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Décès de Hassan Al-Tourabi au Soudan : un personnage aux multiples facettes
Publié le lundi 7 mars 2016  |  Le Pays




Hassan al-Tourabi a tiré sa révérence le 5 mars dernier à l’âge de 84 ans, « victime d’un infarctus », selon des sources médicales. L’enfant de Kassala à la frontière avec l’Erythrée, aura marqué de son empreinte indélébile, peut-on dire, la vie politique soudanaise sous toutes les latitudes aussi troubles les unes que les autres. Il y a eu d’abord la période de la dictature de Numeiri où il s’était signalé aux côtés de celui-ci pour arrimer le pays à la Charia. Cette islamisation du pays, on se rappelle, avait déclenché une guerre civile de 22 ans avec le Sud, en majorité animiste et chrétien. De ce point de vue, l’on peut lui imputer en partie la responsabilité de cette période noire de l’histoire du Soudan, où des milliers de vies humaines ont été fauchées et où des villages entiers ont été rasés de la carte suite aux expéditions punitives des sbires de Numeiri. Il faut dire qu’à cette époque, Al-Tourabi prônait un islamisme politique dur, n’hésitant pas à faire pendre sur la place publique, des Soudanais accusés d’apostasie. Cette posture de fermeté vis-à-vis des « apostats » a été poursuivie après la chute de Numeiri en 1989, à laquelle il a pris une part active.

De l’islamiste bon teint qu’il était, l’homme n’avait pas hésité à se tailler des boubous de démocrate

Devenu l’idéologue, puis le mentor du nouveau maître de Khartoum, Omar El Béchir, il s’est employé à poser les fondements idéologiques et politiques du nouveau régime, allant jusqu’à devenir le président du parlement. Ces deux grands moments de la vie d’Al-Tourabi correspondent à ses heures de gloire où pratiquement il était l’Alpha et l’Oméga du Soudan. Au-delà de son pays, il était le symbole d’un islamisme politique radical et adulé comme tel, notamment dans le monde arabo-musulman. Cette image avait pris un coup après ses déclarations selon lesquelles les femmes musulmanes devraient avoir le droit de se marier avec des chrétiens ou des Juifs. Il n’en fallait pas plus pour qu’il soit considéré à son tour comme un apostat par tous ceux qui l’avaient porté en triomphe. Ces derniers n’avaient pas hésité à réclamer son scalp pour comportement révisionniste. A cette déconstruction du mythe d’islamiste pur et dur qu’il incarnait, est venue s’ajouter la fin de sa lune de miel avec le régime de Omar El Béchir.

Dès lors, il était devenu l’ennemi public n°1 à abattre. Et il en a vu des vertes et des pas mûres avec El Béchir. En effet, régulièrement accusé d’être le cerveau du groupe rebelle darfourien de Khalil Ibrahim qui avait fait voir de toutes les couleurs à El Béchir, Hassan Al-Tourabi a connu à plusieurs reprises la prison. De l’islamiste bon teint qu’il était, s’affichant publiquement avec Ben Laden, l’homme n’avait pas hésité à se tailler des boubous de démocrate au point de déclarer que le Soudan avait besoin d’une révolution à la Tunisienne. Dans le même registre et comme s’il voulait faire son mea culpa pour avoir apporté ses bons et loyaux services à un satrape à un moment donné de sa vie, il avait laissé entendre que son credo désormais, était de développer une société démocratique qui produirait un gouvernement démocratique. A l’appui de ce revirement spectaculaire, il avait pointé du doigt l’armée qui, selon lui, ne soutiendrait jamais la démocratie.

Dans son pays, Al-Tourabi est perçu par certains comme un ange et par d’autres comme un démon

Cette nouvelle posture avait ceci de curieux que dans le même temps, Al-Tourabi nourrissait des velléités de rapprochement avec Omar El Béchir. C’est ce qui lui avait valu un retour en grâce. En témoignent les faits suivants. Il y a eu d’abord, la chaleureuse poignée de main en mars 2014 entre lui et El Béchir pour la première fois en quinze ans. Il y a eu ensuite le fait qu’il a accepté en 2015 de participer au dialogue national lancé par le pouvoir soudanais, à la grande surprise de bien des observateurs de la scène politique soudanaise. Et pour quelle contrepartie? Pour toutes ces raisons, Hassan Al-Tourabi laisse à la postérité l’image d’un personnage aux multiples facettes. Dans son pays, il est perçu par certains de ses compatriotes comme un ange et par d’autres comme un démon. Mais les démocrates du monde entier pourraient retenir de lui l’image d’un obscur théologien qui aura été à l’origine de l’éclatement du grand Soudan, ce pays- continent riche de sa diversité ethnique et religieuse.

Les démocrates retiendront également de lui, qu’il a rendu de grands services à deux grandes dictatures aux yeux desquelles la démocratie ne valait pas mieux qu’une chiure de charognard. Il y a eu d’abord la dictature de Numeiri puis celle de Omar El Béchir. L’un dans l’autre, les Soudanais pourraient avoir des sentiments mitigés par rapport à cette disparition, eux dont certains portent encore les stigmates des ravages de la charia que Hassan Al-Tourabi avait contribué à instaurer en 1983, aux côtés de Gafar El Numeiri. Et parmi les milliers de Soudanais qui ont assisté hier dimanche à ses obsèques, certains ont dû verser des larmes de crocodile.

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