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Safiatou Lopez à propos de la situation nationale: « Les militaires devraient revoir leur méthode »
Publié le vendredi 14 novembre 2014  |  Le Quotidien
Transition
© aOuaga.com par G.S
Transition : un premier projet de charte remis au chef de l`Etat
Lundi 10 novembre 2014. Ouagadougou. Hôtel Laico de Ouaga 2000. Le chef de l`Etat de la transition, lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, a officiellement reçu le projet de charte de la transition concocté par la société civile, l`opposition et les chefs coutumiers et religieux. Photo : Safiatou Lopez Zongo




Sur la difficile entente entre les parties prenantes à la crise burkinabè, le porte-parole adjointe de la commission en charge de la rédaction de la charte de la transition, Safiatou Lopez/Zongo estime que « tout se trouve entre les mains des militaires qui font la pluie et le beau temps ». Fort de ce constat, la présidente de l’Association pour la promotion de la démocratie et la participation citoyenne (APDC), pense que « les militaires devraient revoir leur méthode » pour que les choses s’accélèrent. Ce qui, entre autres, ressort dans cette interview qu’elle nous a accordée le 12 novembre dernier sur la situation nationale.
Le Quotidien : Deux semaines après la démission de Blaise Compaoré suite à l’insurrection populaire, le Burkina n’a toujours pas son président civil qui est souhaité. Vous qui êtes membre de la commission de rédaction de la charte, pouvez-vous nous dire ce qui coince ?

Safiatou Lopez/Zongo, présidente de l’APDC : Tout se trouve entre les mains des militaires qui font la pluie et le beau temps. En principe, dans la commission, chaque groupe, à savoir les autorités religieuses et coutumières, les partis politiques affiliés au CFOP, les représentants des OSC et les militaires doivent se faire représenter par deux personnes. Alors, à chaque rencontre pour élaborer le projet de transition, les militaires promettent d’envoyer deux représentants et nous ne les voyons jamais.

Et pourtant, le 12 novembre dernier, vous avez travaillé ensemble pour finaliser la charte de la transition. Qu’est ce qui s’est passé qu’au final, la plénière n’a pas eu lieu ?

Effectivement, avant la plénière, nous avons travaillé en présence des représentants des militaires. Et quand nous avons fini et que nous leur avons remis le document, ils nous ont dit qu’ils partent consulter leur base. Nous leur avons demandé s’ils ont des amendements qu’ils le fassent pour qu’on évolue. Après quoi, je suis allée au Liptako N’Gourma où devrait se tenir la plénière. A ma grande surprise, dès que j’ai mis les pieds dans la salle, on me fait savoir que les militaires disent qu’ils repartent avec le document pour consulter la base. Alors que depuis deux semaines, nous travaillons. C’est comme si nous travaillons pour les militaires. C’est comme si eux, ils étaient un organe supérieur qui nous fait travailler et ils amendaient. Parce qu’à chaque fois que les militaires nous promettent de venir, ils ne viennent pas. Pire, ils ne nous préviennent même pas qu’ils ne pourront pas venir. Pour le 12 novembre dernier, les militaires savaient que nous avions rendez-vous avec tout le monde au Liptako N’Gourma. Le minimum, c’est de venir devant l’assemblée, l’informer qu’ils repartent voir leur base. Finalement, tout le monde est venu devant moi me demander ce qui s’est passé aux travaux. Il y a même des gens qui ont eu le courage de dire que nous sommes allés nous entendre avec les militaires. Moi, je suis porte-parole adjointe et quand je quittais les travaux, le professeur Ibriga qui est le porte-parole était en train de préparer le power point. Il devait me rejoindre au Liptako N’Gourma une fois, qu’il aura fini. Voilà qu’avant même que j’arrive au Liptako, on dit que les militaires ont appelé pour dire qu’ils partent consulter leur base avec le document. Alors qu’en toute sincérité, toutes les entités se sont réunies pour sortir un document consensuel. Et voilà que seuls les militaires ne sont pas d’accord.

Comment appréciez-vous le rôle de la communauté internationale?

En tout cas, beaucoup d’entre nous se posent des questions sur le comportement du président Macky Sall. On se pose des questions sur lui. A Ouagadougou, il nous a dit ceci : « Vous savez que le pouvoir se trouve entre les mains des militaires ». Et il brandit qu’il faut accepter leur proposition parce que les sanctions vont tomber. Est-ce notre faute si les sanctions tombent ? Nous avons fait notre document que nous avons transmis officiellement aux militaires. Et nous n’avons pas eu l’amendement des militaires. Nous avons l’impression que c’est le président Macky Sall et son équipe qui ont fait les amendements sur le document que nous avons transmis aux militaires. Si c’étaient les militaires, ils allaient nous le remettre officiellement. Puisque nous leur avons transmis de façon officielle le document quand nous avons fini. Les présidents africains qui sont venus l’ont dit eux-mêmes : les militaires ne sont pas des hommes politiques, ce sont des hommes de casernes. Alors, en venant au Burkina, leur première chose, c’est de sensibiliser le peuple burkinabè pour réussir une transition civile.

Concrètement, quels sont les points d’achoppement entre les civils et les militaires ?

Nous avons pris connaissance du document des militaires sur la charte. Au regard de ce qui est écrit sur leur document, même si nous avons un président civil, ce serait un président qui va servir de figurine. Parce que ce serait toujours les militaires qui seront toujours au devant de la chose. Donc, nous avons demandé à ce que les choses soient revues. Il y a des choses pour lesquelles la poire peut être coupée en deux. Tout comme il y a des choses que nous ne pouvons pas accepter.

A quel niveau se situe alors le problème ?

Il y a la commission vérité justice et réconciliation qu’ils ont enlevée. Et nous ne savons pas pourquoi ? Qui ne doit pas dire la vérité ? Qui est au-delà de la justice ? Qui ne veut pas de réconciliation ? Je ne le sais pas. Peut-être que pour eux, l’ex-majorité n’a de compte à rendre à personne. Parce que s’ils avaient jugé que l’ex-majorité a commis des crimes et qu’elle devait se confesser, dire la vérité au peuple burkinabè, que le peuple burkinabè avait droit à la justice et qu’après nous pouvons pardonner. Il ne devait pas enlever cette partie. L’autre problème est la commission d’urgence. Laquelle commission d’urgence devrait s’occuper des blessés et de ceux qui ont perdu leur vie. Après l’installation du président de la transition, la commission d’urgence devrait organiser une journée en hommage aux gens qui ont été tués lors de l’insurrection. Aujourd’hui, les familles nous font pression et qu’elles veulent enlever leur corps.

Justement, on a trouvé que c’était trop lourd pour une transition de 12 mois ?

Nous aurions pu commencer ce travail. Parce que c’est un processus qui doit commencer au moment même de la transition. Il y a aussi l’Assemblée nationale de transition. Les militaires ont changé son appellation parce que dans leur texte, un militaire ne doit pas être membre d’un organe législatif. Alors, ils ont proposé un Conseil national de transition et le président de ce conseil, selon eux, doit être un militaire. En plus, ils veulent conserver les ministères clés. Donc, quand nous regardons, et au regard du dessin qu’ils nous ont présenté, le pouvoir sera toujours entre leurs mains. Et dans leurs propositions, nous estimons que nous ne pouvons pas tout accepter. En plus, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, en tant que chef de l’Etat de transition qui aura le statut d’ancien chef de l’Etat, ne peut se retrouver dans un organe comme le Conseil national de transition.

Est-ce que le lieutenant colonel vous a dit qu’il veut rentrer dans un organe de transition ?

Selon ce que nous avons appris, c’est lui-même qui veut être le président du Conseil national de la transition. Et nous trouvons que le président Zida aurait pu sortir la tête haute dans cette situation, faire la fierté de toute la jeunesse, de tout le Burkina et de toute l’Afrique.

Est-ce à dire qu’il ne veut pas quitter les rênes ?

Nous ne savons pas. Nous nous posons cette question. Quand vous regardez le document qu’ils nous ont transmis, c’est comme si le pouvoir est entre leurs mains. Dans ces conditions, même si on donne le pouvoir à quelqu’un, il va servir de figurine. Ce n’est pas la peine de donner un pouvoir à quelqu’un qui va servir de figurine. Ce n’est pas possible.

Est-ce à dire que dans les prochains jours, s’ils ne sont pas toujours d’accord, la donne peut changer ?

C’est au peuple de juger.

Allez-y quitter les salles pour descendre à nouveau dans la rue ?

C’est au peuple de juger. Et pour cela, il faut que les bases soient concertées pour voir ce qu’il y a lieu de faire si les choses ne bougent pas. Si vraiment le pouvoir appartient aux civils, les militaires ne devraient pas faire ce qu’ils sont en train de faire. C’est comme si nous sommes en train de négocier avec eux.

Est-ce qu’aujourd’hui les partis politiques affiliés au CFOP et les OSC ont plus peur des nouveaux hommes forts que de l’ancien chef de l’Etat Blaise Compaoré ?

En tout cas, ce qui se passe est inquiétant. Tout le monde doit savoir que c’est inquiétant ce qui se passe au Burkina. Le dessein que les militaires nous ont montré n’est pas un bon dessein. On ne sait plus ce qui se passe. Les militaires sont des hommes pragmatiques, cela est connu de tous. Mais des militaires nous donnent rendez-vous et qui n’arrivent pas à respecter leur engagement, je pense que cela devrait faire peur. Cela ne leur ressemble pas. Un militaire est un homme de parole. Un militaire est un homme pragmatique. Mais là, moi je suis découragée. Quand je lis souvent sur facebook que les OSC s’entendent avec les militaires, je suis désolée.

Justement, il semble que les OSC se la coulent douce avec les militaires ?

Il y a des OSC qui le font. En tout cas, ce n’est pas mon cas.

Et quelles sont ces OSC ?

Les militaires les connaissent. Ils savent qui sont ces gens qui sont avec eux là-bas. Il y a des gens à notre sein qui font que les militaires arrivent à faire ce qu’ils font aujourd’hui.

Est-ce à dire qu’il y a des OSC qui ont trahi la cause ?

Il y a des OSC auxquelles je ne peux pas accorder une grande confiance. Je ne leur fais pas du tout confiance. Elles sont là et elles tournent entre nous. Mieux, ils cherchent à faire des recrutements pendant que nous sommes en plénière pour imposer leur vue. Je dis non ! Je ne vais pas jouer pour une seule personne. Nous ne sommes pas là à titre personnel. Nous sommes là au nom de toutes les OSC du Burkina Faso. Il y en a qui sont là, constatant que nous ne faisons pas leur affaire personnelle, essayent de nous distraire. Mais, je trouve que leur attitude est malsaine parce que nous sommes tous là pour la bonne cause. C’est malsain de vouloir diviser pour pouvoir régner. Nous avons été désignés pour représenter les OSC. Je n’ai pas envie de perdre ma crédibilité à cause de quelqu’un.

Est-ce à dire qu’il y a un problème entre les civils et les militaires ?

Nous ne sommes pas contre les militaires. Ils ont eu un acte patriotique que nous leur reconnaissons. Nous ne pouvons jamais oublier ce qu’ils ont fait pour le Burkina pour sauver le pays. Même si nous avons perdu des camarades. Même si des gens sont tombés, ils ont quand même évité le drame. Et pour cela, nous ne pouvons jamais oublier ce qu’ils ont fait. Mais aussi, qu’ils sachent que tout le Burkina les regarde. Qu’ils sachent que toute l’Afrique les regarde. Et nous espérons bien qu’ils vont regarder dans la même direction que le peuple au lieu de regarder dans une autre direction. Pendant 27 ans de règne avec Blaise Compaoré, nous avons vu de toutes les couleurs.
Si aujourd’hui nous disons que les militaires sont nos sauveurs, et tout un coup, on ne sait pas ce qui se passe, il y a bien de raison de s’inquiéter. Alors, soit les militaires sont victimes, soit ils sont en train de jouer un jeu que nous ignorons. Mais que le peuple burkinabè sache que nous n’avons jamais traité avec les militaires. Et en toute sincérité, je pense que les militaires devraient revoir leur méthode.
L’armée a décidé de répondre à l’appel du peuple. Aujourd’hui, le même peuple appelle l’armée en lui demandant de regarder dans la même direction que lui1

Interview réalisée par Yaya Issouf MIDJA
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