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Le Pays N° 5619 du 5/6/2014

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Omar Sawadogo, conseiller municipal de « Le Faso Autrement » : « Si j’étais à la place de Blaise Compaoré, je mènerais seul le combat »
Publié le jeudi 5 juin 2014   |  Le Pays


Omar
© Autre presse par DR
Omar Sawadogo, conseiller municipal de « le faso autrement »


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Le 17 mai 2014, des militants du parti « Le Faso Autrement » de l’arrondissement 9 de Ouagadougou ont annoncé, à Yagma, leur démission pour rejoindre le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Au cours de la cérémonie marquant leur nouvelle adhésion au parti au pouvoir, qui s’est déroulée en présence de responsables de son bureau politique national, le chef de file des démissionnaires, Lallé Sankara, a affirmé qu’ils sont au total 377 à quitter le navire du parti « Le Faso Autrement ». Faux, rétorque l’unique conseiller de ce parti dans l’arrondissement 4, Omar Sawadogo, qui se dit convaincu que cette démission, annoncée à « grand tapage médiatique », constitue purement et simplement une histoire montée par le CDP pour déstabiliser l’opposition. Dans l’interview qu’il nous a accordée le vendredi 23 mai dernier au siège du Chef de file de l’opposition politique (CFOP), où nous l’avons rencontré alors qu’il était venu pour les préparatifs de la campagne contre le référendum, il a donné son appréciation sur cette initiative de l’opposition qui a été lancée le 31 mai au Stade du 4-Août. De même, le conseilleur Omar, comme on l’appelle communément, a abordé d’autres sujets dont l’avènement du Front républicain et du MPP, la répartition d’une histoire de 500 permis de conduire, offerts, dit-on, par l’opérateur économique Inoussa Kanazoé, qui ferait actuellement grand bruit dans son arrondissement ainsi que ses relations avec le maire, Issa Anatole Bonkougou, et son prédécesseur, Zakaria Sawadogo.

Le Pays : Comment avez-vous accueilli la démission de 377 militants de votre parti ?

Omar Sawadogo : De nos jours, il faut prendre chaque parole et voir sa sincérité. Je connais le nommé Lallé Sankara (NDLR : le chef de file des 377 dissidents), il est effectivement un militant du parti « Le Faso Autrement ». Mais les 376 autres, je ne les reconnais pas. Pour moi, c’est un montage du CDP pour casser le rythme de l’opposition. Si l’on se réfère, par exemple, aux résultats des élections passées dans le secteur 37, « Le Faso Autrement » n’a pas eu 377 voix. Ce n’est pas un secteur qui a beaucoup donné à notre parti. Donc, ce sont des manières orchestrées pour déstabiliser l’opposition et je crois que c’est à l’opposition de prouver le contraire. Aujourd’hui, il y a des gens qui courent dans tous les sens pour arracher des militants à toute l’opposition. De ce fait, tout montage est possible et tout montage va venir.
Ne reconnaissez-vous donc pas les 377 comme militants de votre parti ?
Je suis convaincu que la démission annoncée des 377 militants avec un grand tapage médiatique est une histoire montée pour faire du bruit. Dans aucun parti de l’opposition actuelle, on ne peut mobiliser 300 personnes pour les amener au CDP. Même moi qui suis conseiller municipal, si je veux amener 300 militants de l’opposition au CDP, je ne pourrai pas le faire. Par contre, si je veux amener 1 000 personnes d’un parti de l’opposition vers un autre parti de l’opposition, je peux les convaincre. Mais de l’opposition au CDP, je ne peux pas mobiliser 300 personnes. Cela veut dire que ces gens-là, ils se sont fait un cadeau quelque part et il fallait trouver une justification à cela et c’est la façon de justifier qui explique cela.
Vous disiez tantôt qu’il y a une répartition de 500 permis de conduire qui est sujet à polémique dans votre arrondissement. De quoi s’agit-il ?

Vous savez, il y a deux cimenteries au niveau du village de Polesgo. Pour obtenir l’accord des populations afin de pouvoir implanter sa cimenterie dans ladite localité, promesse a été faite par l’opérateur économique Inoussa Kanazoé de leur donner 40 millions de F FCA afin que la mairie puisse s’en occuper pour financer des permis de conduire au profit de la jeunesse de l’arrondissement 4, et 10 millions de F CFA pour les associations de femmes. Il y a eu un accord avec le maire de l’arrondissement et les 40 millions pouvaient être utilisés pour avoir 500 permis de conduire. Le maire Issa Anatole Bonkoungou nous a dit lors d’une réunion, qu’il s’est entendu avec les responsables des auto-écoles sur le montant des frais des permis à raison de 80 000 l’unité. C’est lors d’une réunion qu’il est venu nous présenter comment il a réparti les 500 permis de conduire. D’abord, il a dit que sur les 450 permis, il allait donner une partie aux chefs traditionnels, aux conseillers municipaux, à l’administration de la mairie et à une association. Moi, je m’étais opposé pour dire que si l’opérateur économique a donné son argent de bon cœur pour que l’on fasse des permis de conduire pour la population, on doit forcément le faire pour la population dans une transparence totale. Et la transparence d’un Conseil municipal, c’est le tirage au sort. Si vous avez 500 permis et vous faites un tirage au sort, celui qui aura eu, l’aura eu par sa chance ; celui qui ne l’aura pas eu saura que vous ne l’avez pas trahi non plus. Et c’est la seule chose qui peut justifier notre acte. Le maire a dit qu’il ferait le tirage et que 150 permis seraient utilisés à cet effet. Mais les 300 autres seraient répartis comme il avait indiqué. Mais répartir main à main, c’est donner à des amis, c’est remercier ses militants alors que l’opérateur économique n’a pas donné les permis pour ça. Comment, sur 500 permis de conduire que l’on doit donner aux populations, ce n’est que 150 permis qui seront concernés par le tirage au sort ? Le jour de l’inscription, il n’y avait plus que 45 permis pour le secteur 17, 30 permis pour le secteur 20, 45 autres pour le secteur 19, ce qui fait un total de 150 permis. Les 350 autres permis, seul le maire sait combien ont été donnés et à qui. En tant que conseiller municipal, je n’ai jamais été associé à une délibération qui dit qu’il faut octroyer le marché à telle auto-école, ni associé dans la répartition. Mais un Conseil municipal ne doit pas travailler comme cela. Il est censé garantir l’intérêt de la population.
Que reprochez-vous concrètement au maire dans cette répartition ?
C’est le maire Anatole qui a décidé de comment sera fait la répartition des permis de conduire. Inoussa Kanazoé a donné à l’arrondissement mais comme l’arrondissement a un responsable qui est le maire, celui-ci a réparti les permis comme il veut. Et même devant lui, je lui dirai cela puisque je n’ai pas été associé. Et beaucoup d’autres n’ont pas été associés. C’est lui seul qui sait comment il a fait sa répartition. Il nous a convoqués à une réunion pour nous informer qu’il a fait sa répartition. Si on a dit que l’on veut 20 conseillers dans l’arrondissement 4, c’est pour que ce ne soit pas une seule personne qui décide ; c’est pour que ce soit les 20 conseillers ou la majorité qui décident. On ne peut pas prendre des décisions de cette manière-là. Personne ne donnera raison au maire si sur 500 permis, on n’a attribué que 150 par tirage au sort. Cela ne vaut même pas la moitié.
Vous avez lutté avec le maire actuel pour rebondir à l’arrondissement 4, selon votre propre terme utilisé à l’époque, avec les reprises du scrutin municipal. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec Issa Anatole Bonkoungou ?
Mes relations avec le maire Anatole sont bonnes. Nous n’avons pas de problème. J’ai toujours lutté pour la justice depuis le temps du maire passé. J’ai lutté pour le changement, j’ai pu l’obtenir. C’est vrai que je ne suis pas dans le bureau du conseil, mais je suis conseiller comme les autres. Quant à l’injustice que j’ai combattue dans le passé, je la combattrai toujours. Tant qu’il y aura de l’injustice, je la combattrai. S’il y a la justice, l’on y va ensemble. C’est comme cela ; ce n’est pas parce que c’est Anatole que je le combats. Même si c’était mon père qui était maire, et qu’il y a une injustice, je vais la dénoncer et je vais la combattre. Sinon, Anatole Bonkougou et moi n’avons pas de problème.
Et qu’en est-il de vos rapports avec les autres conseillers municipaux, notamment ceux du CDP ?
Tout le monde a dit qu’il faut aller à l’apaisement. Moi particulièrement, je n’ai pas de problème personnel avec un conseiller du CDP. J’ai mené une lutte qui concernait tout l’arrondissement ; j’ai réclamé justice pour l’arrondissement et on a pu obtenir un changement. Je me dis que cette lutte est arrivée à terme. C’est vrai que la lutte peut continuer sous une autre forme, mais personnellement, aucun conseiller du CDP et moi n’avons de problème quelconque. Même avec l’ancien maire Zakaria Sawadogo, je n’ai pas de problème. La preuve, on cause et on se salue. Au fond de moi, je n’ai pas de problème personnel avec qui que ce soit ; j’ai un problème qui concerne tout l’arrondissement, et c’est comme cela que nous allons évoluer.
L’opposition politique a initié une campagne contre le référendum dont le lancement est prévu pour se tenir le 31 mai au stade du 4-Août. Quelle peut être la portée de cette initiative ?
Le lancement de cette campagne contre le référendum est venu à point nommé. Nous sommes dans un pays où la Constitution est bafouée. On parle de la modification de l’article 37 et du Sénat. Même celui qui parle de la modification de l’article 37 sait, au fond de lui, qu’il est en train de chercher des problèmes. Cela dit, l’opposition ne pourra jamais aboutir à sa lutte, étant divisée. Et voilà aujourd’hui que cette opposition est soudée. Dieu merci, Norbert Zongo disait que l’opposition du CDP viendrait de ce parti. On a obtenu aujourd’hui que cette prophétie se réalise. Il y a le MPP qui est arrivé du CDP avec force parce que financièrement ses responsables ont les moyens et ils connaissent la maison CDP, donc savent où se trouvent les trous. Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) est venu s’ajouter à l’opposition qui existait déjà et cela fait que la lutte a grandi. Pour moi, je peux dire que c’est une bénédiction de Dieu pour l’opposition. Aujourd’hui, avec tout le recul que le CDP a eu, c’est à cause des marches de l’opposition. La sortie au Stade du 4-Août pour le lancement de la campagne contre le référendum est une façon de prouver au parti au pouvoir qu’il n’est pas le seul mobilisateur. Le CDP a mobilisé à Bobo-Dioulasso. Comment cela s’est-il passé ? Ils ont fait venir Sékouba Bambino pour chanter. Aucun Bobolais ne va apprendre que cet artiste vient et ne pas aller écouter ses chansons, même s’il est à 100 km. D’autres sont allés prendre des billets de 5 000 ou 2 000 F CFA. A l’opposition, on ne donne pas 5 F à quelqu’un. Ce sont les militants qui cotisent pour remplir le stade et vous allez voir la mobilisation qu’il y aura le 31 mai.
Si après cette manifestation, le CDP ne recule pas, que ferez-vous ?
Vous savez que le changement est obligatoire. Blaise Compaoré ne peut plus rester au pouvoir. Quel que soit Alpha, il va partir. La sortie du 31 mai n’est qu’un début d’information pour que les gens sachent quelle est la ligne à suivre pour les futures démarches. De ce fait, je trouve que c’est une très bonne initiative. Du reste, si nous faisons des réunions contre le référendum, nous trouvons que ce ne sont pas les militants de l’opposition seulement qui se réunissent, même les militants du CDP viennent s’associer pour dire qu’ils sont contre le référendum. Dans le passé, ce n’était pas ainsi, et cela veut dire que la lutte est devenue réellement une affaire de tous les Burkinabè.
Les partis regroupés au sein du Front républicain ne cessent de demander au président Compaoré de faire appel au référendum pour modifier l’article 37. Comment réagissez-vous à leur démarche ?

A leur place, j’aurais baptisé le Front républicain (FR) d’un autre nom. Il y a des présidents de partis qui sont allés au FR parce qu’ils sont maintenant inutiles. Si vous prenez la liste des partis membres du FR, combien de conseillers ou de députés ont-ils ? Cela prouve que ce sont des partis impopulaires. Certains responsables de ces partis ont trahi le peuple qui leur a retiré toute sa confiance. Conséquence : ils n’ont ni conseiller, ni député ; ils se retrouvent au FR. Si j’étais à la place de Blaise Compaoré, je mènerais seul ma lutte que de m’associer à des gens qui ont trahi le peuple. Les sorties du FR ne font que ternir davantage l’image du président de la République.
Donc, pour vous, le président pouvait s’en sortir s’il n’était pas flatté par ces gens-là ?
Si vous prenez par exemple les partis qui sont au CFOP, ce sont des formations politiques qui ont au moins un député et/ou des conseillers. Au FR, tu vas prendre un parti qui n’est même pas connu, qui n’a aucun militant derrière lui et qui part s’aligner pour bénéficier de l’argent du président. Donc, ces responsables de partis sont en train de faire un travail pour lequel ils sont payés ; c’est tout. Sinon, ils n’ont rien à perdre ; que ça marche ou pas, ça ne les regarde pas ; ce n’est pas leur problème. Ce sont des gens qui sont prêts à se retrouver tout de suite en Côte d’Ivoire, au Ghana et abandonner le président avec ses problèmes. A la place de Blaise Compaoré, j’aurais choisi la voie qui m’arrange que de compter sur ces gens-là. S’ils étaient utiles, ils n’allaient pas être au FR. Pourquoi l’ADF-RDA n’est pas au FR alors que ce parti était allié au CDP ? C’est parce que ce parti a des députés et des conseillers et est sûr qu’il a des militants. Je ne vais quand même pas aller monnayer mes militants à vil prix ! C’est ce qui se passe actuellement. Donc, je ne compte pas sur le FR.

Interview réalisée par Saïdou ZOROME

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