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Poé Naaba Tanga, candidat de l’UPC : « Le sérieux de l’UPC convainc la population à adhérer à ses idéaux »
Publié le vendredi 23 novembre 2012   |  Autre presse


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© Autre presse par DR
Poé Naba Tanga Ministre de la Justice du Mogho-Naaba


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Ministre de la Justice du Mogho-Naaba, le Poé Naba Tanga est candidat aux élections législatives du 2 décembre 2012 pour le compte de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Gardien des traditions, il a aussi eu un brillant parcours scolaire. Son Bac A4 en poche, il passe quelques années en faculté de Droit et de Sciences politiques à l’Université. Toujours soucieux de diversifier son savoir, il suit une formation en Logistique-Gestion de stock. Cette formation lui permettra d’occuper, pendant 5 ans, le poste d’assistant en achat à Fasoplast. Actuellement chargé du Suivi-Evaluation dans un Programme de lutte contre le paludisme, le Poé Naaba est l’un des rares ministres du Mogho-Naaba à militer dans un parti d’opposition.

Cela fait maintenant 5 jours que la campagne électorale a été lancée. Comment se passe-t-elle ?

Poé Naaba : Nous sommes agréablement surpris par l’engouement que la population à voter pour l’UPC. Car nous nous attendions à une adhésion forte mais pas au point que nous le voyons actuellement. Nous nous réjouissons donc pour cela. Dans l’ensemble, la campagne se déroule bien et j’espère que ce sera ainsi jusqu’à la fin. Notre message est bien accueilli par les militants. Nous allons vers la fin de la campagne et il existe déjà des tensions perceptibles à certains endroits. Mais j’espère que nous, acteurs politiques de tous bords, parviendrons à civiliser le débat.

Le président national de l’UPC se plaignait de l’arrachage des affiches de son parti par des éléments du CDP. Qu’en est-il ?

Evidemment ! Même dans mon secteur, des jeunes sont souvent interpellés dans la rue par des gens du CDP. Nos militants sont victimes de provocation et d’injures de la part de ceux d’en face. Cette situation est, de mon point de vue, normale parce que des gens, sentant la victoire leur échapper, font des pieds et des mains, usant même de ces méthodes inadmissibles, pour garder le cap. Mais nous donnons la consigne aux jeunes de garder leur calme et ne pas céder à la provocation.

Même au niveau de la chefferie traditionnelle, certains sont victimes de pression. Nous nous gardons de citer des noms mais nous demandons à ceux qui les exercent sur les autres d’arrêter car il y a une vie après la politique. Nous serons amenés à vivre ensemble après les élections et il y a l’institution chefferie traditionnelle qu’il faudra préserver. Malgré la divergence de nos visions sur le développement, la politique doit être un facteur qui nous unit et non le contraire. Et pour aller au développement, il faut éviter au maximum les menaces.

Vous êtes candidat aux législatives. Que comptez-vous défendre à l’Assemblée nationale ?

L’UPC a un manifeste qui décrit les grandes lignes de sa politique future. Nous entendons inscrire nos actions en droite ligne avec ce manifeste parce qu’il y est inscrit des projets pour les filles et fils de ce pays : jeunes, les gens du 3e age et surtout les femmes. Nous allons toujours défendre ces propositions de lois tendant à mettre en place des programmes ou des projets pour le développement de ces segments. Nous ferons même des propositions allant dans ce sens.

L’UPC apparaît actuellement comme un parti qui compte dans l’arène politique au Burkina Faso. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui sa force ?

Son sérieux. Lorsque nous avons, avec l’ensemble des camarades, commencé la mise en place des structures de base, la population a remarqué le sérieux dans ce que nous leur proposions. En deux ans et demi nous avons réussi à installer des structures de base dans toutes les provinces du Burkina. En lisant le manifeste, vous vous rendrez compte de notre sérieux. Il y a également que la personnalité du président fait que les gens croient en la chose. En prenant le parcours du président, vous verrez le sérieux de par sa manière d’être.

L’un des grands maux du Burkina est le chômage des jeunes. Que prévoit concrètement l’UPC pour y remédier ?

Le manifeste dégage les grandes lignes de la politique future de l’UPC. Mais nous en discutons régulièrement avec le président et nous pensons qu’il faut encourager et mieux organiser l’auto emploi. Pour cela, au niveau de l’éducation, nous allons revoir les modules d’enseignement afin de permettre aux jeunes, à la fin de leur formation, ils de s’auto-employer. C’est l’une de nos visions. Mais il faut noter qu’elle n’est pas figée car il y a des insuffisances, constatées dans ce qui a déjà été fait par le système, qu’il faudra corriger. Et avec la jeunesse, nous allons analyser froidement les problèmes auxquels ils sont confrontés afin d’y trouver des solutions.

Vous prenez la pleine mesure des attentes de la population, pendant la campagne, pensez-vous que le développement du Burkina est pour bientôt ?

Nous pensons que le Burkina peut aller très rapidement au développement. N’eut été certains maux comme la corruption, la fuite des capitaux parce que plusieurs Burkinabè possèdent des comptes à l’extérieur, qui gangrènent notre économie, nous sommes convaincus que nous aurions connu un bien meilleur développement que celui que nous connaissons actuellement. Il est évident que de grands bâtiments poussent du sol tous les jours mais cela ne répond pas aux besoins essentiels de la population qui a manque souvent d’eau, de structures de santé et d’éducation. Pour les moyens, le Burkina Faso a des partenaires qui le soutiennent mais malheureusement, la population ne sait pas où va cet argent. En parvenant à récupérer cet argent volé, on pourra financer de grands projets. Le président est clair sur cette question. Si l’UPC parvient à conquérir le pouvoir d’Etat, elle va instaurer un tribunal spécial qui va travailler à recouvrir tout cet argent détourné.

Vous êtes chef traditionnel et même ministre de la Justice du Mogho-Naaba. Pourquoi avoir choisi de descendre vous-même dans l’arène politique ?

En 1997, lorsque j’étais encore à l’Ecole de Droits et de Sciences politiques, la machine du système nous avait enroulés tous dans la politique. J’étais militant CDP jusqu’à mon intronisation comme Poé Naaba en 2001. Avec d’autres camarades, nous avons été coptés de façon systématique. En son temps, nous faisions des propositions visant à favoriser une plus grande prise en compte des attentes de la population. On nous faisait toujours la promesse d’aller dans le sens du changement. Mais chaque fois, nous nous rendions compte que nous étions dupés.

Bien qu’on n’y était pas allé de notre gré, nous pensions pouvoir contribuer à la construction de l’édifice. Mais nous nous sommes rendus compte qu’on n’avait pas besoin de nous. Seul un noyau travaillait, qui se développait pendant que le Burkinabè lambda s’appauvrissait. En tant que leader, nous ne pouvions pas l’accepter. Parce que nous pensions que le pouvoir émanait du peuple aux côtés duquel il faut rester et non soutenir les plus forts ou les plus nantis. C’est en gros ce qui nous amenés à l’UPC.

Il est de coutume de voir les chefs traditionnels s’affilier au parti au pouvoir. Est-ce que votre choix ne vous pas causé des ennuis ?

Le début n’a pas été facile. J’ai résisté tant bien que mal. Je suis aujourd’hui totalement affranchi. Mais en toute chose, il faut quelqu’un qui accepte de porter la croix afin de permettre à d’autres de le faire plus facilement. Des chefs traditionnels et coutumiers aimeraient faire le pas comme moi mais ils sont hésitants parce qu’ils avaient appris que je faisais l’objet de menaces de mort. Fort heureusement il y en a qui font le pas, même s’ils ne sont pas nombreux, car je les vois souvent à nos meetings. J’ai bon espoir que la chefferie traditionnelle et coutumière va se départir de la démagogie et de la politique politicienne qui ne veut que défendre les intérêts des plus forts.

D’où proviennent ces pressions ?

Elles viennent d’abord de la famille et ensuite de la chefferie coutumière. En parlant de la chefferie coutumière, il va sans dire qu’on peut retrouver des hommes politiques qui les utilisent.

Un débat sur le rôle des chefs traditionnels dans la politique avait été instauré. Pensez-vous qu’il faille vraiment interdire aux chefs de faire la politique ?

Ce débat n’est toujours pas clos. Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on n’aborde pas la question soit avec les autres chefs, soit avec les concitoyens. Mais il faut faire un retour en arrière afin de voir le rôle qu’a joué la chefferie traditionnelle dans la vie de nos cités. Elle a toujours géré la réalité du pouvoir politique dans nos cités. Le Mogho Naaba avait dans son entourage des gens qui occupaient plusieurs postes de responsabilité. Allant du premier ministre à celui chargé de l’information, le Mogho-Naaba avait des chefs qui s’en occupaient dans son royaume avant que la colonisation ne vienne créer un ordre. Nous pensons que nous sommes donc bien placés pour faire un bien meilleur politique. Nous sommes des politiques nés. Nos grands-parents ont quitté la direction du pays en lui laissant toutes ses richesses. Mais aujourd’hui, nous assistons à un bradage de ces richesses et rien ne prouve que ce serait le cas si la chefferie traditionnelle était encore aux affaires.

Si on nous dénie aujourd’hui le droit de donner notre avis sur la marche de la cité, je ne sais pas finalement ce que nous sommes. Nous devons participer au développement de ce pays et pour ce faire, il faut que nous soyons entendus.

Mais faut-il vraiment que les chefs coutumiers deviennent maires ou députés pour donner leur avis sur la marche de la cité ?

Pas nécessairement. Mais il va falloir qu’on revoie le positionnement de l’institution afin de lui donner plus de force. Parce que nous ne constituons pas jusque là un fort groupe de pression pour nous faire entendre. Il est certes vrai que le Conseil supérieur de la chefferie existe déjà mais il n’est pas aussi fort pour exercer une pression sur les politiques afin qu’ils tiennent compte de certains besoins du peuple. Mais en occupant des postes de maires ou de députés, cela nous permet de faire connaitre la position des chefs coutumiers sur certains sujets.

Vous êtes de l’opposition, le Larlé Naba est du CDP. Comment sont vos relations aujourd’hui ?

Nos relations se sont beaucoup améliorées parce que nous avons maintenant un centre d’intérêt commun qu’est la politique. Mais avant que je ne m’engage à l’UPC, avec le Larlé Naaba, qui est un oncle, nous avions des relations de travail. Mais la politique nous a beaucoup plus rapprochés l’un de l’autre. Et quand nous nous voyons, nous trouvons toujours les mots pour plaisanter sur certains sujets : thèmes de campagne, tenue vestimentaire, etc.

Parlez-vous souvent de la manière dont les choses sont gérées au Burkina Faso ? Si oui, qu’en pense-t-il ?

Nous n’avons pas encore eu du temps pour en parler. Mais de façon passagère et occasionnelle, nous faisons le diagnostic de certains problèmes. Et il est évident que les problèmes sont visibles par tous. Mais c’est la manière de les résoudre qui diverge. Nous n’avons pas de tabou à en parler et souvent le Larlé reconnait effectivement qu’il y a problème. Mais c’est la manière de le résoudre qui est différente.

Que vous a dit le Mogho Naaba sur votre choix ?

Je ne lui ai pas dit au départ que je voulais faire de la politique encore moins que je voulais militer à l’UPC. Même si sa majesté ne sort pas, elle apprend toujours ce que nous faisons sur le terrain. Et lorsque je lui ai donné l’information, sa majesté, comme toujours qui à rester en dehors de la politique, m’a donné ses bénédictions et m’a rappelé que la politique que nous allons mener devra être constructive et non celle qui divise. Elle m’a dit que nous devons toujours penser à l’intérêt de l’institution de la chefferie traditionnelle.

Certains observateurs estiment que la chefferie traditionnelle tente d’avoir une main-mise sur la gestion du pays en choisissant d’envoyer des chefs dans l’opposition et d’autres dans le parti au pouvoir. Est-ce une réalité ?

Je n’y avais pas pensé. Mais on va peut-être réfléchir. Car il faut que nous pensons aux hommes et aux femmes qui comptent toujours sur nous. Parce que la chefferie a toujours eu une bonne image auprès de la population et nous devons toujours travailler à être à l’écoute de cette population. Il y a aussi l’intérêt de l’institution qui nous réunit. Si en participant aux débats politiques, nous pouvons sauvegarder ces intérêts, il faudra donc y penser sérieusement.

Vous êtes aussi le grand devin du Mogho Naaba ; que prédisent vos cauris pour l’UPC à ces élections ?

Rires. Nous avons toujours dit qu’on n’a pas besoin aujourd’hui d’être devin pour voir l’adhésion massive des populations aux idéaux de l’UPC. Nous laissons donc notre destin entre les mains du peuple burkinabè et à Dieu. Nous prendrons ce que Dieu nous donnera. Et nous n’avons pas non plus besoin d’être devin pour savoir que nous ferons un score très satisfaisant.

Jacques Théodore Balima

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