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Yahaya Zoungrana, député CDP : « Tous les députés ne sont pas logés à la même enseigne»
Publié le mercredi 28 fevrier 2018  |  Le Pays
Yahaya
© Le Pays par DR
Yahaya Zoungrana, député CDP




Député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Yahaya Zoungrana, membre du Bureau politique national est bien connu de la scène politique burkinabè. Il est considéré comme l’un des militants du CDP les plus tranchants, parce qu’il ne va pas avec le dos de la cuillère pour exprimer ses convictions. Dans l’interview qu’il nous accordée le 21 février dernier à Ouagadougou, ce Coordonnateur de pool régional du Centre-Ouest et du Centre-Sud de la Commission ad hoc du CDP a confirmé ce qu’on dit de lui, à travers les éléments de réponse apportés à nos questions. De la crise qui secoue son parti, à la polémique autour de l’installation de l’usine textile turc en passant par le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 qui s’ouvre en principe aujourd’hui, Yahaya Zoungrana s’est prononcé sans langue de bois. Il estime que « les crises auxquelles son parti a survécu l’ont vacciné, surtout celles de janvier et octobre 2014 et ce ne sont pas les troubles actuels qui vont l’anéantir ». Lisez plutôt.



« Le Pays » : la fonction de député nourrit-elle son homme?



Yahaya Zoungrana : Si dans votre question le verbe « nourrir » signifie « manger à sa faim 3 fois par jour », je vous répondrai « oui » en précisant qu’aucun député n’avait un problème de nourriture avant d’être élu à l’Assemblée nationale. Si par contre, vous cherchez à savoir si le député, s’enrichit avec ses gains de député, alors la réponse est « non ». En effet, le député vit au milieu du peuple, il est souvent avec la base ; et vous n’ignorez pas que les problèmes des populations lui sont régulièrement soumis, quand bien même ce n’est pas son rôle de résoudre les problèmes sociaux. Avant d’être élus, beaucoup d’entre nous géraient déjà des problèmes sociaux, et cette proximité avec les populations a même permis leur élection ; ce n’est pas après les élections qu’ils vont se dérober. Les sollicitations se sont même décuplées. Ce que le député gagne est redistribué d’une manière ou d’une autre envers son électorat. Dans ce registre, tous les députés ne sont pas logés à la même enseigne selon qu’on est de la majorité ou de l’opposition. En effet, je présume que nos collègues de la majorité ont d’autres soutiens pour faire face aux sollicitations des populations, contrairement à nous de l’opposition. Mais nous faisons avec la compréhension des populations.



Comment occupez-vous vos temps libres?



Personnellement, je ne sais pas ce qu’est un temps libre. Les week-ends réservés au repos, sont utilisés pour aller en province et participer aux activités soit sociales soit politiques de mon parti le CDP. Etre avec les populations, est passionnant.



Quelle lecture faites-vous de la crise actuelle qui secoue votre parti, le CDP?



Le mot « crise » à mon avis est trop fort pour qualifier la situation actuelle au sein du CDP. Je ne doute pas que ces remous sont passagers, car le parti a des ressources humaines de qualité, une longue expérience des débats politiques et des textes et instances statutaires que nous reconnaissons et respectons tous.

L’environnement politique national actuel nous est favorable. Alors, faisons très attention pour ne pas jouer le jeu de nos adversaires. A qui profiteraient des troubles au sein du CDP, alternative crédible en 2020 ? Si nous nous posons cette question, nous verrons que l’essentiel est devant. Heureusement que nos bases ne se sentent pas concernées par ce qui semble être une querelle sans impact sur la mobilisation de nos militants. Tous ceux qui sillonnent nos campagnes et discutent avec nos militants, savent que ce que vous appelez « crise » ne les préoccupe pas. Leurs soucis, en ce moment, ce sont les promesses non tenues du pouvoir MPP, la saison hivernale déficitaire, donc la cherté des produits alimentaires, les forages en panne qui ne sont pas réparés et le tarissement prématuré des points d’eau, la gratuité des soins qui tarde à être une réalité, le délestage précoce cette année, les détournements massifs impunis, etc. Nous sommes conscients de notre force et ne nous laisserons pas divertir pour faire le jeu de nos adversaires politiques

Quelle appréciation faites-vous des propositions du Haut conseil du CDP qui préconise que « les premiers responsables (Eddie Komboïgo, Achille Tapsoba et Léonce Koné) acceptent que chacun occupe son rang statutaire au sein du parti jusqu’à la tenue du prochain congrès? »



Le Haut conseil est un organe consultatif de notre parti, mais il n’a pas voix délibérative. Il a donné un avis que je respecte, surtout quand cet avis recommande le respect de nos textes fondamentaux que sont les statuts et règlement intérieur. Mais, il n’y a pas que ces textes. Il y a aussi les textes issus des instances de délibération, par exemple, ceux des sessions du Bureau politique national (BPN), organe dirigeant du parti entre deux congrès.



« Les textes pris par le BPN ne peuvent être remis en cause que par le BPN lui-même et non par une foule de « militants », quel que soit leur nombre »



Le BPN a pris des textes qui ont permis la sauvegarde et la renaissance du parti que nous saluons tous. N’eut été ces textes, particulièrement la directive pour les élections de 2015 et 2016, qui ont permis au CDP d’être présent à l’Assemblée nationale avec 18 députés et de contrôler 18 mairies et celui de la création de la commission ad hoc pour la relance des structures du parti, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Les textes pris par le BPN ne peuvent être remis en cause que par le BPN lui-même et non par une foule de « militants », quel que soit leur nombre. L’organisation précède le succès.

Il se trouve qu’avant la levée de toute suspicion d’implication de notre président, Eddie Komboïbo, dans la tentative de coup d’Etat du 16 septembre 2015, le BPN, constatant l’absence ou l’indisponibilité du président, a confié l’intérim au premier Vice-président, Achille Tapsoba. Avec l’appui de tous, il a depuis fait face aux difficultés que vous connaissez. Avec la mise en place de la commission ad hoc présidée par le camarade Léonce Koné, les structures du parti sont quasiment toutes remises en place sur toute l’étendue du territoire. C’est du beau travail. Il faut reconnaître que le CDP est un parti électoraliste, avec une base qui a soif de s’exprimer aux prochaines échéances électorales. Tous ceux à qui le travail de relance des activités du parti a été confié, peuvent en témoigner. Cela bien sûr fait peur au camp d’en face et je le répète, nous devons être très vigilants et ne pas prêter le flanc à nos adversaires que nous pouvons suspecter d’être derrière ces perturbations de notre parti.

Face aux divers sacrifices des militants à la base, qui ont tout supporté pour que le parti reste debout dans les villes et campagnes, toutes nos ambitions personnelles et individuelles doivent être modérées. Le sacrifice des militants à la base est plus important que toute autre considération, surtout financière. Le congrès est prévu pour cette année 2018. Ce sera un important rendez-vous pour le CDP, de se mettre en ordre de bataille pour la reconquête du pouvoir d’Etat par les urnes.

Les crises auxquelles le parti a survécu l’ont vacciné, surtout celles de janvier et octobre 2014 ; ce ne sont pas les troubles actuels qui vont l’anéantir.

Le Haut conseil a joué et continue de jouer son rôle et cela confirme ce que je disais plus haut, notre parti regorge de personnalités expérimentées. Il bénéficie des sages conseils de son Fondateur, le président Blaise Compaoré. Alors, j’en suis sûr, ces troubles vont vite passer, afin que le CDP préserve toutes ses chances de revenir au pouvoir en 2020.

Enfin, j’ai une pensée pour tous nos camarades qui seront face au tribunal militaire à partir du 27 février 2018. Qu’ils reçoivent tous mes encouragements pour faire triompher la vérité. Ce contexte doit amener tous nos militants à sonner le rassemblement afin de témoigner notre soutien à l’endroit des camarades concernés par ce jugement.

Il y a une polémique autour de l’implantation de l’usine de textile turc qui a suscité la sortie de chefs coutumiers de Koudougou. Vous qui êtes fils de la région, quel commentaire cela vous inspire-t-il ?



En tant que fils de Koudougou, donc de la région du Centre-Ouest, j’attends avec espoir la concrétisation d’une promesse de campagne faite aux populations de cette région par le candidat Roch Marc Christian Kaboré, devenu président du Faso. Le président avait une très belle occasion de réaliser cette promesse avec le projet d’implantation d’une unité textile dans notre pays. Dans le communiqué du gouvernement, je n’ai pas noté que la proposition a été faite au partenaire turc d’installer l’unité à Koudougou et qu’il aurait refusé.

Dans tous les cas, le gouvernement, dans sa réaction à la levée de protestations des populations, a indiqué que le projet d’une unité textile à Koudougou est toujours d’actualité. Si cela est vrai, alors, il faut que les forces vives de la région soient impliquées dans la démarche de ce projet. En effet, les opérateurs économiques du Centre-Ouest ont en mémoire, le projet Burkina Textiles qui devait être installé en 2010 avec un promoteur turc. Les discussions se sont terminées en queue de poisson, car nous avons évité de justesse une grosse arnaque, mais des leçons ont été tirées. Si le gouvernement implique les forces vives dans sa réflexion actuelle sur la mise en place d’une unité textile à Koudougou, leur expérience pourrait être utile afin d’éviter à notre pays les pièges régulièrement servis à travers le monde dans le milieu des affaires.

Le procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 s’ouvre, en principe, ce mardi 27 février. Avez-vous un commentaire particulier?



Que justice soit rendue, et surtout qu’après ce procès, le peuple ait la vérité sur ce qui s’est passé en septembre 2015. Comme je dis souvent, ce n’est pas parce qu’une affaire a été jugée que la vérité a été dite.

« Ce qui intéresse le peuple, ce n’est pas qu’on punisse X ou Y mais de savoir ce qui s’est réellement passé »



Au vu du nombre d’accusés et de témoins, ce sera un procès gigantesque. Les accusés, les parties civiles et le peuple l’attendent depuis. Je souhaite que ce procès se passe dans de bonnes conditions pour toutes les parties. Que ceux qui doivent être entendus le soient ; que ceux qui ont des choses à dire puissent le dire librement, car ce qui intéresse le peuple, ce n’est pas qu’on punisse X ou Y mais de savoir ce qui s’est réellement passé.



Certains militants et sympathisants du CDP souhaitent le retour de l’ancien président Blaise Compaoré, au nom de la réconciliation. Qu’en dites-vous?



Sur le retour du président Blaise Compaoré, c’est une attente des militants de mon parti que je partage entièrement. Mieux, je prie pour que ce retour ait lieu cette année 2018. Son retour au pays ferait honneur bien sûr aux militants du CDP, mais il n’y a pas que nous qui souhaitons son retour. Je souhaite que les cœurs s’apaisent afin de considérer plus ce qui nous unit que ce qui nous divise et qu’il puisse rentrer en 2018, car tout sur cette terre a une fin. Toute œuvre humaine est perfectible, et je suis de ceux qui pensent que son bilan est globalement positif. Ce bilan, nous en sommes tous acteurs, car il n’agissait pas seul. Montrez-moi un homme capable de réécrire son passé ! Certains fuient leur passé en refusant de l’assumer. Nous, militants du CDP, même ceux qui n’ont pas été ministres ni députés ni maires avant 2014, assumons notre bilan avec le président Blaise Compaoré, tout en tirant leçon de ce qui s’est passé en 2014. Je suis convaincu que sa présence au Faso serait beaucoup plus profitable au pays que son exil. Regardons autour de nous, il y a des pays qui nous donnent le bon exemple.

Pensez-vous que le Burkina fait bien de demander l’extradition de François Compaoré?



Pour la demande d’extradition de François Compaoré, je ne connais pas le dossier, mais comme vous me demandez si la Justice a bien fait de la demander, du fait de cette méconnaissance du dossier, je ne peux me prononcer.

« Notre pays a besoin d’un apaisement des cœurs »



J’espère seulement, en tant que citoyen, qu’un jour, la vérité et toute la vérité sera dite sur le dossier Norbert Zongo, un aîné de Koudougou. Notre pays a besoin d’un apaisement des cœurs pour qu’une véritable réconciliation nationale voie enfin le jour. Evitons l’instrumentalisation de la Justice, car cela ne fait que retarder la réconciliation nationale tant attendue par nos populations, pour emprunter réellement le chemin du développement.

Selon-vous, faut-il juger l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida?



Beaucoup de bruits de casseroles se font entendre à son sujet, depuis la fin de la Transition. La presse d’investigation, à travers plusieurs numéros, nous a fait pas mal de révélations sur sa gestion à la tête du pays.



« Un jour, tout ce qu’on veut cacher au peuple laborieux, sera connu de tous »



Je ne connais pas personnellement l’homme, mais je pense qu’avec tout ce qui se dit à son encontre, lui-même a intérêt à passer devant la Justice, s’il pense que ce n’est pas la vérité. Petit à petit, la vérité apparaît et un jour, tout ce qu’on veut cacher au peuple laborieux, sera connu de tous.



Pensez-vous que ce dernier qui est en exil au Canada depuis des années pourrait rentrer de lui-même un jour?



Vous me demandez s’il va rentrer de lui-même au pays ? Je crois qu’il est parti volontairement, avec l’intention de ne plus revenir. Alors, je ne pense pas que de lui-même, il accepte revenir au pays. A notre pays de se donner tous les moyens pour le ramener et qu’il réponde de toutes les allégations dont il est l’objet. Il est présumé coupable ; alors, c’est à ses accusateurs d’apporter la preuve de sa culpabilité. Personnellement, je reste convaincu que le procès de la Transition viendra tôt ou tard.

Selon Jeune Afrique, la femme de Zida a été interceptée au Canada avec une centaine de millions de F CFA par devers elle. Cela vous a-t-il choqué en l’apprenant?



En effet, ces derniers temps, nous avons été informés par JA, que dame Zida aurait été prise avec une somme en liquide de près de 150 millions de F CFA au Canada. Le montant de la somme m’a beaucoup choqué. J’ai souvent voyagé et je sais que la sortie de devises est règlementée. Se promener avec une telle grosse somme dans ses bagages sans l’avoir déclarée au préalable ne peut qu’être suspect ; et la gendarmerie canadienne est dans son rôle de chercher à connaître les raisons de la non déclaration de la somme. Le Canada sollicite une collaboration de notre pays pour avancer dans l’enquête. Nous restons à l’écoute et espérons que cette fois, le pays réagira dans le sens de la collaboration, car d’autres décisions internationales ont interpellé nos autorités du temps de la Transition et du pouvoir du MPP, mais les autorités sont restées sourdes.



Lesquelles?



La loi Shériff (ndlr loi votée sous la Transition et qui frappait certains responsables du CDP d’inéligibilité aux élections de 2015) et le dossier Djibrill Bassolé par 2 fois.

Cette fois, j’espère que les autorités ne prendront pas le risque que notre pays soit finalement classé comme un Etat voyou, et donc, répondra favorablement. Ainsi vont les relations internationales. Pendant qu’on demande à la France d’extrader François Compaoré, c’est le Canada qui nous demande de collaborer pour connaître les sources des gros transferts d’argent vers le Canada en faveur de Zida et famille. Le temps est l’autre nom de Dieu a dit l’artiste.



Interview réalisée par Dabadi ZOUMBARA
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