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Le Pays N° 5192 du 10/9/2012

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Terres accaparées, paysans désemparés
Publié le lundi 10 septembre 2012   |  Le Pays




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Encouragés par une politique gouvernementale de soutien à l’agrobusiness, des personnalités politiques, de hauts cadres de l’administration et des commerçants fortunés ont fait main basse sur de grandes superficies de terres cultivables de la Sissili. Insuffisamment informés par l’Etat et livrés à eux-mêmes, les paysans se retrouvent à l’étroit sur leur propre terroir et ne savent pas comment se sortir de cette impasse.

Jeudi 5 avril 2012, Léo à 160 km au Sud de Ouagadougou. Pendant que la majeure partie du Burkina étouffe sous une intense canicule, Léo et les communes voisines se réveillent sous une pluie rafraîchissante. Les fortes chaleurs, la région ne les connaît pas vraiment. « Nous sommes en avril mais vous voyez, tout est vert. C’est ainsi toute l’année dans la province. C’est une province bien arrosée », confie Yacouba Diakité, maire de Léo. Climat clément, végétation dense, faune préservée, voie bitumée… autant d’atouts qui, paradoxalement, causent le malheur des populations de la région du Centre-Ouest. Dans un pays quasi aride, la province de la Sissili est une oasis attrayante et très convoitée par les plus fortunés. Des personnalités politiques en fonction ou déchues, de hauts fonctionnaires et des opérateurs économiques importants ont acquis de grandes superficies dans la région, pour, disent-ils, pratiquer une agriculture moderne. Les agrobusinessmen voient grand. Les superficies des exploitations sont comprises entre 20 et 1000 hectares. Dans le village de Néboun à 130 km au Sud de Ouagadougou, on compte une dizaine d’exploitations agricoles appartenant à des ministres, à des directeurs généraux et à des hommes d’affaires. A eux seuls, ils possèdent presque tout le terroir du village. Dons, prêts, achats… tous les moyens sont bons pour acquérir la moindre parcelle. Dans ce village en apparence paisible, se joue dans le silence et l’indifférence générale un drame : la vente sauvage et l’occupation anarchique des terres. « La vente des terres a gâté le village, lance Moussa Nignan, chef de Néboun. Aujourd’hui nous n’avons plus ni terres ni jachères. Avant, nous pouvions augmenter nos champs et les laisser en jachère quand ils étaient fatigués. Mais de nos jours, tu es obligé de rester sur le même terrain. Mais qu’est-ce qui a amené tout ça ? C’est la vente de terres ! Le village est tombé ; ça nous a tués » regrette-t-il.

Paysans écrasés

Dans le village, tous partagent le sentiment du vieux chef. Si pour l’instant, beaucoup possèdent encore des terres cultivables, l’inquiétude est grande pour les générations futures. « Pour nous cultivateurs, l’épargne de nos enfants c’est la terre. Si tu ne peux pas exploiter ton terrain aujourd’hui, un jour, tes enfants peuvent l’exploiter et devenir des personnes importantes. Nous avons des lieux sacrés mais si on vend tout ça, on devient quoi ? », s’interroge Arzouma Nacro, un paysan. D’autres paysans, par contre, ne pensent pas encore à leur descendance. Pour eux, l’urgence consiste à se nourrir sur une terre ancestrale devenue trop exiguë à force de voir les autres s’en emparer lopin après lopin. Adamou Nignan est de ceux-là. Assis sur un tronc d’arbre à l’écart des notables du village, le regard hagard, Adamou est un homme brisé. Les bras repliés sur le torse, Adamou écoute d’une oreille distraite les anciens raconter la déchéance de Néboun. Que peuvent-ils lui apprendre de nouveau sur cette question ? Les méfaits de l’accaparement des terres, il les vit dans sa chair depuis plus d’une décennie. Ce paysan, de 51 ans, a vu sa vie basculer dans l’horreur en 1997. Son champ de 5 ha lui a été retiré et réattribué à Paulin Ouédraogo, un expert comptable. « On parle aujourd’hui du champ de Paulin mais c’est une partie de mon champ qu’il occupe, confie avec amertume Adamou. Lorsqu’il a demandé un terrain aux coutumiers pour faire son exploitation, c’est le mien qui lui a été attribué. Il a saccagé toute ma plantation de néré et de karité. Comme ce sont les coutumiers qui l’ont autorisé à le faire, j’ai dû m’incliner », avoue-t-il impuissant. La version de Paulin Ouédraogo est quelque peu différente. Depuis 30 ans, ce pionnier de l’entrepreneuriat agricole sillonne toutes les contrées du Burkina à la recherche de terres fertiles. Son patrimoine foncier équivaut à ce jour à 250 hectares répartis entre 4 champs dans les provinces de la Sissili, du Ziro et du Bazéga. Avec le temps, l’expert comptable a appris à connaître toutes les procédures pour demander de la terre sans essuyer de refus. Le problème avec Adamou Nignan, il l’explique par une grosse incompréhension. Paulin dit avoir demandé et obtenu 100 hectares aux coutumiers. Mais lors des mesures, il s’est rendu compte que la superficie accordée ne correspondait pas à l’espace demandé. « Pendant que nous espérions 100 ha, on s’est finalement retrouvé avec 70 à 80 ha. C’est à ce moment qu’il y a eu un élargissement. Un jour, on m’a dit qu’on est rentré dans le champ du voisin et qu’il veut un dédommagement. Nous sommes passés par notre Gansoba (ndlr logeur) pour régler le problème », raconte calmement, M. Ouédraogo. Le dédommagement, Adamou l’attend toujours. Ni Paulin Ouédraogo ni son intermédiaire ne lui ont donné le moindre centime. « Les vieux ont bénéficié de l’argent de mon dédommagement, accuse Adamou, avec amertume. A moi, il ne reste plus que les yeux pour pleurer », poursuit-il, en exonérant presque Paulin de toute responsabilité dans sa mésaventure. De son côté, l’agrobusinessman ne cache pas sa surprise. Pour lui, la question était réglée depuis belle lurette. Il promet de la régler définitivement de peur d’écorner davantage son image dans le village. Pour avoir interdit aux villageois de se servir dans le verger de son patron, un des gardiens de Paulin a été battu et laissé pour mort. Paulin a voulu porter plainte mais sur les conseils dissuasifs de la gendarmerie, il ne fit rien. Faire arrêter les auteurs de la bastonnade aurait provoqué des représailles des villageois et entraîné son expulsion du village. En dédommageant Adamou, Paulin fermera une bonne fois ce chapitre et s’attirera sans doute la sympathie des habitants. « Si le dédommagement qu’on avait fait ne lui est pas parvenu, il faut qu’on puisse le faire. J’ai un titre foncier mais je ne vais pas le brandir devant les paysans. Il vaudrait mieux avoir de bons rapports que de venir brandir des papiers », affirme le stratège Paulin, l’œil malicieux.

Responsabilités partagées

L’irruption des agrobusinessmen en 2006 à Néboun a eu pour conséquence la vente sauvage des terres. En quête d’argent facile, les jeunes n’hésitent pas à brader les terres familiales contre de ridicules sommes d’argent. Les jeunes vendaient l’hectare à 15 000 F CFA. Dans la région, tous sont unanimes à jeter la pierre aux jeunes jugés responsables de la situation. « La vente de terre ne se fait pas comme il le faut, avance Koara Nignan. Pour vendre un terrain, on devrait normalement consulter les personnes ressources du village surtout les vieux. Mais à Neboun, nous les jeunes avons vendu toutes les terres sans l’accord des anciens », regrette-t-il. Les vieux ne découvrent la situation qu’une fois l’affaire conclue. « Quand les étrangers arrivent, ils vont directement avec les jeunes sur le terrain à notre insu. Ils concluent le marché en secret. C’est lors de l’établissement des papiers que nous sommes mis devant les faits », avoue, dépassé, le chef Moussa Nignan. La cupidité des jeunes les pousse à vendre sans penser à l’avenir. Selon le maire de Léo, dans certains villages de la Sissili, les populations n’ont plus de terres agricoles. Ni les parents de ces jeunes ni les autorités administratives ne leur demandent des comptes. Les anciens font preuve d’une indulgence quasi-complice. C’est ce que pense le maire Yacouba Diakité. « Le vrai problème est que les vieux ne tiennent pas un langage ferme aux jeunes. Si les jeunes outrepassent les vieux dans les questions foncières, la tradition les rattrapera », explique le bourgmestre. Pour les anciens, recourir à la tradition et aux fétiches comporte des risques certains pour la vie des vendeurs. Beaucoup pourraient mourir. Les vieux écartent une solution aussi radicale. « Nous sommes désormais des musulmans. Nous ne pouvons plus user des fétiches », se justifie Alassane Nignan, un notable. « Je ne peux pas maudire les enfants. Ce ne sont pas des étrangers. Ce sont nos enfants », renchérit le chef du village. Les coutumiers préfèrent confier la sale besogne à l’Etat. « Le Blanc a mis des lois. Si une personne déconne, on peut l’amener devant ces lois et lui tirer les oreilles », lance convaincu, le vieil homme.

Point de recours

Les populations ont d’autres préoccupations plus importantes que la correction des jeunes indélicats. Elles ne savent pas comment récupérer leurs terres frauduleusement cédées à des étrangers. Le Dr Mahamadou Zongo est enseignant, au département de Sociologie à l’Université de Ouagadougou. Spécialiste du foncier, l’enseignant-chercheur est l’auteur d’une étude sur l’accaparement des terres menée dans trois provinces du pays. Pour le Dr Mamadou Zongo, c’est le rôle de l’administration de protéger les plus vulnérables en remettant en question les accords passés. Cependant, il n’y croit pas vraiment. La crainte des dignitaires est plus forte que la raison et le droit. « On est dans un contexte où beaucoup de personnes ne connaissent pas leurs droits. Il suffit de dire un tel et tout le monde a peur. Sinon logiquement, l’administration doit jouer son rôle », a-t-il déploré. De son côté, l’Etat ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, il n’y a aucune raison de revenir sur les transactions. Il est convaincu que l’agrobusiness est la voie à suivre pour booster la production. « L’Etat est en droit de pouvoir remettre en cause ces acquis, reconnaît Dr Zongo. Mais il faut le faire en suivant une réalité. Il faut encourager l’entrepreneuriat agricole parce qu’il est générateur de revenus et il est aussi créateur d’emplois pour la région », a-t-il poursuivi. En revanche, Me Fako Bruno Ouattara, coordonnateur du Centre international d’études sociologiques et du droit appliqué (CINESDA), croit avoir la solution. Du haut de sa quarantaine d’années d’expériences, cet avocat entend remettre en cause sur une base juridique solide les transactions. Il s’appuie sur le caractère frauduleux des transactions et la prise en considération des procédures coutumières d’acquisition des terres. Pour lui, les procédures coutumières d’acquisition des terres sont autant valables que celles préconisées par la loi. Me Ouattara suggère que les accords conclus par l’intermédiaire de vendeurs illégitimes soient déclarés nuls. « De mon point de vue, il faut respecter tant les procédures et les pratiques locales que la voie légale. Il ne faut pas prendre des raccourcis ou se référer à des personnes douteuses pour faire des pratiques douteuses. Sous cet angle, je suis prêt à tout remettre en cause », argumente-t-il.

Etat inconséquent ?

Accusé par les populations de ne les avoir pas assez protégées, l’Etat essuie également la fronde des spécialistes du foncier. Tous s’accordent à dire que sa part de responsabilité est grande. L’invasion des campagnes par les citadins fortunés, désireux de s’investir dans la production agricole date des années 2000. Elle est la conséquence directe de la politique d’agrobusiness promue par le gouvernement au milieu de la décennie 1990. Cette politique est censée accroître la productivité agricole grâce à la modernisation des moyens de production. Ce nouveau mode de production devrait, à terme, remplacer le paysannat ancestral symbolisé par une agriculture de subsistance. Le soutien politique s’affichait sans complexe. « Il y a même eu un des responsables à l’époque qui a dit que l’ensemble des producteurs du Burkina ne peut pas produire plus que ce que quatre fermiers américains produisent », se souvient le Dr Mamadou Zongo. Depuis quelques années, l’Etat privilégie le terme « entrepreneur agricole » au détriment « d’agrobusinessman », qui aurait une connotation péjorative. Selon Souleymane Ouédraogo, on recense entre 500 et 700 entrepreneurs agricoles exerçant dans tous les domaines agricoles.

Agrobusiness à deux visages

Cachés derrière l’étiquette d’entrepreneurs agricoles, de nombreux spéculateurs fonciers immobilisent les terres. Ceux qui essaient de produire échouent par méconnaissance du domaine agricole ou par dilettantisme. Les « agriculteurs du dimanche » découvrent avec amertume que l’agriculture est une activité à plein temps. Des équipements agricoles achetés à plusieurs millions de francs rouillent dans les exploitations sans avoir été utilisés pour certains d’entre eux. La seconde cause de l’échec réside dans la mauvaise planification des activités et le choix du modèle économique. Les personnalités déchues deviennent des agrobusinessmen en déroute. « Aujourd’hui je suis bien placé, je veux 1000 hectares. Demain, je quitte mes hautes fonctions et je deviens incapable d’exploiter 2 hectares. Cela pose problème », s’offusque le maire de Léo. Le coût environnemental de l’agrobusiness est très élevé. Beaucoup d’agrobusinessmen ne respectent pas les normes environnementales. « Je connais une personne qui a fait défricher 200 ha d’un seul coup. Mais il a fait à peine 2 ans. Quand vous regardez, c’est comme si on préparait le bitumage d’une voie », affirme, amusé, Paulin Ouédraogo. Les promesses de création d’emplois tardent à se concrétiser. Les exploitations les plus performantes emploient en moyenne une trentaine de manœuvres. C’est sans doute à cause de la mauvaise réputation que les entrepreneurs agricoles s’emmurent dans le mutisme. Ils gardent secrètes leurs activités. Pourtant, tous les entrepreneurs agricoles ne se reconnaissent pas dans ce portrait. Certains comme Paulin Ouédraogo s’en sortent bien. Après avoir produit des semences améliorées pendant une dizaine d’années, le sexagénaire s’est spécialisé dans la culture du maïs de contre-saison, des légumes et la production d’anacarde. Pour lui, la trop grande diversification est la première erreur que commettent les nouveaux agrobusinessmen. Paulin pense que les clés de la réussite de l’entrepreneuriat agricole sont un bon projet tenant compte des coûts de production, un investissement personnel dans le suivi des activités et surtout l’amour de la terre. Avec ces principes simples, Paulin parvient à mener ses affaires sans difficultés majeures. Il emploie une quarantaine de manœuvres. « J’ai dû créer une centaine d’emplois depuis que j’investis dans la terre. Actuellement, j’ai du personnel permanent au nombre de 35. A l’approche de la saison des pluies, on engage des contractuels pour quatre ou cinq mois pour nous aider dans le travail », confie-t-il. Cependant, le cas de Paulin est une singularité à ne pas généraliser. La majorité des exploitations vivotent. Selon les chiffres officiels de la direction générale de l’économie rurale, l’agrobusiness contribuerait à hauteur de 5% de la production nationale. Pour Dr Zongo, il serait plus judicieux d’encourager l’agrobusiness dans les zones aménagées où le contrôle et le suivi sont plus grands. Selon lui, les citadins ne doivent plus être les seuls à jouir du statut d’agrobusinessmen. « Les études qui ont été faites montrent que les agrobusinessmen qui réussissent ne sont pas les fonctionnaires ou les retraités qui sont les porteurs des innovations en milieu rural. Ce qu’on reproche à l’Etat ici, c’est d’avoir circonscrit l’agrobusiness uniquement à ceux qui viennent de la ville », clame-t-il. Bassiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso (CPF), pense que l’Etat devrait plutôt mettre l’accent sur l’agriculture familiale. Il souhaite un meilleur encadrement et un accès facile aux financements. « Je pense que l’Etat devrait mettre des services technico-économiques au niveau des exploitations familiales pour qu’elles se modernisent. S’il y a un certain nombre de services d’accès aux financements, ça nous permettra de nous équiper au lieu d’avoir la petite daba ou la charrue uniquement. Nous pourrons aller à un système de production plus intensif puisque le but de l’exploitation familiale n’est pas de demeurer sur une petite superficie », explique le leader paysan. Les terres cultivables au Burkina sont estimées à 9 millions d’hectares. Avec un taux d’accroissement des plus forts de la sous-région, si rien n’est fait pour endiguer l’appétit vorace des entrepreneurs agricoles, des conflits fonciers paraissent inévitables. C’est la crainte du chercheur. « Par rapport à l’acquisition des grandes superficies, je pense qu’au vu des événements de terrain les confrontations ne vont pas tarder parce qu’il y a l’émergence de paysans sans terres qui a commencé ; et ce n’est pas une vue de l’esprit », conclut-il. Ce n’est certainement pas Adamou Nignan et tous les autres qui le contrediront.

Ogres insatiables

Dans la folle course à l’accaparement des terres rien n’est épargné : champs, jachères, forêts classées et plus surprenant des couloirs de passage d’éléphants. « A Néboun, on a attribué à une personnalité dont je tairai le nom, une terre qui est en réalité une piste à éléphants. En son temps, cela a causé beaucoup de problèmes. Mais tout est réglé maintenant » dit, non sans gêne, le maire Yacouba Diakité. L’accaparement des terres agricoles est l’un des rares secteurs où le pouvoir et l’opposition font jeu égal. Les personnalités politiques n’ont qu’un seul leitmotiv : posséder le plus vaste espace possible. La stratégie d’accaparement des terres est bien huilée. Tous usent de leur prestige et du respect dont ils font l’objet auprès des populations pour les abuser. « Les agrobusinessmen, lorsqu’ils viennent chez nous, ils demandent d’abord une petite portion, souvent une dizaine d’hectares », explique Moussa Nignan. Le chef poursuit, « ils s’installent et commencent à travailler normalement. Quelques années après, de leur propre chef, ils agrandissent leurs exploitations en défrichant des terres vierges qui ne leur avaient pas été attribuées ». Par peur et à cause de la crainte qu’ils inspirent, les chefs de terres qui les ont installés n’osent pas leur demander des comptes. Le marché de dupe est ainsi consommé ! D’autres entrepreneurs agricoles font des promesses pour amadouer les populations. Une fois les faveurs obtenues, ils oublient leurs promesses. « Il y en a qui nous ont promis de faire des retenues d’eau, d’autres nous ont promis de nous aider à construire nos écoles mais après tout, je pense que personne ne songe à ça. Chacun se préoccupe de son champ, quand on veut réagir il dit qu’il a ses papiers », se désole Koara Nignan, conseiller municipal.

Fortes pressions sur les fonctionnaires locaux

Devant la catastrophe qui se profile, certaines municipalités tentent de contenir la vente sauvage des terres. C’est le cas de la commune de Léo. Soutenu par son conseil municipal, Yacouba Diakité a publié des arrêtés réglementant la vente des terres. « Mon conseil municipal et moi-même avons pris des délibérations. Nous avons limité l’octroi de la terre au niveau de la commune. Vous ne pouvez pas avoir plus de 5 ou 10 hectares au maximum. Si vous dites que vous avez 20 ou 25 hectares nous on ne vous signera pas le document », déclare fièrement, le maire. Décision courageuse ! Cependant, ses effets sont relativement faibles. Les acheteurs ont développé des stratagèmes pour la contourner. Sous le couvert de plusieurs acheteurs, ils prennent à chaque fois 10 hectares avec une dizaine de personnes. Au final, ils tiennent la centaine d’hectares souhaitée ; les papiers en prime ! Par ailleurs, les mesures de la commune paraissent anachroniques. « C’est le médecin après la mort ! Je pense que ce sont des solutions qui sont arrivées un peu tardivement parce que beaucoup ont déjà vendu et ne savent pas très bien quoi faire », constate le Dr Zongo. Les tentatives de réglementation des transactions foncières par les maires butent contre l’intransigeance des spéculateurs. Ils usent et abusent de pression en tout genre. Yacouba Diakité en a fait l’amère expérience. Pour avoir conseillé à un chef de terre de ne pas accorder la totalité des 500 hectares demandés par une haute personnalité, le maire a été convoqué à Ouagadougou pour s’expliquer. « Les pressions ne manquent pas. J’ai eu de sérieux problèmes quand la personnalité est arrivée dans le village. Le chef lui-même l’a approché pour dire que le maire de Léo est venu dire de ne pas donner la terre alors que je n’ai pas dit cela. La personnalité m’a interpellé à Ouagadougou, je suis allé et elle m’a dit qu’est- ce que je vous ai fait monsieur le maire ? Pourquoi dites-vous au chef de terre de me refuser la terre ? Je répondis non ce n’est pas ce que j’ai dit ! Je dis que la superficie, il faut faire attention, nous avons vu des pays et nous risquons de tomber là dedans », a-t-il balbutié. Les maires ne sont pas les seuls à subir les pressions. Les préfets, les agents de l’agriculture et de l’environnement sont parfois obligés de fermer les yeux sur certaines pratiques condamnables. Pis, ils sont parfois des complices, malgré eux, des forfaitures. A Néboun sous la pression d’une notabilité, les services de l’environnement ont dû redessiner la carte d’une forêt classée afin de lui faire de la place pour ses activités. La forêt avait été classée comme zone à protéger depuis les années soixante sous le régime du président Maurice Yaméogo. Aucun agent n’a osé s’opposer à la volonté des puissants du jour. « Que ce soit dans le Ziro, dans la Sissili ou dans le Houet, tout le monde est unanime pour dire qu’on a intérêt à regarder de près les effets de l’agrobusiness. Mais quand on demande qu’est-ce qu’il faut faire, c’est un peu comme si tout le monde était résigné », constate le Dr Mahamoudou Zongo. « Peut-être qu’avec la décentralisation il y a des possibilités d’actions. Mais là encore, il faudrait que les gens s’approprient d’abord la loi 034/2009 portant régime foncier rural et en fassent un outil de référence pour clarifier les situations », préconise-t-il.

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