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Ram Ouédraogo à propos de la situation nationale : « Ce que nous craignions est arrivé »
Publié le jeudi 4 decembre 2014  |  Le Pays
Bilan
© Autre presse par DR
Bilan du parti des Verts : « aucune alternance pacifique ne peut se faire sans l’apport de Blaise » Ram OUEDRAOGO




On ne l’avait pas encore entendu depuis la chute du régime du président Blaise Compaoré les 30 et 31 octobre derniers, suite à un soulèvement populaire. Dans la tribune ci-dessous, Ram Ouédraogo, président du Rassemblement des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF), regrette les dégâts humains enregistrés lors de l’insurrection populaire et appelle les Burkinabè à la tolérance afin de préparer l’alternance si chère à notre pays.

Il regrette au passage que le défunt régime ait refusé de lui porter une oreille attentive, lui qui dit avoir attiré l’attention de l’ex-chef de l’Etat sur les risques qu’il encourait à vouloir coûte que coûte modifier l’article 37 de la Constitution. Lisez plutôt !

Chers Compatriotes,

Au moment où les derniers martyrs de l’insurrection des 30 et 31 octobre derniers viennent d’être inhumés, au moment où les organes de la transition sont effectifs et ont entamé leur mission, c’est avec émotion et tristesse que nous prenons notre plume, après être restés plusieurs mois sans nous exprimer et ce malgré la sollicitation de certains médias, pour compatir et déplorer ce qui est arrivé dans notre pays.
Peuple du Burkina Faso,
Chers Compatriotes,
Nous, hommes politiques du Burkina Faso, toutes tendances confondues, ne saurions nous dérober face au prix que notre peuple vient de payer, surtout notre vaillante jeunesse.
Nous avons failli à notre mission et à nos responsabilités, à savoir faire en sorte que le sang d’aucun Burkinabè ne coule encore sur notre sol. Oui, la classe politique est en partie responsable du chaos que nous venons de vivre.
Chers Compatriotes,
En cette période de tristesse et de recueillement, nous voulons joindre notre voix à toutes celles qui nous ont précédées, pour traduire notre compassion et notre peine à toutes les familles éplorées qui ont perdu des êtres chers dans la fleur de l’âge et souhaiter prompt rétablissement aux nombreux blessés qui souffrent dans leur chair.
Nous devons rendre un hommage appuyé aux Organisations de la Société Civile qui ont joué un rôle décisif de veille et de sentinelle avec courage, abnégation et sacrifice. Nous rendons également hommage à toutes celles et à tous ceux qui, à des degrés divers, ont tout fait pour limiter les dégâts, surtout les pertes en vies humaines : les Forces de Défense et de Sécurité, les Autorités coutumières et religieuses, les personnes- ressources, la Communauté internationale, La CEDEAO, L’Union africaine et l’ONU.
Chers Compatriotes,
Nous, hommes et femmes politiques du Burkina Faso, avons failli à notre mission. Faute d’avoir épuisé toutes les voies du dialogue et de la concertation afin de sauvegarder la paix, la cohésion et l’unité.
Nous l’avons maintes fois répété, seul le dialogue vient à bout de toutes les contradictions, qu’elles soient politiques, économiques, sociales, culturelles ou autres. Le dialogue, c’est aussi et surtout le respect par l’autre de nos propres options et de nos engagements souverains et pas seulement de ce qui nous fait puissants et redoutés. Mais l’histoire n’est malheureusement pas faite que de respects avouables et sereins.
Hélas, la classe politique nous l’a démontré ces derniers mois. Car elle n’a pas su ou voulu s’élever au dessus de ses propres intérêts et ambitions pour ne servir que l’intérêt supérieur de la nation.
Chers Compatriotes,
A l’heure du bilan où chacun est comptable de ses actes et doit rendre compte avec humilité et modestie, il est bon de faire son autocritique afin que l’histoire retienne de nous ce que chacun a pu faire ou posé comme acte à un moment de sa vie et de l’histoire de la patrie.
Pour notre part, depuis le début du processus engagé dans notre pays, nous n’avons pas cessé de tirer sur la sonnette d’alarme pour l’instauration d’une démocratie véritable, gage de paix, d’unité et de développement harmonieux par les voies du dialogue et de la concertation.
Il n’est pas inutile de revenir sur notre parcours pour l’histoire car notre population, pour la plupart très jeune, n’est pas toujours au fait de l’histoire politique de notre pays de ces trente dernières années. En effet dès notre entrée en politique dans les années 1990, par les moyens de l’écologie politique, nous n’avons pas hésité à rejoindre le camp de ceux qui luttaient pour l’avènement d’un Etat de droit véritable. Il faut rappeler que c’était la période des longs couteaux car nous étions encore dans l’Etat d’exception.
Ainsi, nous avons participé aux côtés d’autres forces politiques à la lutte épique CFD (Coordination des Forces Démocratiques) ARDC (Alliance pour le Respect et la Défense de la Constitution pour la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine qui, à notre sens, était le seul moyen pour solder le passif du passé afin de créer les conditions d’une démocratie véritable.
Pour un Burkina Faso réconcilié avec lui et avec tous ses filles et fils, vu la fracture sociale née de la période révolutionnaire.
Hélas, cela n’a pas pu se faire face aux ambitions des uns et des autres qui étaient aux antipodes des intérêts de notre peuple. Et c’est dans ces conditions, que le 2 juin 1991 nous sommes allés aux urnes pour voter la Constitution qui nous était proposée. Il s’agissait pour nous de choisir entre la Constitution bancale qui nous était proposée ou l’Etat d’exception.
Bien sûr nous avons voté non sans avoir, au cours de la campagne référendaire, relevé toutes les insuffisances et incohérences contenues dans cette loi fondamentale qui nous était proposée. Dans notre entendement, chemin faisant, cette Constitution pourrait être améliorée.
Là aussi, il faut rendre un hommage appuyé à certains camarades qui ont perdu la vie dans cette lutte quand d’autres, portent encore les stigmates de cette période de plomb.
Chers Compatriotes,
Depuis cette période où nous-mêmes avons risqué plusieurs fois notre vie, nous n’avons pas cessé de militer et de lutter pour un Etat de droit véritable et cela en conformité avec les principes et valeurs que nous avons toujours défendus, la paix, la stabilité et l’unité.
Nous avons toujours dans notre combat fait attention de ne pas mettre en danger notre pays et ses populations.
C’est le respect de ces engagements qui ont toujours guidés nos actions. Malgré que quelques fois, nous soyons incompris, nous n’avons jamais transigé avec nos valeurs et principes qui sont restés les mêmes depuis, à savoir l’éthique, la morale en politique et surtout l’amour de la patrie. Même si en tant qu’êtres humains nous avons eu parfois à commettre des erreurs de jugement. Tout ce que nous vivons aujourd’hui vient du fait que nous avons raté le virage de l’histoire en refusant la Conférence Nationale Souveraine qui était le miroir dans lequel, nous devions nous regarder avec courage et responsabilité.
Tous nos problèmes viennent de la Constitution de 1991. L’article 37 aurait été verrouillé à cette époque-là que nous n’aurions plus eu à revenir sur cette question et c’est ce que nous souhaitions faire lors de la tenue de la conférence si nous l’avions effectivement obtenue.
C’est donc cette faille juridique qui nous vaut aujourd’hui une insurrection qui a causé la mort de jeunes gens pleins de vie.
Tous les débats et combats menés depuis des années tirent leur source de là : les uns exploitant cette faille juridique à leur profit, les autres surfant sur ce même article 37 pour se faire une place au soleil. Tout le monde a ses raisons mais la démocratie est dure en ce quelle commande le respect de toutes les dispositions contenues dans cette même Constitution. Je ne reviendrai pas sur le débat des pour et des contre. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’article 37 n’était pas verrouillé donc susceptible de modification. Ce qui nous a fait dire depuis des mois que le problème n’était pas juridique mais politique et du reste des juristes et des hommes politiques l’ont reconnu. Il s’agissait d’éthique et de morale, de l’intérêt de notre peuple et là, c’est une autre histoire car très souvent les hommes politiques n’ont d’yeux que pour leurs propres intérêts et ambitions.
La preuve est là aujourd’hui par la mission confiée par le peuple aux organes de la transition pour que cet article 37 soit définitivement verrouillé et rejoigne les dispositions intangibles contenues dans notre Constitution. Ainsi, il en sera définitivement terminé avec ce débat.
Chers Compatriotes,
Toujours pour l’histoire, il n’est pas inutile de revenir sur mon propre parcours. Je ne reviendrai pas sur les incohérences et la cécité des hommes politiques. Nous avons été de tous les combats. Les coups, nous en avons reçus face à notre refus de nous engager sur la voie de l’extrémisme et de la violence. C’est dans un climat délétère et suspicieux que malheureusement au sortir de la présidentielle de 1998 qu’une partie de l’opposition avait boycotté qu’est survenu le drame de Sapouy. Déjà à cette époque-là, notre pays a failli basculer dans la violence et le chaos. N’eût été l’apport ô combien précieux des autorités religieuses, coutumières et bien d’autres autorités morales dont les Présidents Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo ( paix à leurs âmes) et le Président Jean Baptiste Ouédraogo, sans oublier les nombreux démocrates et patriotes soucieux de la préservation de la paix et de la stabilité, qui se sont engagés corps et âme pour venir au secours de la mère patrie agonisante. Nous étions de ceux-là. Et c’est en toute modestie que nous avons apporté notre contribution pour l’apaisement et la réconciliation nationale.
Il est peut-être bon de rappeler que ce sont les réformes que nous avons opérées à l’époque qui ont permis la remise en place du verrou limitant le mandat présidentiel qui avait été déverrouillé en 1997. En autres acquis en matière de réformes politiques, on peut citer :
- Le statut de l’opposition ;
- Le financement public des partis politiques pour leur fonctionnement et pour les campagnes ;
- La révision du Code Electoral pour introduire le mode de scrutin au plus fort reste ;
- Les circonscriptions électorales qui sont passées de la province à la région, etc.
La suite, ceux qui suivent l’histoire politique récente de notre pays la connaissent, mais peut-être pas les plus jeunes. En effet, il faut rappeler qu’à cette époque, sur recommandation du Collège de Sages, un Gouvernement d’ouverture fut proposé et mis en place, il était composé d’une partie de l’opposition. Une autre aile de cette opposition plus radicale ayant refusée d’y prendre part.
Les Ecologistes fidèles à leur philosophie de paix et de non violence, après hésitation, ont été sensibilisés et convaincus par les éminentes personnalités du Collège de Sages du bien-fondé de participer à la guérison de la mère patrie malade ; ce qui était d’ailleurs de notre devoir de fils du Burkina.
Nous étions en 1999. En 2002, estimant que notre mission était terminée au sein du gouvernement, nous avions décidé de ne plus y participer. Mal nous en a pris car cela a été considéré comme un crime de lèse majesté. Beaucoup s’en souviennent encore, la sanction a été immédiate, la destruction du parti et son éparpillement en plusieurs morceaux. Les uns décidant de succomber aux sirènes du pouvoir en rejoignant la mouvance présidentielle et les autres fidèles aux idéaux du parti démissionnèrent pour s’en aller créer le R.D.E.BF que j’ai l’honneur de diriger.
Malgré le coup dur qui nous a été porté en ce moment-là, notre engagement, notre constance et notre détermination n’ont pas été émoussées et sont restées intactes. Nous avons continué notre combat pour l’occupation du palais de Kossyam et pour le triomphe de notre projet de société, l’écologie politique, un nouveau paradigme pour une société nouvelle. C’est ainsi qu’en 2005, dans l’espoir d’une élection présidentielle ouverte transparente et équitable, nous nous sommes portés candidat. D’autant plus que dans notre entendement, le Président en exercice ne pouvait plus se représenter. Hélas, ce ne fut pas le cas. Notre requête en annulation de cette candidature a été rejetée par le Conseil Constitutionnel du fait que le nouvel article 37 adopté en 2000 qui limite le mandat présidentiel n’était pas rétroactif.
Qu’à cela ne tienne, c’est en rangs dispersés que nous avons participé à cette élection présidentielle. Sorti victorieux et revigoré, le camp présidentiel reviendra sur sa volonté de remettre en cause le consensus obtenu en 2002 lors des réformes politiques. La majorité étant acquise au niveau de l’Assemblée Nationale, tous les acquis politiques obtenus en 2002 furent vidés de leur substance.
Pour l’article 37, il était très difficile pour cette majorité de faire avaler la couleuvre. Nous mêmes, au cours de la campagne présidentielle de 2005, nous avions dans notre programme de campagne édité en six langues nationales, mis notre peuple en garde contre un quelconque plébiscite du pouvoir qui ne manquerait pas de l’exploiter pour avoir la légitimité afin de modifier à sa guise l’article 37. Hélas, dans le brouhaha de la campagne, dans la distribution de casquettes, t-shirts, sacs, pagnes et autres pacotilles, notre message a été dilué et brouillé. Malgré tout, nous avons continué notre campagne d’information à l’intérieur et à l’extérieur de notre pays contre la volonté du pouvoir de modifier l’article 37 pour en sauter le verrou qui limite le mandat présidentiel. Et cela, certains responsables du pouvoir devenus des opposants aujourd’hui, ne l’ont pas apprécié et ne se sont pas gênés pour nous le dire en nous menaçant.
En 2010, à l’approche de l’élection présidentielle, nous avons interpellé toutes les forces sociales du pays afin qu’une table ronde soit organisée pour de nouvelles réformes politiques, justes, équitables et transparentes permettant d’avoir un scrutin crédible. Ce fut peine perdue ; nous avons même été l’objet d’insultes et de réprimandes. Qu’à cela ne tienne, c’est tête baissée que des candidats participèrent à ce scrutin pendant que nous nous y abstenions. La suite, nous la connaissons aussi. Un recours en annulation déposé par ces candidats auprès du Conseil Constitutionnel qui, lui, a estimé que l’élection était bien et bien valide malgré quelques imperfections.
Cela ne nous a pas empêché de poursuivre notre combat contre la volonté du pouvoir de sauter le verrou qui limite le mandat présidentiel, et c’est là encore une fois de plus que j’ai pris ma plume pour écrire un ouvrage présenté en grande pompe le 13 janvier 2011 à Ouagadougou devant un parterre de personnalités composées de responsables syndicaux, de partis politiques de personnes- ressources, y compris quelques diplomates. Le parti au pouvoir invité était représenté par un de ses responsables.
Dans cet ouvrage dont le titre est : Une décennie de lutte politique et d’engagement militant au service de la paix et de la démocratie « Ma part de bilan », j’ai fait le bilan du processus démocratique au Burkina Faso engagé depuis 1991 et celui de la réconciliation nationale engagée suite au drame de Sapouy. Ce qu’il fallait surtout retenir dans cet ouvrage, c’est le message adressé au Chef de l’Etat lui conjurant de ne pas tenter de modifier l’article 37 car cela sera source de division et de dangers pour lui-même et pour la nation. Là encore, ce fut peine perdue. Comme on dit, quand Dieu veut vous perdre, il vous rend sourd et aveugle. N’eût été le ton fraternel avec lequel ma lettre avait été rédigée, j’aurais rendu gorge car certains de ses collaborateurs avaient vu de l’impertinence et un affront qu’il fallait faire payer et surtout une bonne leçon qui devait m’être donné afin de servir d’exemple. Dieu merci, je m’en suis tiré à bon compte.
Malgré les menaces et les intimidations dont j’ai été l’objet, j’ai continué d’attirer l’attention de tout le monde sur la nécessité de discuter et de ne pas mettre la nation en danger. C’est ainsi que le 21 septembre 2013, sentant encore une fois de plus les choses venir et pour éviter le chaos à l’approche de l’échéance de 2015, j’ai pris l’initiative de lancer le FRAP.BF « le Front Républicain pour une Alternance Pacifique au Burkina Faso » avec pour objectifs, parvenir au changement en 2015 dans la paix et la cohésion. En somme, une alternance ordonnée, apaisée, pacifique et responsable qui prenne en compte, l’intérêt supérieur de la nation.
Chers Compatriotes,
Malheureusement, dans le Burkina d’il y a quelques semaines où chacun dit avoir raison et dans le Burkina d’hier où tout le monde suspecte tout le monde, aucun acte posé par un homme politique ne pouvait être considéré autrement que comme mu par un intérêt quelconque. Il faut bien admettre que le Burkina « d’hier » frappé de plein fouet par la corruption et les compromissions de toutes sortes, les notions telles : idéal, sacrifice, patriotisme et autres vertus essentielles qui fondent la dignité de notre peuple étaient devenus des mots désuets qui sonnent creux. Tant les mœurs s’étaient considérablement dégradées.
A tel point que toute initiative était immédiatement considérée comme une forfaiture. Et pourtant, nous étions absolument convaincus que seuls le dialogue et la concertation nous éviteraient la descente aux enfers. Fort de cette conviction et en compagnie d’autres partis, nous avons essayé de faire passer le message par le biais de ce dialogue. Et même au sein du large Front Républicain, cette position était soutenue par près de 27 partis de l’opposition. Le refus de la modification de l’article 37 était clairement affiché par ces partis qui espéraient jusqu’au bout qu’une solution responsable serait trouvée par la classe politique.
Notre engagement était de tout faire pour que tout se déroule dans la concertation, la paix et dans le respect des règles démocratiques au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Et nous n’avons cessé de le marteler pour dire que toute alternance mal préparée, non apaisée est source de chaos, de violences et de déchirures profondes.
Hélas, deux fois hélas, dès que nous avons constaté l’échec du dialogue que nous avions préconisé et face à mes demandes d’audience personnelle déposées auprès du Président du Faso restées sans suite, la première déposée avec cahier de transmission le 7 octobre 2013 et réitérées auprès de certains responsables, j’avais compris que ma position ne me permettrait d’avoir ce tête à tête de l’espoir et des vérités que je m’apprêtais à dire sans peur. Ce sont là quelques raisons de mon silence depuis le mois d’août.
Ce que nous craignions au niveau des Ecologistes est arrivé et comme nous le prévoyions, hélas, en lieu et place d’une alternance pacifique ordonnée qui sécurise la nation et le Président lui-même, c’est dans la désunion, la discorde et le sang que tout cela va se terminer, creusant davantage le fossé qui séparait déjà les Burkinabè.
Des jeunes pleins de vie sont tombés, arrachés à l’affection de leurs familles, d’autres blessés et marqués à vie. Quel gâchis ! Et pourtant, on aurait pu éviter tout cela en épuisant toutes les voies du dialogue. Comment consoler une mère qui a perdu son fils chéri qu’elle aimait tant ? Comment atténuer la douleur de ce père qui comptait sur son brave fils pour jouir d’un repos bien mérité une fois la retraite annoncée ? Comment sécher les larmes de ses frères et sœurs attristés et abattus ?
Que de tristesse et de peine, aucune compensation, qu’elle soit matérielle ou morale ne pourra atténuer la douleur des familles. Il faut seulement s’en remettre à Dieu et prier. Et c’est là que notre responsabilité, en tant qu’hommes politiques, transparaît ; oui, la classe politique a échoué, elle a échoué par ce qu’elle n’a pas été capable de taire ses ambitions car sa mission première était de tout faire pour préserver la paix. Elle a échoué car sa mission était de prôner la paix à tout moment, la concorde, l’unité, la fraternité et la non-violence. Au contraire, elle a prôné des valeurs contraires, elle a envoyé les jeunes à la rue sans mesurer les conséquences. N’eût été la vigilance et le patriotisme des Forces de Défense et de Sécurité, nous ne serions pas aujourd’hui dans une transition mais dans un sauve-qui-peut général, femmes et enfants avec les ballots sur la tête en quête d’une terre d’exil.
Dieu aime le Burkina Faso et ses habitants. C’est vrai que dans l’histoire des peuples, il arrive des moments d’intenses tristesses, le tout est de savoir s’arrêter et de rebondir et c’est là que nous devons saluer la bravoure et la maturité de notre peuple qui a su s’arrêter à temps pour ne pas commettre l’irréparable, hypothéquer ce Burkina Faso que nous empruntons aux générations futures. Honneur et gloire à lui !
Chers compatriotes,
Peuple du Burkina Faso,
Vous avez montré à la face du monde que vous êtes un peuple digne, fier et brave ; aujourd’hui plus que jamais, nous devons mériter le sacrifice de ceux qui sont tombés sur le champ d’honneur en faisant du Burkina Faso ce que eux auraient voulu qu’il soit, un havre de paix, de justice, de solidarité, de tolérance, de partage, d’égalité, d’unité, de concorde et de démocratie véritable. Oui, c’est cela notre dette envers ceux qui sont partis et envers la nation.
Quand à la classe politique, toutes tendances confondues, elle doit faire son autocritique, avoir le pardon du peuple, s’amender pour repartir sur de bons pieds et de promettre de ne plus faire pleurer des pères et des mères en favorisant la violence, sources de peine, de tristesse et de désunion. Plus jamais ça au Burkina Faso, plus de sang versé pour des raisons politiques sur la terre de nos ancêtres. Nous devons travailler à l’apaisement, à la réconciliation nationale, nous devons prendre l’engagement de ne plus semer les germes de la discorde et de la haine. Comme le disait si bien le vieux sage de Yamoussoukro, le Président Houphouët Boigny, « tant que nous serons sur la terre des hommes, il y aura toujours des différends entre les hommes. Je demande à mes frères de s’engager à détruire ce différend, à éliminer ce différend par la recherche patiente, obstinée de la paix par le dialogue, la négociation, à l’exclusion de tout recours par la force. La force ne paie pas. Elle est éphémère. Ce que nous voulons est la paix. La paix dans la justice. La paix dans la tolérance. La paix dans la solidarité agissante. La paix dans l’amitié fraternelle. La paix dans l’amour».
Chers Compatriotes,
Puisse ces sages conseils du vieux nous guider dans notre quête de bien-être. En ces moments d’introspection profonde où nous recherchons nos repères, nous lançons un appel à toutes et à tous. Nous devons soutenir sans réserve les organes de la transition pour qu’ils réussissent la mission que vous leur avez confiée.
Pour notre part, nous prenons l’engagement de travailler à rassembler les patriotes, les démocrates soucieux de l’avenir et du devenir de la nation dans une vaste coalition dénommée COALITION POUR UN BURKINA NOUVEAU (CBN), pour préparer l’alternance que nous appelons de tous nos vœux dans la paix, le dialogue débarrassé de tout esprit de haine et de vengeance. Une alternance qui verra l’avènement d’un Burkina nouveau.
Honneur et gloire à notre peuple !
Dieu bénisse le Burkina Faso !

Le Président
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