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Dori : une journée avec les 62 Burkinabè qui ont fui Boko Haram
Publié le samedi 21 fevrier 2015  |  Le Pays
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© aOuaga.com par A.O
Fermeture de la route de de zianré, kaya, dori pour cause d’accidents multiples
Lundi 21 janvier 2013. Burkina : les élèves de Somgandé ferment la route de zianré, kaya, dori pour demander une protection contre les accidents multiples




62 Burkinabè ont quitté Dabamassara, dans l’Etat de Maiduguri au Nigeria. Après plusieurs jours de fuite et un séjour au Niger, ils se sont retrouvés à Dori, chef-lieu de la région du Sahel. Avant de rejoindre leur destination finale à Mamassi, province de l’Ouadalan (Gorom Gorom), village situé à environ 130 km de Dori, nous les avons rencontrés sur le site d’accueil des migrants, le 19 févier 2015, à Dori.
Composées de femmes, d’enfants et d’hommes, ce sont des migrants visiblement détendus que nous avons trouvés à la Direction régionale de l’Action sociale et de la solidarité nationale du Sahel, hier 19 février 2015, aux environs de 7h 30mn. Pendant que certains enfants s’adonnaient à divers jeux, les femmes étaient, elles, autour du feu pour se réchauffer. Des jeunes étaient réunis autour du thé, tout en écoutant la musique à l’aide de leurs téléphones portables. Ils viennent de prendre le petit déjeuner, a confié une consœur de la radio Omega que nous avons rencontrée sur place. Certains, couchés sur leurs baluchons, continuaient leur causerie en petits groupes. Une fois dans le bureau du directeur régional de l’Action sociale et de la solidarité nationale, Abdoul Karim Tiendrébéogo, il invite son interlocuteur à revenir chercher les enfants âgés de moins d’un an, pour les faire vacciner. Une trentaine de minutes après, vient un véhicule de type 4x4. Les femmes qui ont des enfants de moins d’un an montent à son bord pour le centre de santé où les enfants seront vaccinés. M. Tiendrébéogo nous confie que c’est le 11 février dernier que le centre dont il a la charge a accueilli les déplacés, au nombre de 62, à leur arrivée. C’est le Groupe de travail pour la protection de l’enfance au niveau du Sahel (GTPE) qui a la charge de l’accueil. Un groupe dans lequel on trouve les services de santé, de sécurité (la police et la gendarmerie), des services déconcentrés du ministère de l’Action sociale et de la solidarité nationale, de la Santé, de l’Education nationale, des Enseignements secondaire et supérieur, des organisations internationales telles que la Croix-rouge, le Programme alimentaire mondial (PAM), l’UNICEF et des associations. En ce qui concerne la prise en charge alimentaire, c’est le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), structure rattachée à l’Action sociale, qui en a la charge. Les réfugiés ont droit à un déjeuner et un dîner. Quant au petit déjeuner, il est assuré par les réfugiés eux-mêmes. La prise en charge psychosociale est assurée par la Croix-rouge et les services de l’Action sociale. Après avoir rempli les fiches d’identification, a confié Boubacar Sonlidi, volontaire de la Croix-rouge, des activités de sensibilisation ont été menées depuis l’arrivée des migrants. Des sensibilisations sur Ebola et des soirées récréatives ont également été organisées pour eux. Une promenade a également été initiée au profit des enfants. Des tee-shirts et des jouets ont été distribués aux tout-petits. Pour faciliter leur retour, 2 missions ont été effectuées dans le village des déplacés, à Mamassi, localité située dans la province de l’Oudalan à environ 130 km de Dori. Pour favoriser leur retour, le CONASUR les accompagnera dans un premier temps, en vivres. Après, ils bénéficieront d’autres types d’aides, en vue de favoriser leur réinsertion sociale.
Après notre entretien avec le Directeur régional de l’Action sociale, nous avons eu un entretien avec Abdoulaye Cissé, né en 1967 au Burkina. Il dit avoir quitté son village lorsqu’il avait 6 ans avec son père. Depuis lors, il vivait à Dabamassara, près de Maiduguri au Nigeria. Il nous raconte comment ils ont quitté le Nigeria. Après avoir observé les violences perpétrées par Boko Haram sur les populations, ils ont décidé de quitter leur village où ils menaient des activités agricoles. C’est ainsi qu’à pied, ils ont marché pendant 3 jours dans la brousse pour se retrouver à Minati. Là encore, ils étaient obligés de fuir pour rejoindre Maiduguri à pied, après 13 jours de marche. Puis, ils se sont retrouvés à Maiduguri où ils ont été accueillis par les services de la migration. Là, après 2 semaines d’attente, les autorités ont proposé de les aider à regagner leur pays d’origine, tout en les rassurant qu’elles ne les chassaient pas. Proposition qu’ils ont acceptée. C’est ainsi que la procédure du retour a été enclenchée. Un car a donc été mis à leur disposition jusqu’à la frontière Niger –Nigeria. Une fois sur le territoire nigérien, ils ont été conduits à Niamey dans un premier temps, à la résidence de l’Ambassadeur du Mali au Niger parce qu’il y avait des Maliens parmi eux. Ce dernier a alors informé son homologue burkinabè qui s’est, à son tour, occupé d’eux jusqu’à leur retour au pays natal. C’est l’OIM Niger qui a su trouver un car pour les transporter jusqu’au Burkina. Là, l’OIM et les services burkinabè ont pris la relève jusqu’à Dori. A noter que c’est au cours de la fuite que Abdoulaye Cissé a perdu son père, non loin de Maiduguri. Ce dernier était malade depuis 5 mois. Dans cette même fuite, deux femmes ont mis au monde des bébés à la gendarmerie de Maiduguri. A Dori, une autre femme, de 22 ans, a accouché à la Direction régionale de l’action sociale, le 17 février dernier, selon notre consœur Asmaho Dao/ Kaboré qui était sur les lieux. Les parents du petit garçon ont décidé de le baptiser Abdel Rahmane, en souvenir du chef du bureau intérimaire de l’OIM Burkina.
A la question de savoir ce que Abdoulaye Cissé pense de Boko Haram, il a laissé entendre que ce ne sont pas des hommes : ni des chrétiens, ni des musulmans. Ceux qui ne connaissent pas bien Boko Haram, a-t-il expliqué, pensent que ce sont de bonnes personnes. Lorsqu’ils arrivent, ils commencent à enseigner la religion, juste pour avoir la sympathie de la population. Mais on se rend compte tout de suite que ce qu’ils disent et ce qu’ils font sont très différents. Ils égorgent, tuent, pillent, violentent sur leur passage. Ils enrôlent de force les jeunes. Ils n’épargnent personne. Lorsque vous ne partagez pas leurs idées, ils vous tuent.
Au moment où nous tracions ces lignes, les migrants se préparaient à rejoindre leur destination finale qui est Mamassi.
Issa SIGUIRE
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