Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Procès du putsch : Le colonel Abdoul Karim Traoré s`explique

Publié le jeudi 4 octobre 2018  |  Sidwaya
Le
© Sidwaya
Le colonel Abdoul Karim Traoré
Comment


Le colonel Abdoul Karim Traoré dit avoir vécu les évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants, près du général Gilbert Diendéré, en tant qu’«écrivain», en quête d’informations. C’est ce qu’il a confié lors de son interrogatoire à l’audience du procès du putsch manqué, le mercredi 3 octobre 2018, où il a plaidé non coupable de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.


«Je ne reconnais pas les faits, ni par action, ni par omission», a déclaré le colonel Abdoul Karim Traoré, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat dans l’affaire du putsch manqué. Devant le Tribunal militaire, l’officier toujours en activité a comparu en tenue civile, le mercredi 3 octobre 2018, «une défiance» aux «directives» de la justice militaire, selon Me Hervé Kam. En l’absence de «textes de lois» en la matière, le président du tribunal a autorisé la poursuite des interrogatoires. Le colonel Traoré dit avoir eu l’information du putsch, le 16 septembre 2015, alors qu’il s’attelait à la publication d’un livre. « Ça ne m’a pas dit grand-chose, je pensais que c’était une énième crise du RSP », a-t-il expliqué. Toutefois, le magistrat a cherché à entrer en contact avec le général Gilbert Diendéré et le Chef d’Etat-major général des armées d’alors, le général Pingrenoma Zagré qui l’a rassuré que tout allait bien. « Ensuite, j’étais surpris d’apprendre que Diendéré porte un nouveau régime », a ajouté l’officier. Sur accord de ce dernier, il s’est rendu au ministère de la Défense, aux environs de 2h du matin, le 17 septembre, pour le rencontrer. Finalement, c’est au tour de 4h que les deux hommes ont pu échanger au camp Naaba Koom II. « Diendéré m’a expliqué la situation … Je lui ai dit : mon Général, c’est mauvais … Il faut remettre le pouvoir aux civils », a narré l’ancien substitut du tribunal militaire. Il a indiqué que le présumé auteur du coup d’Etat lui a promis de prendre langue avec les autorités politiques et diplomatiques pour une sortie de crise ; d’où son étonnement d’apprendre la suspension de la Constitution, de la Charte de la Transition et de l’instauration de l’état d’urgence. Pour ses « besoins personnels et intellectuels», l’écrivain en quête d’informations s’est joint aux éléments de l’ex-RSP pour «vivre les évènements», notamment les rencontres avec les ambassadeurs et les médiateurs de la sous-région.


Des rebelles touaregs à Ouagadougou?


Le colonel Traoré a fait observer qu’il a développé plusieurs «initiatives de paix», car il savait qu’un putsch ne pouvait pas prospérer. «Ce n’est pas parce que c’est un coup d’Etat qu’on ne négocie pas. J’ai fait beaucoup de choses, malheureusement cela n’a pas empêché les morts», a laissé entendre «le spécialiste en règlement des conflits et expert en médiation». D’ailleurs, il a soutenu qu’il n’était pas favorable à la prise du pouvoir par les armes, sauf s’il en est l’auteur. «Les cinq millions de FCFA reçus du colonel Bamba Mamadou de la part du général Diendéré sont-ils la récompense pour les efforts fournis ?», lui a demandé le parquet militaire. « Beaucoup de gens me donnent de l’argent, souvent plus que ça. Ce n’est pas un fait nouveau », a expliqué l’accusé. Et d’ajouter : « quand j’ai reçu l’appel du colonel Bamba, comme c’était à l’approche de la fête, j’ai pensé que c’était pour le mouton. Quand il m’a remis les 5 millions FCFA, j’ai pensé à la production de mon livre, parce que j’avais demandé de l’argent au général pour cela », a-t-il déclaré. Le rapport de l’expertise téléphonique du colonel Traoré lui attribue des conversations et SMS assez accablants. La transcription d’écoutes téléphoniques révèle des échanges avec un chef rebelle touareg malien du nom de Mamadou Djéri Maïga, leader du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) sur la présence d’hommes armés à Ouagadougou au temps fort du coup d’Etat. Un certain A.K.T. (Abdoul Karim Traoré, selon le parquet) a rassuré que tout est sous contrôle, excepté le volet politique. «Nous avons pris le pouvoir (…) Militairement c’est réglé, c’est le plan politique qui reste (…) Si vous intervenez maintenant, c’est foutu», aurait-il dit au chef rebelle touareg. Le colonel a aussi envoyé de nombreux SMS au général Diendéré, qui n’ont pas reçu de «réponse». «Une incongruité», selon l’accusé qui a tout nié en bloc. Il dit certes connaître Djéri Maïga, mais n’a rien à voir avec le contenu de l’élément sonore, encore moins une éventuelle présence de rebelles touaregs dans la capitale burkinabé.


Dans l’après-midi, les débats ont porté sur l’enquête préliminaire au procès. L’accusé a expliqué qu’en tant que magistrat militaire, son arrestation et son audition à la gendarmerie n’ont pas suivi la procédure spéciale prévue par la loi. Mais Me Hervé Kam de la partie civile a rétorqué que ladite procédure a été abrogée depuis l’an 2000. Celui-ci a fait comprendre qu’il n’a pas signé les procès-verbaux d’audition à la gendarmerie, car ils ne sont pas conformes à ses déclarations et ne respectent pas sa qualité de magistrat militaire. Ce n’est pas l’avis de l’accusation et de la partie civile qui ont opposé au prévenu des dépositions selon lesquelles il a lu et signé lesdites pièces. Par contre, pour la défense, les PV en question ne peuvent pas être opposés à l’accusé. Il en est de même, selon Me Moussa Sogodogo, l’un des conseils du colonel Traoré, de l’expertise électronique dont l’ordonnance de commission et les conclusions n’ont pas été notifiées au mis en cause et à ses conseils. Au sujet de la déclaration du CND que le colonel Traoré aurait contribué à rédiger, l’avocat a demandé au tribunal de s’en tenir à celui qui l’a signé. Se prononçant globalement sur le respect des règles de procédure, Me Dieudonné Willi, l’un des avocats de l’officier, a affirmé que le cas de son client illustre bien ce pour quoi la défense se bat depuis le début du procès, à savoir le respect d’un minimum de fondamentaux de l’instance pénale. L’interrogatoire du colonel Traoré se poursuit ce jeudi 4 octobre à partir de 9 heures.
Commentaires