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Boureima Ouédraogo à propos de la participation des membres non à jour à l’AG de la SEP : « Il y a des possibilités de négociations sur tout, mais nous refusons la zizanie »
Publié le vendredi 10 juin 2016  |  Le Pays
Journalisme
© aOuaga.com par Séni Dabo
Journalisme d`investigation en Afrique de l`Ouest : la Cellule Norbert Zongo créée pour sa promotion
Jeudi 9 juillet 2015. Ouagadougou. Pacific hôtel. La Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d`investigation en Afrique de l`Ouest (CENOZO) a été portée sur les fonts baptismaux au terme d`une réunion de conceptualisation de 48 heures qui a réuni des journalistes ouest-africains. Photo : Boureima Ouédraogo, secrétaire général de la CENOZO




A l’issue de l’Assemblée générale de la Société des éditeurs de la presse privée (SEP), tenue les 28 et 29 mai 2016 à Léo, Boureima Ouédraogo, Directeur de publication du journal « Le Reporter », a été fait président par ses pairs. Une élection qui n’est pas du goût de tous les membres de la SEP. En effet, pour certains, le nouveau président aurait « manigancé » pour être à la tête de l’organisation. Dans cet entretien, Boureima Ouédraogo revient sur les points de « discorde » et parle des projets qu’il entend mettre en œuvre à la tête de la SEP.

« Le Pays » : Certaines personnes vous accusent d’avoir manigancé pour être à la tête de la SEP. Que répondez-vous à cela ?

Boureima Ouédraogo : J’avoue que je suis surpris par cette réaction de certains confrères. Parce que, dans toutes les organisations sérieuses, la condition minimale pour prétendre être membre actif, c’est de payer les droits d’adhésion et être à jour de ses cotisations. Je dois rappeler que la SEP, c’est d’abord une association d’entreprises de presse et non une association d’individus. De ce fait, nous avons estimé qu’une entreprise de presse, en dépit de toutes les difficultés financières qu’elle peut rencontrer dans le contexte burkinabè, doit être à même de payer, ne serait-ce que 10 mille F CFA par mois, pour pouvoir jouir pleinement de son statut de membre. Aussi, nous avons nos statuts qui stipulent clairement que les membres actifs de la SEP sont ceux qui ont payé les droits d’adhésion qui sont de 25 000 F CFA et ceux qui sont à jour de leur cotisation mensuelle. C’est dans ces conditions que l’on peut prendre part à l’AG. Je mets quiconque au défi de me présenter une lettre d’invitation où il n’a pas été clairement mentionné que la participation à l’AG est conditionnée au paiement des cotisations. La plupart de ceux qui m’accusent aujourd’hui, ont passé leur temps à m’appeler pendant que j’étais encore trésorier dans le bureau, pour me demander ce qu’ils doivent payer pour prendre part à l’AG. Je leur ai répondu simplement que dans les invitations qui leur ont été envoyées, il est bien mentionné qu’ils doivent être à jour. Dans tous les cas, ce n’était pas à moi de décider. La question devait être posée et discutée souverainement lors de l’AG. Donc, l’un dans l’autre, ce n’est pas moi qui ai dit aux gens de ne pas participer. Cela est ma première observation. Ma deuxième observation porte sur le fait qu’ils disent qu’au sein du bureau, on s’était entendu et que par « consensus », il a été dit de les laisser participer. Là encore, je mets quiconque au défi de m’apporter la preuve qu’il y a eu un « consensus ». Le bureau sortant a effectivement eu une réunion. Le président sortant, Lookman Sawadogo, avait proposé qu’on permette à tous de participer. J’ai dit qu’il y avait un souci à cela. Car, il y a quand même des membres qui sont à jour de leurs cotisations depuis toujours. Ce ne serait pas juste qu’ils paient pour prendre en charge l’organisation d’une AG à laquelle vont participer ceux qui refusent de payer. Dans tous les cas, je crois qu’il n’appartient pas au bureau de trancher cette question. Nous devons repartir en AG et poser le problème. Si nous nous rendons compte qu’il y a effectivement « une majorité » qui n’est pas à jour et qui demande qu’on puisse tenir compte de cette situation, il n’y a pas de soucis à cela. Si c’est la « minorité à jour » qui le demande également, cela est faisable d’autant plus que cela est prévu par les textes. Mais, que des gens inventent un « consensus » qui n’existe pas, c’est autre chose. Mais moi, j’ai toujours soutenu que je m’en tiens à la décision souveraine de l’AG. C’est mon point de vue et Lookman Sawadogo et Issaka Lingani peuvent en témoigner. Je ne vois donc pas en quoi j’ai pu manigancer pour être élu président. D’ailleurs, ce n’est pas moi qui ai demandé aux gens de sortir, c’est le président de séance qui a demandé qui étaient ceux qui doivent pouvoir apprécier le rapport moral et financier et valider le projet de modification de statut. Beaucoup de ceux qui se plaignent aujourd’hui étaient présents à l’AG de 2013. Ils s’étaient engagés à payer leurs cotisations au sortir de l’AG. Mais, 3 ans après, ils reviennent et le problème reste toujours posé. Soit on est de bonne foi et on veut adhérer à la SEP, soit on est animé d’un esprit de division pour créer la zizanie au sein de la SEP. On peut tout me reprocher sauf d’être un truand. Quand je ne suis pas d’accord avec toi, je te le dis droit dans les yeux. Avec tout le respect que je dois aux gens, je souhaite que nos relations soient des relations basées sur la vérité.

« Il y a des possibilités de négociations sur tout mais nous refusons la zizanie »

Quand on prétend être journaliste, on doit avoir pour seule boussole la vérité. Quand un journaliste n’a pas cette conception des choses, je ne vois pas ce qu’il fait dans la presse. C’est extrêmement grave et j’espère que les uns et les autres vont se raviser. La SEP est ouverte et nous ne sommes pas des sectaires. Tant que les gens se mettront en règle vis-à-vis de la SEP, ils seront membres à part entière. Il y a des possibilités de négociations sur tout, mais nous refusons la zizanie. Si quelqu’un veut créer la zizanie, à notre corps défendant, nous allons réagir. Mais, en dépit de tout ce qui se raconte, nous restons dans la logique de l’ouverture en disant que la SEP reste l’organisation de tous les responsables de presse écrite et en ligne.

Dans quel état d’esprit avez-vous pris la présidence de la SEP ?

Quand on partait à Léo pour l’AG, nous savions effectivement que notre organisation a pris une trajectoire et beaucoup de choses ont été faites. Des acquis ont été engrangés mais il y a également des insuffisances, en termes de contribution à l’amélioration de l’environnement économique des médias et de respectabilité des médias. Nous avons des devanciers qui ont fait le boulot. Donc, nous avons le devoir, au regard du contexte, de travailler à donner à l’organisation une autre dimension. Il s’agit de faire d’elle une association où les membres sont conscients de leurs responsabilités. Nous allons travailler à rassembler le plus largement possible les organes de presse tout en restant fermes sur les principes qui doivent régir la SEP. Pour nous, le laxisme ne doit pas avoir sa place dans une association professionnelle des médias. Il ne doit pas y avoir de clivages dans une association des médias. La seule boussole qui vaille, c’est la vérité. Le seul intérêt qui nous réunit, c’est notre capacité à nous accorder sur des principes clairs, acceptés et respectés de tous. C’est à partir de là que nous pouvons revendiquer notre place en tant que contributeur à la construction de la démocratie et du développement dans notre pays. C’est dans cet esprit que j’ai entrepris les démarches avec certains confrères pour essayer de voir dans quelle mesure on pourra, à notre tour, apporter notre contribution. Nous pensons être porteurs de projets innovants pour la presse burkinabè. Si nous avons le soutien de nos devanciers et celui de nos camarades, nous allons pouvoir faire des choses intéressantes pour l’ensemble de la presse.

De quels projets innovants s’agit-il exactement ?

Nous avons créé au sein du bureau, un poste chargé de la prospective. Ce qui veut dire qu’il y a un travail de prospective que nous allons mener pour voir dans quelle mesure nous pourrons, au-delà de l’augmentation de la subvention accordée à la presse privée, au-delà du Fonds d’appui à la presse privée qui est actuellement en phase d’opérationnalisation et au-delà des exonérations, contribuer au renouveau qui existe dans ce pays. La presse doit développer sa capacité de négociation avec le pouvoir public. Si nous voulons contribuer au renouveau, il faut que nous nous positionnions clairement en tant que groupe socio-professionnel spécifique, avec nos préoccupations et nos contraintes. La prospection, c’est donc de pouvoir construire un plan d’actions qui sorte du lot traditionnel et qui intègre l’aspect de plaidoyer envers les autorités publiques pour la prise en compte de certains aspects comme la fiscalité et la subvention. Nous pensons d’ailleurs que nous devons sérieusement réfléchir sur cette subvention et faire d’elle un véritable instrument d’accompagnement du développement des entreprises de presse au Burkina. Sinon, telle que cela est fait actuellement, c’est juste un coup d’épée dans l’eau. C’est à peine si elle couvre l’impression pour une semaine pour les quotidiens et un mois pour les bimensuels et peut-être deux semaines pour les hebdos. D’autre part, il s’agira de voir en notre sein comment mener le travail de sensibilisation et d’information auprès de nos confrères et faire en sorte que lorsqu’on parle d’entreprise de presse, il y ait un minimum de respectabilité. Peut-être que certains essaient déjà d’anticiper sur cet aspect parce qu’ils voient venir cela. Mais, notre vision des choses n’est pas dirigée contre quelqu’un. Il s’agit, pour nous, de travailler à faire en sorte qu’en tant que promoteurs d’entreprises de presse, nous puissions avoir une certaine image qui puisse être incarnée par l’ensemble des membres de la SEP. Il ne faut pas que lorsqu’on parle de certains responsables d’entreprises de presse, cela ne sonne pas bien. Quand on présente un responsable d’entreprise de presse, nous voulons que cela sonne bien pour tout le monde.

Ce n’est pas le cas actuellement ?

Je ne pense pas et il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Il y a, en notre sein, un travail à faire pour y arriver.

De quels moyens disposez-vous pour l’exécution de vos projets ?

C’est d’abord, le développement de nos capacités de négociations, aussi bien envers les pouvoirs publics qu’envers tous les acteurs qui peuvent nous apporter un appui. Si nous avons des projets bien structurés et bien construits, nous pourrons mobiliser des partenaires techniques et financiers qui vont nous accompagner dans leur mise en œuvre. C’est cela qui a manqué. Mais, si nous y arrivons, nous pourrons avancer avec bien d’autres partenaires au Burkina et prospecter ailleurs dans le monde. En Côte d’Ivoire, vous avez la messagerie qui fonctionne bien. Mais pourquoi cela ne marche-t-il pas au Burkina ? C’est peut-être qu’en tant qu’entreprises de presse, nous n’avons pas réussi à créer une dynamique qui puisse convaincre un opérateur économique à s’engager dans ce sens. Car, celui qui va décider de s’engager ne le fera pas pour les beaux yeux de la presse. Donc, c’est à nous de pouvoir créer le potentiel autour de la distribution des journaux. Nous comptons nous pencher sur la question et voir dans quelle mesure on peut sortir de cette situation car nous sommes tous conscients qu’il y a des soucis au niveau de la distribution.

« Il y a nécessité que l’on s’accorde avec l’Etat, sur des appuis pour rééquilibrer l’environnement économique des entreprises de presse »

Vous étiez trésorier de la SEP. A ce titre, pouvez-vous dire quel était l’état des cotisations des membres avant l’AG ?

Il y a des membres fondateurs dont les deux principaux quotidiens privés du Burkina qui, chaque année et même en dehors des AG, n’attendent pas qu’on les appelle avant de payer leur cotisation annuelle. On dit que ce sont les plus grosses entreprises privées de presse écrite au niveau national. S’il y a des gens qui doivent se dire qu’ils sont suffisants et qu’ils n’ont pas besoin des autres, ce sont eux car, sur le plan économique, ils sont loin devant les autres. Mais ce sont les premiers à payer leurs cotisations. A côté d’eux, il y a de petites entreprises de presse qui, malgré les difficultés, s’acquittent régulièrement de leurs cotisations. La plupart des organes de presse qui paraissent régulièrement, sont à jour de leurs cotisations. C’est une réalité. Mais lorsqu’on me parle de 13 Directeurs de publication absents, j’aimerais qu’on me les cite afin qu’on voie qui sont ceux qui paraissent régulièrement et qui sont connus de l’opinion. Je tiens à préciser que s’il y a des Directeurs de publication (DP) qui ont des difficultés de parution, ce n’est pas une fierté pour nous. Au contraire, cela nous préoccupe et nous devons pouvoir les accompagner pour qu’ils puissent être régulièrement au rendez-vous avec leur lectorat. Mais il y en a quand même qui ne sont pas à 10 000 F CFA près par mois. D’ailleurs, je crois même que lorsqu’on prétend être une entreprise, on ne peut pas être à 10 000F CFA près par mois ; c’est le strict minimum. Depuis que je suis arrivé à la trésorerie, chaque année, nous appelons les uns et les autres pour qu’ils régularisent leur situation. Il y en a qui attendent l’AG pour tout solder mais ce n’est pas le cas pour d’autres car, à l’AG, ils se rendent compte que ce qu’ils doivent est trop, si fait qu’ils ne peuvent pas solder. Cela dit, la majorité des organes de presse est à jour de leurs cotisations. La preuve en est que lorsque l’on a fait le point à Léo, il est ressorti que 17 sur 26 présents étaient à jour. Mais il y a le cas des journaux qui viennent de naître et qui sont à leur première parution et qui ont payé leurs droits d’adhésion. Donc, je suis bien curieux de savoir qui sont les 13 DP qui ont été exclus.

Avec une telle situation, peut-on dire que vous avez pris la tête de la SEP avec une caisse à même de répondre aux besoins de l’organisation ?

Les cotisations des membres permettent de mobiliser des ressources pour parer aux urgences. A titre d’exemple, je peux dire que pour la tenue de l’AG, précisément pour ce qui concerne l’organisation de l’atelier de réflexion, nous avons eu l’appui du Centre de presse Norbert Zongo à hauteur de 2 millions de F CFA. Mais pour le reste, ce sont les cotisations que nous avons utilisées. Alors, si on s’était mis tous derrière la position de ne pas appliquer les textes et d’opter pour un consensus, qui allait payer le reste des coûts qui dépassaient un million de F CFA ? Les cotisations permettent donc d’avoir de quoi gérer certaines urgences et régler les dépenses de souveraineté de l’association. Mais, pour la conduite d’un plan d’actions ambitieux, il va falloir que nous essayions d’identifier des partenariats pour nous accompagner.

Comptez-vous entreprendre des démarches spécifiques auprès de l’Etat pour alléger davantage les charges de la presse privée ?

Cela fait partie de nos missions car nous pensons qu’il y a effectivement nécessité que l’on s’accorde avec l’Etat, sur des appuis ponctuels pour rééquilibrer les choses au niveau de l’environnement économique des entreprises de presse, à commencer par la fiscalité. On nous applique la fiscalité comme à n’importe quelle entreprise. C’est vrai, une entreprise de presse est bel et bien une entreprise. Mais la spécificité de nos entreprises est telle que l’Etat doit penser à un système particulier, qui permette à l’entreprise de presse de jouer son rôle de service public. L’entreprise de presse n’est pas seulement axée sur la recherche du profit, elle est aussi axée sur la production du service public de l’information. Elle contribue, de ce fait, à éduquer les citoyens et à interpeller les gouvernants sur les manquements par rapport à leur gestion. L’entreprise de presse a une mission spécifique différente des autres entreprises. En plus, son environnement économique ne lui est pas favorable. La publicité est rare et seuls quelques organes arrivent à tirer leur épingle du jeu. Même eux auraient pu avoir mieux si les conditions étaient réunies. Le reste des entreprises ne vivent que de la vente alors que le lectorat au Burkina n’a pas encore atteint le niveau où l’on peut avoir des journaux qui tirent à plus de 100 000 exemplaires. Si on avait cela, on n’aurait pas besoin de dire qu’on a besoin d’appui parce que le potentiel est là. Malheureusement, vous ne pouvez pas trouver un organe qui tire à plus de 10 000 exemplaires au Burkina, sauf exceptionnellement. Dans ces conditions, si un organe tire essentiellement ses revenus des ventes alors qu’il doit payer son personnel, des taxes et un loyer, naturellement, cela fait beaucoup de charges. Si on ne nous aide pas à alléger ces charges, il va sans dire que les entreprises de presse resteront dans la précarité. Dans ce cas, c’est tout le personnel qui reste dans la précarité. Or, on est tous conscients qu’un journaliste ou un organe de presse qui vit dans la précarité, n’est pas dans une posture qui lui permet d’accomplir sa mission en toute liberté et en toute indépendance. Il faut donc que l’Etat travaille à nous accompagner pour qu’on puisse apporter davantage notre contribution d’éveil de conscience citoyenne, mais également de suivi puisque dans les pays comme le nôtre, la presse se retrouve souvent, bon gré mal gré, à jouer le rôle de sentinelle. C’est une sorte de chien de garde du bien public. Donc, si le chien de garde lui-même est affamé, le bien public est en danger.

« Nous pensons négocier une amnistie fiscale avec l’Etat »
Dans ce sens, ne pensez-vous pas qu’il est temps d’approcher l’Etat pour la mise en place d’une rotative pour la presse ?
Ce serait une grande avancée et nous pensons que nous allons porter ce projet auprès de l’Etat. Nous avons la chance d’avoir au sein du gouvernement, quelqu’un qui était des nôtres (Ndlr : Remis Djandjinou, Ministre de la Communication et des relations avec le parlement) et qui a pris part à la bataille pour l’amélioration de l’environnement économique de la presse. Jusqu’à présent, ce dernier a eu une oreille attentive au sujet de ces préoccupations parce qu’il se sent directement concerné. Peut-être que ses prédécesseurs n’arrivaient pas à bien expliquer le projet au gouvernement. Nous pensons qu’il est bien placé pour expliquer cela au gouvernement, avec tous les enjeux y afférents. Car, autour de cette question, il y a de vrais enjeux économiques et politiques. Aussi, l’Etat ayant lui-même un journal qui est le journal d’Etat Sidwaya, peut-être qu’à défaut de créer une imprimerie avec rotative sous forme de société où tout le monde peut aller, on fera le plaidoyer pour qu’avec le quotidien d’Etat, nous puissions faire en sorte qu’il participe au portage de ce projet. Car, en effet, l’enjeu va au-delà des profits que nous comptons tirer pour nos entreprises respectives. Nous allons, posément, engager la réflexion et nous pensons que dans un bref délai, nous pourrons élaborer un projet en bonne et due forme pour aller à la rencontre des autorités. A côté de la rotative, si nous arrivons à avoir des facilités d’impression, il faut aussi que l’on crée les conditions d’une meilleure distribution des journaux. En effet, pendant que nous tirons des journaux qui circulent seulement à Ouagadougou avec des invendus, il y a des lecteurs en province qui n’en disposent pas. Parce que, au regard du système actuel, l’acheminement dans les provinces est plus coûteux. Si vous devez payer 1 500 F CFA pour envoyer 20 journaux qui, vendus, ne vous rapportent que 1 000 F CFA ou 1 500 F CFA, sans compter les commissions que les revendeurs vont réclamer, vous fonctionnez à perte. Il faut que l’on réfléchisse pour trouver une solution pour associer au développement de la production, le développement de nos capacités de distribution. En plus de ces deux aspects, il faudra aussi penser à la manière d’inciter et de stimuler un grand marché de la publicité.

Mais il y avait un projet de mise en place d’une centrale d’achat de consommables qui était en cours… ?

Tout à fait. Et comme je l’ai dit, il est important qu’en plus de développer notre capacité de production, nous puissions développer notre capacité de distribution. Sinon, nous allons nous retrouver dans une situation où on produit beaucoup et on vend peu. Donc, nous devons aussi créer le marché en travaillant à renforcer davantage le professionnalisme et la qualité de nos journaux. Celui qui achète le journal attend, en effet, quelque chose et il faut que nous soyons à la hauteur. Nous devons travailler à structurer nos entreprises, à renforcer nos capacités et à améliorer la qualité de nos produits. Ensuite, nous pouvons travailler avec l’Etat, les Partenaires techniques et financiers et le milieu des affaires pour créer un marché de la publicité, avec des conditions fiscales qui permettent d’accompagner le développement des entreprises de presse. Donc, il est de bon ton que nous réfléchissions à un projet structurel qui prenne en compte tous ces aspects afin d’élaborer quelque chose de cohérent pour le long terme.

Il était aussi question qu’une année verte soit instaurée par l’Etat pour permettre à la presse de souffler un peu sur le plan fiscal. Où en est-on avec ce projet ?

Ce projet fait partie du mémorandum que nous avons soumis au dernier gouvernement de Blaise Compaoré. Nous allons, en effet, réactualiser cette question. Avant l’année verte, nous pensons négocier une amnistie fiscale avec l’Etat. Il s’agit de négocier pour qu’il puisse éponger les passifs que les différentes entreprises de presse traînent ; histoire de pouvoir leur permettre de se remettre debout. Nous allons donc négocier cette amnistie fiscale avec une ou deux années vertes, pour nous permettre de rééquilibrer les choses tout en réfléchissant sur une fiscalité propre aux entreprises de presse. Cela nous permettra de démarrer sur de bonnes bases et d’éviter de traîner de longs passifs qui, à terme, pourraient troubler les entreprises de presse.
Sous la Transition, un fonds avait été mis en place pour la presse. Ce fonds est-il opérationnel ?
Le Fonds d’appui à la presse privée est actuellement en cours d’opérationnalisation. Le Conseil d’administration dudit fonds est en train d’être mis en place. Il a été déjà pourvu dans le budget de l’Etat gestion 2016. Après la mise en place du Conseil d’administration, il faut mettre en place le Conseil de financement et autres. Tous les organes de gestion du fonds seront mis en place et après, le responsable sera désigné. J’espère que tout cela se fera avant la fin de l’année pour que nous puissions voir les premiers effets de ce fonds avant fin 2016.

Quelle approche aurez-vous vis-à-vis de l’Etat pour qu’il puisse aider les médias a l’application de la convention collective de la presse ?

La question a été abordée à Léo et il a été dit clairement qu’au niveau de la SEP, nous devons pouvoir demander qu’on puisse réfléchir sur la convention collective. Elle est déjà vieille de quelques années et son application semble poser des problèmes sur le terrain. Nous devons discuter ensemble avec les syndicats de journalistes, les associations de journalistes et les patrons d’organes de presse et l’Etat. Il s’agit de voir quels sont les blocages pour trouver les mécanismes à mettre en œuvre soit pour corriger ces blocages, soit pour relire la convention afin de l’adapter à la réalité. Il ne sert à rien d’avoir une convention qui ne peut pas être appliquée parce qu’elle n’est pas conforme à la réalité. C’est vrai, on ne peut pas remettre les acquis sociaux en cause, mais nous pouvons réfléchir sur les acquis et voir comment les mettre en œuvre. Autant les syndicats ont pu négocier avec l’Etat pour qu’il prenne en compte la loi 081, autant nous pouvons, collectivement, même en tant que responsables d’organes de presse, accompagner les syndicats des journalistes dans leurs négociations avec l’Etat, pour que la question soit réglée. Il nous appartient de créer les conditions pour que le minimum qui revient aux journalistes leur soit rendu. Donc, nous sommes partants pour qu’on réfléchisse sur la question car nous voulons avoir une base de travail claire. Si nous pouvons critiquer les autres par rapport au non-respect des textes, nous avons besoin, à notre tour, d’être dans des conditions qui nous permettent d’être en règle vis-à-vis des textes qui régissent la profession. C’est sur cette base que nous pourrons bomber le torse pour interpeller les autres et leur dire qu’ils ne sont pas en règle. Mais, si nous-mêmes, nous avons des soucis avec les règles, cela pose problème. Donc il serait bien pour tous que cette question de la convention collective soit réglée définitivement.

Avez-vous un appel à lancer à la corporation et à l’Etat ?

A l’endroit des membres de la SEP et de tous ceux qui souhaitent être membres de la SEP, je voudrais dire que nous sommes arrivés à la tête de l’organisation dans un contexte où il y a nécessité qu’on se serre les coudes. S’associer pour mener le plaidoyer pour le développement des entreprises de presse au lieu de mener des querelles de chiffonniers. Les gens se seraient mis à jour et nous aurions débattu au cours des élections. On ne va pas me dire que moi, Boureima Ouédraogo, je peux influencer les Editions « Le Pays », l’Observateur Paalga, l’Evènement, ou encore le Courrier confidentiel… Il faut que l’on ait un minimum de respect pour nous-mêmes lorsqu’on s’engage sur certaines questions. L’appel que j’ai à lancer est à l’ensemble de la corporation : c’est de dire que nous avons d’autres batailles plus importantes que nos problèmes de personnes. Nous avons des journalistes qui travaillent dans nos rédactions qui ont envie que nous leur servions de modèles en termes de recherche de la vérité. Cela, nous pouvons le faire en respectant les textes dont nous avons choisi librement de nous doter. Aussi, il faut que l’on se mette en tête que cela ne sert à rien de vouloir créer la zizanie dans une organisation. Cela ne sera ni profitable à l’organisation ni profitable à ceux qui en sont les auteurs. Mais nous refusons de verser dans la polémique et dans les querelles avec qui que ce soit. J’ai un profond respect pour les aînés et aussi pour les petits frères. Je souhaite donc que l’on se respecte et que l’on construise une organisation respectable.
En ce qui concerne l’Etat, je voudrais lancer un appel à une meilleure lecture de l’environnement de la presse au Burkina. Non seulement dans le volet économique, mais également dans sa contribution à la construction de l’Etat de droit, à l’éveil des consciences citoyennes et à la création de conditions d’une cohabitation pacifique entre les différentes composantes de la société. Notre presse est d’une qualité extraordinaire, en termes de défense de la paix et l’Etat a intérêt à nous accompagner pour faire en sorte que la presse reste dans cette dynamique de préservation de la paix et de la stabilité. Des efforts sont faits, mais je voudrais également que l’Etat comprenne la spécificité des entreprises de presse. A notre niveau, en collaboration avec les autres organisations professionnelles des patrons de presse, nous devons, dans une dynamique collective, réactualiser le mémorandum que nous avions soumis en 2013 pour tenir compte des évolutions qui ont été opérées. Enfin, je voudrais rassurer l’opinion publique nationale que nous veillerons, en tant qu’organisation patronale de la presse écrite, à faire en sorte que la qualité qui a toujours été le sceau de la grande partie de la presse écrite burkinabè, puisse toujours demeurer. Nous allons travailler en interne pour s’interpeller de façon respectueuse sur certaines questions. Car, la question de fond réside aussi dans notre capacité à assurer la régulation en interne pour éviter que certains puissent ternir notre image collective. A ce niveau, il faut qu’on ait le courage de pouvoir interpeller les uns et les autres. Ce qui peut vraiment interpeller un confrère, c’est la remarque des pairs. Nous demandons enfin aux revendeurs de journaux de continuer leur travail et qu’ils se rappellent que c’est parce que nous arrivons à faire des recouvrements que nous pouvons toujours produire et remettre les journaux à leur disposition pour la vente. On a besoin qu’ensemble, on se serre les coudes pour continuer à fonctionner.

Propos retranscrits par Adama SIGUE
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