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Laurent Bado à propos de la révision de l’article 37 de la constitution: « Quand une loi est constamment modifiée, c’est la preuve que ce n’est pas l’intérêt général qui est recherché, mais l‘intérêt individuel »
Publié le mardi 16 septembre 2014  |  Le Quotidien
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© Autre presse par DR
Dr Laurent BADO, fondateur du parti d’opposition, le PAREN (Parti pour la renaissance nationale)




En retrait de la vie politique depuis quelques temps, admis également à la retraite et connu pour son éloquence toute particulière, l’homme avait choisi de se barricader derrière un mur de silence. A la faveur de l’actualité politique nationale qui connait un regain de tension sur fond de débats sur le projet de référendum et de la révision de l’article 37 de la Constitution, Laurent Bado, puisse que c’est de lui qu’il s’agit a bien voulu nous accorder une interview. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Laurent Bado donne sa lecture sur la situation politique nationale, notamment la question du référendum, de la révision de l’article 37 de la Constitution et de la mise en place du Sénat. En outre, l’homme nous a parlé des raisons de son engagement en politique. Par ailleurs, il a saisi l’occasion pour nous donner sa lecture sur les déclarations du président du Faso et du président américain Barack Obama à propos des hommes forts et des institutions fortes.
Le Quotidien : Que devient Laurent Bado ?

Laurent Bado : Je suis chez moi et je suis content d’être à la retraite. Une retraite active. Vous savez, j’aurais pu ne jamais connaitre une retraite. Parce que j’aurais pu m’installer comme consultant. J’aurais pu me transformer en avocat et vous savez bien que ce ne sont pas les dossiers qui allaient me manquer ! Mais moi, j’ai travaillé, ça me suffit. L’argent, je ne cours jamais derrière et j’en ai même horreur. Et quand j’en ai, je le distribue. Donc, je me suis dit qu’avec ma retraite, ce que j’avais voulu faire toute ma vie, c’est maintenant que je le fais : écrire. Mon premier roman est sorti. Et maintenant, j’ai terminé un ouvrage que je devais publier depuis janvier 2014, mais on m’a dit de faire cela vers le début de l’année 2015. Il est intitulé : « Mon expérience politique ». Il est terminé depuis un an. C’est depuis septembre 2013, que c’est terminé. On m’a conseillé d’attendre quand même, parce que les Burkinabè n’aiment pas lire, et quand ils lisent, ils oublient vite. Maintenant, je suis sur un autre ouvrage intitulé « Un chrétien catholique s’interroge ». Il y a des problèmes que les chrétiens rencontrent, mais ce qu’on leur dit à l’église et aux catéchismes, ne leur permet pas de se déterminer devant une situation. C’est pourquoi, beaucoup ont, à la fois, un pied dans la croyance moderne, la religion occidentale et un pied dans la tradition. Donc, c’est cela que j’exprime, puisque j’ai eu beaucoup de contacts, les gens viennent même me demander mon avis. Je leur dis que je ne suis ni un prêtre, ni un pasteur. Finalement, j’ai recensé tellement de questions que je me suis décidé à les poser à qui de droit. Au total, ma retraite se passe bien.

Quel est le message contenu dans « Mon expérience politique ?

Je ne vais pas vous livrer déjà mes secrets parce que ce ne sera pas dans l’intérêt de mon livre. En fait, je dis dans cet ouvrage pourquoi je me suis engagé en politique, quelles sont les épreuves que j’ai endurées et quel a été le bilan de mon action politique. Concernant les motifs de mon engagement, j’ai invoqué trois : ma haine de l’injustice, mon devoir de chrétien et mon devoir d’intellectuel.
Ma haine de l’injustice d’abord : j’ai été accusé, à 14 ans, d’avoir tué mon meilleur ami et camarade de classe Vital Baziomo et de l’avoir caché dans une malle (pause), j’ai été obligé (avec un vieux) de le déterrer pour que le médecin légiste fasse ses constatations. Depuis lors, je ne supporte pas l’injustice, même au prix de ma vie. Et comme il n’y a que le pouvoir d’Etat pour bannir l’injustice, il faut donc, tôt ou tard, conquérir le pouvoir d’Etat.
Mon devoir de chrétien ensuite. Selon la doctrine sociale de l’Eglise catholique, la politique est la forme supérieure de la charité. Si des chrétiens sont au pouvoir, ils doivent commettre l’Etat au service des pauvres. Etant un chrétien, je me suis engagé en politique, et (Dieu seul sait si j’en ai horreur!), pour défendre le vrai, le juste et le bien. C’est à cette qualité que j’ai proposé une loi criminalisant l’homosexualité. Mais attention, je ne suis pas contre l’homosexuel, je suis seulement contre la revendication de l’homosexualité comme liberté individuelle. L’animalité, le mariage de personne de même sexe, une loi relative au délit d’apparence. Si j’étais au pouvoir j’éradiquerai en quelques mois la corruption, au besoin par le fer, le feu et le sang. De plus, j’ai proposé une loi relative à l’assurance pour le crédit des salaires pour que le travailleur ne se retrouve pas du jour au lendemain dans la rue, ses droits légitimes ne pouvant pas être payés par la société en faillite. J’ai proposé une autre loi qui veut qu’on puisse dégager des fonds pour la prise en charge des étudiants des milieux défavorisés et ainsi de suite. Je n’ai été soutenu moralement par personne.
Mon devoir d’intellectuel enfin.
Le drame de l’Afrique riche mais aux populations misérables, c’est la trahison de son élite politico-bureaucratique. Elle a eu la chance d’aller à l’école, elle s’est formée, elle occupe les rouages politiques et économiques du pays, mais pour son seul bien-être. C’est une élite cupide. Ne songeant qu’à ses appétits monstres, elle se satisfait de la facilité en poursuivant l’œuvre coloniale de transposition mécanique des institutions étrangères en Afrique, amputant ainsi les Africains de leurs capacités créatives intrinsèques. Je me suis donc engagé en politique pour défendre et promouvoir notre identité culturelle sur laquelle il faut asseoir nos institutions idéologiques. Où se trouvent actuellement le libéralisme et le socialisme avec leurs variétés et sous-variétés politiques, économiques et sociales ? Aussi, le PAREN par ma voix propose une nouvelle doctrine politique, de nouvelles organisations administratives à savoir une démocratie conventionnelle, une organisation économique basée sur le capitalisme populaire par l’actionnariat populaire avec en outre une réforme de la justice, de la fonction publique et du système éducatif avec de nouvelles politiques en matière de ville, de la voirie urbaine, d’impôts, de prison, de lutte contre la corruption et autres. En clair, ce ne sont pas les ressources qui manquent en Afrique, mais les idées. Et si on veut un vrai changement, il faudra alors un changement d’idées et non d’individus. S’agissant des épreuves que j’ai endurées, je m’attendais en rentrant en politique à recevoir au visage les crachats et les « cacas ». Comme c’est pour une société de justice, de fraternité, de partage et de liberté responsable que j’allais me battre, alors j’ai rendu mon visage dur comme du granit de Kaya. On peut entasser toutes sortes d’immondices sur ma tête, on ne les élèvera jamais au dessus de mon mépris. C’est naturel au juste de souffrir sur cette terre livrée aux forces du mal. Avec la politique, j’ai su qui est réellement le Burkinabè. C’est un être méchant, jaloux, médisant. J’ai connu la trahison là où je l’attendais le moins. J’ai connu les calomnies les plus basses à cause des 30 millions et des 16 millions, du barrage et le jardin de Zoula de Blaise. Mes ennemis auront honte à la lecture de l’ouvrage. Quant au bilan de mon action politique, je pense que j’ai contribué, un peu, au progrès de mon pays avec les centaines de conférences, les interviews, les articles et les ouvrages. Certains projets du PAREN ont été adoptés par le pouvoir, 12 en tout. Sur les 33 propositions de lois que j’avais pour la législature qui, d’ailleurs sont toutes mentionnées dans l’ouvrage, 9 ont été présentées sans suite.

L’actualité politique nationale est marquée par le projet de référendum, la mise en place du Sénat et la modification de l’article 37 de la Constitution. Quelle en est votre lecture ?

Je me suis déjà exprimé là-dessus sur Salankoloto. Concernant la révision de l’article 37 de la Constitution à partir d’un référendum, ma position est non. Et cela pour les raisons suivantes : premièrement, nos jeunes démocraties en rodage ont besoin de l’alternance pour se consolider. Deuxièmement, une Constitution sans cesse révisée devient une Constitution-programme et non plus une Constitution-loi s’imposant à tous et ayant une force obligatoire.
Troisièmement, réviser certains articles clefs de la Constitution comme la durée du mandat présidentiel, c’est opérer une fraude à la Constitution, c’est-à-dire, créer une règle de droit nouvelle et partant, un pouvoir politique nouveau auquel le pouvoir constituant originaire n’avait pas pensé. Conférez-vous à Georges Burdeau dans le traité de sciences politiques, CGDJ, Paris, titre 4, traitant du statut du pouvoir dans l’Etat, pages 244-245. N’allons pas loin, la Constitution du 30 novembre 1960 adoptée à la suite du référendum du 27 novembre de la même année, avait institué un régime présidentiel qui se transformera en régime présidentialiste, autocratique et dictatorial. Parce que, contrairement à l’article 7 qui prévoyait le multipartisme, Maurice Yaméogo a institué un parti unique de fait, en contraignant les deux principaux partis d’opposition, à savoir le PRA et le MDV à intégrer son UDV-RDA et en dissolvant ou interdisant purement et simplement les petites formations notamment, le parti national Voltaïque et le parti républicain de la liberté. Si fait qu’il n’avait plus d’opposition. Donc si on révise le mandat présidentiel pour le rendre illimité, on remplace un régime démocratique par un régime monarchique innommé interdit par l’article 165 alinéa 1er de la Constitution qui stipule : « Aucun projet, ou proposition de révision n’est recevable lorsqu’il remet en cause la nature et la forme républicaine de l’Etat ». Quatrièmement, le recours au référendum populaire est une comédie dont, lorsqu’on en vient en rire, on devrait en pleurer. De grâce, un peu de dignité ! Quand on a perdu toute morale, il n’y a pas d’élections dignes de ce nom que d’électeurs qui savent discerner et qui sont libres. Nos électeurs ne comprennent rien aux enjeux électoraux. Leur ignorance, leur pauvreté sont exploitées. Et avec un appareil administratif d’Etat partial, un juge électoral prisonnier, des opérateurs économiques dévoués et reconnaissants, une chefferie coutumière à plat-ventre, le tout ajouté aux fraudes aux intimidations, le suffrage universel devient le plus sûr moyen de faire mentir le peuple. Comme le disait Omar Bongo : « un président ne peut pas organiser des élections et les perdre ». C’est pour mettre fin à cette démocratie de dupes que le PAREN propose une démocratie conventionnelle, fédérative et associative. Enfin, comment accepter un référendum qui va nous coûter des milliards de F CFA, selon ce qui se dit, quand le chômage misérabilise nos jeunes, quand la santé est un « casse-tête chinois pour un judoka », quand le système éducatif est « tuez-les tous et revenez seul », quand, quand et quand ?

D’aucuns disent cependant que juridiquement, rien n’empêche la révision de l’article 37 ?

Rien juridiquement n’empêche en effet la révision de l’article 37. Mais il ne faut pas réviser l’article 37 pour les raisons que je viens de vous exposer. Et j’ajoute ceci, l’article 37 a été modifié pour la première fois le 27 novembre 1997, par une loi qui a supprimé la limitation du septennat. Il a été modifié la deuxième fois, par une loi du 11 avril 2000 qui a instauré le quinquennat avec une limitation des mandats. Le président est élu pour 5 ans et rééligible une fois. Voilà qu’on veut encore et encore modifier le même article, c’est du tripatouillage. La loi est considérée comme un chiffon de papier. Croyez-moi, quand une loi est constamment modifiée, c’est la preuve que ce n’est pas l’intérêt général qui est recherché, mais l‘intérêt privé, individuel. Regardez, le code électoral. Nous sommes au 5e. Et ce 5e code a déjà été modifié sept fois depuis 2001. C’était dans l’intérêt de la majorité présidentielle de l’époque. Non ! Tout patriote doit désapprouver le pouvoir personnel, la monarchie, même constitutionnelle. Quand un individu s’accapare du pouvoir d’Etat ad vitam aeternam, on ne peut plus rien contre la corruption et l’impunité. Les crimes de sang et les crimes économiques ne peuvent pas cesser parce que les criminels pensent à la prescription. Il serait sage que Blaise renonce solennellement à un nième mandat. 5 ans plus tard, il pourra se représenter puisqu’il n’a même pas 70 ans encore et que la limite d’âge est fixée pour la présidence à 75 ans. Aujourd’hui, Sarkozy serait élu face à Hollande.

Et la question de la mise en place du Sénat ?

J’en ai dit un mot également sur la radio Salankoloto. Le Sénat a une histoire. Dans l’antiquité, c’était le centre d’animation, d’impulsion et de décision politique. C’est lui qui désignait le dictateur. Attention ! Pas au sens péjoratif d’aujourd’hui, mais c’est-à-dire le magistrat investi de pouvoirs illimités, en cas de crise grave survenue dans le pays. A Sparte, le Sénat s’appelait Gerousia ; à Athènes, il devient Houlé ; puis il arrive à Carthage puis à Rome où on parle de « Senatus ». Du latin Senes qui veut dire vieillard. Dans les temps modernes, les deux Chambres ont été adoptées par la Grande-Bretagne, c’est-à-dire, la Chambre haute et la Chambre basse ou Chambre des communes et Chambre des Lords. Cela pour prendre en compte les classes sociales. Puis aux Etats-Unis pour prendre en compte les populations et les Etats. Le Sénat est arrivé en France, pour la première fois, avec la Constitution de l’An III dans le but de diviser le pouvoir législatif. Au Burkina, une deuxième Chambre nous coûterait des milliards pour alourdir la procédure législative.

Sur un média de la place, vous avez commenté les déclarations d’Obama et de Blaise, à propos des hommes forts et des institutions fortes. Votre commentaire vous a valu des tirs à boulets rouges ; que pouvez-vous nous dire par rapport à tout cela ?

Quand je dis quelque chose qui m’apparait comme vrai ou juste bien, je me moque de ce que d’autres esprits supérieurs ou inférieurs peuvent dire, surtout à visage caché, camouflé. D’abord les faits : le 17 août dernier, j’ai été invité par la radio Salankoloto avec insistance, il faut le souligner, à l’émission « Le bon citoyen », car ses fidèles auditeurs l’harcelaient pour avoir mon point de vue sur les déclarations d’Obama et de Blaise à propos d’hommes forts et d’institutions fortes. Le 30 août, à la suspension de la séance de formation des cadres du PAREN, on m’a présenté un journaliste venu s’intéresser au contenu de la formation et qui a profité pour demander mon opinion sur les déclarations des deux présidents. Après lui avoir dit que je me suis déjà exprimé sur la question sur Salankoloto, j’ai accepté de résumer pour lui ce qui a été développé sur la radio. Et voilà la substantifique moelle de mon propos : Premièrement, j’ai dit que les deux présidents ont recouru à des formules « choc » pour frapper les opinions. Ce qui est recherché par tous les hommes d’Etat, comme marque de leur passage au pouvoir. Deuxièmement, ces formules « choc » empruntent des raccourcis discursifs tels que ce qui est déclaré, dépasse l’entendement de leurs auteurs. Et c’est pour être compris par les autres que j’ai dit que les deux président parlent de choses qui les dépassent et non pas qu’ils sont tombés à côté de la plaque comme dit le journaliste, voulant corser son mot, l’a affirmé. Ainsi, les deux présidents aboutissent à des sophismes, c’est-à-dire à des idées à la fois vraies et fausses. Troisièmement, et concernant la déclaration d’Obama, j’ai dit qu’il fait passer en priorité les institutions fortes.
C’est vrai parce qu’il plaide pour que les organes du pouvoir d’Etat, les organismes publics et autres organisations sociétales dans le cadre de nos jeunes démocraties en rodage, aient des statuts clairs, des compétences pleinement assurées et assumées, des règles de fonctionnement bien définies et le tout, sous la seule autorité de lois stables. Concrètement, l’Afrique a prioritairement besoin de Parlement qui ne soit pas une chambre d’enregistrement qui contrôle à fond l’action gouvernementale. Elle a besoin d’un pouvoir judiciaire réellement indépendant, donc des juges intouchables. Voilà le vrai. Le faux, et c’est internationalement reconnu, c’est que les institutions ne valent que ce que valent les hommes qui les animent. Quatrièmement, s’agissant de la déclaration de Blaise, il fait passer en priorité les institutions fortes. C’est vrai d’abord parce que Blaise à sans doute voulu dire aux Occidentaux de cesser de nous dicter nos choix et en cela, il a fait preuve de plus de courage que d’autres chefs d’Etat qui ont dit à RFI que c’est un moment dur à passer et ensuite, parce que Blaise a voulu aussi dire que si un homme faible est à la tête d’institution fortes, celles-ci s’étiolent. C’est contre-productif. Sur Salankoloto, j’ai dit qu’un véhicule en parfait état de marche entre les mains d’un chauffard, ivrogne et téméraire, c’est le décor. Maintenant, là où ce que Blaise a dit est faux et dangereux, c’est qu’en démocratie l’homme fort est un grand homme qui se met au service de son peuple avec humilité, et qui entreprend tout, dans le cadre de la loi. Là où c’est dangereux, c’est que Blaise plaide pour l’individualisation du pouvoir, c’est-à-dire, un pouvoir où un individu dicte à la société ses volontés. Et non pas sa personnalisation où l’individu, choisi par le peuple pour le diriger s’acquitte de ses missions et attributions pleinement dans le respect de la loi. J’ai cité l’exemple de De gaulle et de Adenauer après 39-45, de Mandela en Afrique. En résumé l’homme fort est celui-là, établi par le peuple, aimé par le peuple, soutenu par le peuple et qui, en contrepartie se dévoue dans le respect strict de la loi, pour répondre aux attentes du peuple. En quoi donc j’ai fauté ? Est-ce ma faute si les journalistes aiment casser les interviews pour attirer l’attention des lecteurs ou des auditeurs ? Pourquoi ne pas me demander d’expliciter ma pensée pour qu’ils connaissent les forces et les faiblesses des techniques de la communication persuasives ?

Le Quotidien : Pourquoi Laurent Bado ne prend-il pas part aux marches de l’opposition ?

Pour une raison toute simple que j’ai donnée à mes amis ayant participé à la toute première marche et qui, de retour, me disaient : « Il y avait du monde, pourquoi n’es-tu pas venu ? Des gens disaient que si Bado était là, et prenait la parole, on allait même pas marcher sur Kosyam ». Et j’ai répondu que c’est bizarre, car j’y avais pensé et c’est pourquoi je ne suis pas allé. Imaginez que je sois là et qu’on donne la parole aux chefs de partis. Quand ce sera le tour du PAREN, vous entendrez des gens crier : « On veut Bado, on veut Bado », dans ce cas c’est mon brillant, brave et volontariste chef du PAREN qu’on aurait diminué inconsciemment. Oui ou non ? De grâce, prenons le temps de réfléchir, de nous informer avant d’arrêter notre opinion.

A la dernière marche de l’opposition, le président du PAREN était absent. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette absence remarquée ?

Quelqu’un m’a rapporté cela, le vendredi 5 septembre dernier. Il m’a même dit qu’un journal en a fait un chou gras. J’attends le retour de Tahirou à Ouagadougou pour en savoir davantage.

Aujourd’hui, vous êtes devenu une personne ressource pour le PAREN, comment se porte votre parti ?

C’est une bonne question à adresser au président du PAREN. Je puis seulement vous dire ceci : nous n’avons pas créé un parti pour conquérir le pouvoir d’Etat dans l’immédiat. Nous avons voulu nous occuper de ce que les autres partis négligent, à savoir : Dégager la volonté générale qui est le premier rôle d’un parti politique. Donc, nous avons pour premier objectif de relever les besoins, les attentes populaires dans un programme de gouvernement et éduquer le peuple-électeur qui est le second rôle d’un parti politique. Les deux autres rôles, à savoir sélectionner et former les élus et conquérir le pouvoir étant accessoires, on s’était donné 10 à 12 ans pour cela. Délai au terme duquel les militants pouvaient se retirer de l’arène politique. Le parti ayant vu le jour en 1999, on avait jusqu’en 2009-2011. Pour entreprendre et on n’a travaillé sans moyens. On participait aux élections uniquement pour mesurer notre ancrage dans la société. 4 députés en 2002, 1 en 2007 et 0 en 2012. On a alors parlé de déclin du PAREN alors que l’explication est ailleurs. En 2002, on a eu 4 députés quoiqu’on avait que 3 ans d’existence et sans sou vaillant de l’intérieur, ni de l’extérieur pour occuper le territoire national. Les militants eux-mêmes refusent de cotiser, de payer les cartes d’adhésion et même les frais de candidature aux municipales, s’il vous plait. En 2007, on est allé aux élections dans de mauvaises circonstances, à savoir la démission de 3 de nos députés avec leur base moutonnière et on n’a pas eu le temps, ni l’argent pour combler le vide.
Et l’accusation de ma corruption, l’histoire des 30 millions, les 16 millions et le barrage et le jardin de Zoula que Blaise m’a acheté. En 2012, j’estimais avoir honoré mes engagements avec mon pays, et donc, je n’avais pas l’âme à poursuivre le combat politique. Je vous le dévoile. J’avais suggéré au jeune et brillant chef du parti, Tahirou Barry, de dissoudre le PAREN ou à défaut, de le suspendre jusqu’à nouvel ordre.

Pourquoi ?

Parce que le peuple n’entend rien aux idées, mais aux espèces sonnantes et trébuchantes. Pis, c’est un peuple qui adore les illusions, les promesses, les mensonges. « En politique, plus le mensonge est gros, plus le peuple se laisse facilement convaincre », a dit Néron. Parce que l’élite cupide et égoïste voit dans la politique, la courte échelle pour leur ascension sociale. D’où elle accourt et vole, non pas vers les partis d’idées, mais vers les partis des sommabilités immédiates. Je pense que le PAREN sera utile aux générations futures. Regardez la crise économique depuis 2008, le socialisme et le libéralisme sous toutes leurs variétés ont échoué. Il faut une troisième voie de développement et c’est le PAREN qui est porteur de cette voie.

Pour conclure…

« On n’est heureux qu’à l’abri des hommes », a dit Chateaubriand. J’ai compris 1

Interview réalisé par G. Maurice belemnaba et Martine Rouamba
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