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Insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 : Un an après, ce que sont devenus les blessés
Publié le vendredi 30 octobre 2015  |  Le Pays
Blessés
© aOuaga.com par A.O
Blessés de l`insurrection : le geste du Cadre de concertation des OSC
Lundi 3 août 2015. Ouagadougou. Le Cadre de concertation nationale des organisations de la société civile (CCNOSC) a fait don de vivres et ouvert un compte bancaire au profit des blessés de l`insurrection populaire de fin octobre 2014




Le Burkina Faso commémore, les 30 et 31 octobre 2015, le premier anniversaire de la deuxième insurrection populaire de son histoire. A cet effet, des hommages mérités seront rendus au peuple qui a opposé une résistance « farouche » à la tentative de tripatouillage de la loi fondamentale du pays (la Constitution). Cette résistance « historique » a enregistré plusieurs pertes en vies humaines et des blessés qui portent toujours les séquelles du drame. Que sont devenus ces héros vivants? Comment se portent-ils un an après les affrontements douloureux ? Quelle est l’actualité de leurs conditions de vie ? Ont-ils bénéficié de soutiens après les préjudices subis dans la lutte pour défendre la cause nationale ? Pour en savoir davantage, nous sommes allés à leur rencontre les 27 et 28 octobre derniers. Les témoignages et récits recueillis auprès des blessés à leurs domiciles et au siège de l’association dans laquelle ils se sont regroupés sont empreints de vives émotions et de fortes sensations qui ne laissent personne indifférent. Faites-en l’expérience.

« Rue 29, porte 121, quartier Kalgondin, Arrondissement 5 de la capitale ». Telles sont les références qui nous ont guidés sur le chemin du siège de l’Association des blessés de l’insurrection populaire au Burkina Faso (ABIP-BF) le 27 octobre dernier. Rien n’indiquait pourtant, à notre arrivée sur les lieux aux environs de 10h, qu’il s’agit du siège d’une structure. Aucune indication n’étant visible de près ni de loin. Il a fallu donc taper à la « bonne porte » du voisinage pour retrouver le « Quartier général (QG) » où se réunissent les blessés de l’insurrection. Plus d’une centaine d’entre eux fréquentent régulièrement les lieux, selon le président de l’ABIP-BF, Dramane Ouédraogo. C’est lui qui coordonne les activités de l’association au quotidien, avec le soutien des autres membres de l’instance dirigeante. Son téléphone crépitait sans cesse au moment où il nous recevait et ses conversations téléphoniques cachaient mal les rendez-vous d’entretien qu’il a donnés aux journalistes. « Je suis là et je suis disponible. Rendez-vous demain au siège de l’association. Vous voulez que l’émission passe quand ? Vendredi à 16 heures ? Ok, il n’y a pas de problème. Vous, c’est quel nom ? », disait-il en communication. Un confrère qui voulait réaliser une interview était probablement au bout du fil. Dramane Ouédraogo est visiblement sollicité par la presse à la veille de la commémoration de l’an 1 de l’insurrection populaire ayant conduit à la chute du régime de Blaise Compaoré. Une année, soit 365 jours après les évènements, le président de l’ABIP-BF se souvient du drame qu’il a vécu : « J’ai eu un traumatisme crânien, on m’a amené à l’hôpital Yalgado Ouédraogo. C’est un triste souvenir et c’est comme si c’était hier. Jusque-là, je roule avec les séquelles. Je suis resté dans le coma à peu près 25 jours. Au total, je suis resté à peu près 4 mois à l’hôpital. On m’a d’abord amené à la Croix-Rouge dans mon quartier à Zogona. Et comme mon cas était gravissime, on m’a amené à l’hôpital Yalgado. Petit à petit, je suis sorti de mon lit d’hôpital et avec d’autres personnes, on a créé l’ABIP-BF ». La création de ladite association vise à défendre les intérêts de ses membres : « L’objectif est d’avoir un suivi réel, que l’Etat nous indemnise, nous permette de vivre normalement, de pouvoir nous occuper de nos familles et que nos enfants puissent aller à l’école. Si vous n’avez même pas de quoi manger, vous ne pouvez pas envoyer un enfant à l’école », a déploré le président de l’ABIP-BF. Et d’ajouter que la situation actuelle des blessés est plus que préoccupante : « Sur le plan sanitaire, nous sommes diminués chacun à des degrés différents. Au niveau de mes capacités, je suis en dessous de la moyenne. J’ai perdu plus de 60% de mes capacités. Actuellement, je ne sens pas d’odeur. Même si vous me mettez dans un WC, je ne sens rien. Cela est dû au traumatisme crânien ».
Abass Ilboudo appelé affectueusement le « jeune Abass » a également subi des dommages corporels suite à l’insurrection populaire. Agé de 14 ans et élève en 5ème au lycée départemental de Loumbila, il a reçu le 30 octobre 2014, une balle dans la jambe. «J’étais à Loumbila et mes amis m’ont appelé de venir pour que l’on aille participer à la marche contre le vote du projet de loi sur le référendum. On a quitté Loumbila pour venir et arrivé à l’aéroport, on a pris la décision de retourner. Quand on revenait, on a tiré et je ne me suis pas rendu compte que c’est sur moi. J’ai entendu le coup de feu et je suis tombé dans un trou. Quand je voulais me relever, j’ai constaté que j’ai été atteint par une balle. J’ai informé mes parents et l’on m’a transporté à l’hôpital Saint Camille, à Yalgado et à la Pédiatrie où j’ai été hospitalisé pendant 55 jours», a-t-il confié. Sur les motifs de sa participation à la manifestation du 30 octobre, il s’est expliqué : « C’est parce que je veux la paix dans mon pays». Cette prise de conscience a valu au « jeune Abass » une blessure grave à la jambe qui était sous la menace d’une amputation. Avec l’aide des autorités et de personnes de bonne volonté, il a été évacué au Maroc pour une intervention chirurgicale. « J’ai fait environ trois mois au Maroc où j’ai subi plus de quatre opérations. On m’a enlevé la partie d’un os, l’os du pied gauche et la peau pour greffer. Aujourd’hui ça va, parce que j’ai échappé à l’amputation de mon pied. On m’a dit de revenir pour qu’ils enlèvent les fixateurs et faire une rééducation ».

Découragement n’est pas Burkinabè
En attendant de repartir au royaume chérifien, Abass se déplace toujours avec des béquilles. Mais ce handicap ne l’empêche pas de garder le moral haut. C’est d’ailleurs avec le sourire aux lèvres qu’il nous a reçus avec son père aux environs de 11 heures, le 28 octobre dernier, à leur domicile à Wemtenga dans l’Arrondissement 5. « Au moment de la blessure de mon enfant, c’était très difficile pour nous. Mais grâce aux multiples soutiens des personnes de bonne volonté et à l’accompagnement du président de l’ABIP-BF, il a été évacué au Maroc pour des soins et nous remercions Dieu », a confié le père du jeune blessé, Lassané Ilboudo. Son fils ne regrette pas d’être sorti pour défendre la démocratie. « J’ai perdu deux ans à l’école, j’ai 14 ans et je devais faire la 5e. Mais je ne regrette pas car je suis sorti pour l’honneur de mon pays », a avoué le « jeune Abass ». Pour cause, il devra s’envoler de nouveau pour le Maroc pour poursuivre sa rééducation. Et la bonne nouvelle qui lui a été annoncée par le président de l’ABIP-BF est que toutes les conditions sont en train d’être réunies pour son voyage. Le ministère de la Santé qui a contribué à le faire partir au Maroc pour le soigner est en train, a-t-il affirmé, de mettre tout en œuvre pour l’évacuer de nouveau : «  Le ministre de la Santé m’a appelé pour dire que le cas de Abass est en train d’être résolu ». En revanche, Issiaka Léguélégué, qui a été blessé au moment de l’insurrection par deux balles, attend, quant à lui, une solution urgente à son problème. Ce dernier que nous avons rencontré a reçu une balle qui fut retirée de son corps. « Mais je vis encore avec la deuxième balle dans le dos. C’est au domicile de François Compaoré que l’on a tiré sur moi. Ceux qui m’ont tiré dessus sont ceux qui assuraient la sécurité du domicile en question. Maintenant, je ne peux pas bien dormir. Je ressens toujours la douleur. La nuit, j’ai l’impression que la balle bouge dans mon corps et ça fait très mal. A l’hôpital Yalgado, on nous avait donné un rendez-vous de 3 mois pour revenir subir une intervention chirurgicale. Je ne sais pas à quel moment j’aurai la chance de subir cette opération qui me soulagera. Les autorités avaient dit qu’elles allaient assurer la prise en charge des soins, mais je ne comprends pas ce qui se passe jusqu’à présent. A chaque fois que je repars à l’hôpital, on me fait tourner en rond », raconte difficilement, presqu’en larmes, Issiaka âgé de 24 ans. Et comme « le malheur ne vient jamais seul », comme le dit l’adage, celui-ci souffrait de paludisme au moment où nous lui rendions visite chez lui à Taabtenga dans l’arrondissement 10.
Innocent Ganou qui nous a accompagné au domicile de son camarade Issaka Léguélégué est quant à lui, blessé à l’œil suite aux événements des 30 et 31 octobre 2014. Il a pris une balle qui a atteint son œil à Zogona vers le domicile de Assimi Kouanda. Transporté d’urgence à l’hôpital où il a séjourné pendant 4 jours, il continue son traitement. « Le docteur a recommandé qu’on m’amène en France pour l’opération de mon œil parce qu’il n’y a pas les matériels nécessaires ici pour me prendre en charge. Mais jusqu’à présent, il n’y a rien. Rien ne s’est passé alors que j’ai des maux de tête toutes les soirées. Si l’on ne m’enlève pas le sparadrap à l’œil, l’on me regarde bizarrement lorsque je suis au milieu des gens. Je veux que l’on m’aide à l’enlever pour que je puisse ressembler aux autres et être à l’aise au milieu des gens », nous a-t-il confié en cours de chemin. « Ce qui est grave, c’est que les gars nous ont tirés dessus avec des balles réelles. Si ce n’était pas avec de vraies balles, on pouvait s’en sortir. Mais avec ces balles reçues dans le corps, c’est difficile pour nous de nous en sortir », déplore Innocent âgé de 30 ans et visiblement désespéré.

« Nous vivons une vie désastreuse »

De nombreux témoignages recueillis révèlent les conditions difficiles vécues par les blessés de l’insurrection populaire. Si certains d’entre eux recouvrent au fur et à mesure la santé, d’autres sont toujours confrontés à des problèmes liés aux séquelles, stigmates et autres traces indélébiles des blessures. Les conséquences physiques, psychologiques et morales douloureuses de ces blessures les empêchent de travailler et de mener une vie normale. Pour le président de l’ABIP-BF, les conditions de vie des blessés vont de mal en pis : «  Maintenant qu’il n’y a pas eu d’indemnisation ou quoi que ce soit, personne n’a pu continuer à travailler normalement. C’est une vie désastreuse que nous vivons jusqu’à présent. Les journées d’hommage aux victimes de l’insurrection doivent contribuer à réparer les choses. Il ne faut pas attendre que nous mourions avant de réagir ». Dramane Ouédraogo a également fustigé l’accueil qui avait été réservé aux blessés dans certains centres de santé. A l’en croire, des blessés ont été sommés de quitter l’hôpital sous prétexte que ce n’était pas un hôtel. « A Yalgado, les soignants nous ont dit que ce n’était pas un hôtel et qu’il fallait rentrer à la maison. Quelqu’un qui a reçu une fracture crânienne, qui est entre la vie et la mort, qui a besoin de scanner ou d’IRM pour pouvoir stabiliser son cas, si on lui dit de partir à la maison parce qu’il n’y a pas de place ou que l’on veut aménager l’hôpital, c’est quand même trop déplorable ». Cette appréciation ne semble pas partagée par Issouf Nacanabo, Secrétaire général (SG) adjoint à l’organisation de l’ABIP-BF. Blessé lors des évènements des 30 et 31 octobre, celui-ci dit avoir bénéficié d’un bon traitement à l’hôpital : « Dès mon arrivée sur place, j’ai reçu les soins de base. Après cela, il a fallu que nous payions nous-mêmes les produits pour les autres soins. Par la suite, il y a eu ce communiqué qui est venu et qui a dit que les blessés de l’insurrection allaient être pris en charge et on nous a dit de ramener nos ordonnances pour être remboursés. A partir de ce moment, la prise en charge a été effective et jusqu’à maintenant, je ne peux que dire merci aux responsables des centres hospitaliers. C’est surtout eux qui ont fait le vrai boulot. Quand les Burkinabè ont contribué pour que les blessés puissent être pris en charge, ils se sont donné en toute honnêteté pour administrer les soins adéquats aux blessés. Ils ont fait un travail louable». Toutefois, celui-ci a reconnu que la gestion des blessés de l’insurrection par les autorités de la Transition n’a pas été à la hauteur de leurs attentes. Même son de cloche pour Dramane Ouédraogo qui a qualifié cette gestion de catastrophique. « Un an après, c’est comme si l’Etat a entièrement agi en non- assistance à personne en danger. Parce que nous avons été en danger. Non seulement, on a minimisé nos blessures mais aussi on a pensé que les traitements que nous avons reçus étaient suffisants. Le bilan de la gestion des blessés de l’insurrection par les autorités est négatif. Il n’y a pas eu de gestion en fin de compte. On a reçu des céréales venant de l’action sociale après en avoir longtemps sollicité. Les responsables de l’action sociale sont sortis dire que l’on a reçu des choses que l’on n’a pas reçues », a martelé le président de l’ABIP-BF.
Auguste Denise Barry : l’ami des blessés de l’insurrection
A la question de savoir ce que les blessés ont fait pour surmonter les difficultés quotidiennes, Dramane Ouédraogo a rétorqué : « Si nous tenons toujours, c’est la volonté de vivre. Même si la Transition ne nous a pas considérés, ce n’est pas un problème. La Transition est passagère mais le peuple burkinabè est constant et le demeurera ». Aussi, les blessés de l’insurrection ont-ils été réconfortés sur le plan moral, a-t-il dévoilé, par l’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité. « Nous avons été reçus par le colonel Auguste Denise Barry. Quand il était ministre, il nous a reçus et nous avons été contents qu’il nous reçoive et qu’il apaise un peu nos douleurs. Quand bien même, il ne nous a rien donné, il nous a considérés comme des frères et nous avons été sensibles à cela. Nous l’avons approché, il a accepté de nous recevoir. Les autres ont refusé de nous recevoir et ils se reconnaissent ». Le mérite spécifique de l’ancien ministre Barry a été également reconnu par Issouf Nacanabo : « Depuis le début de l’insurrection, il y a deux hommes que chacun des blessés de l’insurrection ne cessera de remercier. C’est Auguste Denise Barry qui nous a tendu une oreille attentive, nous a écoutés et nous a ouvert ses portes à chaque fois que nous avons eu besoin de lui parler. La 2ème personne, c’est le Directeur général de l’hôpital Yalgado Ouédraogo qui nous a toujours conseillés, qui nous a pris au-delà même de notre nationalité qui nous unit, comme sa famille, ses frères. Il nous a toujours écoutés. A ces 2 hommes, je voulais dire merci au nom de tous les blessés de l’insurrection populaire ». D’autres personnalités au sommet de l’Etat qui n’ont pas pu recevoir les blessés de l’insurrection, bénéficient, ont-ils relevé, de circonstances atténuantes. Sont de ces personnalités, le président du Faso, Michel Kafando, le Premier ministre, Yacouba Isaac Zida et le président du CNT, Chériff Moumina Sy. « Nous avons été reçus par le président du CNT, Chériff Sy qui est quelqu’un de bien. A un moment, nous ne l’avons pas aimé, mais on a compris après qu’en fait, c’était quelqu’un qui semblait subir une pression qui faisait qu’il ne pouvait pas nous recevoir. C’est pareil pour le Premier ministre Zida. Nous avons eu l’impression qu’ils étaient tous comme en prison de l’ex-RSP. Le président Kafando ne nous a pas non plus reçus. Nous avons demandé une audience mais il ne nous a pas reçus. Nous espérons que ce sera chose faite avant la fin de la Transition ».
« Ne pas nous mettre en opposition avec les morts »
Au sujet de la commémoration de la journée d’hommage aux martyrs de l’insurrection populaire, Dramane Ouédraogo a apprécié l’initiative. C’est ce qui explique du reste, a-t-il rappelé, leur participation à la cérémonie. Toutefois, celle-ci a eu un goût d’inachevé. « C’était une mascarade. On nous a invités à aller commémorer les martyrs de l’insurrection alors que nous-mêmes victimes, nous avons été dissociés du fonctionnement. On était membres du comité d’organisation, mais franchement, on n’a rien organisé. On s’attendait à ce que l’on nous reconnaisse déjà, même en nous mettant une médaille sur la poitrine pour nous dire que nous sommes acceptés parmi les héros de la nation. Mais pas à aller regarder décorer des gens à titre posthume et qui n’ont rien à cirer désormais avec une médaille, vraiment… ». Cette idée est soutenue par Issouf Nacanabo qui embouche la même trompette : « Les autorités ont tenté de nous mettre clairement en opposition avec les morts. En organisant des journées d’hommages aux martyrs de l’insurrection, elles prononcent les discours directement dirigés vers les martyrs. Alors que nous savons que les martyrs étaient nos compagnons de lutte. Quelle est la différence entre les martyrs et nous. Ç’était juste une volonté divine que certains vivent et que d’autres meurent ». Et de poursuivre: « Justement. Mais il ne fallait pas que l’on pense que tous les blessés meurent. En parlant de réconciliation, il faut que l’on commence par nous les blessés de l’insurrection et du putsch du 16 septembre 2015. Qu’ils nous reconnaissent de la même manière que ceux qui sont morts lors de l’insurrection et du putsch. Il faut que l’on nous reconnaisse comme des gens ayant encouru les mêmes risques, les mêmes périls et que Dieu a décidé de laisser certains en vie et rappeler d’autres à lui ». En clair, les blessés de l’insurrection populaire se disent aujourd’hui délaissés. Ils se considèrent comme des oubliés de la Transition. « Nous sommes délaissés, on ne parle que des gens qui ont travaillé pour les patrons de TAN ALIZ, de Azalai Hôtel, de Joly hôtel. Et on ne s’occupe pas de nous. Nous voulons que le futur président qui sera élu soit celui de tous les Burkinabè. Et il n’a qu’à considérer les blessés comme étant des Burkinabè et qu’à ce titre, devant bénéficier d’un regard spécial de sa part au niveau de la réinsertion sociale », a souhaité Issouf Nacanabo. Il en est de même pour Dramane Ouédraogo : « Nous demandons à ce que les autorités honorent leurs engagements et tiennent leurs promesses car nous les prenons au mot. Qu’elles arrivent à nous donner la fierté d’être sortis ce jour sans attendre que l’on meurt ».
Des mesures fortes pour apaiser les cœurs
Le cri du cœur des blessés de l’insurrection populaire semble avoir reçu un écho favorable auprès des autorités. Au moment où nous tracions ces lignes, le Conseil des ministres a décidé en sa séance du mercredi 28 octobre, de prendre 10 mesures fortes de soutien aux blessés. On est même tenté de reconnaître que le secours qui se faisait toujours attendre presqu’une année après, commence à s’annoncer au grand bonheur des bénéficiaires et pourvu que les mesures prises se concrétisent. Ces mesures contribueront sans doute à apporter du baume au cœur des blessés dont la situation mérite de trouver des solutions urgentes. Ces blessés n’ont pas caché non plus leur joie concernant la dissolution du RSP dont ils accusent ouvertement certains éléments d’être la cause de leur malheur. A ce propos, le président de l’ABIP-BF s’est voulu catégorique : « Ce sont des éléments de l’ex-RSP qui ont tiré sur nous au moment des affrontements en octobre 2014 ». Dès lors, la dissolution de cette garde prétorienne a donné des motifs de satisfaction dans les rangs des blessés de l’insurrection. « C’était une grande joie car c’est une libération pour le pays et c’est une grosse satisfaction pour les blessés de l’insurrection populaire. La Transition qui a été instaurée dans le sang a été défendue vaillamment dans le sang », a déclaré Issouf Nacanabo. Ce jeune homme, la trentaine bien sonnée, refuse de s’apitoyer sur son sort. Il dit ne pas regretter en dépit des blessures visibles à plusieurs endroits de son corps, d’être sorti chasser Blaise Compaoré qu’il qualifie de « grand dictateur ». « Pendant le coup d’Etat de septembre dernier, nous sommes encore sortis. Nous ne regrettons pas d’être sortis. Si c’était à recommencer, nous le ferions ». Mais quel est son message pour ses compatriotes à l’occasion de la journée d’hommage aux victimes de l’insurrection populaire et du putsch ? « Je dirai aux Burkinabè de rester déterminés, aussi intègres, de rester unis, de savoir que c’est ensemble que nous construirons notre pays. Les grandes luttes qui ont amené à toutes les libérations ont toujours nécessité des sacrifices. Des gens continueront de se blesser et de mourir au nom du Burkina Faso. Mais la vérité, c’est que ce pays devra vivre à jamais. Les morts n’ont pas su malheureusement ce à quoi a servi leur lutte. Mais nous qui sommes vivants, cela a servi au départ du régime de Blaise Compaoré qui se disait fort et au-dessus de tout. Nous l’avons chassé et les institutions du pays sont encore plus fortes aujourd’hui », a-t-il constaté. Et d’ajouter: « Avant et après l’insurrection, je suis resté moi-même parce que je ne m’apitoie pas sur mon sort. Je n’étais pas sorti au nom d’un individu. J’ai été blessé au nom du Burkina Faso et par des Burkinabè. Avant l’insurrection, j’étais artiste- musicien et j’étais en train de finaliser mon album. Et après l’insurrection, quand la blessure a commencé à me laisser libre dans mes mouvements, j’ai continué à travailler sur mon album que je vais bientôt lancer ». Un des titres de cet album en vue, fredonné par l’artiste au moment où nous le quittions, résonne comme l’hymne de la victoire des héros de la liberté et de la démocratie tombés au front, les armes à la main, lors des évènements des 30, 31 octobre 2014 et du putsch avorté de septembre 2015. Vivement que l’âme des martyrs arrachés à l’affection des Burkinabè repose en paix, sous la terre libre du Burkina Faso pour lequel ils ont combattu au prix de leur vie. Sans doute qu’une pensée sera au rendez-vous en ce premier anniversaire des évènements douloureux et historiques d’octobre 2014, aux blessés de l’insurrection et du putsch afin qu’ils recouvrent la plénitude de leur santé. Ces blessés de l’insurrection se sont, du reste, réunis autour de l’ABIP-BF qui a officiellement reçu son récépissé le 1er juin 2015.
Saïdou ZOROME (Collaborateur)

ENCADRE

10 décrets pour voler au secours des blessés de l’insurrection populaire et du putsch

En sa séance du mercredi 28 octobre 2015, le Conseil des ministres a adopté, au titre du ministère de l’Action sociale et de la sécurité nationale dix (10) décrets.

Le premier décret est relatif aux modalités de prise en charge des blessés de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014.
Le deuxième décret porte sur les modalités de prise en charge des veuves/veufs des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 dans le domaine de l’emploi.
Le troisième décret est relatif aux modalités de prise en charge des veuves/veufs des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 dans le domaine du logement.
Le quatrième décret est relatif aux modalités de prise en charge des parents des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
Le cinquième décret est relatif aux modalités de prise en charge des orphelins des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 dans le domaine scolaire et de la formation professionnelle.
Le sixième décret est relatif au soutien social aux ayants droit des victimes du putsch.
Le septième décret apporte soutien aux veuves/veufs des victimes du putsch dans le domaine de l’emploi.
Le huitième décret est relatif au soutien social des blessés du putsch.
Le neuvième décret est relatif au soutien aux orphelins des victimes du putsch dans le domaine scolaire et de la formation professionnelle.
Le dixième décret est relatif au soutien social aux veuves/veufs des victimes du putsch dans le domaine du logement.

L’adoption de ces décrets permet de mieux organiser la prise en charge des victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et du putsch du 16 septembre 2015 (Extrait du Conseil des ministres du 28 octobre 2015).

Légende

1- Innocent Ganou cherche une prise en charge de son dossier médical d’évacuation en France

2- Les séquelles des blessures restent encore visibles chez les blessés

3- Le regard triste de Aminata Kaboré/Guira illustre son désespoir après ses fractures au pied et au bras

4- Abass Ilboudo sur ses béquilles nous a accueilli à son domicile : derrière lui, le président de l’ABIP/BF, Dramane Yaméogo, son papa Lassané Ilboudo à l’extrême droite et le reporter au milieu

5- Le sourire des blessés, malgré les difficultés, traduit l’espoir de mieux vivre

6- Issiaka Léguélégué souffre énormément de porter toujours une balle dans le corps

7- Issouf Nacanabo montre ce qu’il considère comme le cadeau (blessure) que lui a offert l’insurrection populaire
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