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Abdoulaye Compaore, maire de saponé : « Certains estiment que j’ai trahi le parti ; je conteste cela»

Publié le mardi 5 juin 2018  |  Le Pays
Abdoulaye
© Autre presse par DR
Abdoulaye Compaore, maire de saponé
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Il s’appelle Abdoulaye Compaoré. Il est le maire actuel de la commune de Saponé. Sur le plan professionnel, il est contrôleur des impôts en service à la Direction régionale des Impôts du Centre. Saponé, tout le monde le sait, est une commune à problèmes. Du moins, son conseil municipal ne cesse de tanguer. Accusé d’avoir trahi ses camarades du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), pour avoir brigué le poste de maire, le contrôleur des impôts est sous le feu des critiques. Nous sommes allé à sa rencontre dans le cadre de notre rubrique « Mardi Politique ». Le maire est peu bavard mais nous avons réussi à lui arracher quelques mots. Lisez plutôt.



« Le Pays » : Avant d’être élu conseiller, puis maire de Saponé, quel était votre parcours politique ?



Abdoulaye Compaoré : Est-ce qu’on peut parler de parcours politique me concernant ? Depuis 2005, je suivais les aînés dans leurs mouvements politiques. Je les observais. J’étais un militant du CDP avant d’aller au MPP à sa création.



Qu’est-ce qui vous a poussé à ajouter une autre casquette à celle de contrôleur des impôts ?



Dire que j’ai ajouté une autre casquette serait exagéré. J’ai senti le besoin, comme d’autres personnes d’ailleurs, de m’engager auprès des autres fils et filles de la commune pour son développement. Ce n’est pas pour un besoin de m’ajouter une casquette, que je me suis engagé en politique.



N’avez-vous pas des ambitions que vous voulez réaliser à travers la politique ?



Bien sûr ! Ma seule et principale ambition est d’aider ma commune à résoudre ses problèmes de développement. Je n’ai pas d’autres ambitions. Au contraire, dans la politique, on court beaucoup plus de risques de laisser des plumes que de se réaliser personnellement.



Pouvez-vous expliquer davantage ?



Quand on se réfère à la période avant insurrection, beaucoup de gens ont eu leurs biens incendiés ; d’autres sont morts. Il y a des désagréments à divers niveaux. Donc, je trouve qu’en politique, on perd beaucoup plus de plumes.



Si c’était à recommencer, sériez-vous prêt à entrer en politique ?



Les raisons qui m’ont poussé dans l’arène politique existant, je ne vois pas pourquoi je ne me serais pas engagé. Donc, si c’était à refaire, je le referais tant que les mêmes raisons existent.



On dit que vous les politiciens, ne poursuivez que vos propres intérêts. C’est peut-être votre cas ?



Effectivement, les gens le disent. Peut-être moi-même, j’ai eu à le dire. Pour ma part, je sais que je suis entré en politique parce que j’ai été interpellé pour participer, de façon active, au développement de ma commune. En tant que fils de Saponé, je ne pouvais pas me dérober à cette interpellation. Dire que les politiciens ne poursuivent que leurs propres intérêts, je n’en sais rien mais ce n’est pas mon cas.



La mairie de Saponé a connu beaucoup de problèmes. Rappelez-nous brièvement les raisons qui ont d’abord conduit au blocage du conseil municipal de Saponé !



Je ne suis pas d’accord quand vous parlez de blocage. En réalité, quand on dissolvait le conseil municipal, il fonctionnait. C’est quand le maire convoquait une session que des troubles naissaient dans la commune. Un groupe d’individus créaient des troubles mais malgré cela, on est arrivé à tenir les deux sessions que nous avons convoquées. Si on doit parler de blocage, c’est plutôt évoquer une situation créée, nourrie et entretenue par des individus mal intentionnés.



Pourquoi, selon vous, ces troubles ?



J’en ignore les raisons. J’ai pu entendre qu’on ne veut pas de moi parce que je suis un traître. Certains estiment que j’ai trahi le parti. Je conteste cela car trahir le parti devrait consister pour moi à manœuvrer de sorte à ce que la mairie tombe dans les mains de l’opposition. Je n’ai pas fait cela. J’ai plutôt fait en sorte que le parti gagne la commune. Cela peut être analysé commune un acte d’indiscipline. Par la suite, les gens expliquaient qu’il y avait une crise séculaire entre Saponé Marché et Kalkuidiguin et que cela serait la raison de la situation à la mairie de Saponé. Moi, je ne suis ni de l’un ni de l’autre village. Je suis d’un village situé à 9km de Saponé Marché et à 16 km de Kalkuidiguin.



Qu’avez-vous fait exactement pour mériter d’être qualifié d’indiscipliné ?



On peut me taxer d’indiscipliné car le parti a des directives et des principes. Sur la base de ces principes, il y a eu une sorte de primaires au niveau de Saponé pour désigner le candidat du parti au poste de maire et c’est mon prédécesseur qui a été retenu. Je n’étais donc pas désigné. Le jour des élections, je me suis présenté contre lui et j’ai gagné. C’est cela que je peux qualifier d’acte d’indiscipline puisque je n’ai pas obéi à la directive du parti.



Pourquoi n’avez-vous pas obéi aux principes du parti ?



C’est mon prédécesseur qui était à la tête de la mairie. Par de nombreuses fois, il n’a pas réussi à tenir des sessions jusqu’à ce qu’on mette la commune sous délégation spéciale. Il a été question de reprendre les élections et c’était encore lui qui a été désigné pour représenter le parti. Les gens se sont alors dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si mon prédécesseur devait revenir à la tête de la mairie, ce serait encore des blocages. Il a été plaidé pour que quelqu’un d’autre le fasse. Et nous, nous avions reçu des garanties de personnalités d’un certain niveau, qui nous encourageaient dans notre action. A notre grande surprise, il y a eu encore des primaires où il a été question de reconduire Monsieur Ouédraogo à la tête de la mairie. C’est ainsi que je me suis jeté dans l’arène et j’ai gagné.



D’aucuns estiment que la campagne électorale du MPP, au niveau de Saponé, a été financée par votre prédécesseur. Cela explique-t-il cela ?



J’apprends avec vous que c’est mon prédécesseur qui a financé la campagne. Je n’ai pas de commentaire particulier à faire sur ce sujet mais j’en suis quand même stupéfait.



Finalement, la mairie de Saponé a été incendiée. Selon vous, qui en sont les responsables ?



Je ne saurais vous dire qui sont ceux-là qui ont commis cet acte. Toujours est-il que de la manière dont les choses se sont passées, on peut conclure que c’est un acte criminel. A mon arrivée, le jour de l’incendie, j’ai constaté que les fenêtres du bâtiment administratif situé au côté Est, ont été forcées et que des bidons contenant de l’essence ont été retrouvés sur les lieux. Cela laisse comprendre que c’est une main humaine qui a commis ce forfait. Je ne peux pas désigner les responsables. Mais si je me réfère un peu aux propos que mes contempteurs tenaient depuis le départ, ils disaient être contre le conseil et qu’ils allaient tout faire pour l’empêcher de fonctionner.



Vous pensez que la mairie a été incendiée par les frondeurs ?



C’est bien possible mais je ne les accuse pas. Je ne dis pas qu’ils en sont responsables. Il se pourrait que ce soit d’autres personnes qui avaient intérêt à ce que la mairie brûle. L’affaire a été portée devant la Justice qui est en train de travailler. On attend les conclusions.



Est-ce que vous pensez que votre prédécesseur pourrait être lié à cet incendie ?



Je le répète, je ne saurais vous dire qui a commandité cet incendie.



Quelle est la part de responsabilité de votre parti, le MPP, dans cette crise ?



J’ai été convoqué à plusieurs reprises par les instances de mon parti au niveau provincial et national et j’ai donné ma version des faits. Des procès- verbaux ont été rédigés. Ce n’est rien d’autre que cela. Je n’ai jamais entendu mon parti dire qu’il va m’aider à résoudre le problème à Saponé. Je me bats avec mes soutiens. Peut-être qu’à un certain niveau, des choses ont été faites mais je ne suis au courant de rien.



Certains estiment que dans la haute sphère du MPP, certains veulent votre tête. Qu’en dites-vous ?



J’ai souvent entendu ce bruit mais je le range dans la catégorie des rumeurs parce que je n’en ai aucune preuve.



N’avez-vous pas d’indices ?



Je n’ai aucun indice. Je sais seulement que de la manière dont la crise s’est déroulée, il y a quelque part une main puissante haut placée qui dirige les choses. Mais je ne saurais vous dire quelle est cette main.



D’après vous, la crise de Saponé est-elle politique ou communautaire ?



Je pense que ce sont les deux à la fois. Au départ, on m’a taxé d’être de l’UPC. Par la suite, on dit qu’il y a une guéguerre entre deux localités et que ceci expliquait cela. L’on disait que pour cette raison, il fallait dissoudre le conseil avant toute négociation. Je peux donc considérer que la crise à Saponé est politico-sociale.



Pensez-vous que le gouvernement a écouté les frondeurs en procédant à la dissolution de votre conseil ?



Je peux le penser parce que le gouvernement a fait ce que les frondeurs voulaient. A mon avis, je pense que le gouvernement n’aurait pas dû en arriver là. Il y a des préalables que le gouvernement aurait pu observer avant toute décision. Mais cela n’a pas été fait. On a été étonné d’entendre que la commune de Saponé a été mise sous délégation spéciale ; simplement parce que rien ne présageait cette situation. Le jour de la dissolution du conseil municipal par le Conseil des ministres, nous avions tenu une conférence de presse à Saponé et à la question d’un journaliste de savoir si nous ne craignions pas que la commune soit mise sous délégation spéciale, j’avais répondu par la négative. Il n’y avait rien qui pouvait pousser le gouvernement à nous mettre sous délégation spéciale.



Vous estimez donc que le gouvernement s’est trompé ?



Je crois que oui. C’est très certainement pour cette raison que le Conseil d’Etat a remis les choses en place.



Qu’est-ce que cela vous fait de sortir gagnant de ce bras de fer judiciaire avec le gouvernement ?



Je ne vois pas les choses en termes de gagnant et de perdant. En réalité, je suis sorti perdant parce que depuis la dissolution du conseil municipal jusqu’à maintenant, il y a beaucoup de choses qui devaient se faire et qui ne se sont pas faites. La mairie n’a pas fonctionné et la délégation spéciale annoncée n’a pas pu non plus être installée. La commune, dans son ensemble, que ce soit ceux qui voulaient du conseil municipal ou ceux qui n’en voulaient pas, a perdu. Tout le monde a été touché dans ce passage à vide.

Dans quelles conditions le travail va-t-il reprendre à la mairie de Saponé ?



Le travail a déjà repris. Nous avons réintégré la mairie, la semaine passée. C’est de façon timide mais on atteindra d’ici là la vitesse de croisière. A Saponé, les gens se félicitent de cette reprise. C’est vrai que des individus ont manifesté contre cette reprise. C’est leur droit le plus absolu. L’essentiel est que chacun sache qu’il y a des limites à ne pas franchir en démocratie.

Avec cette reprise, quelque chose va-t-il changer dans la gestion de la mairie de Saponé ?



Nous n’avions même pas une façon de faire, à plus forte raison la changer. Nous étions à la mairie. On a fait juste six mois. On nous a débarqués sans qu’on ait eu le temps d’imprimer une façon de faire. Nous allons faire comme les autres en essayant d’innover.



On peut considérer que vous avez reçu beaucoup de coups dans cette crise. N’est-ce pas ?



Vous parlez de quels coups ? Dans la vie, de façon générale, on passe le temps à recevoir des coups. Il en est de même en politique. Mais il faut savoir les esquiver. Pour ceux qu’on n’arrive pas à esquiver, il faut savoir les encaisser pour pouvoir avancer.



Vous aussi, vous avez certainement donné des coups !



Je n’ai jamais donné de coups en politique.



Vous êtes contrôleur des impôts et on sait que les agents sont en grève. Comment analysez-vous cette grève au niveau des finances?



Je ne souhaite pas faire d’amalgames entre ma profession et ma fonction de maire. Ce genre de questions pourraient être évoquées dans d’autres cadres.



Avez-vous un autre commentaire à faire ?



J’appelle les fils et filles de Saponé à laisser les guéguerres parce que cela ne fait pas avancer une commune en termes de développement. Seul le travail fait avancer et pour travailler, on a besoin de s’entendre. J’ai toujours eu la main tendue et je ne me lasserai pas de le faire. J’invite donc tout le monde à rejoindre le chantier du développement de la belle et émergente commune de Saponé



Interview réalisée par Michel NANA

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