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Procès du putsch manqué : Quand le sergent Ollo Poda s’emmêle les pinceaux

Publié le mercredi 4 juillet 2018  |  Le Pays
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© FasoZine par DIMITRI KABORÉ
Procès putsch manqué: l’interrogatoire des accusés débutera le mardi 12 juin
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Lundi 2 juillet 2018, 3e jour d’instruction au Tribunal militaire délocalisé à la salle des Banquets de Ouaga 2000. Le procès du putsch manqué poursuit lentement son chemin. Après le sergent-chef Mohamed Zerbo, c’est le prévenu Ollo Stanislas Sylvère Poda qui est à la barre. Il est accusé, entre autres, de « meurtres de coups et blessures sur 42 personnes et de dégradation et destruction de biens ». Mais avant qu’il ne soit appelé à la barre, le sergent-chef Mohamed Zerbo a vu son audition se terminer après trois jours à la barre.



Le sergent-chef Mohamed Zerbo, accusé d’« attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures involontaires, dégradation et destruction de biens », a nié les faits qui lui sont reprochés. Le lundi 2 juillet, à la reprise de l’audience, il a été appelé à la barre pour poursuivre l’audition débutée le vendredi dernier dans la soirée.

Dans ses allégations du jour, le sergent-chef Zerbo a fait comprendre que dans la patrouille de maintien de l’ordre ordonné par le major Badiel, leur véhicule a essuyé des tirs vers le SIAO. Aussi, ils ont mis la main sur un civil armé. Ils ont aussi rencontré des gendarmes et des policiers en patrouille.

La partie civile, notamment Me Prosper Farama, a cherché à savoir si le prévenu a vu les gendarmes et les policiers tirer sur les manifestants. Celui-ci a laissé entendre qu’il ne sait pas puisqu’il n’était pas avec les gendarmes, ni les policiers. « Est-ce que vous regrettez ce qui s’est passé ? », a demandé Me Farama au prévenu. Celui-ci répond par l’affirmative, « vu les répercussions sur la population ».

Au fil des questions, le sergent-chef a indiqué qu’ils détenaient des armes de guerre, leurs dotations habituelles et des armes pour le maintien de l’ordre. « Avez-vous fait usage de vos armes ? », a cherché à savoir Me Yaméogo de la partie civile. Le prévenu a précisé qu’il est allé pour une mission de maintien de l’ordre, donc il a « fait usage de l’arme du maintien de l’ordre ».

Et Me Yaméogo d’enfoncer le clou : « Est-ce que si les manifestants s’opposaient à vous, vous feriez usage de vos armes ? ». « Négatif », a répondu le sergent-chef. Probablement, les propos du prévenu ont touché d’une manière ou d’une autre Me Séraphin Somé qui n’a pas manqué de faire des observations à propos. En effet, il a estimé que « M. Zerbo, depuis son audition le vendredi, déroule un film fiction de très mauvaise qualité, la qualité B ». Il a aussi relevé qu’il « est coriace et très instruit ».

Donc, avec son niveau d’instruction, il ne peut signer un procès-verbal qu’il ne reconnaît pas. Et Me Somé d’ajouter : « Si vous mentez, vous insultez la mémoire de ceux qui ont péri pendant le putsch manqué ». Il n’en fallait pas plus pour amener le prévenu à demander qu’on « lui accorde du respect et que l’on ne qualifie pas ses dires de film de fiction de mauvaise qualité ». Le prévenu a reprécisé que ce sont des ordres qu’il a suivis et que son niveau d’instruction n’a rien à y voir.

« Même si on décroche un galon d’officier et qu’on l’accroche à un coq, je vais le respecter. Mon niveau d’instruction n’a rien à y voir ». Comme excédé, il fait comprendre que « tu peux avoir un Bac plus et obéir aux ordres d’un chef qui n’a que le Certificat d’études primaires (CEP). J’ai vécu quelque chose et c’est ce que j’ai fait que je raconte. Si on me poursuit pour meurtre, que l’on m’apporte les preuves, mais que l’on ne me fasse pas porter une robe qui ne me va pas à la taille ».

Sentant la tension de part et d’autre, le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, a jugé bon de recadrer les choses en relevant que, que ce soit le parquet, les avocats de la partie civile, les avocats de la défense, « chacun est dans son rôle parce que c’est un procès pénal ».

Ce n’est pas tout ce qui est écrit dans les procès-verbaux qui est parole d’évangile



Malgré ce recadrage, Me Idrissa Badini, conseil du sergent-chef Zerbo, a affirmé que « certains outrepassent leur rôle ». « Nous sommes là pour dire la vérité et nous nous en tenons à cela », a-t-il déclaré. Pour Me Nion, le problème n’est pas à ce niveau.

« Des individus ont été pris armés et ils ont saccagé et brûlé, il faut situer les responsabilités », a-t-il fait remarquer. C’est pourquoi il a demandé au juge d’utiliser son pouvoir d’investigation pour faire jaillir la vérité. En tout état de cause, Me Seydou Roger Yampa a noté que « c’est un pan de l’histoire du Burkina qui s’écrit et il doit être écrit dans toute sa véracité ».

Qu’à cela ne tienne, Me Yampa a tenu à mentionner que ce n’est pas tout ce qui est écrit dans les procès-verbaux qui est parole d’évangile. Les observations fusaient de part et d’autre quand un avocat de la défense a relevé que le RSP est un corps légalement formé et que les ordres que le sergent-chef a reçus, ne sont pas illégaux. Toute chose qui a conduit le parquet à demander aux uns et aux autres de contrôler leur langage parce que le « RSP était une branche de l’armée burkinabè » et que les uns et les autres « ne donnent pas l’impression que l’on s’acharne contre quelqu’un ou contre une institution ».

Par rapport aux individus armés, le procureur a fait remarquer que « seul Yacouba Manli, un policier, a été appréhendé avec une arme ». Et ce dernier, en effet, assurait la sécurité de feu Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale. Et il a fait remarquer qu’en dehors de lui, aucun civil, à leur connaissance, n’a été appréhendé avec une arme.

Pour ce qui concerne l’allégation du maintien d’ordre, le parquet semble prendre ces allégations avec des pincettes, parce que, dit-il, « si nous étions dans la logique de maintien de l’ordre, quand l’armée, force de 3e catégorie, sort, la gendarmerie et la police, forces de 2e catégorie, rentrent ». Alors, « si la gendarmerie et la police sont sur le terrain de même que les militaires, ce n’est pas un maintien de l’ordre ; il faut trouver une autre appellation à cela », a-t-il conclu. Et pourtant, « j’ai déjà fait plusieurs fois le maintien de l’ordre dans les cérémonies, avec des gendarmes et des policiers », a rectifié le prévenu.

Dans la même lancée, Me Sayouba Neya, avec ses questions, a titillé l’accusé jusqu’à ce qu’il affirme qu’ils ont utilisé l’arme de maintien de l’ordre pour sortir un élément coincé vers le SIAO. Mais il a ajouté : « on utilise rarement cette arme parce qu’elle fait un grand bruit ». Le sergent-chef a fini par dire aussi que le civil qu’ils ont appréhendé dans la boutique, avait saccagé le commerce d’un boucher qui leur a demandé de l’aide. Et c’est grâce aux indications qu’ils ont pu appréhender le civil en question.

Un individu armé vêtu d’un tee-shirt du Balai citoyen

Et le sergent Ollo Poda, dans ses déclarations, de préciser que l’individu « était vêtu d’un tee-shirt du balai-citoyen ». Oui, le sergent Ollo Poda est le deuxième à passer à la barre. Déjà condamné à 17 ans de prison ferme dans le procès de Yimdi, le sergent Ollo Poda est accusé, entre autres, des chefs d’accusations suivants : «meurtres, coups et blessures sur 42 personnes, dégradation et destruction de biens».

L’accusé a nié les faits qui lui sont reprochés. «Le 16 septembre, Zerbo m’a demandé de l’accompagner. On est parti vers Savane Fm. Ce jour-là, j’étais de piquet au camp Naaba-Koom 2 ». « Et comment vous êtes-vous retrouvé à la présidence ?», a questionné le président du tribunal. « Je n’ai jamais été à la présidence ». « C’est le juge qui m’a dit, lors de l’instruction, que des gens ont dit qu’ils m’ont vu à la présidence ».

Et il ajoute : «comme l’a dit le chef Zerbo, on n’était pas face à un juge, mais un chef militaire. Et quand tu entres, ce sont des menaces ». En tout cas, il a affirmé ne jamais être allé sous le hall de la présidence. Une déclaration qui a surpris le procureur puisque dans le procès-verbal qu’il a lui-même signé, il a affirmé avoir été au palais présidentiel et même qu’il a escorté les prisonniers avec une 4x4 de luxe de la salle où a lieu le Conseil des ministres au palais présidentiel. Mais l’accusé dit ne pas se reconnaître dans les faits.

Et il a même relevé la manière dont on l’a traité quand il est arrivé de la Côte d’Ivoire pour le procès de Yimdi. « On est resté 47 jours avec les menottes dans les mains. Dans le procès de Yimdi, j’ai assumé l’acte que j’ai posé. Mais cette fois-ci, je ne peux pas assumer ce que je n’ai pas fait ». Et à un moment donné, il a affirmé n’avoir rien signé comme procès-verbal relativement aux déclarations dont le procureur fait cas. Pour en avoir le cœur net, on lui apporte le PV sur lequel figure sa signature pour qu’il l’identifie.

Et il dit : « c’est bien ma signature ». Suite à ces confusions, Me Isaac Ndorimana a demandé aux uns et aux autres un peu d’indulgence parce que son client est un peu éprouvé, déjà qu’il a écopé de 17 ans de prison ferme dans l’affaire Yimdi. Il a affirmé donc que sa mémoire peut lui jouer des tours.

A peine a-t-on donné la parole à l’accusé, qu’il a recommencé à dire que son papa qui est au village a été emprisonné à cause de Zida et pour lui, tout ce qui lui arrive aujourd’hui est la faute à Zida. A peine, si l’accusé ne répétait pas les propos qu’il a tenus lors du procès de Yimdi. Et le juge de l’arrêter pour lui demander en quoi ce qu’il raconte, a quelque chose à voir avec le procès du putsch manqué. Pour plus de clarté, le juge procède à l’interrogation point par point. « Avez-vous participé au PV de confrontation ? », « Non », a répondu l’accusé.

Le juge : « pouvez-vous nous entretenir sur la mission de Zorgho ? », « c’était une mission d’escorte. On a quitté Ouagadougou au nombre de quatre (4), chef Zerbo, moi, Drabo et un autre jeune. On s’est arrêté à Boudri, mais je n’ai rien vu de particulier. Après on a continué et c’est à l’entrée de Zorgho, qu’une Mercedes est venue se placer entre les deux véhicules. A Zorgho, on est entré dans un six-mètres, on a fait une mission d’observation et on est revenu ». « Et à Laïco ? », a demandé le juge.

« A Laïco, on n’a rien fait. On est allé et ce sont des gendarmes qu’on a retrouvés sur les lieux, mais on n’a rien fait », réponse du prévenu. Il dit n’avoir rien fait aussi à Gounghin, et n’être même pas allé chez Simon. « Et ce jour de la mission de Boulmiougou ? » « J’avais « appolo », et on m’a débarqué à l’infirmerie ».

Quid de la femme qui les a accompagnés à Zorgho ? A propos de cette femme, le sergent Ollo Poda a déclaré ne jamais avoir eu affaire à une femme à Zorgho. Chose surprenante pour le procureur qui, en se référant à l’instruction, a dit que le sergent Ollo Poda a, dans ses déclarations, décrit la femme en question et dit qu’elle loge à Tampouy. Et selon le procès-verbal, le procureur a fait comprendre que « Ollo Poda a dit que la mission de Zorgho, c’était pour détruire la radio de Zorgho et c’est la dame qui était dans la Mercedes qui a mis le feu ».

Une fois de plus, le sergent dit n’avoir rien à voir avec ces déclarations. Sur ce, l’avocat du prévenu, Isaac Ndorimana, a demandé une suspension pour s’entretenir avec son client. Et comme l’heure de la suspension, c’est-à-dire 13h, était presqu’arrivée, le juge a suspendu l’audience qui devait reprendre à 14h. A la reprise dans l’après-midi, précisément à 14h 30mn, l’audience s’est poursuivie avec le même prévenu appelé de nouveau à la barre, le sergent Ollo Stanislas Poda.

Et Me Farama, avocat de la partie civile, de donner son appréciation sur les déclarations du prévenu. Pour lui, les propos du sergent Ollo Stanislas Poda sur l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, sont des paroles dignes d’intérêt. Mais, a-t-il regretté, sa déclaration relative aux actes qu’il a posés pendant le coup d’Etat manqué de septembre 2015 suscite plusieurs interrogations. «Quand avez-vous su que les autorités de la Transition avaient été arrêtées ?», a interrogé Me Farama.

«Le soir du 16 septembre 2015 vers 16h», a répondu le sergent Ollo Poda. «Quelles sont les missions du RSP ?», reprit Me Farama. «Je ne sais pas», répondit le sergent Ollo. Ce qui a amené Me Farama à exprimer son indignation. Pour lui, il s’attendait à voir des soldats prêts à dire toute la vérité, ce qu’ils savent de ce qui s’est passé en 2015 puisque certains d’entre eux disaient qu’ils voulaient qu’on aille au procès afin qu’ils disent toute la vérité. Mais que nenni ! Des propos qui ont provoqué le courroux de l’un des avocats de la défense qui a estimé que les questions posées à son client ne sont pas des questions adressées à une personne physique mais à une personne morale, notamment le RSP.

Toujours dans le sens de soutenir son client, Me N’Dorimana, l’un des avocats de la défense, a trouvé que son client a agi en fonction des règlements et de la discipline militaires. Pour lui, dans l’armée, lorsqu’un supérieur hiérarchique donne des ordres, le subalterne n’a pas le droit de refuser. Mieux, il n’a qu’une et une seule chose à faire, c’est d’exécuter les ordres. Dans le même ordre d’idées, Me Roger Yamba a indiqué que c’est un pan de l’histoire du Burkina qui est en train de s’écrire du côté de la salle des Banquets de Ouaga 2000.

C’est pourquoi, a-t-il indiqué, il est nécessaire de faire jaillir toute la lumière. Selon ses dires, le parquet et les avocats de la partie civile cherchent à savoir ce que ses clients ont fait pendant le coup d’Etat et non le mobile de leurs agissements. «Les mêmes causes produisent les mêmes effets », a-t-il dit. C’est pourquoi, estime-t-il, il serait judicieux de chercher à savoir les causes profondes de ce qui s’est passé.

Après l’intervention de Me N’Dorimana, le président du tribunal a donné la parole au Procureur militaire, Alioun Zanré, pour ses éventuelles questions. «Pensez-vous que tout ce que vous venez de dire justifie un coup d’Etat ? », a interrogé le Procureur militaire. «Je ne sais pas puisque je n’ai pas fait de coup d’Etat», répondit Ollo Poda. A sa suite, Me Yanogo de la partie civile, après avoir écouté les accusations que le sergent Poda portait contre l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida, a rappelé que le procès est celui du coup d’Etat et non celui des projets de Zida. Après l’interrogatoire du sergent Ollo Poda, place a été faite à l’examen des demandes de liberté provisoire de trois accusés.

Il s’agit de celles de Samuel Coulibaly, Minata Guelwaré et Karim Baguian dit Lota. C’est celle du dernier cité qui a retenu l’attention de l’auditoire. En effet, Karim Baguian a déposé une seconde demande de liberté provisoire puisque la première avait été refusée. Appelé à la barre, il a tenté de rassurer le tribunal qu’il se présentera chaque jour que de besoin au tribunal. A l’en croire, il a déjà bénéficié d’une liberté provisoire, obtenu plusieurs autorisations de sortie du territoire burkinabè.

Donc, a-t-il soutenu, ce n’est pas maintenant qu’il va s’enfuir. D’ailleurs, il a dit avoir été mordu par un serpent dans son lieu de détention. C’est pourquoi il a demandé la clémence des juges afin de pouvoir bénéficier d’une liberté provisoire. Toute chose qui, selon lui, lui permettra de rencontrer un neurologue puisqu’au début, il n’arrivait pas à faire usage de l’un de ses membres inférieurs. Prenant la parole, le procureur militaire a indiqué qu’après la morsure du serpent, l’accusé a bénéficié de soins et que les examens n’ont pas permis de retrouver des traces de venin dans l’organisme de celui qui prétend avoir été mordu par un serpent.

Revenant à la charge, l’accusé Abdoul Karim Baguian dit Lota a confié qu’en plus de la médecine moderne, il souhaite traiter son mal par la pharmacopée traditionnelle. Il n’exclut pas le côté fétichisme pour rester « Noir » ou Africain, puisqu’il n’arrive pas à comprendre comment un serpent a pu entrer dans un endroit comme son lieu de détention. Mieux, a-t-il estimé, le serpent n’a jamais été découvert après l’avoir piqué. La 4e demande de mise en liberté provisoire, celle de Faïçal Nanéma, n’a pas été examinée parce qu’il était déjà 16h 55mn, alors que le tribunal ferme ses portes à 17h. C’est ainsi que le président du tribunal a suspendu la séance qui reprendra aujourd’hui avec Florent Jean Nion qui sera appelé à la barre.

Françoise DEMBELE et Issa SIGUIRE
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