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Rejet du gouvernement d’union nationale en Libye : C’est l’Etat islamique qui se frotte les mains
Publié le mercredi 27 janvier 2016  |  Le Pays
La
© Autre presse par DR
La menace djihadiste s’étend au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire.




La marche de la Libye vers un ordre normal vient de prendre du plomb dans l’aile. En effet, après les difficiles négociations pour obtenir l’accord sur le gouvernement d’union nationale, c’est sa mise en œuvre qui pose maintenant problème. Le Parlement libyen reconnu par la communauté internationale, basé à Tobrouk, a rejeté, le 25 janvier dernier, le principe d’un gouvernement avec 32 portefeuilles ministériels. Par 89 voix sur 104, les élus ont scié l’immense espoir de paix au motif officiel que le cabinet proposé par le Conseil présidentiel et dirigé par l’homme d’affaires tripolitain, Fayez El-Sarraj, est pléthorique. L’argument du Parlement vole si bas au regard de la situation de déliquescence dans laquelle se trouve l’Etat et du péril djihadiste, qu’il faut chercher ailleurs une autre explication.

l’ONU se comporte en Libye comme un ennemi de la paix

En fait, le blocage serait, de l’avis de nombreux spécialistes, lié au devenir personnel du général Khalifa Haftar, commandant en chef de l’armée nationale libyenne. En effet, au terme d’une des dispositions de l’accord ficelant l’entente, il est stipulé que tous les postes militaires seront déclarés vacants, 20 jours après la signature de l’accord. Haftar pourrait, de ce fait, se retrouver en marge du processus alors que son influence est des plus grandes. Cette appréhension est confirmée par le fait que le portefeuille de la Défense est confié à Mehdi al-Baraathi, sorti certes des rangs de l’armée, mais sans pour autant être l’un de ses proches.

Il y a donc une personnalisation des débats qui nuit à la paix tant attendue par les populations libyennes prises entre les feux de différents groupes armés qui écument la Tripolitaine depuis la chute du Guide libyen. La persistance des lignes de fracture entre les clans rivaux signifie aussi clairement qu’aucun d’eux ne renonce à ses visées hégémoniques au nom de l’intérêt national. En effet, la guéguerre autour du portefeuille de la Défense est la preuve que dans l’imaginaire des protagonistes, « celui qui a la Défense a le pouvoir ». Et c’est d’autant plus vrai dans un pays où l’argument de la violence fait force de loi. Cette situation est quelque peu aggravée par la position de l’ONU qui se comporte véritablement dans ce pays comme un ennemi de la paix. En témoigne la sortie de son Représentant qui, naguère, estimait qu’un accord conclu sans son aval en Libye n’en est pas un.

Quoi qu’il en soit, les différents acteurs de la scène politique semblent avoir oublié la patrie et les souffrances des populations qui voyaient en cet accord, une véritable bouée de sauvetage dans un océan de violences entretenues par l’Etat islamique. En réalité, dans l’esprit de tous ces multiples acteurs de la chaotique scène libyenne, le peuple n’existe pas. Il n’a été et n’est qu’un prétexte pour servir les intérêts inavoués des uns et des autres. Pour eux, la Libye n’est q’un immense désert qui sert de couverture à tous les trafics illicites (drogue, armes, rapts d’Occidentaux) quand ce n’est pas tout simplement une terre vacante où des idéologies obscures rêvent de prendre forme.

Et c’est justement les tenants de cet ordre apocalyptique comme l’Etat islamique (EI), qui se frottent actuellement et chaleureusement les mains.

Le chaos libyen pourrait devenir le cancer qui désorganise toute la stabilité des Etats africains

Pendant que les Libyens s’entredéchirent dans cette guerre fratricide, la nébuleuse islamique conforte ses assises. Par leurs dissensions, les Libyens se font complices des djihadistes qui ont toute la liberté d’agir. On peut même légitimement se demander si dans la situation actuelle de blocage, l’EI n’a pas déjà travaillé au corps, depuis sa présence en Libye, certains acteurs de la scène politique, les poussant à compromettre tout accord de paix. La Communauté internationale fait, en effet, de l’avènement du gouvernement d’union nationale, une condition pour intervenir contre l’EI.

Fort heureusement, les discussions se poursuivent. Reste maintenant à espérer que chacune des parties mettra de l’eau dans son thé en vue d’un consensus. Elles doivent faire l’effort d’aller au-delà du vouloir tout contrôler car c’est à défaut de pouvoir tout contrôler que le pays est devenu un repaire de djihadistes. Il faut donc nécessairement désarmer les cœurs et se recentrer sur les vrais problèmes du peuple libyen. L’Union africaine (UA) qui s’est brillamment illustrée par son manque de proactivité sur la question libyenne, a là une occasion de se racheter. C’est une urgence vitale car le chaos libyen, en ouvrant les immenses portes du Sahel aux djihadistes, pourrait devenir le cancer qui désorganisera toute la stabilité des Etats africains. Quant à l’ONU, elle doit, comme disent les Ivoiriens, « quitter dans ça » et adopter un comportement responsable au lieu de donner l’impression de se soucier des intérêts présents et futurs des grandes puissances en terre libyenne.

« Le Pays »
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