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Le Quotidien N° 1084 du 10/6/2014

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Affaire Salifou Nébié: La justice burkinabè rattrapée par ses propres tares
Publié le mercredi 11 juin 2014   |  Le Quotidien


Salifou
© Autre presse par DR
Salifou Nébié, magistrat, membre du Conseil constitutionnel


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Un cadavre en rappelle un autre, tout comme un assassinat en rappelle un autre. Voilà ce à quoi on pourrait en déduire à la lumière de ce qui a été constaté le 9 juin 2014 lors de l’inhumation du juge constitutionnel, Salifou Nébié, retrouvé mort dans des circonstances non encore élucidées, sur la route de Saponé, à une trentaine de kilomètres au Sud de Ouagadougou. Le cortège et les manifestations ayant accompagné le magistrat à sa dernière demeure nous impose des réminiscences historiques. De tous les crimes impunis que les manifestants ont dénoncés ce jour, l’ombre de Norbert Zongo aurait été, sans doute, le plus qui a plané. Ironie du sort, on trouve une certaine similitude entre l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et la mort suspecte du juge Salifou Nébié qu’on dit, post mortem, opposé à la modification de l’article 37 de la Constitution. En effet, tout comme Norbert Zongo, Salifou Nébié a trouvé la mort sur la tragique route de Léo. Tous deux ont été accompagnés à leur dernière demeure par des manifestants exigeant justice. Norbert Zongo repose au cimetière de Gounghin, tout comme Salifou Nébié. Des coïncidences qu’on pourrait minimiser, mais, tout de même, qui sont lourds de sens. Ce qui est par contre évident, c’est le caractère criminel dans lequel ces deux individus ont trouvé la mort. Des assassinats à forte odeur politique qui mettent au premier plan la justice burkinabè, fortement attendue sur cette dernière affaire après avoir montré toute son incapacité à appréhender les auteurs et les commanditaires de l’assassinat de Norbert Zongo et partant, de tous les crimes économiques et de sang qu’on a enregistrés sous nos cieux.
Ceci dit, il sied de noter quand même cette particularité de l’affaire Nébié, en ce que la victime, elle-même, est issue du monde judiciaire. D’où d’ailleurs cette mobilisation des magistrats pour que lumière soit faite sur les circonstances du décès de celui-ci. Quoi de plus normal quand on sait qu’avant tout, il s’agit d’un acte crapuleux, indigne d’un Etat policé ? Certains ne manqueront pas de déduire que la justice est rattrapée par ses propres tares. Elle qui a laissé s’installer un fossé abyssal entre elle et les usagers, au point d’occasionner une crise de confiance. Laquelle crise de confiance, à son tour, a fini par installer une chienlit dans la société, chienlit que certains appellent incivisme.
Ainsi, contrairement à la pensée populaire qui dit que le temps est le deuxième nom de Dieu, la vie politique au Burkina nous édifie sur le fait qu'il n'en est rien et qu'au contraire, le temps n'est l'allié de personne. Le seul allié, ce sont les masses. Celles-là mêmes qui subissent les travers de la gouvernance. Le Burkina semble être le seul pays où parler d'injustice, tant au niveau social, professionnel qu'au devant des institutions relève de la perte de temps. Certaines personnes pensent même que c'est de la fiction pour remplir les pages de discours politiques et autres articles de presse. Rien qu’à consulter la liste actualisée des seuls crimes politiques et économiques rendue publique par des organisations de défense des droits de l’homme et de lutte contre la corruption, il y a de quoi donner froid au dos. Dans notre processus de démocratisation, il semble que les tendances morales évoluent en fonction des situations et des contextes. Les burkinabè sont souvent versatiles, au grè des intérêts individuels foulant ainsi au pied l’intérêt collectif. Si la justice avait puni sévèrement les auteurs des crimes économiques et politiques pendants, on ne serait pas encore dans les rues en train de scander des slogans pour assouvir notre soif de justice. C’est dire que les manifestations ne sont que la preuve irréfutable que les citoyens n’ont pas confiance en leur justice. En donnant donc du ton, les magistrats, ceux-là qui ont la charge des dossiers, rejoignent les manifestants. Comme quoi, même ceux qui y travaillent doutent de l’aboutissement d’un dossier, pourrait s’écrier tout citoyen. Car, si nous avions un système judiciaire sérieux, on aurait qu’à lui faire confiance et le laisser faire son travail. Mais, pour une justice qui se déclare incompétente pour une simple exhumation d’un corps, pour la reconnaissance officielle d’une tombe d’un individu, il y a lieu vraiment d’avoir des inquiétudes.
Mais bon, comme le contexte politique est favorable à des retournements souvent spectaculaires de vestes, on peut s’amuser à dire que des magistrats ayant eu le flair des grands bouleversements futurs, aient anticipé sur ce cas pour s’affirmer afin de doter le pays d’une justice véritablement indépendante. Ce qui est du vœu de tout Burkinabè.
En définitive, le plus important c’est d’abord de saluer le courage des magistrats et de les inviter à avoir le même dynamisme pour les autres dossiers pendants. C’est en cela qu’ils pourront rassurer. Sinon, on dit souvent qu'à la veille des guerres politiques, tout le monde est courageux, mais au front, seuls les audacieux le seront. L’audace pour eux serait d'engager dès maintenant des procédures claires en rapports avec des dossiers.

La Rédaction

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