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Sidwaya N° 7258 du 20/9/2012

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Le crépuscule de la mal gouvernance
Publié le vendredi 21 septembre 2012   |  Sidwaya




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L’écrivain suédois d’origine grecque, Théodor Kallifatides disait : « L’ironie aujourd’hui a changé d’âme. On ne peut plus rire de tout. Jadis, on pouvait écrire que le monde entier était corrompu, c’était une image. Le lecteur souriait. Aujourd’hui, c’est un constat ». C’est convaincu que les faits de la corruption sont une réalité au Burkina Faso et peuvent nuire à la nation burkinabè que le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, a pris la ferme résolution d’agir, vite et bien. Il promet de donner suite aux différents rapports de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE). Luc Adolphe Tiao vient donc de donner, le 13 septembre 2012, un signal fort dans la lutte contre la mauvaise gouvernance. En dévoilant des mesures comprenant des « sanctions appropriées » contre les personnes identifiées dans tous les rapports de l’ASCE, comme responsables de fautes lourdes de gestion ou de détournement de deniers publics, c’est un engagement pris devant le peuple burkinabè. Et les Burkinabè attendent de pied ferme la concrétisation de la menace de leur Premier ministre de mettre sur la touche tous les cadres de l’administration, coupables de détournement de fonds publics ou mêlés à des actions qui n’honorent pas sa gouvernance. En cette période de vaches maigres, Luc Adolphe Tiao comprend difficilement que des cadres de l’administration pensent à se remplir les poches au détriment de la majorité silencieuse. Ceux-là qui s’opposent au changement prôné sont avertis. Il y aura sanctions. Mais pourquoi faut-il que des sanctions tombent  ? La réponse, Voltaire la donne dans le Dictionnaire philosophique : « Un seul mauvais exemple, une fois donnée, est capable de corrompre toute une nation, et l’habitude devient une tyrannie ». On a longtemps sensibilisé, organisé des séminaires, ateliers d’information sur la corruption, créé des services de contrôle pour sauver les maigres ressources des mains des rapaces tapies dans l’administration, mais rien ne semble effrayer les adeptes de la mal gouvernance. Il est donc temps de passer à une autre étape de la lutte contre la corruption en donnant suite aux rapports produits par les différents corps de contrôle créés par l’Etat. D’aucuns soutiennent l’idée de création d’un tribunal spécial, ouvert au public et avec toutes les garanties juridiques pour juger les faits de corruption afin de servir d’exemple à l’opinion publique. En tous les cas, il faut des actes forts pour convaincre les incrédules, rassurer ceux qui ont toujours vu les rapports produits par les différentes institutions comme de la poudre aux yeux, une façon subtile de berner les populations.
Détournements de fonds, dépenses non justifiées, dépenses justifiées avec des pièces irrégulières, manquants de caisse, doubles paiements de frais de mission, soutiens à des structures privées avec des moyens de l’Etat, fraude, mauvaise gestion, non reversements des recettes. Voici autant de pratiques que relèvent chaque année les nombreux rapports de contrôle. « Sur l’ensemble des rapports émis en 2008, 2009, 2010 et 2011, le manque à gagner est de deux milliards cent dix-neuf millions, quatre-cent-cinq mille cinquante-trois francs (2 119 405 053) CFA. Ce manque à gagner concerne soixante-dix-sept (77) structures et certains de leurs acteurs », précise le rapport 2011 de l’ASCE. Tandis que la pauvreté mine et sclérose la population dans sa majorité, elle qui doit trimer dur pour avoir sa pitance quotidienne, se soigner ou envoyer les enfants à l’école, d’autres semblent vivre sous d’autres cieux. Oui, ceux-ci se la coulent-douce.
Les milliards de FCFA qui ont pris d’autres destinations que celles définies au départ auraient pu servir à construire des écoles, des dispensaires, ou à réaliser des forages, toutes choses qui participent à l’amélioration des conditions de vie des Burkinabè.
Malheureusement, les détournements de destination sont si fréquents que de l’argent public a été utilisé pour constituer des fortunes privées.
Pendant que certains Burkinabè veulent voir jusqu’où ira le chef du gouvernement avant de croire en son engagement à lutter contre la corruption, d’autres sont convaincus qu’il ne fera rien au-delà des déclarations. Et pourtant, le Premier ministre dit ne pas être amateur « de spectacle ». « Au cours du mois d’octobre, toutes les personnes mises en cause seront relevées de leur fonction. Vous serez tenus informés de ces questions, de même que les sanctions administratives qui seront prises », promet le Premier ministre. Aux sceptiques, M. Tiao leur dit ceci  : « Toute personne qui a été contrôlée, et reconnue responsable de faute grave, ne mérite pas son poste. Aucun responsable ne peut se prévaloir de quelle que relation ou de quelle que protection pour se tirer d’affaire. Nous voulons parvenir à une administration vertueuse ».
Dorénavant seules les personnes vertueuses pourraient être promues à des postes de responsabilité. Des enquêtes de moralité seront faites pour s’assurer que « les personnes proposées à des postes ne traînent pas de casseroles » soutient le Premier ministre.
Le message est, on ne peut plus clair. Seulement, nous avons la ferme conviction que la lutte contre la corruption n’est pas forcément une question de textes, encore moins de discours. Le dispositif règlementaire existant devrait permettre déjà de lutter efficacement contre cette pratique. La lutte contre la mal gouvernance est plutôt une question de volonté politique. Et comme le disent les Anglais « You want, you can » (Vous voulez, vous pouvez). Si les premières sanctions tombent, il y a fort à parier que les uns et les autres réfléchiront par deux fois avant de s’adonner à des pratiques dévastatrices des efforts de développement du Burkina Faso.Aujourd’hui, on estime qu’il faut une loi sur la déclaration d’intérêt et de patrimoine par certaines catégories de personnalités politiques, de fonctionnaires et autres agents publics. Un inventaire public des biens des futurs hauts responsables de l’État pourrait être envisagé avant toute prise de service. D’autres proposent même le relèvement des peines applicables aux infractions retenues par le code pénal et d’élargir les infractions connexes à la corruption. La seule certitude est qu’il faut nécessairement un choc initial pour mettre de l’ordre dans l’administration publique. Il est enfin temps de moraliser l’administration burkinabè et contenir la boulimie des gloutons habitués au faste que  leur confèrent nos deniers publics. Toute passivité et légéreté de la justice et de l’État, face à l’encrage des mœurs dans la corruption et les détournements des deniers publics feront du Burkina Faso, un pays à la traîne.
Le Burkina émergent, cher au président du Faso, ne peut être bâti que par des hommes et des femmes honnêtes et résolument engagés vers la défense des intérêts généraux que la mise en avant des intérêts particuliers. Vivement que notre pays retrouve son aura d’antan et que le tapis rouge soit déroulé pour magnifier, valoriser et saluer le retour du Burkinabè intègre et travailleur. Mais avant, il faudra faire le deuil de la corruption, organiser un enterrement de première classe pour la mal gouvernance. Aussi, les corrupteurs doivent être traqués et sévèvement reprimés.

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA

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