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Commune rurale de Pompoï: l’agriculture dans les tenailles de l’industrie minière
Publié le mercredi 8 octobre 2014  |  Sidwaya




Le Burkina Faso connaît actuellement, un important développement de l’industrie minière. A ce jour, le pays compte plus de 600 permis de recherche valides et huit mines d’or sont entrées en production entre 2007 et 2013. Toutefois, force est de constater que l'agriculture burkinabè qui est essentiellement une agriculture de subsistance et dominée par la production céréalière pour la consommation familiale, se retrouve du coup victime de ce boom minier. C’est le cas à Pompoï, une commune rurale de la province des Balé, où des centaines de producteurs des villages de ladite commune ont dû céder leurs terres à la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO) contre une compensation financière.

Tous les cinq jours, le marché de la commune rurale de Pompoï, dans la province des Balé, à 250 kilomètres de Ouagadougou, sert de lieu de convergence de gros acheteurs de produits céréaliers. En cette matinée du lundi 1er septembre 2014, malgré la pluie de la veille, de fines hallebardes sont perceptibles sur la commune en ce jour de marché. Mais cela ne décourage pas ces nombreux camions qui repartiront de cette commune rurale, chargés de tonnes de céréales. Preuve que cette contrée de la région de la Boucle du Mouhoun reste un réservoir pour la sécurité alimentaire. Selon l’Enquête permanente agricole (EPA) de la saison agricole 2012-2013 du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, l’ensemble de la province a enregistré un excédent céréalier (mil, maïs, riz, fonio et sorgho) avec une production totale de 139 273 tonnes. Toute chose qui laisse présager qu’au-delà de sa dimension nourricière, la production agricole demeure le porte-monnaie du paysan de la localité. En effet, l’image du paysan bradant quelques kilogrammes de céréales par nécessité (ordonnance, mariage, funérailles, frais de scolarité à régler, etc.) est quotidienne en ces lieux. Et Adama Sangaré, un cultivateur, père de cinq enfants, de se demander que serait-il devenu sans son champ agricole, sur lequel toute sa famille compte pour joindre les deux bouts. Adossé au mur de sa maison nouvellement construite et vêtu d’un tee-shirt et d’un pantalon presqu’en lambeaux, le tout taché de crasses de terre, le quadragénaire, à l’aide d’une pierre, assène des coups sur la lame de sa houe pour la redresser. Pendant ce temps, sa femme et deux de ses enfants arrachent les mauvaises herbes dans le champ de mil, situé à proximité. Peu bavard, c’est avec insistance que ce dernier a accepté lâcher quelques mots. «Voyez-vous ces trois grands greniers ? C’est la richesse de ma famille», indique-t-il. Mais Adama Sangaré a conscience qu’il ne pourra pas les remplir tous comme les années antérieures, bien que la physionomie de son champ augure une belle récolte. La variété de cultures, dit-il, qu’on retrouvait dans son exploitation familiale la saison dernière ne se résume aujourd’hui, qu’au mil, au maïs, à l’arachide et au coton. La raison, du fait de la présence de l’or sur ses superficies, il a cédé neuf hectares de ses terres à la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO), contre une compensation financière d’environ 22 millions de F CFA. Aujourd’hui, il exploite sur une surface de trois hectares. Avec la somme perçue, il a construit une maison et acheté un moulin à grain et du matériel agricole.


L’autre face de la médaille

Même si cela a amélioré un tant soit peu ses conditions de vie de cultivateur, l’autre face de la médaille n’a pas tardé à se présenter. Car, Adama Sangaré se rappelle avec nostalgie, les avantages que lui procuraient ses terres de 12 hectares. «Certes, j’étais pauvre. Mais avec cette impécuniosité, j’arrivais à nourrir convenablement ma famille et vendre une partie de ma récolte pour honorer certains engagements. Actuellement, ce n’est pas évident que je puisse faire cela pour les années à venir, parce qu’il ne me reste plus grand-chose », confie-t-il.
A Pompoï, la SEMAFO est détentrice d’un permis de recherche et d’exploitation pour mener ses activités. «Les agents de la société minière sont venus s’entretenir avec nous au village en nous informant que la terre appartient à l’Etat et que ce dernier la leur a vendue. Donc, nous ne pouvons rien dire. En principe, on ne devrait même pas nous donner de l’argent. Mais à cause de la générosité des Blancs, ils nous ont payé un dédommagement avant que nous ne cédions nos terres », affirme Bomba Dié, un cultivateur et conseiller municipal du village de Sio.

Ainsi, dans ce village, ils sont plus d’une centaine de paysans à se partager un montant qui avoisinerait le milliard de F CFA, après avoir cédé leurs terres. L’argent perçu par les producteurs est fonction de la superficie du terrain et tout ce qui s’y trouve. A titre illustratif, Bomba Dié s’est séparé de son terrain d’une superficie d’environ dix hectares sur lequel il cultivait du mil, du sorgho, du niébé, du maïs et du coton et où on retrouvait des arbres tels que des baobabs, des eucalyptus et du jatropha contre la somme de 17 482 840 F CFA. Pour le chef de famille d’une trentaine de personnes, Flatié Dié, la soixantaine bien sonnée, même s’il y a eu une compensation financière, il n’en demeure pas moins qu' il a perdu ses terres du fait de l’industrie minière. Des 22 hectares de terre dont il disposait, avance-t-il, il ne lui reste plus qu’un hectare et demi.

«A présent, nos regards sont tournés vers Dieu pour implorer sa protection parce que nous n’avons plus de terres cultivables en quantité suffisante pour nourrir nos familles », s’alarme-t-il. Si Mouon Coulibaly, ménagère et mère de quatre mômes a pu avoir un petit lopin de terre sous forme de prêt, après avoir vendu la sienne à la SEMAFO, tel n’est pas le cas pour d’autres femmes du village. Par ailleurs, le champ collectif dans lequel elle cultivait du riz avec ses camarades femmes dans le cadre d’un groupement, a été fortement réduit. «Pourtant, c’est à partir de la vente de cette céréale que nous arrivons à donner un coup de main à nos maris», témoigne-t-elle.


« La terre est un héritage intarissable »

De l’avis du chef de terre du village de Sio, Adama Dié, le seul avantage qu’il dit tirer de l’argent obtenu après avoir cédé ses terres, est d’avoir construit une nouvelle maison et acheté une cour à Safané. Mais persiste-t-il, cela ne saurait remplacer l’importante superficie qu’il a due laisser. « La terre est un héritage intarissable. Nous sommes obligés à partir de maintenant, de pratiquer la culture intensive sur de petites surfaces»,
déplore-t-il.
Les producteurs du village de Kiétou, situé à quelques kilomètres de Sio, n’ont pas échappé à l’implantation de la SEMAFO. Ils ont eux aussi consenti des terres à la mine. Parmi ceux-ci, Itié Kamaté qui, en plus de la culture de mil, de maïs, et de coton, tente de s’essayer au maraîchage sur une superficie inférieure à celle récupérée par la société minière. Mais ce père de 12 enfants avec deux épouses est constamment préoccupé par de nombreux soucis au nombre desquels, le paiement de la scolarité de ses enfants. A quelques semaines de la rentrée scolaire, il affirme la main sur le cœur qu’il ne dispose de presque plus rien des quatre millions de F CFA qu’il a reçus après la vente de ses terres. Aujourd’hui, il n’a qu’un seul souhait : « Je voudrais qu’on engage beaucoup de jeunes à la société SEMAFO parce que la seule activité que ces derniers avaient l’habitude d’exercer a été interrompue du fait de l’achat de nos terres. Il n’y a que deux personnes du village qui y travaillent dont l’un est gardien et l’autre travaille dans la fosse », plaide-t-il. Impuissant face à la situation, l’unique alternative que le maire de la commune, Abdoulaye Damé, avait, était d’inviter les paysans à épargner leur argent dans les institutions financières. Mais que nenni ! Selon certaines indiscrétions, le nombre de paysans qui ont prêté une oreille attentive aux conseils du bourgmestre se compte du bout des doigts. Pour le chargé des relations communautaires de la SEMAFO, Oumar Traoré, la société est consciente que la compensation versée aux paysans ne peut remplacer totalement les superficies qu'ils exploitaient. C’est pourquoi à travers sa fondation, elle propose des projets de développement durable qui peuvent résister après la mine (Lire encadré). Pour ce qui concerne l’exploitation de l’or dans la commune de Pompoï, Oumar Traoré explique que les études ont montré que la zone est économiquement rentable. «Lorsqu’une mine est en exploitation, on continue la recherche pour pouvoir augmenter la durée de vie de la mine », indique-t-il. Mais le chargé des relations communautaires insiste, quoique le processus ait été long, la SEMAFO a fait une étude d’impact qui a pris en compte les communautés qui sont autour de la mine, comme lui impose la loi. «Le ministère de l’Environnement a commis une enquête publique pour recueillir les remarques et objections. Pendant cette période, nous avons fait des audiences publiques dans chacun des villages concernés en présence des maires et des préfets. C’est après satisfaction de toutes ces étapes que la Commission nationale des mines nous a délivré un permis parce que le promoteur (la SEMAFO, Ndlr) va tenir compte de tous les impacts en dédommageant les champs, les maisons et les arbres fruitiers qui s’y trouvent», fait-il observer.

Un constat général qui se dégage est que la réduction des terres cultivables a conduit un grand nombre de jeunes de la commune à se reconvertir dans l’orpaillage, hors des limites d’exploitation de la SEMAFO. C’est le cas de Issouf Dramé, désormais orpailleur. Il confie qu’ils sont environ 400 personnes à s’adonner à ce métier et, en plus du risque que cela comporte; il déclare qu’il peut mettre un mois sans en trouver un filon d’or. Pour le technicien supérieur d’agriculture, chef de zone de Pompoï, Pascal Nagalo, si la situation des paysans est inquiétante, elle n’est tout de même pas alarmante. Selon lui, étant donné que la commune enregistre une bonne pluviométrie en saison pluvieuse, c’est l’occasion d’entreprendre des formations et des sensibilisations tendant à une production intensive au profit de ceux qui ont des champs réduits. « Pour une petite superficie, il faut appliquer les techniques culturales préconisées en utilisant les meilleures semences pour avoir un grand rendement. C’est l’unique alternative pour assurer la sécurité alimentaire des familles », conseille-t-il.


Paténéma Oumar OUEDRAOGO
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Sidwaya N° 7229 du 8/8/2012

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