Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Femmes    Pratiques    Le Burkina Faso    Publicité
aOuaga.com NEWS
Comment

Accueil
News
Editorial
Article
Editorial

Dialogue intérieur/Béchir à Pekin : la Chine égale à elle-même
Publié le jeudi 3 septembre 2015  |  Le Pays
Omar
© Autre presse par DR
Omar El Béchir




La Deuxième Guerre mondiale, on le sait, a été un moment de traumatisme et de grandes exactions commises par l’Empire du soleil levant, c’est-à-dire le Japon, à l’endroit du peuple chinois. 70 ans après sa fin, la Chine tient à commémorer l’évènement pour non seulement se rappeler cette parenthèse douloureuse de son histoire, mais aussi pour signifier à la face du monde que depuis lors, le pays s’est grandement métamorphosé pour se positionner aujourd’hui comme un partenaire avec lequel il faut davantage compter dans les relations internationales. C’est pourquoi, peut-on dire, elle a voulu donner un éclat particulier à l’événement, en organisant un défilé militaire grandiose le 3 septembre dernier à Pékin. Cette dimension martiale de la commémoration des 70 ans de la fin du cauchemar chinois, n’est pas neutre. La Chine veut par là, faire passer le message selon lequel sa puissance économique et diplomatique reposent sur une puissance de feu réelle. Et personne ne doit, un seul instant, en douter.

On peut être choqué de voir la Chine accueillir à bras ouverts Omar El Béchir

Et comme l’on pouvait s’y attendre, puisque le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir, la grande usine du monde ne s’est pas posé trop de questions sur le profil de ses invités de marque. L’un d’eux est le sulfureux Omar El Béchir qui passe pour être l’un des chefs d’Etat les plus infréquentables au monde, au regard des massacres à grande échelle dont il s’est rendu coupable au Darfour et qui lui valent aujourd’hui d’être poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI), et d’être mis au ban de la communauté internationale. Mais cela ne fait ni chaud ni froid au pays de Mao. De ce fait, le tapis rouge a été déroulé pour le boucher de Khartoum qui sait que, contrairement aux sueurs froides qu’il avait eues en se rendant récemment en Afrique du Sud, il ne court aucun risque à fouler le sol chinois, qui est depuis toujours la destination la plus prisée des satrapes, d’où qu’ils viennent. Moralement, l’on peut être choqué de voir la Chine accueillir à bras ouverts Omar El Béchir, mais à la décharge de ce pays, l’on peut avancer les arguments suivants.
D’abord, les présidents africains, par le biais de l’Union africaine (UA) on se rappelle, avaient pris une résolution pour défier la CPI, au motif fallacieux que cette institution ne s’intéressait qu’aux Africains. De ce fait, ils ne se sentaient plus liés par le Traité de Rome qui leur fait obligation de coopérer avec la structure que dirige Fatou Bensouda. Et comme il est difficile d’être plus royaliste que le roi, il ne serait pas juste de jeter la pierre à la Chine pour avoir invité Béchir chez elle.
Ensuite, la Chine, pour n’avoir pas ratifié le Traité de Rome, et elle n’est pas la seule puissance dans ce cas, peut brandir cet argument pour justifier le fait qu’elle est libre d’accueillir les personnes poursuivies par la CPI sur son sol. Cela n’est ni plus ni moins que la traduction dans les faits, de sa souveraineté. Enfin, l’on peut ne pas être d’accord avec la Chine pour sa bienveillance constante à l’endroit des dictateurs. Mais ce pays a le mérite, si l’on peut le dire ainsi, de fréquenter au grand jour les dirigeants qui, dans leur pays, brillent par leurs prédations des droits humains en particulier et des principes élémentaires de la démocratie en général. Cela est de notoriété publique. Et les dictateurs le lui rendent bien, en lui permettant d’accéder aux ressources de leur pays.

L’attitude de la Chine a l’avantage de ne souffrir d’aucune forme d’hypocrisie

La Chine peut donc se frotter les mains. Dans le cas d’espèce, elle tire profit du fait que le Soudan est soumis à un embargo économique de la part de l’Occident pour s’engouffrer dans la brèche afin de réaliser des affaires juteuses. Si fait que la Compagnie nationale pétrolière chinoise (CNPC) est devenue aujourd’hui le premier partenaire pétrolier du Soudan. En plus du pétrole dont la seule odeur peut amener la Chine à s’intéresser à un pays et ce, quel que soit le profil des personnes qui le dirigent, Pékin écoule massivement des armes au Soudan. Ce n’est pas demain la veille que la Chine va commencer à se faire du scrupule dans le choix de ses partenaires. De ce point de vue, l’on peut dire que la Chine est toujours égale à elle-même. Cela a l’avantage de ne souffrir d’aucune forme d’hypocrisie. A contrario, l’on ne peut pas en dire autant de l’Occident. En effet, l’on peut faire le constat que bien des pays de ce bloc, lorsqu’il s’agit de préserver leurs intérêts, font peu cas de la démocratie dans leur coopération avec des nations dont les dirigeants sont pourtant connus pour être tout, sauf des démocrates. On les a vus avec les pays du Golfe. D’ailleurs, si c’était la démocratie qui les guidait dans leur diplomatie, la Chine populaire ne serait pas aujourd’hui leur premier partenaire économique. Cette réalité, les satrapes du monde entier le savent.

Le Pays »
Commentaires