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Droit dans les yeux : Fraudes fiscales massives au Burkina /Le mauvais service de la longévité au pouvoir
Publié le mardi 20 octobre 2015  |  Le Pays




La Commission d’enquête parlementaire (CEP) mise en place le 10 juillet dernier sur la fraude fiscale, l’impunité fiscale, les restes à recouvrer des régies de recettes ainsi que les chèques revenus impayés du Trésor public vient de déposer officiellement son rapport sur les années 2012, 2013 et 2014. Le montant à recouvrer avancé par la CEP est simplement effarant et révoltant : plus de 49 milliards de nos francs. La première réaction que l’on peut avoir, c’est de saluer cette œuvre de salubrité publique des députés de la Transition. Avant eux, on se souvient, le ministère de l’Economie et des Finances avait publié une liste des débiteurs de l’Etat.

La somme cumulée dont ces personnes restaient redevables au Burkina se chiffrait à des dizaines de milliards de F CFA également. La stupéfaction avait été le sentiment le plus partagé par les honnêtes citoyens. Ces deux affaires, à elles seules, suffisent pour expliquer pourquoi les Burkinabè n’ont pas eu tort de s’insurger les 30 et 31 octobre 2014 pour dire à Blaise Compaoré et à son clan de débarrasser le plancher. En effet, le pays avait atteint un tel degré de pourrissement moral et d’incivisme que les Burkinabè qui avaient encore un grain d’amour pour leur patrie ne pouvaient plus tolérer que Blaise Compaoré, le principal architecte de cette régression morale, s’accroche à son fauteuil une seconde de plus au-delà de son dernier mandat et ce, après avoir détenu pendant 27 ans les manettes de l’Etat. Et personne, en dehors de ceux qui n’ont que du mépris pour le peuple burkinabè, ne doit regretter sa chute. En effet, celle-ci aura permis aux Burkinabè de toucher du doigt certaines réalités nauséeuses liées à la longévité au pouvoir. C’est l’une d’elles que la Commission d’enquête parlementaire vient de dénuder : la délinquance économique.

Le pouvoir qui sera issu de la présidentielle du 29 novembre prochain sera surveillé comme du lait sur le feu par le peuple burkinabè

Des Burkinabè, convaincus que les lois étaient faites pour les autres et pas pour eux tant que leur mentor était au pouvoir, avaient fini par mettre un point d’honneur à se sucrer sur le dos de la République en fraudant le fisc, en émettant de manière systématique des chèques sans provision au profit du Trésor public auquel ils devaient des sommes impressionnantes. Et tout cela se passait au vu et su de tout le monde. Ces pratiques étaient d’autant plus révoltantes qu’elles avaient cours dans un pays qui traînait la réputation de figurer parmi les pays les plus pauvres de la planète. Dans ce genre de pays, on le sait, la misère est ambiante et la faim tenaille certains citoyens. Le paradoxe est que ce sont les crève-la-faim qu’on accable d’impôts et qui sont obligés d’honorer leurs obligations fiscales sous peine de subir toute la rigueur de la loi. Pendant ce temps, les repus de la République peuvent s’offrir le luxe de ne pas verser le moindre kopeck au fisc. C’était pour perpétuer cette sorte « d’impunité fiscale » qu’ils avaient vendu leur âme au diable en liant leur destin à celui du dictateur. Et avec les privilèges honteux, ils ne pouvaient qu’accompagner leur mentor jusqu’au bout de sa forfaiture. Et aujourd’hui, ce sont eux qui ont la critique facile vis-à-vis de la Transition à laquelle ils font porter tous les péchés d’Israël. Heureusement, le peuple burkinabè n’est pas dupe. Il sait que leurs grincements de dents sont liés au bifteck saignant qu’ils ont perdu consécutivement aux événements des 30 et 31 octobre 2014. Et l’un des mérites de la Transition est d’avoir enfanté des hommes et des femmes qui sont devenus allergiques à toutes les formes de pratiques déviantes qui rappellent celles qui avaient pignon sur rue sous la gouvernance de Blaise Compaoré. C’est pourquoi, le pouvoir qui sera issu de la présidentielle du 29 novembre prochain sera surveillé comme du lait sur le feu par le peuple burkinabè. Les liens mafieux notamment qui existaient entre les milieux politiques et le monde des opérateurs économiques doivent être rompus. Car, ce sont ces genres de connivence qui prennent en otage la République en la tirant au quotidien vers le bas. Mais la grande leçon que chacun doit tirer à propos de ces fraudes fiscales massives et qui mérite d’être inscrite dans les cahiers de tous les écoliers au Burkina est la suivante : la longévité au pouvoir rend de mauvais services à la nation.
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