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Procès du putsch : «J’accuse le juge d’instruction», Diendéré

Publié le mardi 18 decembre 2018  |  Sidwaya
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© AFP par AHMED OUOBA
Le général Gilbert Diendéré au premier plan (g) à côté de l`ancien ministre des Affaires étrangères Djibrill Bassolé. Ils sont les principaux accusés dans le procès du putsch manqué de septembre 2015.
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L’audition du général de brigade, Gilbert Diendéré, s’est poursuivie, le lundi 17 décembre 2018 à Ouagadougou, avec les observations des avocats de la partie civile et celles du parquet militaire sur l’authenticité des deux pièces fournies par l’accusé.

Cela fait maintenant trois semaines, que le général de brigade, Gilbert Diendéré, le présumé auteur du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015, passe à la barre du tribunal militaire délocalisé à Ouaga 2000. Comme à l’accoutumée, ce 17 décembre 2018, il est resté toujours sur sa position, celle de n’être pas l’auteur du putsch qu’il a pourtant assumé. Pour éclairer la lanterne sur sa défense, il a ajouté deux pièces, qui selon lui, pourraient le « disculper ».

Il s’agit de l’attestation du prêt de 160 000 000 F CFA distribués aux soldats de l’ex-RSP et la liste des personnes du Comité de résistance populaire. Celles-ci auraient assisté à des réunions, tenues le 18 et le 20 septembre 2015 et dont le but était de mobiliser la jeunesse à faire front aux soldats. Les avocats de la partie civile et le parquet militaire ont remis en cause l’authenticité de ces documents et refusé qu’ils soient reversés au dossier. En ce qui concerne l’attestation du prêt, après plusieurs versions, le général a affirmé avoir reçu l’argent de ses proches qu’il aurait aidés. « Il s’agit en effet de la société C.K.I. Tech SARL, dont les 70% des actions sont détenues par son fils Ismaël Diendéré et sa belle-fille Fatoumata Diawara. En sus, en 2015, ladite société était déjà redevable de 93 000 000 F CFA à sa banque, des procédures avaient même été engagées contre elle. Ce qui permet d’établir que l’argent n’est pas venu de ses proches mais plutôt de la Côte-D’ivoire », a expliqué Me Hervé Kam. Me Séraphin Somé a dénoncé la mauvaise foi du prévenu, qui, à chaque audience, livre une nouvelle version.

« Tantôt, il aurait servi d’aval pour le prêt, tantôt, il aurait aidé des proches à contracter un prêt … Il ne fait que nous torturer moralement », a-t-il relevé. De l’avis de l’avocat de Diendéré , Olivier Yelkouni, il n’est pas interdit d’avoir plusieurs versions. C’est pour cela que l’enquête préliminaire, l’instruction et l’audience existent, a-t-il précisé. « Les nouvelles pièces vont permettre de déterminer la vérité », a-t-il mentionné. A ce propos, Me Kam a précisé que la vérité ne varie pas, sinon, c’est qu’il y a un mensonge quelque part. Concernant la seconde pièce, la liste des résistants, l’accusé a refusé de livrer sa source, d’autant plus que Me Yelkouni a fait noter que c’est une prise de note d’une personne ayant assisté aux réunions. Selon le parquet, le document n’est pas recevable en l’absence du sceau d’authenticité.

Les victimes, boucliers des OSC ?

« D’ailleurs, il est chargé, illisible et raturé. Qu’est-ce qui prouve qu’il n’a pas été produit par le général lui-même. C’est un document à prendre avec des pincettes », a-t-il suggéré. Et l’accusé de rétorquer qu’il ne faut pas chercher à cacher la vérité. Pour le parquet, M. Diendéré veut faire de la manipulation. « Vous donnez l’impression de défendre la vérité, mais quand on essaie de comprendre, vous refusez de répondre et vous épiloguez sur d’autres aspects qui n’ont pas de lien direct avec le dossier », a affirmé le procureur militaire, Alioun Zanré.

Par ailleurs, la partie civile pense que les nouvelles pièces sont irrecevables, parce que lesdites réunions ont eu lieu après que ces meurtres et blessures aient été commis. Mais pour le général, la liste serait une preuve que la société civile a utilisé les victimes comme des boucliers humains pendant le putsch. « C’est pourquoi, j’ai remis personnellement ce document au juge d’instruction. C’était son rôle d’investiguer afin de situer les responsabilités sur les victimes. En plus de soutenir n’avoir pas commandité, organisé et planifié le putsch manqué, j’accuse le juge d’instruction de n’avoir pas bien fait son travail », a-t-il souligné. Me. Yelkouni a soutenu que le refus de prendre en compte cette pièce montre que le dossier a été instruit à charge, sinon elle comporte des informations très graves, qui pourraient situer les responsabilités. « C’est dire que la justice n’est pas équitable dans cette affaire », a renchéri Me Mathieu Somé.

« Les petites mains plus excusables … »

Dans l’après-midi, la partie civile a révélé le contenu de la transcription de certains appels du Gal, au moment du coup d’Etat, qui, selon elle, traduisent la trahison et la collusion avec des forces étrangères. Dans l’une d’elles, l’interlocuteur de Diendéré a demandé à le rencontrer pour mieux échanger sur « la stratégie à mettre en place », parce que les autorités ne sont pas disposées à lâcher prise. Pour celui dont l’identité n’a pas été dévoilée, la période du coup d’Etat est inappropriée.

« On pouvait le faire en juin avec le PM (Premier ministre Yacouba Zida, ndlr) ou après les élections (…), le Président aurait des difficultés, on pouvait facilement le déposer », a dit l’interlocuteur, selon l’extrait du PV lu. A propos de sa non-résistance, Gilbert Diendéré aurait affirmé à Sidi Lamine, un coaccusé : « On est obligé de faire semblant … ». Pour Me Hervé Kam, le général n’était pas dans une logique d’apaisement. Dans un autre échange téléphonique, le chef djihadiste malien, Djeri, rassure Diendéré qu’il «essaie de mobiliser » ses troupes. « Il faut qu’on mette tout en œuvre à la frontière … On est préparé et posé maintenant », a-t-il déclaré au général.

« Observations et réactions général ? », a interrogé l’avocat. « Je dis à haute et intelligible voix que je n’ai pas d’observations à faire aux propos de Me Kam », a-t-il répondu. Prenant les révélations à son compte, Me Prosper Farama a insisté pour que l’accusé donne son avis. Mais, le général persiste et signe, il ne souhaite pas parler d’écoutes téléphoniques, dont il remet en cause l’authenticité. Aussi, pour l’homme de droit, la demande de soutien financier et matériel (pour le maintien d’ordre) à la Côte d’Ivoire et au Togo, est un acte d’hostilité contre le Burkina Faso, car celle-ci n’entre pas dans le cadre d’une coopération entre Etats. Me Farama a dit partager le désir du prévenu, lorsqu’il demande que la hiérarchie militaire soit inculpée en lieu et place de jeunes soldats.

« Les petites mains qui exécutent sont plus excusables que les grands cerveaux qui donnent des ordres à exécuter », a déclaré Me Farama. Pour lui, c’est un impératif, il faut que toutes les responsabilités soient situées. A cet effet, « on aurait pu et même dû » mener des enquêtes balistiques afin de savoir l’arme de quel soldat a atteint telle victime, comme l’a souhaité l’accusé. Toutefois, a-t-il noté, cela ne décharge pas pour autant Gilbert Diendéré. Il a expliqué qu’en matière d’infraction de masse, on ne recherche pas les soldats sur le terrain, mais plutôt les commanditaires, les cerveaux. Pour lui, plusieurs déclarations du général Diendéré, contenues dans les P.V., prouvent à souhait que le putsch était « prémédité », mais qu’il a été « mal préparé ». Me Yanogo, toujours de la partie civile, ne comprend pas que l’on se retrouve avec « une infraction sans père ni mère ». Diendéré est imperturbable : « Vous ne pouvez pas m’obliger à dire ce que je n’ai pas fait ».

Fleur BIRBA
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