Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Femmes    Pratiques    Le Mali    Publicité
aOuaga.com NEWS
Comment

Accueil
News
Politique
Article
Politique

Gouvernance en Afrique : il y aura toujours des coups d’etat tant que…
Publié le vendredi 2 janvier 2015  |  Le Pays




A l’époque où la plupart des pays africains étaient sous le régime des partis uniques, la seule possibilité d’alternance et de renouvellement de la classe politique passait systématiquement par les coups d’Etat. L’on a pu, de ce fait, assister en Afrique à ce que l’on pourrait appeler « Le printemps des coups d’Etat ». En effet, à l’exception du Sénégal, tous les autres pays africains ont connu des putschs militaires.

Mais depuis que le continent noir a fait l’option du multipartisme et de la démocratie, sous la pression, peut-on dire, de la communauté internationale surtout, l’idée de Mao selon laquelle « le pouvoir est au bout du fusil » est devenue pratiquement une hérésie, et a été combattue comme telle par l’Union africaine (UA). Mais, pour autant, peut-on dire que les pays africains sont à l’abri des coups d’Etat ? Certes, leur fréquence a drastiquement diminué. Mais des pronunciamientos ont été enregistrés sur le continent noir. L’on pourrait expliquer cela de la manière suivante. L’antidote des coups d’Etat, c’est la démocratie, la vraie. Or, bien des pays africains trichent avec la démocratie. En effet, les élections y sont juste organisées pour s’assurer la bienveillance de l’Occident et amuser la galerie.

Les institutions sont artistiquement taillées à la mesure des princes régnants, et les Constitutions permanemment charcutées en leur faveur. Le résultat est que la politique se sclérose et l’alternance est, à chaque élection, renvoyée aux calendes grecques. De ce point de vue, l’on pourrait accorder des circonstances atténuantes à certains coups d’Etat, surtout ceux qui ont permis de déboulonner des dictatures et des régimes pseudo-démocratiques face auxquels les populations sont impuissantes. A ce propos, la tentative de putsch avortée du mardi 30 décembre 2014 dernier contre le Néron de Gambie, peut être lue comme un acte de désespoir contre un régime dont la gouvernance politique est aux antipodes de tous les fondamentaux de la démocratie.

Le cas de Yayha Jammeh, malheureusement, n’est pas unique en Afrique. Pratiquement, tous les pays de l’Afrique centrale et équatoriale peuvent être logés à la même enseigne. Et comme les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, l’on ne serait pas étonné d’assister encore à des coups d’Etat, si rien n’est fait pour remonter les bretelles à certains présidents, par rapport à leurs pratiques antidémocratiques dont le monde entier est témoin aujourd’hui.

Les coups d’Etat ne sont pas le remède approprié pour soigner les pathologies de la démocratie en Afrique

Et l’institution qui doit monter au créneau pour le faire pendant qu’il est encore temps, est l’UA. Mais l’on peut être sûr qu’elle ne lèvera pas le petit doigt pour interpeller Sassou N’Guesso, Joseph Kabila et autres, sur leur velléité de s’accrocher éternellement au pouvoir. Elle attendra, comme elle en a l’habitude, jusqu’à ce que des officiers aient toutes les raisons de sortir des casernes, pour ordonner la dissolution de la Constitution. C’est alors que, toutes affaires cessantes, l’UA rappellera aux putschistes que leur mode d’accès au pouvoir viole la charte africaine de la démocratie, et qu’ils ont intérêt à débarrasser au plus vite le plancher, sous peine de sanctions.

Ainsi fonctionne l’UA. Elle feint d’oublier que c’est la mal-gouvernance qui inspire les coups d’Etat. En effet, se comportant comme un véritable syndicat des princes régnants, l’UA a toujours fermé les yeux sur les dérives de ces derniers et bouché ses oreilles pour ne pas entendre les cris de détresse des populations, face aux coups de poignard récurrents assénés à la démocratie par certains de ses membres. C’est pourquoi l’on peut affirmer avec force que tant que l’UA ne va pas se muer en une institution au service des intérêts des peuples africains, comme a su le faire l’Union européenne (UE) à l’endroit de la démocratie et des populations d’Europe, et tant que la démocratie sera malmenée sur le continent noir, il y aura toujours des coups d’Etat en Afrique.

Cela dit, les coups d’Etat, même si l’on peut partager parfois les motivations liées à leur avènement, ne sont pas, il faut le dire, le remède approprié auquel l’on doit recourir pour soigner les pathologies de la démocratie en Afrique. Ce combat doit être porté surtout par les organisations de la société civile. Ce sont elles qui doivent prendre leurs responsabilités, pour arrimer véritablement l’Afrique à la vraie démocratie. Mais encore faut-il qu’elles acceptent d’en payer le prix en termes de sacrifices individuels et collectifs. Le combat pour une Afrique démocratique qui exclut de facto toute compromission avec les princes régnants, doit être beaucoup plus celui des sociétés civiles que celui des partis politiques de l’opposition. Mais pour être efficace, il doit se mener à l’échelle du continent, par la mise en place d’une interafricaine des sociétés civiles.

Pousdem PICKOU
Commentaires