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Procès putsch manqué: le tribunal poursuivra-t-il le député Ouédraogo pour « faux » témoignages?

Publié le mardi 5 fevrier 2019  |  WakatSera
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© Autre presse par DR
le procès du putsch manqué de septembre 2016 reprend ce mercredi 9 mai 2018, à la salle des Banquets de Ouaga 2000
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Le tribunal militaire burkinabè, dans le cadre du jugement du dossier du putsch manqué de 16 septembre 2015, a dit se réserver, ce lundi 4 février 2019, le droit de poursuivre, à la demande du parquet, le député Michel Ouédraogo, comparaissant à la barre comme témoin. A la suite du colonel Yonaba, ce sont trois autres témoins dont M. Ouédraogo qui ont été entendus ce jour.

« Le 15 septembre 2015, je suis revenu d’une mission que j’ai effectuée au Maroc. J’ai dormi à l’aéroport et le lendemain je suis parti au siège du parti pour déposer ma candidature pour les élections législatives. C’est sur place là-bas que j’ai appris que les autorités de la Transition ont été arrêtées et qu’une réunion du parti était prévue dans la soirée » de ce même jour, a relaté, l’ex-directeur de Sidwaya, le quotidien d’Etat. Il aurait affirmé, selon le procès verbal de son audition, que des membres de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, opposition) dont l’actuel président, Eddie Komboïgo, les vice-présidents Achille Tapsoba et Salif Sawadogo, accusés, ont pris part à cette rencontre.

Au cours de la réunion, il a été porté à l’attention des militants, l’arrestation des autorités de la Transition, les dispositions sécuritaires qu’il fallait prendre pour sécuriser le siège du CDP et les domiciles des responsables du parti, et l’intégrité physique des militants, a dit le témoin.

Dans un deuxième procès-verbal issu des confrontations devant le juge d’instruction avec ses camarades, M. Ouédraogo s’est ravisé sur la présence des personnes qu’il a citées puisque ces dernières disent n’avoir pas pris part à la rencontre du 16 septembre que le témoin a évoquée et qui se serait tenue vers 18H. Ils estiment que Michel Ouédraogo a dû faire certainement une confusion avec une autre rencontre.

Le témoin, estimant qu’il a été interrogé sur l’affaire après près de deux ans et que beaucoup de rencontres qui visaient à préparer les élections de fin novembre 2015 ont eu lieu, il dit même « douter » de la tenue de la rencontre au siège du parti. Malgré les relances du parquet et de la partie civile, le témoin a préféré maintenir cette troisième et dernière déposition à savoir qu’il n’y a pas eu de rencontre le 16 septembre dans la soirée à partir de 18H. « Si je vous dis qu’une réunion s’est tenue, j’ai quoi comme acte matériel ou preuve pour vous le prouver? Vous voyez, donc permettez moi de douter », a-t-il lancé en ajoutant qu’il s’est ravisé aussi parce qu’il faisait « confiance » à ses camarades du parti qui sont des « responsables ».

Les déclarations du témoin ont également varié sur l’initiateur de la rencontre au niveau du monument des Martyrs, le 17 septembre 2015.

C’est après avoir constaté ces « contradictions » dans les dépositions du député du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP, ex-majorité) que le parquet a requis, conformément à l’article 120 du Code de justice militaire, qu’il plaise au tribunal, de poursuivre l’ex-délégué général du Festival panafricain du cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (Fespaco) pour « faux » témoignages.

La partie civile qui dit également avoir constaté une « variation » ou une « inconstance » des déclarations du témoin, a soutenu la position du parquet en rappelant qu’un faux témoin encourt une peine d’emprisonnement allant d’un à 10 ans. « C’est amplement justifié dans le cas d’espèce et il n’y pas besoin » selon les textes judiciaires de « lever l’immunité » dont jouit un député puisque la flagrance est constatée à la barre, a dit Me Pierre Yanogo de la partie civile.

La défense trouve, à la réquisition du parquet, un moyen de perturber le jugement.

Pour les avocats de la défense, en l’occurrence Me Olivier Yelkouni, Me Aziz Dabo, Me Idrissa Badini, Me Timothée Zongo et Me Mamadou Sombié, cette réquisition du parquet vise à perturber la sérénité du procès. « Ce n’est pas la première qu’un témoin plaide contradictoirement », a affirmé Me Yelkouni qui demande au parquet et à la partie civile s’ils ont « caractérisé » les faits. « Qu’est-ce qui établit les faits? », a enchaîné Me Aziz Dabo qui a demandé au tribunal de ne pas accéder à la requête car certains témoins se sont comportés comme M. Ouédraogo, sinon même pire, mais n’ont pas été inquiétés.

Me Timothée embouchera la même trompette et pense que cette attitude du parquet et de la partie civile constitue « à la limite des menaces. On ne peut pas faire sereinement un procès dans les intimidations et les menaces », a-t-il insisté. En somme, pour la défense, la réquisition de poursuite pour faux témoignages est « un mauvais signal qu’on envoie à l’endroit des témoins ».

Comme réponse à la demande du parquet, le tribunal a laissé entendre qu’il allait surseoir à statuer sur cette demande jusqu’à la fin de la deuxième partie de cette audience du jour, avant de se prononcer.

Avant Michel Ouédraogo, ce fut le colonel Yonaba qui a été appelé à la barre pour la poursuite de son audition. Le témoin qui s’était emporté le vendredi 1er février contre Me Guy Hervé Kam, a présenté ses excuses au tribunal militaire. Ce témoin a maintenu ses différentes déclarations même s’il a estimé que les relances du parquet et de la partie civile tendaient à avancer des propos qui ne sont les siens textuellement.

Après le colonel Yonaba, ce fut le témoignage de Charles Kibsa Niodogo qui a été entendu à la barre. Ce témoin rejoint la position du secrétaire général de la section provinciale du CDP, Noël Sourwèma qui disait que l’accusé Salif Sawadogo avait instruit de convoquer une réunion le 17 septembre 2015 à la place des Martyrs. Pour M. Sawadogo, du fait de la proximité de M. Niodogo et de M. Sourwèma qui chercherait à le charger, il ne peut pas donner foi à la déposition du témoin qui l’a remplacé à l’Assemblée nationale. Charles Kibsa Niodogo « est suffisamment dépendant de M. Sourwèma », a-t-il ponctué.

L’audition a été suspendue avec la déposition du témoin Mohamed Rachid Ilboudo et se poursuivra demain à partir de 9H.

Par Bernard BOUGOUM
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