Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Femmes    Pratiques    Le Burkina Faso    Publicité
aOuaga.com NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Karangasso-Vigué : Paysage après la tempête municipale
Publié le lundi 27 juin 2016  |  L`Observateur Paalga




Lentement mais sûrement, la vie est en train de reprendre son cours normal dans cette bourgade située à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Sya et qui a été le théâtre mardi 21 juin 2016, de terribles affrontements entre populations autochtones et émigrées. Ces violences, nées de la mise en place des organes dirigeants de la commune après les élections municipales du 22 mai 2016, ont fait deux morts, plusieurs blessés et des dégâts matériels. Quelques jours après ces tristes évènements, le calme semble progressivement revenir à Karangasso-Vigué même si, par endroits, certains édifices présentent encore des stigmates de l’ampleur de la violence. Nous y étions vendredi. Reportage.

A l’entrée du village, un grilleur de viande qui devisait tranquillement avec un client a fini par laisser éclater sa joie après la conversation. Ce qui nous intrigua de la part d’un des habitants d’une localité qui venait à peine de sortir d’une journée noire avec mort d’hommes. C’est d’ailleurs ce grilleur qui sera notre premier interlocuteur à notre arrivée à Karangasso-Vigué ce vendredi. C’est aussi avec lui que nous avons pris la température qui régnait dans le village quelques jours après les affrontements intercommunautaires. La « guerre » est finie, nous a-t-il confié avant de nous inviter à faire un tour pour constater de visu le calme qui règne à Karangasso. Voilà qui nous rassurait et qui nous encourageait à poursuivre notre chemin. Sur la principale voie qui traverse Karangasso jusqu’à sa sortie ouest, on apercevait par endroits des groupes de jeunes en pleine conversation. Cependant au milieu du village, le marché avait de la peine à retrouver son rythme habituel avec ces nombreuses boutiques qui restaient fermées et ces étals vides. Nous poursuivrons notre chemin jusqu’à la préfecture où régnait un silence de cimetière.

Aucune trace du maître des lieux, qui avait fermé portes et fenêtres pour rejoindre une école du village, nous apprend-on. C’est là en effet que l’autorité administrative avait transféré ses bureaux. Sur le site également, des blindés militaires et des hommes en treillis, qu’on apercevait à tous les coins de rue, déployés depuis les affrontements meurtriers d’il y a trois jours afin de parer à toute éventualité. Outre les morts, les blessés et les dégâts, il y a ces victimes des affrontements qui ont fui leurs villages. Elles seront accueillies et relogées dans cette école qui s’est finalement transformée en un point focal de Karangasso postconflit. 25 villages administratifs au total et une centaine de hameaux de culture composent ce département, dont la population est estimée à environ 50 000 habitants. La politique, source de division Selon de nombreux témoignages à Karangasso, les autochtones et les émigrés, qui constituent d’ailleurs la majorité de la population, ont toujours vécu en bonne intelligence sans jamais laisser apparaître des signes d’exclusion ou de haine. « C’est avec les élections municipales que les premières fissures ont commencé à apparaître. Parce que la NAFA était plus composée d’autochtones et le MPP d’émigrés.

C’est à partir de là que la division a commencé », nous apprend un responsable politique du village. Ce qui est sûr, une crise couvait depuis la proclamation des résultats des élections, qui consacraient la victoire du MPP (32 conseillers contre 20 à la NAFA et 3 à l’UNIR/PS) dont le prétendant à la mairie est un émigré du nom de Seydou Sana. Sa candidature était mal perçue par ses adversaires d’en face, à savoir la NAFA ; un parti qui va donc s’appuyer sur des considérations communautaires pour justifier sa position selon laquelle Karangasso ne tombera jamais aux mains des « étrangers », position qui va d’ailleurs se radicaliser ce mardi 21 juin à l’annonce de la mise en place des organes dirigeants. « Les conseillers sont arrivés à l’heure indiquée et ont pris place dans la salle. Nous avons à peine commencé les échanges pour la mise en place du bureau de séance que la salle est envahie par la population autochtone, bloquant ainsi les travaux.

Il y a eu des blessés dont le candidat du MPP », raconte le préfet de la localité, Adama Bonkoungou. C’était le début d’une journée noire à Karangasso-Vigué, où les premières médiations après l’échec de l’élection du maire sont restées vaines. La crise semblait davantage s’envenimer avec ces populations qui n’avaient pas hésité à s’armer de machettes, de gourdins et de fusils pour descendre dans la rue exprimer leur colère. C’est une chasse à l’homme qui venait de s‘engager avec comme principales cibles les militants MPP. Des actes condamnables que va déplorer le préfet de la localité. Lui qui était en pleine négociation quand il apprit que La situation était en train de dégénérer. Très surpris par l’évolution rapide des évènements, Adama Bonkoungou a dit ne rien comprendre à ces tristes nouvelles qui provenaient subitement des villages environnants. « La crise s’était finalement transformée en un conflit communautaire. Ainsi, dans les autres villages, on assistait à des incendies de domiciles et de biens. Une chasse à l’homme avait été engagée partout comme si un mot d’ordre venait d’être lancé. Là où les autochtones étaient majoritaires, les émigrés étaient les premières victimes. Et là où les émigrés étaient majoritaires, ce sont les autochtones qui faisaient les frais de ces violences ». Jamais Karangasso n’avait connu un tel regain de violence, nous dit un habitant qui déplore surtout les pertes en vies humaines et les dégâts maté- riels enregistrés. Une médiation qui semble porter fruits.

Avec ces nombreux domiciles incendiés, plusieurs villageois étaient sans abris. Ils seront regroupés dans cette école encore sous haute surveillance de l’armée que nous avons pu visiter. C’est là en effet que nous avons rencontré Dramane Ouattara, cultivateur à Siènè. Il raconte que sa maison a été brûlée pendant qu’il était au champ. La suite pour lui était tout simplement déplorable parce que, dit-il, « je voulais remonter pour comprendre lorsque j’ai aperçu des gens qui couraient vers moi. J’ai tout de suite compris qu’il fallait chercher à se protéger. Nous avons passé deux jours en brousse et on se nourrissait uniquement de karité ». Et ils sont nombreux les habitants des villages environnants à avoir vécu le même sort que Dramane Ouattara puisque l’école primaire où sont logées les victimes de ces affrontements recevait presque chaque jour de nouveaux arrivants.

C’est peut-être le signe que les haches de guerre sont enterrées et que Karangasso-Vigué est en train de retrouver son calme habituel. Et cela au grand bonheur de ses habitants plus que jamais assurés de leur sécurité avec cette patrouille permanente des militaires dans le village. Autre signe du retour progressif de la quiétude, les tractations en cours avec l’implication des notabilités coutumières, des acteurs politiques, des autorités administratives ainsi que de la sécurité et qui connaîtraient de sérieuses avancées. Tout semble indiquer que la crise relève désormais du passé. Pour preuve, ce site d’accueil où cohabitent les victimes autochtones et émigrées venues de divers horizons. C’est donc dire que le climat de peur qui régnait à Karangasso et ses environs n’est plus d’actualité ; même que, dans certains secteurs d’activité, les choses semblaient reprendre peu à peu dans une parfaite complicité entre émigrés et autochtones. Une complémentarité indispensable entre les différentes communautés de la localité et qui constitue à tout point de vue, un atout indispensable pour le développement de Karangasso-Vigué.

Jonas Appolinaire Kaboré
Commentaires

Dans le dossier

Société civile
Titrologie



L`Observateur Paalga N° 8221 du 27/9/2012

Abonnez vous aux journaux  -  Voir la Titrologie
Sondage
Nous suivre

Nos réseaux sociaux


Comment