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Mévente du sucre de Banfora : « L’Etat ne saurait être un agent commercial de la SOSUCO »
Publié le jeudi 28 mai 2015  |  Autre presse
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© Autre presse par DR
La SN-Sosuco, principale société sucrière du Burkina porte son capital à 8,1 milliards de francs CFA




Depuis quelques temps, il est question de la mévente du sucre de la SN-SOSUCO. Des citoyens appellent sur des radios de la place pour s’en prendre aux importateurs du sucre. On comprend la réaction de certaines personnes mais cela est dû à leur ignorance et leur manque d’information sur le sujet.
La question qu’il faut se poser avant d’apprécier le problème est le suivant : pourquoi la SOSUCO n’arrive pas à écouler ses produits ? En voici les raisons :
Primo, le sucre granulé de la SOSUCO coûte excessivement cher comparativement au sucre importé.
Exemple : une tonne de sucre de la SOSUCO de Banfora à Ouagadougou fait 490 000 F CFA sans les frais de transports.
Alors que dans le même temps le sucre venant du Brésil en passant par le port de Lomé, Abidjan ou Tamalé coûte 420 000F CFA la tonne, tous frais y compris. Faites le calcul et vous verrez que la différence est nette.
Secundo : certains consommateurs, notamment les vendeuses de yaourt, zom-koom ou dêguè ne veulent pas le sucre de la SOSUCO parce qu’il donne une couleur noirâtre à leur alimentation.
Que voulez-vous alors que les importateurs fassent dans ces conditions ? On veut bien consommer burkinabè mais encore faut-il que le produit made in Burkina soit abordable pour l’importateur et soit de qualité pour tous les consommateurs. Malgré tout, les importateurs qui sont des patriotes soucieux de la bonne santé de l’économie du pays sont allés à un dialogue avec la SOSUCO et le ministère du Commerce à l’issue duquel la décision suivante a été prise : chacun des neuf (9) importateurs de sucre identifiés doivent acheter 3 300 tonnes de sucre SOSUCO par an reparties comme suit : 1 000 tonnes à enlever en janvier et les 2 300 tonnes pour les 11 mois restant.
Jusque-là, seulement deux importateurs ont pu honorer cet engagement car cela demande de grands moyens financiers.
Aujourd’hui sous prétexte que la SOSUCO est menacée de faillite et que 3 000 employés risquent de perdre leur emploi, on veut imposer des mesures aux commerçants dans un contexte de libéralisme économique.
Depuis que la SOSUCO est installée au Burkina en 1974, elle n’a pas encore renouvelé totalement ses équipements pour être plus performante dans la production. C’est toujours les mêmes installations qui sont en place. Pourquoi d’ailleurs la SOSUCO ne travaille pas à augmenter ses surfaces culturales en vue d’une plus grande production ?
On pourrait également se poser la question de savoir quel est l’apport de la SOSUCO en termes d’investissements sociaux pour les Burkinabè. Combien d’hôpitaux ou de centres de santé ou encore d’écoles a-t-elle construit ? Pourtant les importateurs de sucre font partie de ceux-là qui ont construit ce pays à travers les constructions d’immeubles, des soutiens multiples et multiformes aux communautés et l’apport au budget de l’Etat. Et ce qu’on n’oublie de dire, c’est que les importateurs de sucre ont plus d’employés que la SOSUCO qui aurait 3 000 salariés, un chiffre très en deçà de la réalité car on y a ajouté les saisonniers et les travailleurs occasionnels.
L’autre vérité qu’on ne cache aux Burkinabè, c’est que la SOSUCO elle-même importe du sucre pour en faire un mélange avec son sucre local. C’est dire donc qu’on laisse une société importée un produit et vouloir l’imposer à ses concurrents, qui eux apportent une contribution inestimable aux recettes de l’Etat à travers les droits, des douanes et autres taxes évalués à des milliards de francs CFA par an.
L’Etat doit se désengage de cette affaire si la SOSUCO ne peut pas vendre à bon prix comme au Mali et au Bénin et laisser les importateurs acheter la quantité qu’ils veulent en fonction de leur porte-monnaie. Protectionnisme pour protectionnisme, doit-on protéger une unité industrielle au détriment de Burkinabès qui pèsent des milliards dans le budget de l’Etat et entretiennent des millions d’emplois et de salariés ? Aujourd’hui, il semble qu’il n’ y a qu’un seul actionnaire à la SOSUCO qui en dehors des salaires qu’il paye n’apporte pas grand-chose à l’économie nationale. Pourquoi l’Etat s’entête t-il à protéger cet actionnaire en se comportant comme un agent commercial de la SOSUCO ? Finalement, la SOSUCO ne fait pas d’effort : elle produit et l’Etat s’occupe de trouver les clients en imposant des mesures. Tout récemment, à l’issue d’une réunion entre les importateurs et le directeur général du Guichet Unique, un délai de deux semaines a été donné pour acheter le sucre de la SOSUCO, faute de quoi il ne leur sera pas délivré de certificat d’importation du sucre.
Le plus grave, c’est qu’au début de la transition, les autorités avaient jugé inique la mesure de l’ancien gouvernement d’imposer l’achat des produits de la SOSUCO aux commerçants. Chose curieuse, les mêmes soutiennent le contraire et accélèrent même les procédures en annulant tous les certificats d’importation du sucre en cours de validité jusqu’en juin 2015.
Certains soutiennent que des importateurs font rentrer du sucre de qualité douteuse. Eh bien, que l’Etat se donne les moyens de vérifier la qualité et le débat est clos. Dans tous les cas, les pays d’origine du sucre sont connus : c’est essentiellement le Brésil et c’est possible de faire de vraies vérifications.
Sinon, on ne saurait favoriser un concurrent au détriment d’un autre. Arrêtons cette injustice faite aux importateurs et sauvons aussi des milliers d’emplois et de salariés autour des importateurs de sucre au Burkina.

André Sawadogo
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