surgelés, riz, tissus, mais aussi des voitures... arrivent au port de Cotonou, taxés au Bénin, avant d'être acheminés - souvent illégalement - chez le voisin nigérian.

Dans l'autre sens, le Bénin, qui n'a qu'un nombre infime de stations essence fonctionnelles, vit grâce à l'importation d'essence du Nigeria - qui y est beaucoup moins chère grâce à un système de subventions de l'Etat: transportée en contrebande à moto dans des jerricanes, l'essence nigériane est vendue le long de toutes les routes du Bénin.

Au Nigeria, le ton a encore monté ces dernières semaines: "Les frontières resteront fermées jusqu'à ce que nos voisins contrôlent ce qui passe par les
frontières et se conforment aux lois", a annoncé mi-septembre le contrôleur général des douanes, Hameed Ali.

Pour le Bénin et le Niger (32 millions d'habitants à eux deux) le marché nigérian de 190 millions d'habitants est vital. Mais en cas de tensions économiques ou diplomatiques leur voix ne pèse pas grand chose dans un combat de David contre Goliath que le Nigeria serait quasi certain de remporter.

- Pitié -

Au Bénin, tout le monde s'affole et on craint l'asphyxie totale après plus d'un mois de sanctions. Les fausses rumeurs selon lesquelles le Nigeria irait même jusqu'à couper son approvisionnement en électricité se propagent dans les journaux et dans les marchés.

"Buhari et son pays veulent en finir avec nous", conclut Barthélémy Agon, un producteur d'ananas, touché de plein fouet par cette mesure ultra-protectionniste.

Les fruits et légumes ne s'exportent plus et les conducteurs de voitures, camions, ou taxi-motos peinent à faire le plein, le prix du litre d'essence importé en contrebande ayant grimpé de 325 à 600 FCFA (près d'un euro) en deux semaines.

"Nous souffrons sérieusement. Sans l'essence, nous ne pouvons rien", lâche Aristide Samson Assogba, conducteur de taxi-moto. "Je ne prends plus qu'un
litre désormais et le temps de tourner dans la ville (...) tout l'effort de la
journée tombe à l'eau."

Sébastien Déguénonvo est assis devant une planche de bois où d'habitude
sont présentés différents containers remplis de diesel de mauvaise qualité. Il
pouvait vendre "au moins 30 bidons de 26 litres par jour avant la fermeture de
la frontière". Désormais, il n'en a plus que 10 à vendre chaque jour.

"Je supplie le président nigérian d'avoir pitié de nous", implore-t-il dans son quartier Casse-Auto de Cotonou, oubliant que l'ancien général Buhari, qui a déjà dirigé le Nigeria en 1983-85 pendant les dictatures militaires, a la réputation d'être inflexible.

"Le président Buhari devrait avoir un peu la crainte de Dieu", soutient Henry Assogba, de l'Association nationale des revendeurs d'essence. Et de rappeler l' adage local: "Le grand n'existe pas sans le petit".
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