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Production du niébé au Sourou
Publié le vendredi 15 avril 2016  |  Sidwaya




La 7e édition de la foire provinciale du niébé et des productions agricoles du Sourou se teindra les 22 et 23 avril 2016, à Bonou, localité située à 25 kilomètres de Tougan, chef-lieu de la province. Cet évènement annuel est une initiative de l’association YIYÉ des femmes du Sourou. Dans cette interview, la présidente de l’association, Clémentine Dabiré/Binso, donne les raisons qui ont prévalu à la création de l’évènement dont le thème de la présente édition est «La femme rurale et production agricole au Burkina Faso».


Sidwaya (S.) : Présentez-nous l’association YIYÉ.

Clémentine Dabiré (C.D.) : La fin de la première phase du projet Stockage amélioré des denrées, a été l’élément déclencheur de la mise en place d’une association pour l’intégration de la femme dans le développement agricole dans la province du Sourou. L’association « YIYÉ » des femmes du Sourou résolument engagée dans la filière niébé se compose de 218 groupements, 3278 productrices reparties dans les 8 communes de la province. Créée en 2009, elle fut reconnue le 14 février 2013. Au-delà de la résolution du problème de conservation du niébé à la technique du triple ensachage, elle s’est fixé comme objectif d’œuvrer pour l’épanouissement de la femme rurale en la rendant actrice du développement. Le triple ensachage est constitué de deux sachets de quatre-vingts microns et d’un sac protecteur tissé en nylon. Il permet une bonne conservation en empêchant les insectes de respirer et de survivre.

S. : Comment est née l’idée d’initier une foire sur le niébé?

C.D. : Le niébé est une plante dont toutes les parties sont très utiles à l’homme. Facile à cultiver, il produit rapidement en 45-60 jours. De ce fait, il contribue à résoudre les problèmes de soudure au mois d’août. De plus, de commercialisation facile, le niébé procure des ressources financières aux ménages d’où l’appellation "or vert” qu’on lui attribue. En effet, il constitue la culture de rente des zones qui ne peuvent pas cultiver le coton, du fait de l’insuffisance des pluies. A l’origine, c’était un projet d’un an. Les femmes étaient si enthousiastes qu’elles ont voulu continuer sous forme de compétition entre les groupements. En fin de période de stockage, on livre sur le marché une telle quantité de niébé qu’il fallait chercher un grand marché, ainsi on a alors fait appel aux commerçants. D’où l’idée de la foire qui est une véritable fête où se croisent des acteurs de la filière que sont surtout les acheteurs et les groupements de productrices. Elle permet la rencontre entre associations amies à travers le Burkina Faso et d’autres pays africains. Elle offre également l’opportunité de faire passer des thèmes de sensibilisation par des conférences ou projection de documentaires, sur le thème de l’édition. Les meilleurs groupements, retenus à la suite d’un contrôle rigoureux des champs et des stocks, les meilleures transformatrices issues de l’organisation d’un concours d’art culinaire, sont récompensés.

S. : Le thème de cette 7e édition est «La femme rurale et production agricole au Burkina Faso». Qu’est-ce qui justifie le choix du thème ?

C.D. : Ce choix découle de l’orientation donnée par les autorités burkinabé à la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars 2016 dont le thème était : «Entrepreneuriat agricole des femmes : obstacles, défis et perspectives». Il est justifié par le fait que nous évoluons dans le domaine agricole où la femme rurale occupe une place importante.

S. : Quelles seront les innovations de cette édition ?

C.D. : L’innovation majeure est la participation des transformatrices des denrées. Ces femmes viendront exposer leurs innovations issues de la transformation du niébé et des denrées locales. Pour agrémenter la manifestation, une soirée culturelle verra l’exhibition de diverses troupes venant de toutes les contrées de la province et même des provinces et communes voisines.

S.: Le niébé est-il une affaire de femmes au Sourou ?

C.D. : Non! C’est l’affaire de tous, hommes comme femmes. C’est la conservation et la transformation des denrées qui relèvent de la responsabilité des femmes dans notre milieu socioculturel du Sourou. Dans la répartition des tâches en milieu rural, les hommes interviennent dans l’attribution des terres. Ils aident pour le labour et octroient plus de temps aux femmes pour s’occuper de leurs propres champs. Les hommes s’occupent de la production des semences de variétés améliorées. Grâce à la sensibilisation de l’association YIYÉ, les époux ne s’opposent plus aux déplacements des femmes occasionnés lors de leurs activités.

S. : Après six éditions, quel bilan pouvez-vous faire?

C.D. : Nous pouvons affirmer, selon les déclarations des femmes, que leurs conditions de vie se sont améliorées. Elles ont tissé des relations entre elles et établi un réseau. Elles interviennent dans la scolarisation et les soins des enfants. Nous avons pu équiper près de deux cents groupements en charrettes, charrues, vélos et en intrants agricoles. Un effet palpable est l’augmentation fulgurante de la production du niébé dans la province du Sourou devenue, selon la moyenne des cinq dernières années, la première productrice au Burkina Faso. L’amélioration de la performance technique des femmes dans la production agricole, par les formations que nous assurons, y a contribué. Enfin la transformation du niébé en mets non périssables a connu des progrès considérables.

S. : Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

C.D. : La plus grande difficulté est la faible instruction des femmes, responsable de leur faible technicité. Le problème de suivi des parcelles du fait du manque de techniciens, constitue la seconde difficulté. La Direction provinciale de l’agriculture avec qui nous devrions établir un contrat si nous en avions les possibilités, assure cette tâche.

S. : Etes-vous assez soutenues par les autorités ?

C.D. : Notre association est accompagnée par les services techniques des ministères en charge de l’agriculture et de la recherche scientifique et leurs projets de développement. Localement, le gouverneur et les directeurs régionaux aident à résoudre les problèmes cruciaux et rehaussent la cérémonie par leur présence. Le haut-commissaire et les directeurs provinciaux nous appuient dans l’organisation. Nous profitons de l’occasion pour les remercier ainsi que les partenaires techniques et financiers.

S. : D’aucuns disent que le niébé peut être une solution à l’insécurité alimentaire au Burkina Faso. Partagez-vous cette assertion ?

C.D. : Absolument ! Déjà, à la différence d’autres produits de rente, le niébé produit est consommé et commercialisé. Il est RICHE en protéines de qualité contribuant à l’autosuffisance alimentaire et nutritionnelle. La disponibilité du produit en toute saison est une solution de lutte contre l’insécurité alimentaire.

S.: Et comment faire pour y parvenir ?

C.D. : Pour y arriver, on doit promouvoir la consommation du niébé.

S.: Faut-il s’attendre un jour à ce que la foire ait une envergure nationale compte tenu du fait que le niébé est produit un peu partout au Burkina Faso ?

C.D. : Elle a déjà cette envergure nationale. D’autres groupements féminins du Burkina Faso et du Mali sont réguliers à la foire. Au regard de la coopération transfrontalière avec le Mali et de l’engouement suscité, la zone d’influence de la foire s’est élargie au-delà de la province du Sourou où évolue l’Association YIYÉ.

S. : Selon vous, quels sont les obstacles à l’autonomisation agricole des femmes ?

C.D. : Trois obstacles essentiels. Il y a la question de la terre créant une instabilité dans l’exploitation agricole, le sous-équipement en matériel agricole et la faible formation technique qui entraîne la non-maîtrise des itinéraires techniques par les femmes.

S. : Cette autonomie agricole peut-elle être une réalité un jour au Burkina Faso ?

C.D. : Bien sûr! Déjà, les politiques et les ONG font des plaidoyers pour les femmes auprès des coutumiers pour la distribution des terres à des fins agricoles. Beaucoup d’efforts sont fournis pour relever le niveau de leur scolarisation et à défaut, celui de l’alphabétisation, base de la formation technique. Les services techniques des ministères, les ONG et autres associations travaillent au renforcement des capacités techniques des femmes. Notre association a un grand rôle à jouer car, les femmes formées techniquement peuvent plus aisément encadrer et assurer le suivi auprès d’autres femmes et avoir des résultats performants.


Interview réalisée par Habibata WARA
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