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Arnold Philippe, SG de la fondation Dreyer de Dano : « La crise n’est pas passée, elle est même dépassée »
Publié le mercredi 29 juillet 2015  |  Le Pays




S’il y a une situation qui a défrayé la chronique à Dano et qui continue de l’être, c’est bien le mouvement d’humeur des employés de la Fondation Dreyer. Cette ONG, installée à Dano grâce à la générosité du couple Dreyer, de nationalité allemande, a connu des soubresauts qui se sont soldés par le licenciement de deux agents. Le secrétaire général de ladite Fondation mis en cause par les employés, s’en défend et pense qu’il y a eu « une intention de nuire » et que la crise n’est plus d’actualité. Le haut-commissaire du Ioba, Amidou Soré, qui a été le médiateur, appelle au respect des règles de gestion du personnel. Quant au délégué du personnel, Clément Dabiré, il s’en remet au fondateur qui a promis d’examiner leurs revendications plus tard.

Que s’est-il passé à la Fondation Dreyer au point que des agents traitent le secrétaire général de « colonisateur » avec au passage le licenciement de deux d’entre eux? En tout cas, le 11 mai 2015, dans une lettre de protestation adressée aux fondateurs de la Fondation Dreyer que sont M. et Mme Dreyer, des agents ont demandé le départ du secrétaire général, Arnold Philipe, pour mauvaise gestion. Ils lui reprochent, entre autres, la dilapidation des fonds, le non-respect de l’utilité publique, la gestion unilatérale de la Fondation. L’un des points d’achoppement, à en croire la lettre de protestation du 11 mai, c’est la construction de salles de classe dans une enceinte privée alors qu’une convention signée avec l’Etat burkinabè l’interdit. Depuis lors, les rencontres se sont multipliées pour ramener la sérénité au sein de cette ONG dont l’apport au développement socio-économique n’est plus à démontrer. En 15 ans d’existence, ce sont des milliards qui ont été investis dans le secteur de l’éducation, de la formation, de la production agricole et la promotion de l’énergie solaire. Pour désamorcer la crise, le haut-commissaire de la province du Ioba, Amidou Soré a été appelé à la rescousse par les agents le 13 mai 2015 pour une médiation. Nous l’avons rencontré le 21 juillet pour nous imprégner des péripéties de sa médiation. « Il y avait essentiellement des problèmes de communication et d’absence de certains outils de gestion du personnel. Nous avons suggéré aux parties de recourir à l’Inspection du travail qui leur fournira tous les conseils nécessaires pour mettre en place ces outils de gestion », a-t-il dit. Et de poursuivre qu’à l’avenir, tout le monde sache que le droit de grève est garanti et qu’il faut toujours recourir aux moyens légaux pour revendiquer. Il faudra également que les responsables songent aussi au respect des textes législatifs et règlementaires en matière de gestion du personnel. Puis, le secrétaire général de la Fondation ainsi que l’Inspection du travail, ont pris le relai pour poursuivre les concertations avec les agents. Mais au cours du mois de juin, deux agents verront leur contrat résilié par le SG de la Fondation. Le 16 juillet 2015, M. Dreyer bouclera la boucle des pourparlers par une rencontre avec les agents. Le lendemain 17 juillet 2015, nous nous sommes rendu à Dano pour en savoir davantage sur la situation. Auparavant, nous avons pris rendez-vous la veille avec le SG à qui, nous avons situé l’objet de notre visite. Il nous a accueilli le lendemain et nous a fait savoir que M. Dreyer était souffrant, donc ne pouvait pas participer à l’entretien, ni prendre part à la visite des réalisations comme il l’avait dit la veille. Nous avons été immédiatement conduit, après cette mise au point, dans un bas-fond aménagé à Kpélegane situé à quelques encablures de Dano en compagnie de Clément Dabiré, technicien supérieur en agriculture et par ailleurs délégué du personnel de la Fondation Dreyer, Goeser Helmut, un expert en agriculture venu d’Allemagne et bien entendu le SG. Il est vrai que nous avions montré un intérêt pour les réalisations de la Fondation Dreyer mais nous ne pensions pas y être aussitôt conduit pour leur visite. Là, nous aurons droit à toutes les démonstrations sur les bas-fonds aménagés. Plan étalé sur le sol, Clément Dabiré nous a fait un véritable cours sur une technique d’aménagent des bas-fonds à partir des matériaux locaux. Les producteurs, installés sur ce périmètre, ont été également impliqués dans ce « bain agronomique » qui a duré plus de 2 heures. De retour à la Fondation, nous avons voulu en savoir sur le projet de la Fondation, « la rizière cantine scolaire ». Et c’est Clément Dabiré qui sera encore à la manœuvre pour montrer comment cela fonctionne. Nous avons même eu droit à un échantillon de 1 kg de riz étuvé long grain et brisures. Finalement, c’est à 12h 16 mns que nous aurons droit à un entretien qui durera moins d’une heure.

« Les salles de classes construites sur l’enceinte privée sont au bénéfice des élèves de la Fondation»

Dans sa réponse adressée aux employés le 12 mai 2015, Arnold Philipe avait déjà marqué son indignation du fait d’avoir été traité de « colonisateur » puis avait donné des réponses aux différents griefs énumérés à son encontre. Avant de répondre à nos questions, il a tenu à souligner que le travail se déroule normalement à la Fondation et que la crise n’est pas passée, mais est même dépassée. Pour ce qui est de la construction des salles de classes dans une enceinte privée, sa réponse a été, on ne peut plus claire : « Les investissements se font au bénéfice du privé. Si nous prenons le cas des bas-fonds, ce sont plus de 200 ha qui ont été aménagés avec l’accompagnement technique, financier et en intrants de la Fondation Dreyer au profit du privé ». L’histoire donc des salles de classes construites sur un site privé n’est qu’un prétexte pour nuire, a-t-il lancé. Pour couper court à tout ce qui se dit sur cette affaire, il nous apprendra que les salles de classes seront remboursées. «Les bénéficiaires des salles de classe construites dans une enceinte privée ne sont autres que les enfants issus du Centre d’éveil et de l’éducation préscolaire de la Fondation Dreyer et les enseignants qui assurent l’encadrement sont issus du public. La convention dit que les salles de classes reviendront à la commune. Pour ce cas précis, comme celles-ci sont situées sur une enceinte privée, il a été convenu qu’au bout du processus, le propriétaire du domaine nous rachète les salles de classes en payant au moins la moitié de la valeur de l’investissement ». En ce qui concerne les licenciements, il a été formel en soutenant que cela n’est pas lié au mouvement du 12 mai 2015. « Le licenciement des deux agents n’est pas lié au mouvement. C’est une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Sinon, on pouvait licencier tout le monde et faire face au droit », a-t-il dit. Il faut noter que notre entretien a connu par moment des tensions et le pic a été atteint lorsque nous avons sorti notre appareil photo pour le photographier. Il a opposé un refus catégorique en invoquant son droit à l’image. « Respecter mon droit à l’image. Ne publiez pas mon image car c’est pour mettre de l’huile sur du feu même si ce n’est pas votre intention. Il y a des gens qui l’utiliseront comme tel. Dans tous les cas, il y aura un droit de réponse. Attendez-vous à ça car, au cas où la Fondation serait lésée ou qu’il y aurait un flanc ouvert aux gens qui sont contre la Fondation, M. Dreyer sera sans pitié. Ce sera l’attaque la plus féroce », a-t-il prévenu. Le délégué du personnel que nous avons rencontré après notre entretien avec le SG, Clément Dabiré, s’en remet au fondateur qui a promis d’examiner les différents points contenus dans leur plateforme revendicative. «Le fondateur a exprimé sa volonté que nous ne soyons plus considérés comme de la famille, mais comme désormais des travailleurs et que chacun se distingue par son travail », a-t-il ajouté.

François SOME

(Correspondant)
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