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Sidwaya N° 7411 du 7/5/2013

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Réunions de printemps 2013 du FMI et de la Banque mondiale : Le ministre Bembamba fait le point de la participation de la délégation du Burkina Faso
Publié le mardi 7 mai 2013   |  Sidwaya


Lucien
© Autre presse par DR
Lucien Marie Noël BEMBAMBA, Ministre de l’Économie et des Finances
Gouvernement du Burkina FASO du 23 février 2012


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Le ministre de l’Economie et des Finances du Burkina Faso, Lucien Marie Noël Bembamba a conduit, du 18 au 21 avril 2013, une délégation de son pays comprenant notamment, l’ambassadeur Seydou Bouda, aux réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington aux Etats-Unis d’Amérique. Dans l’entretien qui suit, M. Bembamba fait le point des conclusions de ces rencontres sur la situation de l’économie mondiale et les perspectives, la revue des politiques et programmes du FMI et de la Banque mondiale ainsi que les possibilités de financements nouveaux qui s’offrent aux pays en développement comme le Burkina Faso. Il aborde également les priorités économiques du gouvernement de son pays qu’il a eu l’occasion de valoriser auprès des responsables des institutions de Brettons-Woods. Enfin, il tire les conclusions de plusieurs entretiens qu’il a eus, en marge des travaux, avec des opérateurs économiques américains, venus lui dire avec enthousiasme, leur volonté d’investir au Burkina Faso, vu les opportunités d’affaires qui, de leur point de vue, se présentent en ce moment dans notre pays.

Sidwaya (S.) : Que peut-on retenir en termes de bilan sur l’agenda des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale ?

Lucien Marie Noël Bembamba (L.M.N.B. ) : Ces rencontres offrent l’occasion aux ministres et aux différents responsables de l’économie et des finances de différents pays du monde, de pouvoir échanger sur l’évolution récente de l’économie mondiale ainsi que les politiques mises en œuvre par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale dans le cadre des missions qui leurs sont été assignées.
Au cours de nos échanges, les débats se sont focalisés sur la façon de mieux surmonter la crise économique que nous traversons et comment créer les conditions d’une relance de la croissance économique mondiale. Mais aussi, comment renforcer tout ce qui a été mis en œuvre comme mesures économiques en matière de lutte contre la pauvreté.
Dans ce contexte, nous nous sommes particulièrement intéressés au lien qu’il faut dorénavant établir entre croissance économique et création d’emplois et à la notion de croissance partagée. Le constat que nous avons fait au cours de nos débats dans les différents comités, est que la question du chômage et celle de l’emploi préoccupent l’ensemble des pays du monde.
Sur ce sujet, notre analyse a abouti au fait que certains pays sont dans une situation de difficultés au niveau de la croissance. Surtout ceux de la zone Euro et dans une certaine mesure les Etats-Unis d’Amérique. Pour ces pays, nous avons convenu qu’il faut qu’il y ait une politique appropriée pour créer les conditions de la croissance, tout en essayant de préserver les équilibres budgétaires afin qu’il y ait une sérieuse relance économique qui puisse permettre de lutter contre le chômage qui ne fait que s’aggraver au fil des années.
Pour la situation des pays comme le nôtre, la bonne nouvelle est que nous sommes dans des situations plutôt de croissance économique. La préoccupation de nos pays, c’est de trouver les voies et moyens pour que cette croissance puisse être partagée. Une croissance qui crée de l’emploi et de la richesse, notamment pour les plus pauvres.
Au total, à ces réunions de printemps d’avril 2013, la question de l’emploi et de la croissance partagée a été au centre des débats auxquels nous avons pris part. La délégation du Burkina Faso a essayé d’apporter sa contribution au niveau des échanges pour qu’effectivement, il y ait une meilleure prise en compte de cette question à l’avenir.
Pour ce qui a été de la revue des politiques et programmes du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, nous avons joint notre voix au plaidoyer qui a été fait par les pays africains pour qu’il y ait un assouplissement des conditions d’accès aux financements. Nous avons fait comprendre aux responsables de ces deux institutions que nos pays, qui sont dans des situations actuelles de bonnes perspectives de croissance, doivent avoir davantage accès à des financements pour pouvoir soutenir cette croissance.
A cet effet, nous avons pu noter qu’au sein des instances du FMI, il est question de revoir la politique en matière d’endettement de nos pays. Les nouvelles orientations qui sont prévues vont être bénéfiques à notre pays qui pourra avoir recours à plus de ressources financières pour mettre en œuvre ses grands chantiers de développement. Voici résumé les grandes questions débattues. L’un dans l’autre, nous sommes tous préoccupés par la relance de l’économie mondiale et surtout, son impact durable sur la question de l’emploi.

S. : En définitive, qu’est-ce qui a été retenu comme instruments ou mécanismes d’appui pour accompagner les Etats ?

L.M.N.B. : Au niveau des deux institutions, un certain nombre d’orientations ont été données : s’agissant du FMI, il est question que nous puissions avoir des facilités qui soient de nature à prendre en compte les situations de crise , des chocs exogènes en termes de rapidité d’intervention, mais aussi en termes de leur volume. Par ailleurs, les réflexions engagées vont dans le sens de rendre moins restrictives, les possibilités d’endettement de nos pays comme je l’ai souligné tantôt.
Quant à la Banque mondiale, les réflexions vont dans le sens de pouvoir nous offrir des facilités de financement d’un certain nombre de secteurs, notamment celui de l’agriculture. Sur ce volet, des ressources financières seront mises à la disposition de la Banque mondiale qui les gèrera pour le compte des pays en développement. Sur ce point, le Burkina Faso s’est déjà positionné pour y avoir rapidement accès.
C’est vous dire qu’il y a un certain nombre de mécanismes et de dispositions pris au sein des deux institutions pour s’adapter et aider les Etats à faire face à leurs besoins de financements et soutenir de la sorte leur développement économique.

S. : Quelles sont les possibilités de financement de projets ou programmes retenus pour le Burkina Faso ?

L.M.N.B : Avec la Banque mondiale, nous avons la possibilité d’avoir accès aux ressources de l’IDA qui sont des ressources concessionnelles . Nous avons convenu avec les responsables de la Banque, et singulièrement ceux qui gèrent ce guichet, de financer davantage un certain nombre de projets notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’emploi et de la politique de protection sociale à travers des filets sociaux. .
Nous avons aussi insisté pour que la Banque puisse soutenir la prochaine phase du projet Ziga, pour lequel nous avons déjà tenu une table ronde de bailleurs de fonds. Il y a également le projet Bagré pour lequel la Banque mondiale s’est déjà engagée. Nous avons souhaité un renforcement de son appui compte tenu de l’engouement et des bonnes perspectives qui se profilent à l’horizon pour ce projet-phare. La Banque s’est également engagée à intervenir sur le projet de l’aéroport de Donsin. Elle nous a confirmé que l’accord de financement de ce projet sera bientôt soumis à son Conseil d’administration.
L’autre volet de nos discussions a porté sur l’impact de la crise malienne sur l’économie de notre pays. Notamment son impact en termes de prise en charge des réfugiés et les efforts que nous déployons pour assurer la sécurité intérieure et notre participation à l’effort de guerre au sein de la MISMA. Sur la base des évaluations de l’incidence financière que nous avons présentées, la Banque mondiale a promis d’accroître son appui budgétaire à notre pays. Nous échangerons bientôt sur le montant qui nous sera alloué. Je crois que nous aurons un accroissement de 10 à 20 millions de dollars en plus.
C’est vous dire qu’il y a de la part de la Banque mondiale, une volonté de renforcer son appui au regard des résultats qu’ils ont constatés en matière de mise en œuvre des différents projets qu’elle finance au Burkina.
Au niveau du Fonds monétaire international qui, rappelons-le, a un rôle de formuler avec les pays membres des réformes économiques dont la mise en œuvre va servir de catalyseur pour d’autres bailleurs, l’appréciation d’ensemble est que notre pays a pu, de façon satisfaisante, mettre en œuvre les réformes arrêtées. Sur cette base, il a été convenu qu’une mission se rendra bientôt à Ouagadougou pour une évaluation, de notre situation économique. Sur la base de cette évaluation d’autres bailleurs vont certainement nous apporter leurs financements.

S. : Les échanges avec vos interlocuteurs du FMI ou de la Banque mondiale ont-ils aussi concerné des secteurs importants comme les mines avec la révision attendue du code minier, l’énergie avec la pénurie constatée chaque année en pareille période au Burkina ou le projet Bagré qui, manifestement, ne va
pas satisfaire la demande intérieure et extérieure ?

L.M.N.B : Ce sont là aussi des centres d’intérêt importants sur lesquels nous avons discuté. Bagré, comme on le constate, suscite beaucoup d’engouement de la part du secteur privé tant national qu’étranger. Ceux qui suivent le dossier au sein de la Banque mondiale estiment que c’est pour eux, un projet-pilote. Un projet exemplaire, parce qu’ensemble, nous avons réussi à faire un montage d’un projet qui, d’une part, va permettre de préserver les acquis, préserver les intérêts des populations locales en ne les dépossédant pas de leurs terres, mieux en leur octroyant des espaces modernes de production, ce qui est un aspect très important. D’’autre part, il y des perspectives qui s’offrent aux investisseurs du secteur privé qui viendront faire accroître les capacités de la production agricole nationale.
L’Etat, pour marquer son intérêt à la réalisation rapide de ce projet, a débloqué environ 30 milliards de FCFA en vue d’accélérer l’aménagement des terres. De la sorte, nous disposerons très rapidement de terres aménagées pour ceux qui sont prêts à investir. Au regard de la forte demande enregistrée pour les terres de Bagré, nous examinons la possibilité d’aménagements d’autres sites pour satisfaire au maximum la demande de potentiels investisseurs.
Concernant le secteur des mines, la Banque Mondiale a réaffirmé son engagement à nous accompagner. A ce sujet, nous avons eu à discuter sur deux aspects :
Le premier aspect (et c’était là notre principale préoccupation), il s’agit d’assurer des retombées socioéconomiques significatives du boom minier, notamment sur les conditions de vie des populations. Nous avons ensemble convergé vers l’idée qu’il faut que nous puissions réaliser des pôles de croissance dans les localités où sont implantés des sites miniers. Il y a des expériences réussies en la matière dans d’autres pays et nous comptons nous en inspirer. Dans les mois à venir, nous allons dépêcher une mission spéciale comprenant des membres des départements ministériels concernés pour s’enrichir de ces expériences et ensuite élaborer ensemble ces projets de pôles de croissance.
L’autre aspect concerne le code minier qui est dans un processus de révision. Le point d’avancement des travaux de cette relecture a été fait à nos partenaires, en leur rappelant que nous allons veiller à la prise en compte et la protection des intérêts des investisseurs . C’est un secteur qui demande beaucoup d’investissements. En conséquence, il faut préserver des conditions attrayantes pour les investisseurs. Mais aussi et surtout, nous voulons que ce code minier puisse prendre en compte une meilleure répartition des fruits tirés de la performance de ce secteur et faire en sorte que les collectivités territoriales concernées puissent mieux profiter des avantages des ressources minières de leurs terroirs.
Mais au-delà de la révision du code minier, nous avons échangé sur le renforcement de l’expertise nationale sur les questions minières. Dans ce sens, il est prévu une assistance technique pour former nos administrations afin qu’elles puissent connaître et mieux suivre la mise en œuvre des dispositions des textes en vigueur en la matière.
Le secteur de l’énergie a été aussi un thème important de nos échanges. Nous avons fait comprendre que si véritablement nous voulons soutenir la croissance économique que nous notons en ce moment, il faut que nous puissions régler la question de l’énergie. Ce volet a été abordé dans le sens de voir comment nous pouvons mieux exploiter les ressources alternatives par rapport à ce dont nous disposons actuellement.
En la matière, nous sommes tous d’accord pour promouvoir l’énergie solaire. Notre pays a le meilleur ensoleillement au monde. Avec nos partenaires, nous allons travailler de façon à attirer les investisseurs pour la construction de centrales d’énergie solaire et accroître la capacité d’offre d’énergie de notre pays

S. : Dans les médias, vous avez laissé entendre la bonne santé de l’économie burkinabè avec un taux de croissance de 8% en 2012. Cette analyse a-t-elle été partagée par le FMI et la Banque mondiale ?

L.M.N.B. : Nos interlocuteurs ont salué d’emblée nos performances ainsi réalisées et surtout apprécié les réformes mises en œuvre et qui expliquent ces résultats. Par conséquent, je pense que ces résultats sont unanimement partagés.
Au-delà de ce taux de croissance de 8% en 2012, ils ont surtout noté d’autres sources de satisfaction, notamment la mobilisation des ressources internes. Nous avons en la matière réalisé des performances exceptionnelles, ce qui les a rassurés, parce que traduisant notre souci de prise en charge de notre économie par nous-mêmes. Si nous avons des ressources propres confortées, nous allons conséquemment pouvoir financer nous-mêmes notre propre développement.

S. : Le Burkina récolte-t-il en ce moment les fruits des réformes ?

L.M.N.B. : Tout à fait. Ces résultats ne sont pas tombés comme par hasard. C’est à la suite des différentes réformes que nous avons engagées, des réformes qui ont été bien ciblées et qui produisent aujourd’hui leurs résultats.
Nous avons ainsi ciblé un certain nombre de secteurs que nous avons jugés porteurs de croissance. Nous avons réalisé de grands projets d’investissements dans le secteur agricole notamment. Depuis quelques années, le gouvernement a beaucoup investi dans ce domaine. Nous avons pris des mesures vigoureuses pour encourager les paysans et à la faveur de la bonne pluviométrie de l’année dernière, nous avons ainsi pu engranger de bons résultats. Le bon taux de croissance que nous avons réalisé est dû en partie à ce secteur.
Il y a aussi les infrastructures. Nous avons engagé d’importants investissements dans ce secteur. Cela participe à soutenir tout ce qu’il y a comme activité économique, créant ainsi des conditions de la croissance. Au total, ce taux de croissance de 8% nous conforte dans la pertinence de nos choix de réformes engagées et de politiques et programmes mis en œuvre. Il nous reste à consolider ces résultats.

S. : Ce taux de croissance apprécié de notre économie ne se ressent pas bien au niveau de la population de notre pays qui a le sentiment d’une mauvaise répartition des fruits de la croissance. Avez-vous l’impression de n’être pas bien compris ?

L.M.N.B. : Nous comprenons les appréciations que les uns et les autres peuvent avoir sur les retombées de la croissance. Mais sur la question, notre lecture est la suivante : c’est par le biais de la production que les populations tirent leurs revenus . Autrement dit, les producteurs qui sont à la base de la croissance tirent directement les fruits de cette croissance. La croissance tirée par le secteur agricole a permis d’accroître les revenus des paysans ; c’est en particulier le cas pour le secteur coton. Voilà pourquoi, l’Etat investit dans le secteur agricole qui, non seulement a un fort potentiel de production, mais occupe le plus grand nombre de la population. Ce raisonnement est valable pour les autres secteurs d’activités
Cela dit, en ce qui concerne les secteurs tels que celui des mines qui emploie peu de personnes mais qui contribue fortement à la croissance, il s’agit de faire en sorte que les recettes tirées de ses performances soient utilisées pour renforcer les programmes sociaux , les programmes d’infrastructures.... C’est par là qu’on va sentir l’impact de la croissance économique sur le mieux-être de nos populations. Cela dit, c’est un processus et nous espérons et souhaitons qu’avec le temps, tous ces mécanismes permettent une amélioration des conditions de vie de nos concitoyens.

S. : En marge de votre séjour, des hommes d’affaires américains ont tout fait pour avoir des rencontres avec vous. Existe-t-il pour eux des possibilités d’intervention dans notre pays ? Si oui, quel mécanisme pourrait efficacement les guider dans leur démarche ?

L.M.N.B. : Je dois avouer que nous avons été agréablement surpris par l’intérêt, je dois dire même l’engouement, des opérateurs économiques américains pour notre pays. Quelque part, cela démontre que ce que nous faisons comme effort dans le domaine des réformes économiques, d’amélioration de l’environnement des affaires ...commencent à porter ses fruits et sont connus par les grands investisseurs de par le monde.
Nous avons noté avec beaucoup d’intérêt, leur envie d’investir au Burkina Faso, surtout dans nos domaines prioritaires. Ce sont l’énergie, les logements sociaux, la santé. Au vu de cet engouement et de la convergence des projets présentés avec nos priorités , nous avons retenu que les ministères concernés les invitent officiellement au Burkina pour des entretiens plus approfondis avec les acteurs nationaux autour des possibilités de concrétiser les projets. J’ai bon espoir. Parce que j’ai senti au cours de nos discussions, que réellement, ces investisseurs sont intéressés par les opportunités qu’offre notre pays. Par conséquent, nous allons tout mettre en œuvre pour entretenir cet enthousiasme.

S. : Qu’est-ce qui est fait pour réduire les tracasseries administratives qui peuvent décourager d’éventuels investisseurs ?

L.M.N.B. : Nous avons résolu cette difficulté en créant l’Agence de promotion des investissements. Cette agence va justement constituer la porte d’entrée de tous ceux qui veulent investir au Burkina Faso. Très souvent, les investisseurs perdent beaucoup de temps dans les démarches administratives diverses. L’agence a été créée pour faciliter la conclusion des procédures administratives et accélérer l’installation des investisseurs. Cette agence aura aussi la charge de la promotion des opportunités d’investissements dans notre pays. Elle sera bientôt opérationnelle, ce qui va contribuer à mieux faire vendre notre pays et permettre aux investisseurs d’intervenir au Burkina dans les meilleures conditions.

Entretien réalisé à Washington par
Pierre WAONGO
Attaché de presse/Ambassade du Burkina Faso
Washington D.C/USA

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