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Le Pays N° 5274 du 10/1/2013

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Crise Centrafricaine : La nouvelle pirouette de Bozizé
Publié le jeudi 10 janvier 2013   |  Le Pays




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Le président centrafricain François Bozizé semble regagner confiance en lui-même, en ses soutiens extérieurs, et, par conséquent, en ses chances de rester au pouvoir. La suffisance avec laquelle il a répondu aux questions de l’envoyé spécial de Radio France internationale (RFI) à Bangui ne laisse planer aucun doute sur l’optimisme du chef de l’Etat contesté. Le président Bozizé renoue allègrement avec ses anciennes habitudes qui consistent à négliger la réalité de la crise en la présentant sous le prisme de ses déformantes perceptions. La période des grands dangers pendant laquelle, n’eût été la prompte réaction de l’armée tchadienne, le règne de François Bozizé serait actuellement évoqué au passé, est vraiment passée. Le pouvoir de Bangui a même été conforté dans ses forces par un important renfort des troupes ougandaises et sud-africaines présentes en République centrafricaine depuis près de cinq ans. Le régime centrafricain se sent désormais tellement en sécurité que son numéro un se permet de revoir à la hausse ses exigences. Après s’être déclaré partant pour des négociations sans condition avec la rébellion, celui-ci, avant même le début des pourparlers, pose maintenant un préalable de taille. Il considère dorénavant son départ comme un sujet tabou. Aucun accord, selon le chef de l’Etat lui-même, ne doit avoir pour objectif son départ de la tête du pays. Si l’on peut concéder au président centrafricain, comme à tout être humain d’ailleurs, le droit de résister à toute éviction forcée, force est cependant de reconnaître que son entêtement fait sourire plus d’un. Seuls les chefs d’Etat civils démocratiquement élus peuvent à juste titre avancer l’argument du respect du choix et de la volonté de leur peuple pour mériter de terminer tranquillement leur mandat. Ce qui est loin d’être le cas du dictateur centrafricain qui, en plus d’être arrivé au pouvoir par le biais d’un coup d’Etat, s’y est maintenu à travers des élections peu crédibles. Putschiste, il arriva au pouvoir, « putschisé », donc il pourrait repartir. Ce dernier prend quand même un peu trop de risques en se basant sur la présence de forces armées de pays voisins, et non celles de son pays, pour s’adonner à d’incessantes pirouettes dans lesquelles il pourrait se casser plus qu’une jambe. Il est peut-être évident que tant qu’il pourra faire miroiter à l’insaisissable Jacob Zuma l’éclat des ressources minières dont regorge la RCA, il pourra toujours bénéficier de son soutien. Le truculent président sud-africain n’est d’ailleurs pas à son premier soutien d’un dirigeant dont la légitimité est plus que relative, voire subjective. L’on se rappelle le bruit qu’a soulevé la présence de la frégate sud-africaine sur les bords de la lagune Ebrié au temps fort de la résistance de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Le président de la nation arc-en-ciel, qui est reconnu pour ses nombreuses frasques, aime aussi nager dans des eaux troubles en pactisant sans scrupules avec des personnalités peu recommandables. Mais les richesses minières ne sont pas inépuisables, si bien que le soutien sud-africain au régime centrafricain peut se révéler éphémère. Le revirement subit du président centrafricain pourrait pousser les rebelles à revenir sur leur décision d’accorder une chance à la résolution pacifique du conflit centrafricain. Bozizé aurait dû, à ce stade de préparation du dialogue entre forces centrafricaines, faire preuve de plus de perspicacité en gardant in peto son intention de ne pas accepter de quitter ses fonctions de chef de l’Etat. Une fois sur la table des négociations, il aura la latitude de l’évoquer en temps opportun, en laissant le soin à la médiation gabonaise d’entourer cette proposition des précautions nécessaires. Cela aurait pu contribuer, à défaut de garantir un succès total aux discussions, à préserver l’esprit pacifique d’ensemble qui régnait à la faveur du cessez-le-feu, et à garder intacte la disposition affichée des parties prenantes à s’asseoir autour d’une même table pour discuter. Encore que la question du départ du président n’est pas évoquée par les seuls rebelles. Des partis de l’opposition sont favorables à une transition sans Bozizé, et ils ne manqueront certainement pas de le rappeler dans la capitale gabonaise. Cette déclaration inopportune qui n’est que la manifestation du réflexe naturel que Bozizé partage avec bien de ses pairs africains, véritables Néron des temps modernes, risque, à coup sûr, de crisper l’atmosphère des échanges à Libreville. Les chances d’une solution pacifique pourtant envisagée avec l’espoir d’éviter un affrontement sanglant aux conséquences insoupçonnées pourraient ainsi être compromises par l’attitude hautaine, à la limite condescendante, du président mal élu de la RCA. En attendant de voir la réaction de la coalition rebelle, l’on peut déjà se féliciter de la tenue effective des discussions qui ont connu la participation de représentants de toutes les trois forces, à savoir le pouvoir, la Séléka et l’opposition. Si, à défaut d’un consensus rapidement dégagé dès les premiers jours de négociations, l’on obtient de toutes les délégations que personne ne claque la porte, ce serait déjà un bon début.

« Le Pays »

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