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Burkina Faso : Dieu, dernier refuge du discours politique
Publié le jeudi 25 septembre 2014  |  L`Observateur Paalga




Le succès actuel du religieux ne s’explique plus seulement par le fait que la religion devient un refuge quand la misère et le désenchantement règnent dans la cité. Il y a peut-être le fait que certaines confessions délivrent un discours politique en phase avec le citoyen ; discours que l’homme politique n’est plus capable de formuler. A l’Eglise, on va donc pour Dieu et aussi pour la Cité.

Ressortons les lieux communs. On assiste au retour du religieux et de la fièvre bigote au Pays des hommes intègres. Les lieux de culte prolifèrent comme la jacinthe d’eau dans les cours d’eau. Eglises, mosquées, temples surgissent tels des champignons et ne désemplissent plus. La tendance est d’expliquer cette hypertrophie de la foi des citoyens par l’atrophie des conditions matérielles et de la foi en l’avenir. La misère et le désenchantement sont le fumier sur lequel s’épanouit le religieux.

C’est une explication qui se tient peut-être pour certaines confessions et sectes, sans doute, mais n’est pas suffisante pour expliquer la sympathie dont l’Eglise catholique jouit du côté de l’opinion publique principalement de la jeunesse et de la classe moyenne. On peut bien risquer une autre explication plus banale: le simple besoin d’entendre un discours politique c'est-à-dire un discours sur l’organisation et le fonctionnement des relations au sein de la société. Ce discours que les hommes politiques n’arrivent plus à articuler.

Nous entendons par discours politique une parole sur le vivre-ensemble qui porte une vision, qui recèle de la beauté tant au niveau de l’éthique que de l’esthétique et qui parle avec respect à l’intelligence du citoyen. Dans cette acception, ce discours-là est introuvable dans le milieu politique actuel. Ni le parti au pouvoir et ses affidés, ni l’opposition ne propose de discours sur la cité. La parole politique du moment devient inaudible à force de superficialité, de démagogie et de platitude. C’est pourquoi les jeunes gens écoutent en boucle les discours de Thomas Sankara, parce que ceux-ci au moins dessinaient une cité du futur, promettaient un homme nouveau et palpitaient d’un immense souffle poétique. Bado Laurent, dans ses premières années en politique a, lui aussi, porté ce discours-là.

Le discours sur la cité ayant donc disparu de la politique, il faut bien que le citoyen le trouve quelque part. Dans les grands déserts qui furent jadis des mers, l’eau disparue se réfugie en des lieux improbables comme les chairs spongieuses d’un tronc de cactus ou dans l’anfractuosité d’un rocher. Et les bêtes et les hommes, par un tropisme naturel, se dirigent vers ces fontaines pour étancher leur soif. Ces lois de la géophysique qui gouvernent les grands espaces vides régissent aussi les populeuses cités. Ainsi dans le Burkina actuel, les hommes politiques étant incapables de prendre en charge le discours politique- celui-ci s’est replié à l’Eglise. Et beaucoup y vont pour l’entendre, ce discours…

Il suffit d’écouter une homélie dans une église catholique (nous ne l’avons pas entendue dans une autre confession) pour s’en convaincre. Assistant à une messe de requiem, nous avons écouté l’homélie du dimanche 24 août 2014, à l’Eglise Saint-François-d’Assises de Ouagadougou et ce jour-là, nous avons entendu un mémorable discours sur la cité, beau dans son architecture rhétorique, vrai dans son rapport au quotidien des Burkinabè et fort dans son appel au dialogue interreligieux et au vivre ensemble harmonieux dans une société de justice. Un discours qui aurait eu sa place dans la bouche d’un homme politique (à ne pas confondre avec un politicien !) tant il parlait de la vie dans la cité. Il y avait une peinture si juste des conditions difficiles du Burkinabè, de la mal gouvernance, de la corruption des élites et un appel à un sursaut citoyen. Et une exhortation aux catholiques à vivre en bonne intelligence avec toutes les autres confessions du pays. Ce fut une homélie sans effets de manches recherchés mais éloquente au sens de Pascal qui disait que la vraie éloquence se moque de l’éloquence ! Un texte bien pensé, bien senti et bien rendu. Et bien reçu par le public. Voilà un discours dont les Burkinabè ont besoin en ces heures troubles, entre chien et loup, où la possibilité de basculer dans le péril est grand. Et les hommes politiques, au lieu de proposer un discours de cohésion et d’espoir, versent facilement dans l’instrumentalisation des communautés, dans l’opposition des identités régionales en tenant au peuple des discours qui excitent la part la plus méprisable du citoyen au lien d’en appeler à son côté le meilleur. Là où le peuple espère des politiques qui ont de la vision, on a des hommes de division. De sorte qu’au lieu de la fusion nationale, on nous prépare la fission du pays avec une politique de factions.

Cela peut expliquer en partie l’affluence des jeunes et des hommes vers les églises les dimanches en plus certainement du besoin de nourriture spirituelle.

Heureux que l’Eglise catholique ait un discours sur la vie citoyenne surtout en ce moment où certaines grandes confessions du pays semblent aphones ou ont du mal à s’élever au-dessus des partis pris partisans. Toutefois, elle ne peut se substituer au politique dont c’est la vocation. «A César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu», avait dit Jésus. Elle, sa vocation première est de s’occuper du Royaume des cieux plus que de celui des hommes.

Il faut être reconnaissant à l’Eglise catholique de faire vivre un discours politique qui s’est flétri dans l’énonciation des hommes politiques. Et prier pour que ces politiques se le réapproprient et que la vraie parole politique ré-enchante de nouveau le monde de la politique. Prier, c’est bien mince comme solution, mais c’est tout ce qui reste lorsque le religieux est de retour…

Saïdou Alcény Barry
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