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Présidentielle guinéenne : les raisons de la victoire de Condé
Publié le lundi 19 octobre 2015  |  Le Pays
Alpha
© Autre presse par DR
Alpha Condé, président de la Guinée




La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a officiellement publié les résultats provisoires de la présidentielle guinéenne le 17 octobre dernier. Alpha Condé obtient 57,85% des suffrages, soit la majorité absolue. L’actuel locataire du palais Sékhoutoureya, dès le premier tour, rempile pour cinq ans, sous réserve de la confirmation de ces chiffres par la Cour constitutionnelle; Comme l’on pouvait s’y attendre, le principal opposant, Cellou Dalein Diallo dont l’assise sociale laissait entrevoir un second tour, a contesté la validité de l’élection sans pour autant projeter de déposer des recours devant la Cour constitutionnelle. L’autre poids lourd de l’opposition, Sidya Touré, est dans la même posture. Il se pose alors la question de savoir ce que nous réserve l’après-élection. Sera-t-il apaisé? Ou sera-t-il placé sous le signe des marches de protestation et des barricades dressées dans les rues de Conakry? La deuxième hypothèse serait dévastatrice pour la Guinée, en ce qu’elle pourrait installer pour une énième fois ce pauvre pays dans une crise politique susceptible de dégénérer en affrontements communautaires meurtriers.

Il est moralement indécent de convoler en justes noces avec le diable

La procureure de la CPI (Cour pénale internationale), Fatou Bensouda, a donc vu juste en mettant en garde les uns et les autres contre cette éventualité. Certes, l’on peut comprendre Cellou Dalein Diallo et ses camarades quand ils pointent du doigt les défaillances qu’ils imputent à la CENI, mais l’on peut être tenté de dire que celles-ci ne sont pas de nature à entacher la crédibilité du scrutin. Ce constat a été fait par tous les observateurs et les chancelleries occidentales. D’ailleurs, en Afrique et même ailleurs dans le monde, cela relève de la gageure que d’organiser des élections sans la moindre faille. Et ce n’est pas la Guinée, toute nouvelle élève de la démocratie avec l’avènement du professeur Alpha Condé, qui peut échapper à cette règle. C’est pourquoi l’on peut se risquer à dire à propos de la présidentielle guinéenne dont le score (57,85% pour Alpha Condé) peut heurter la conscience de certains démocrates, que les choses se sont globalement assez bien passées, avec toutefois la mention suivante: peut et doit mieux faire pour les scrutins à venir. Cela dit, l’on peut se permettre d’avancer quelques raisons pouvant expliquer la victoire du professeur Alpha Condé.

La première raison pourrait résider dans l’alliance que Cellou Dalein Diallo avait scellée peu avant la présidentielle avec le sulfureux Dadis Camara, l’enfant terrible de la Guinée forestière. Ce mariage honteux du démocrate avec celui qui s’était illustré dans le massacre et les viols du Stade du 28 septembre, pourrait avoir décidé bien des électeurs à accorder leur suffrage au président sortant. Et ils n’auront pas eu tort. En effet, au nom de la conquête du pouvoir d’Etat, il est moralement indécent de convoler en justes noces avec le diable. Cellou Dalein Diallo, pour des intérêts exclusivement électoralistes, l’a fait et il l’a appris à ses dépens. Si cette alliance avait permis au couple Dalein Diallo/Dadis Camara de gagner la présidentielle, les Guinéens aux mains nues, qui, au nom de la démocratie, n’avaient pas craint d’affronter la soldatesque du capitaine et qui en sont morts, se retourneraient dans leur tombe. Car l’ascenseur que Dalein Diallo renverrait à son allié de circonstance serait sans doute l’amnistie. L’on peut avoir l’impression que cette éventualité nauséeuse, les Guinéens épris de justice, même ceux de la région natale de Dadis, l’ont rejetée dans les urnes.

La victoire de Condé n’a pas été usurpée

La deuxième raison de la victoire du professeur Alpha Condé pourrait être liée au fait que les Guinéens n’ont pas voulu mettre tous leurs œufs dans le même panier. En effet, tout le monde sait que le pouvoir économique est, depuis l’indépendance du pays en 1958, détenu par la communauté dont est issu Dalein Diallo. Il est fort probable que les Guinéens qui ne sont pas de cette ethnie aient voulu équilibrer les choses en accordant leur suffrage au Malinké Alpha Condé. Publiquement, ils ne le disent peut-être pas, mais cette donne a pu s’inviter dans le choix des électeurs. Dans leur grande majorité, les Guinéens n’ont pas voulu que les Peuhls concentrent entre leurs mains le pouvoir économique et le pouvoir politique. La troisième raison, celle qui pourrait avoir été la plus déterminante dans la victoire du président sortant, est le bilan de ce dernier. Certes, Alpha Condé n’a pas pu satisfaire toutes les attentes des Guinéens, mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il a ajouté de la terre à la terre. En si peu de temps, il a amélioré un tant soit peu le quotidien des Guinéens. Ces derniers lui sont notamment redevables du fait qu’il est en passe de leur retirer du pied deux grosses épines qu’ils traînent depuis Sékou Touré : le manque chronique d’eau potable et le problème non moins chronique d’électricité. Qu’il est en passe d’être révolu, le temps où les Guinéens, à travers une célèbre boutade, disaient que leur pays était en proie à 3 généraux : le manque général d’eau, le manque général d’électricité et le général Lassana Conté. Et les opposants principaux Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré et Lansana Kouyaté, tous trois anciens premiers ministres pour avoir servi le général Conté, sont coupables de cette gouvernance calamiteuse dans laquelle la Guinée, malgré ses énormes potentialités, pataugeait tristement jusqu’à l’avènement du professeur Alpha Condé. Ce dernier est, en effet, le seul homme politique qui peut se targuer de n’avoir jamais collaboré avec les dictateurs qui se sont succédé à la tête de ce pays. Tous les autres ont eu le temps de se mettre à l’épreuve aux côtés des dictateurs guinéens. Les Guinéens ne sont pas si amnésiques au point d’oublier ce qu’était la Guinée, d’hier. Et ce ne sont pas les investisseurs étrangers qui diront le contraire ; eux qui, aujourd’hui, se bousculent aux portes du Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Si cette dynamique se poursuit, l’on peut dire que le meilleur est à venir. Pour toutes ces raisons, l’ont peut être tenté de dire que la victoire de Condé n’a pas été usurpée, même si quelque part, l’on ne doit pas fermer les yeux sur les ratés de la CENI. L’on peut donc inviter l’opposition à faire preuve de fair-play et le pouvoir à travailler à corriger les défaillances qui ont été observées à l’occasion de cette présidentielle pour les législatives à venir.


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