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Le Pays N° 5247 du 28/11/2012

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Revendications du M23 : Kabila en sursis ?
Publié le jeudi 29 novembre 2012   |  Le Pays




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Le président congolais, Joseph Kabila, et une délégation du M23 conduite par son leader politique, Jean-Marie Runiga, ont échangé le dimanche dernier à Kampala. La rencontre a eu lieu sous l’égide du chef de l’Etat ougandais, Yoweri Museveni. Mais au-delà de l’engagement à négocier, parviendra-t-on à accorder les guitares en RD Congo ? La résolution de Kampala apparaît difficilement applicable. D’autant que les rebelles demandent un cessez-le-feu immédiat, un calendrier de travail précis en vue des négociations incluant de nombreux acteurs. Leurs exigences étant de plusieurs ordres, il sera très difficile pour Joseph Kabila de scier la branche sur laquelle il est assis. Au plan politique, les rebelles estiment que les élections de novembre 2011 ne se sont pas bien passées en RD Congo. Ils rappellent qu’à l’issue de ces présidentielles, l’Union européenne, le centre Carter et la Conférence épiscopale du Congo avaient reconnu qu’il y avait eu des fraudes et que les élections avaient été truquées. Ils exigent donc « la dissolution immédiate de la CENI et la poursuite des membres de son bureau pour violation de la loi électorale et de la Constitution ». En outre, ils demandent que soient « libérés immédiatement et sans conditions tous les prisonniers politiques et d’opinion, dont un archevêque ». Estimant que Etienne Tshisekedi est « un citoyen congolais emblématique, et sa liberté faisant partie de tout ce qu’un Congolais doit demander », le M23 exige « la levée immédiate et sans condition de la privation des libertés imposées » au Vieux leader de l’UDPS. Le M23 fait également siennes les revendications de la société civile. Il demande donc l’arrestation du général Numbi, suite à l’assassinat de Floribert Chebeya, le président de l’ONG « La Voix des Sans Voix ». En outre, il réclame une commission d’enquête indépendante sur la tentative d’assassinat du docteur Denis Mukwege, l’ouverture d’une enquête indépendante sur « le massacre des adeptes de Bundu-dia-Kongo ». Par ailleurs, Jean-Marie Runiga et ses compagnons demandent la mise sur pied d’une commission d’enquête indépendante pour « identifier les acteurs étatiques dans les réseaux de ventes d’armes ». On le voit : les dossiers sont très corsés. Peu probable que le pouvoir congolais, interpellé devant l’opinion internationale, accepte aussi facilement de céder. Mais les forces dont dispose Kabila sont-elles en mesure de combattre le mouvement qui élargit chaque jour sa base et ambitionne de bivouaquer à Kinshasa la belle ? Qui, dans le voisinage, voudra s’aligner derrière ce pouvoir longtemps demeuré sourd aux nombreuses sollicitations de l’intérieur comme de l’extérieur ? Par contre, le M23 est aujourd’hui en position de force. Il se révèle de plus en plus comme une organisation pilotée par de grands stratèges. Ces derniers ont su très tôt que s’ils n’élargissaient pas leurs bases, ils se feront mâter. D’où l’approche basée sur les revendications socio- politiques et non plus corporatistes. Celle-ci se montre de jour en jour payante car elle favorise l’adhésion populaire. Si le mouvement rencontre la sympathie des Congolais, c’est bien parce que ceux-ci sont las des caprices et des abus des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir, sans jamais apporter de changements à leur quotidien. Même si certains de leurs éléments sont traqués par la CPI, il est hors de doute que les rebelles s’arrêteront en si bon chemin.

Finalement, si le M23 interpelle le régime Kabila en lui mettant pratiquement le couteau à la gorge, c’est qu’il a les moyens des pressions qu’il exerce. On voit difficilement comment Kabila pourra s’en tirer, lui qui ne s’est jamais sérieusement occupé de son armée. Livrés à eux-mêmes et crevant presque de faim, les trouffions ont pris la sale habitude de toujours dépouiller les populations civiles. Viols et vols sont trop longtemps restés impunis pour ne pas rentrer dans les habitudes de gens qui savent quelle influence exerce l’uniforme sur leurs concitoyens. En toute logique, l’impunité est une prime que le régime Kabila a cédée à l’armée. En contrepartie, la Grande muette congolaise laisse la horde de politiciens véreux de Kinshasa poursuivre la sale besogne. C’est pourquoi des questions aussi épineuses que celles du respect des droits humains perdureront tant que Kabila et ses complices civils ou militaires seront en poste. Le M23 qui tient le bon morceau, a donc beau jeu de chercher à ratisser large, à faire siennes les revendications socio- politiques qui foisonnent à travers toute la RD Congo. Le M23 se présente ainsi en libérateur et protecteur du peuple.

Conformément aux engagements, l’armée rebelle se retirera à vingt kilomètres de la ville de Goma. Mais, souligne le président du M23, à condition que Kinshasa cesse de menacer la population de Goma et ses environs comme elle l’a déjà fait par le passé. Selon la résolution de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs), la ville de Goma sera administrée politiquement et administrativement par le M23. Militairement, les troupes rebelles vont se retirer. Mais à certains endroits de l’aéroport, demeureront quelques forces de la Monusco, des FARDC et du M23, comme prévu. La situation va donc s’aggravant pour Kabila fils. Le contentieux entre lui et le peuple congolais va désormais au-delà des frontières nationales. Or, les choses évoluent rapidement. Gagné par le dépit, à Kinshasa, on bande du muscle. Kabila veut récupérer Goma occupé. Le M23, lui, fait mine de répondre favorablement aux exigences des chefs d’Etat des Grands Lacs. Si les rebelles lâchent du lest, c’est bien parce qu’ils savent que l’héritier de Laurent Kabila est pris au piège des caciques du régime qui ont de l’ascendance sur lui. Peu probable donc qu’il cède aussi facilement ! Des lendemains durs et amers s’annoncent donc en RD Congo. Preuve que la mal gouvernance se termine toujours mal pour les adeptes de cette façon de gérer l’Afrique d’aujourd’hui. Rébellions et autres remous sociaux qu’elle engendre, finissent toujours par désarçonner le pouvoir qui a naïvement cru avoir trouvé les recettes pour s’éterniser et tenir le peuple en laisse.

« Le Pays »

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