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Le Pays N° 5331 du 5/4/2013

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Presidentielle malienne : Attention à un scrutin bâclé !
Publié le lundi 8 avril 2013   |  Le Pays




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A Bamako, avec la déroute des démons djihadistes et la tenue prochaine de l’élection présidentielle en juillet 2013, les principaux acteurs politiques maliens retrouvent le sourire. La vie publique reprend. Et, l’intransigeance des autorités françaises sur le respect strict du calendrier électoral élaboré et défini par les Maliens eux-mêmes, laisse à penser qu’une ère nouvelle, un avenir nouveau s’ouvrent pour le Mali. Rappelons que certaines puissances occidentales, dont les Etats-Unis en tête, ont lié la reprise de leur coopération avec l’Etat malien, à la tenue rapide de ces élections. Bref, il y a donc urgence à doter le Mali d’institutions démocratiques légitimes, afin de résoudre, de manière durable, les problèmes du pays. Evidemment, un président démocratiquement élu à la tête du Mali, n’aura plus rien à voir avec un ténébreux président intérimaire, brillant par son effacement et ses silences. Ce qui est sûr et certain, c’est que la démocratie peut contribuer à la restauration de l’unité de la République ainsi qu’au renforcement de la légitimité internationale du pays. Ici, l’Etat a été réellement menacé dans son existence par l’occupation djihadiste du Nord-Mali. Et, la guerre, quoi qu’on dise, a créé une distance, voire une méfiance mutuelle entre Maliens. Un pouvoir issu d’élections démocratiques, transcendant les divisions, haines et logiques de vengeance entre citoyens, fera du Mali un Etat, où justement les citoyens vivront désormais, dans un ordre politique ordonné par la raison. Les Maliens veulent battre le fer de la démocratie tant qu’il est chaud. La tenue des élections en juillet prochain est donc un fait politique significatif parce qu’elle engage le destin du peuple malien. Mais, très franchement, dans les conditions et circonstances actuelles du pays, les Maliens sont-ils vraiment dupes sur le respect de la date de juillet ? Pourquoi cette rhétorique infernale sur le mois de juillet, qui finit par frôler chez certains une sorte de névrose obsessionnelle ? On pourrait résumer l’attitude occidentale, notamment celle de la France, avec le respect de ce calendrier, de cette manière : « Maliens, cherchez d’abord le royaume de la démocratie et tout le reste vous sera donné ». Ce paternalisme néocolonialiste, infantile est inacceptable. Car, dans l’histoire contemporaine de l’Afrique noire, aucun Etat n’a été conquis et occupé par des fanatiques religieux. Et aucun Etat n’a vu un groupe communautaire traversé par des crises d’identité sérieuses, recourir à la voie des armes pour faire prévaloir sa cause. A cela, ajoutons que c’est la première fois, en terre africaine, qu’une vaste coalition internationale et interafricaine s’est dressée pour aider un Etat à se débarrasser de démons terroristes. C’est dire combien la situation actuelle du pays de Modibo Keïta est totalement inédite. En Afrique, avec la fin de l’occupation djihadiste, il existe désormais, une « exception malienne ». Rappelons que face au refus de l’envahisseur djihadiste au Mali, l’unanimité nationale a manqué. Des Maliens ont livré d’autres Maliens à la canaille terroriste et djihadiste. Il existe, de nos jours, une méfiance quasi générale des Maliens envers leurs compatriotes du Nord. Et ce n’est pas l’entêtement auto- suicidaire du MNLA qui refuse de désarmer, qui favorisera l’avènement d’une confiance soudaine entre Maliens. De surcroît, le MNLA refuse toute repentance pour ses crimes, massacres et actes abominables. A l’heure actuelle, il n’existe au Mali aucun climat moral favorable à la réconciliation et à la paix. Les derniers affrontements entre policiers, à Bamako, en sont une des nombreuses illustrations. Et sommes-nous sûrs que la tenue de ces élections, en juillet, ouvrira à ce pays les portes de la paix et de la réconciliation ? Aucunement. Or, la démocratie, dans le Mali d’après-guerre, devra se fonder sur la vérité et la justice, bases de toute réconciliation. Aujourd’hui, après avoir vu tout ce qu’ils ont vu et subi, avec l’occupation djihadiste, rares sont les Maliens à garder actuellement un cœur paisible. Pourtant, la paix peut et doit se faire entre Maliens, malgré ce que Jankélévitch nomme « la sincérité du désespoir ». Prenons-y bien garde : le Mali doit éviter de tomber dans une escroquerie à la souveraineté du peuple, surtout qu’on lui demande de refaire du neuf. Souvenons-nous qu’avec le régime ATT, le pays a connu une véritable crise de légitimité, dont Sanogo et sa clique ont su se saisir. Car les Maliens ne croyaient plus du tout, dans leur immense majorité, à la capacité du régime ATT à résoudre concrètement leurs problèmes, dans l’intérêt supérieur du pays. Entre ATT et le peuple malien, la confiance s’était donc affaiblie. Dès lors, son régime ne pouvait apparaître comme un fardeau opprimant. Or, c’est justement la confiance du peuple qui autorise tout pouvoir légitime à agir, à prendre des initiatives fortes pour assurer à ce peuple, le progrès matériel et moral. Attention : bafouée, la légitimité véritable se venge. D’ici juillet, les conditions objectives et subjectives que suppose la tenue de cette présidentielle ne seront vraiment pas remplies. Le pays peine encore à réaliser son unité spirituelle. Il faut donc craindre que la tenue d’élections bâclées n’engendre, ici, après le chaos djihadiste, un nouveau désordre, une nouvelle instabilité. La sécurisation du Nord-Mali est loin d’être achevée. Imaginons des attaques kamikazes contre certains bureaux de vote, le jour même de ces élections. Evidemment, les citoyens du Nord vont se dire qu’après avoir fait face à la guerre contre les djihadistes, ils devront désormais affronter « la guerre » engendrée par la quête démocratique. C’est pourquoi il faut avoir ici une approche pragmatique du respect du calendrier électoral malien.

Bien sûr, on ne pourra pas attendre et espérer indéfiniment que toutes les conditions idéales soient réunies pour tenir cette présidentielle. Et il n’y aura jamais ici de telles conditions. Les Maliens partagent la même soif que les Français pour la liberté et la démocratie. Hollande et Fabius devront écouter les Maliens sur le terrain. Car, c’est l’évolution de la situation militaro-politique qui déterminera et répondra, une fois pour toutes, à la question du respect strict du calendrier électoral. Dans le contexte actuel du pays, la date de juillet pose donc un sérieux problème. Cela dit, il y a urgence à doter le Mali d’un régime démocratique, attaché au principe de l’Etat de droit. Et comme l’a bien vu Joseph Ki-Zerbo, « l’Etat de droit, c’est l’image objective dotée d’une distance et d’une neutralité minimales à l’égard de tous les citoyens et des groupes considérés comme égaux ». Le Mali n’a point de salut en dehors de la démocratie légitime, c’est-à-dire de la délégation du pouvoir par le peuple. Mais le prochain chef de l’Etat, démocratiquement élu par le peuple malien, héritera de l’épineuse question de la gestion de la mémoire de la guerre contre le djihadisme. Oui, il faut vite refermer la parenthèse de la transition politique actuelle. La conquête démocratique d’un Mali nouveau doit être l’œuvre de chaque Malien. Et l’unité de la République ne peut se cimenter autour de ce que nous nommerons, entre Maliens, « cette haine de la haine ». Sinon, ce pays ne retrouvera plus sa constance spirituelle. Quel gâchis !

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