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Contestation post-électorale au Congo : quand le PS français tente de déloger le fantôme de la Maison Sassou
Publié le mardi 29 mars 2016  |  Le Pays
Sassou-Nguesso,
© Autre presse par DR
Sassou-Nguesso, homme politique congolais




Réélu, selon les résultats officiels, au premier tour de la présidentielle du 20 mars dernier au Congo avec 60,39% des suffrages, Denis Sassou Nguesso fait face à une vive contestation. En effet, le général Mokoko qui en est l’une des figures de proue et en même temps un des candidats malheureux à la présidentielle, appelle à la désobéissance civile. C’est pour cette raison d’ailleurs que son coordinateur de campagne a été interpellé à son domicile, le dimanche de Pâques, pour une soi­disant dénonciation dans une sombre affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat dans laquelle la police qui annonce d’autres arrestations à venir, chercherait voir clair.

Comme on le voit, le mercure est en train de monter dangereusement du côté de Brazzaville et nul ne saurait dire jusqu’où ira le bras de fer entre le président congolais et son opposition. Surtout que pour ne rien arranger, le Parti socialiste (PS) français, le parti du président François Hollande, a clairement mis en doute la crédibilité du scrutin, appelant l’Union africaine (UA) et l’Union européenne à se saisir du sujet afin de prévenir « une crise majeure pour la région ». Au­delà de ce qui peut paraître aux yeux de certains comme une immixtion du parti socialiste français dans les affaires intérieures d’un pays africain, l’on peut observer une certaine constance et une certaine cohérence dans la démarche du PS français qui, naguère, dénonçait le manque de transparence dans le processus électoral en lui­même, et avait appelé, sans obtenir gain de cause, à un report de l’élection. Les derniers développements qui se sont traduits par l’opacité ayant entouré le dépouillement et la compilation des résultats, à travers la mise en berne de toutes les communications, et la prise à partie par les autorités policières congolaises, de journalistes internationaux venus couvrir l’événement, auront fini, entre autres faits, par jeter le discrédit sur ce scrutin.

Mais s’il y a une formation qui peut se réjouir d’une telle sortie, c’est bien l’opposition congolaise qui trouve opportunément là, un soutien de taille à la contestation qu’elle est en train d’engager contre la réélection du président Sassou. Surtout que, ironie du sort, la fameuse sortie du président français François Hollande, avait été perçue comme le soutien de poids qui avait permis à Sassou de contourner les dispositions constitutionnelles qui l’empêchaient objectivement de briguer un autre mandat, après trois décennies de pouvoir Cela était resté en travers de la gorge de beaucoup de démocrates du continent et d’ailleurs. Aujourd’hui, face à ce « contexte préoccupant », comme l’a relevé le Quai d’Orsay, l’on a le sentiment que le parti socialiste français tente de déloger le fantôme que Hollande a pratiquement poussé et enfermé à double tour dans la Maison Sassou.

En effet, face aux risques de chaos au Congo, l’on peut se demander si le PS français ne tente pas de sauver les meubles, après la malheureuse sortie du locataire de l’Elysée. Cela n’est pas exclu, d’autant que certaines sources bien introduites voient derrière la sortie du PS, l’expression d’une certaine pensée de l’Elysée, même si celle­ci s’est jusque­là refusée à tout commentaire. Attendant certainement, comme à son habitude, de voir l’évolution de la situation et jusqu’où iront l’opposition et le peuple congolais avant de se prononcer clairement, comme ce fut le cas au Burkina Faso.

Quoi qu’il en soit, l’on peut dire que cette position de la France relève de l’hypocrisie. Comme si on avait affaire à une division du travail qui veut que le parti rattrape ce que le président de la République commet comme gaffe. Malheureusement, dans le cas du Congo, cette sortie du PS a les allures du « médecin après la mort », d’autant que le mal est déjà fait. Sassou a déjà empoigné « sa chose » et on le voit mal lâcher prise. En tout cas, ce n’est pas ce genre de déclarations qui le feront reculer. C’est pourquoi l’on ne peut s’empêcher de penser que cette sortie du PS pour arrondir les angles, est à la limite du « ponce pilatisme », visant à se donner bonne conscience. Au demeurant, la bataille de la contestation semble un combat perdu d’avance, et l’on ne serait pas étonné d’un essoufflement rapide de l’opposition dans sa stratégie de désobéissance civile que le maître de Brazzaville n’hésitera pas à combattre par tous les moyens. Ainsi, les arrestations qui s’opèrent déjà au sein de l’opposition ne visent qu’à décourager celle­ci dans un premier temps, quitte à durcir le ton par la suite, aux fins de la museler complètement.

En tout état de cause, le PS français aura tout de même eu le mérite d’avoir mis les pieds dans le plat qui, de toute évidence, devait plutôt être l’affaire de l’UA. Une fois de plus, l’institution panafricaine, en étant aux abonnés absents là où on l’attendait, a manqué de s’assumer et de prendre ses responsabilités sur un terrain qui est pourtant le sien ; elle qui dispose pourtant d’une charte de la démocratie et de la bonne gouvernance qu’elle devrait se faire un point d’honneur à défendre avec acharnement et constance. Mais comme l’enseigne la sagesse africaine, « quand une bagarre éclate dans ta cour en ta présence et que c’est ton voisin de dehors qui t’en alerte, tu ne joues pas ton rôle de chef de famille ».

Pour en revenir au PS français, le cas congolais vient confirmer cette sorte de hiatus entre le discours du parti et certaines pratiques de l’Elysée vis­à­vis de bien des satrapes du continent. En cela, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, Nicolas Sarkozy aura marqué les esprits de bien des Africains , par le tranchant de ses positions vis­à­vis des dictateurs du continent.

Outélé KEITA
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