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Sidwaya N° 7407 du 30/4/2013

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JNP 2013 : A cœur ouvert entre le président du Faso et les paysans
Publié le mardi 30 avril 2013   |  Sidwaya


Journée
© aOuaga.com par A.O
Journée Nationale du Paysan : Clôture de la 16eme Edition
Samedi 27 avril 2013. Banfora. La 16eme Edition de la Journée Nationale du Paysan (JNP) a refermé ses portes


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Les traditionnels échanges directs entre le président du Faso, Blaise Compaoré et les producteurs, lors de la Journée nationale du paysan(JNP), ont aussi eu lieu, à Banfora, le 27 avril 2013, dans le cadre de la 16e édition. Quatre heures se sont vite écoulées, avec à la clé, des pistes de solutions pour une résilience du monde paysan burkinabè aux aléas de la nature.

A la Journée nationale du paysan (JNP), chacun défend sa chapelle. Ainsi, les représentants de chacune des 13 régions ont posé des questions ou formulé des doléances. Le représentant de la Boucle du Mouhoun, qui a ouvert le bal, s’est tout de suite félicité des efforts consentis par le gouvernement dans la promotion du développement de la région et pour le bien-être des acteurs du monde rural. De ce fait, il a cité la subvention des engrais et des semences améliorées qui a permis à la région d’améliorer les taux de rendement des différentes spéculations. A cela, il a ajouté l’aménagement de deux plaines agricoles et le soutien à la culture de saison sèche. Toute chose qui ouvre, selon lui, des perspectives heureuses d’agrobusiness à la région. La Boucle du Mouhoun a, en outre, salué la poursuite de l’opération 100 000 charrues et le bitumage de l’axe Dédougou-Ouagadougou, Dédougou-Nouna-frontière du Mali.
Mais l’arbre ne cachant pas toujours la forêt, les producteurs de cette région ont souhaité un appui de l’Etat aux communes rurales pour l’élaboration des plans d’aménagements des terres pour une gestion rationnelle des ressources agrosylvopastorales. Il a été aussi question du renforcement des capacités opérationnelles des producteurs sur les stratégies d’adaptation aux changements climatiques.

Pour une agriculture moderne

A l’image de la Boucle du Mouhoun, la quasi-totalité des intervenants des autres régions ont sollicité plus d’accès aux matériels agricoles, des subventions aux intrants agricoles, aux engrais et aux semences et enfin à la mise en place d’unité de transformation de produits agricoles. Ils trouvent, en effet, que les taxes imposées à ces équipements sont « élevées ». Pour cela, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), par exemple, a souhaité la détaxation d’une commande de tracteurs qu’elle compte acquérir, avec l’appui des banques, au profit de ses membres. Cela pourrait contribuer à relever le niveau d’équipement des producteurs. En réaction, le président du Faso, Blaise Compaoré, a reconnu la légitimité de cette requête et a promis accompagner l’initiative, mieux, la renforcer.
Le ministre de l’Agriculture et de la sécurité alimentaire, Mahama Sawadogo, a, dans la lancée, fait étalage des efforts consentis par le gouvernement en faveur de la modernisation de l’agriculture burkinabè. L’appui du gouvernement au secteur agricole, depuis 2008, a-t-il indiqué, va de la gratuité des semences pour les femmes, à des taux de subvention atteignant, parfois, 90% sur toute la chaîne de la production. Parmi les actions fortes, il a cité : l’acquisition de 700 tracteurs et de 1200 motopompes cédés aux producteurs à des conditions souples en 2010 et l’opération 100 000 charrues en cours d’exécution. 45 000 charrues auraient déjà été mises à la disposition des producteurs, et 2013 verra, selon le ministre, la mise à disposition du monde rural, de 32 700 autres.
Et dans un souci d’assurer l’approvisionnement régulier des producteurs en matériels agricoles à moindre coût, une réflexion serait en cours, en partenariat avec le secteur privé et doit permettre à termes, d’ériger une unité de montage de tracteurs au Burkina Faso, a ajouté Mahama Sawadogo. A l’écouter, en matière de soutien des producteurs en intrants agricoles et facteurs de production, le département de l’agriculture a acquis, en 2013, sur le budget national et avec l’appui des projets et programmes sous sa tutelle technique, 35 tonnes de compost -Plus qui permettront de produire 42 000 tonnes de fumure organique et de fertiliser 10 000 ha. Il a aussi annoncé l’achat de 1100 tonnes de Burkina phosphates de même que le renforcement des capacités d’environ 1300 producteurs sur la technique de compostage.
A propos des subventions et/ou détaxations demandées par les producteurs sur l’importation ou l’acquisition de certains matériels et intrants, le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, a expliqué ce qu’il a appelé un paradoxe à gérer. « Puisqu’en même temps que vous nous demandez de construire des infrastructures, vous voulez payer moins d’impôt, dans un contexte où nous sommes de plus en plus obligés de compter sur nos propres ressources. Or, nos ressources internes sont essentiellement constituées des impôts et des taxes prélevés. S’il faut défiscaliser, il faut aussi s’assurer que cela ne va pas entraîner un déséquilibre de nos finances publiques ».

La maîtrise de l’eau

D’autres préoccupations évoquées par les producteurs en vue de renforcer leur résilience face aux facteurs néfastes des changements climatiques ont porté sur les ressources en eau. C’est presqu’en chœur que les délégués des différentes régions du pays ont posé les problèmes de barrages et autres retenues d’eau. Tandis que certaines régions demandent d’en construire, d’autres sollicitent leur réhabilitation. Le président de la Chambre régionale d’agriculture des Cascades, Moustapha Ouattara, n’a pas occulté les problèmes du barrage de Moussodougou, principale source d’alimentation de la SN-SOSUCO et de la ville de Banfora. La digue du barrage érodée par les intempéries menace de céder et il faut environ 6 milliards de F CFA pour la pose de parois moulées sous la digue.
Citées comme faisant partie des régions les plus arrosées du Burkina, foi du président de la Chambre d’agriculture, les Cascades, de son avis, sont confrontées, de nos jours, à un déficit pluviométrique assez-fréquent. Pour ce faire, il suggère la promotion de technologies de gestion économe de l’eau dont le système du goutte-à-goutte.
Le ministre en charge de la Sécurité alimentaire, Mahama Zoungrana, a mis l’occasion à profit pour assurer les paysans de la volonté du gouvernement de déployer les brigades mobiles de complément (pour mener des opérations d’irrigation au profit des producteurs en cas de besoin) en vue de la sécurisation des productions de saison sèche, dans les 8 000 villages du Burkina. Il a fait savoir que le gouvernement est disposé à promouvoir les technologies innovantes visant à limiter les effets des risques pluviométriques sur les objectifs de production.
Le ministre Mahama Zoungrana a ainsi informé les producteurs, qu’en plus du programme de développement de la petite irrigation villageoise, en cours depuis quelques années, il est prévu un projet relatif à l’irrigation goutte-à-goutte, d’un coût de 4 milliards de F CFA. Dans l’ensemble, il a annoncé pour l’année 2013, l’aménagement de 4500 ha de périmètres irrigués, 1400 ha de bas-fonds et la réalisation de plus de 5000 bassins de collecte des eaux de ruissellement et des boulis pour l’irrigation de complément dans les 13 régions du pays.
Sa collègue en charge de l’Eau, des aménagements hydrauliques et de l’assainissement, Mamounata Belem/Ouédraogo a dressé une cartographie hydraulique nationale. Il en ressort que la région du Centre-Nord est la plus nantie, avec 290 barrages, sur un total de 1700, le Sahel (241), le Centre-Ouest (240), le Plateau central (186). Les moins nanties sont les Hauts-Bassins (61), le Sud-ouest (50) et les Cascades (40).
Elle a confessé l’état de dégradation de nombreuses retenues d’eau et a promis de les réhabiliter, non sans demander la contribution des producteurs pour leur entretien.

Le péril plastique et l’orpaillage

Le danger des sachets plastiques est également revenu, avec insistance, dans les préoccupations du monde rural. Si le représentant de la Boucle du Mouhoun s’est alarmé du fait que « Les sachets plastiques ont envahi notre vie quotidienne et provoquent des dégâts aussi bien à l’environnement, aux humains qu’aux animaux », Ami Bambara, deuxième intervenant de la région du Centre, a demandé que soit adoptée une loi « règlementant l’importation et l’utilisation » des sachets plastiques. Tout en se félicitant du fait que le problème soit posé par les producteurs, eux-mêmes, utilisateurs potentiels de ces sachets, le chef du gouvernement, Luc Adolphe Tiao, a fait la réflexion suivante : « La question des sachets plastiques commence par nous-mêmes. Si chacun de nous refuse que l’on mette ce qu’il a acheté dans un sachet ou refuse de jeter les sachets plastiques n’importe où, nous irons de l’avant dans la lutte ». Il a indiqué que son gouvernement est en réflexion en vue de proposer au parlement la possibilité d’interdire totalement ces sachets.
Une autre psychose pour les producteurs, dans le domaine environnemental, a concerné l’orpaillage. L’anarchie créée par l’exploitation artisanale de l’or et l’utilisation des produits chimiques dont le cyanure, compromettent dangereusement la production agricole, selon les intervenants, invitant l’Etat à agir.
Le Premier ministre a reconnu l’ampleur du fléau, et a estimé à plus de 1,3 million, le nombre de personnes vivant de cette activité au Burkina Faso. Et d’ajouter : « Il parait que dans certaines régions, il est difficile de trouver la main d’œuvre parce que les jeunes préfèrent aller sur les sites miniers ». Il a soutenu que le gouvernement n’ignore pas que l’orpaillage pose de nombreux problèmes, d’ordre environnemental, de productivité agricole, etc. Luc Adolphe Tiao a aussi rassuré que le ministère en charge des Mines est en train de réfléchir pour que cette question soit réellement prise en compte dans le nouveau code minier afin de pouvoir engager des actions au plan national. « Mais si nous n’avons pas une adhésion des populations, il serait difficile d’avoir une solution au problème », a-t-il prévenu.
Adama Ouédraogo, président de la CRA du Centre, a, quant-à lui, soulevé les dangers de l’urbanisation sur les terres agricoles et réclame l’application de la loi 034 portant régime foncier rural, afin de permettre aux producteurs de sécuriser leur exploitation.

Fin juillet pour le démarrage de l’usine de fabrique d’aliment pour bétail

Les conflits agriculteurs-éleveurs n’ont pas été occultés. Leur récurrence a conduit certains producteurs à souhaiter que force reste à la loi. A ce propos, le gouvernement a surtout invité les acteurs à se conformer aux dispositions de cette loi, et avoir recours à la justice, le cas échéant, au lieu d’user d’autres formes violentes de règlement de ces différends. Pour prévenir les conflits liés aux ressources animales, le monde paysan a requis, entre autres, la viabilisation des zones pastorales, la délimitation de pistes à bétail, un meilleur suivi de la transhumance et la disponibilité d’aliment pour bétail. Concernant ce dernier point, il a été demandé une structure de sécurisation d’aliment pour bétail, à l’image de la Société nationale de gestion des Stocks de sécurité (SONAGESS) pour l’alimentation humaine.
Relativement à cette question, le ministre des Ressources animales et Halieutiques, Jérémy Ouédraogo, a fait savoir qu’en 2012, le gouvernement a mis à la disposition des producteurs, plus de 20 000 tonnes d’aliment à bétail. Il a ajouté que 22 000 tonnes sont en train d’être mobilisées pour 2013. Il a aussi relevé l’accompagnement financier croissant de l’Etat dans l’acquisition des vaccins et de matériels de froid (pour les conserver). A l’écouter, 2 milliards de F CFA sont affectés à cette cause sanitaire des animaux.
Commentant le retard accusé dans la construction de l’usine de fabrique d’aliment à bétail qui inquiète plus d’un éleveur, Jérémy Ouédraogo a reconnu que des difficultés ont été rencontrées dans la mise en œuvre dudit projet. Cependant, a-t-il affirmé, cette usine pourra ouvrir ses portes en fin juillet prochain pour le bonheur des éleveurs. Sa mise en œuvre va être un salut pour les producteurs de matières premières, à savoir le soja et le maïs, a-t-il estimé. Elle va consommer plus de 40 000 tonnes de matières premières par an, a déclaré le ministre en charge des Ressources animales.
A la recherche du pâturage, certains éleveurs pratiquent la transhumance, d’une région à une autre, parfois, hors du territoire national. Cela ne se fait pas sans difficultés, à en croire les producteurs qui déplorent l’insuffisance ou l’inexistence de pistes à bétail. En réponse à ces préoccupations, le ministre Jérémy Ouédraogo a déclaré que la transhumance ne peut plus s’opérer comme de par le passé. « Et cela a été reconnu par les éleveurs, eux-mêmes, à l’issue des ateliers régionaux sur les conflits agriculteurs-éleveurs », a-t-il rappelé.
En perspective à une meilleure sécurisation des zones pastorales, le ministre Ouédraogo a martelé qu’il est temps de changer de mode de transhumance. A titre d’exemple, il a rapporté que dans la deuxième quinzaine du mois d’avril en cours, 152 éleveurs-transhumants burkinabè ont été refoulés d’un pays voisin, suite à des incidents. Pour lui, il faut nécessairement changer la façon de faire de l’élevage. « L’éleveur doit s’établir, produire de l’aliment à bétail et l’éleveur doit être accompagné », a-t-il soutenu. Jérémy Ouédraogo a engagé son département dans cette dynamique, à travers la politique nationale de développement de l’élevage doté de 12 programmes.
Les derniers mots de l’échange direct sont revenus au président du Faso, Blaise Compaoré, qui a dit sa conviction en ce que le Burkina Faso a les capacités pour accroître sa production. « Nous sommes conscients que pour ce faire, il faut d’importants financements », a-t-il reconnu. Il a, dans cette vision, pris l’engagement d’accompagner (voire de renforcer) une initiative de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) d’importer des tracteurs en hors taxes/hors douane, au profit de ses membres.
Le président Compaoré a aussi adhéré à la requête de certaines associations professionnelles du monde paysan de la mise en place d’une structure de suivi pour évaluer l’exécution des engagements pris lors des JNP. « Cela est incontournable si nous voulons réellement avancer », a affirmé le chef de l’Etat, avant d’inviter tous les acteurs de la production agrosylvopastorale, une fois de retour sur le terrain, à travailler à obtenir plus de résultats.

Alassane KARAMA
Fédéric Ouédraogo

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