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Notre Temps N° 94 du 3/6/2014

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Jean Léonard Compaoré, député CDP : “…. Référendum ou pas, il faut garder le pays debout !”
Publié le mardi 3 juin 2014   |  Notre Temps


Jean
© Autre presse par DR
Jean Léonard Compaoré, député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti au pouvoir)


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De la fonction d’hydrogéologue à celle de député à l’Assemblée ! C’est le parcours de Jean Léonard Compaoré, qui a commencé sous la Révolution et se poursuit sous le pouvoir de la IVe République. Et il a bien voulu partager sa longue expérience professionnelle et politique avec nous et avec nos lecteurs, de jour en jour plus nombreux. Avec lui, il a été question de la « crise » au sein du CDP et de ses répercussions à l’Assemblée, du référendum et de ce qu’il pourrait engendrer…


Notre Temps : Vous êtes hydrogéologue. Dites-nous ce que c’est et quelle importance pour un pays comme le Burkina ?

Jean Léonard Compaoré : L’hydrogéologie, c’est la géologie appliquée à la recherche des eaux souterraines. Parce que l’eau est liée à la roche. De tout temps, les hommes ont cherché de l’eau qui est le premier minérai. L’hydrogéologie étudie donc les roches qui peuvent contenir de l’eau liée à leur structure, leur histoire, leur contexte pour pouvoir détecter ou localiser où se trouvent les eaux souterraines. Et c’est à ces points qu’on réalise les puits et les forages. Le Burkina Faso est un pays géologiquement ancien. Le pays est un socle vieux de plus de 4 milliards d’années. C’est une zone où il est difficile de trouver de l’eau potable dans les puits et les forages. Et c’est pour cette raison qu’au Plateau central, les taux d’échec des forages sont de l’ordre de 45%. Dans certaines zones même ces taux atteignent 60%. Il faut donc une recherche bien ciblée pour arriver à des résultats concluants. Dans le reste du pays ce sont les roches sédimentaires, la région des Hauts-Bassins, par exemple. Là, les nappes sont beaucoup plus productives, parce que ce sont des roches récentes. La mer s’est retirée là-bas, il n’y a pas longtemps. Mais, quand on dit il n’y a pas longtemps, il faut entendre entre un et deux milliards d’années. L’unité de mesure du géologue c’est un milliard d’années.
J’ai eu à réaliser un programme de trente (30) forages pour l’UNICEF entre 1980 et 1981 dans la région de Kombissiri. Nous venions de recevoir une nouvelle machine et il fallait le tester. C’est ce qu’on appelle une machine à battage à main, qui est semi-mécanisée. Il y avait aussi l’introduction de la pompe indienne par l’UNICEF. Ensuite j’ai géré un programme de 330 forages et près d’une soixantaine de puits à grand diamètre dans les régions du Nord et de la Comoé. J’étais le chef de projet. La base était à Ouahigouya et je couvrais jusqu’à la Comoé. La Révolution m’a trouvé à Ouahigouya et on m’a nommé Haut-commissaire dans le Sanmatenga.

Vous avez été directeur général du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB). Mais quelles sont ses missions ? Dites-nous ce que vous avez pu faire et quelles sont les problèmes du secteur minier en ce moment ?

En 1994 quand nous sommes arrivés au BUMIGEB, nous avons accompagné cette poussée de l’or qui sortait des zones où le BUMIGEB avait déjà effectué des identifications. Mais il n’y avait pas des études de développement des mines pour l’instant. Donc nous avions pour mission, entre autres, de faire la promotion minière du Burkina Faso. Il y avait un projet PNUD et nous nous sommes appuyés là-dessus pour actualiser un certain nombre de zones, un certain nombre de données géologiques et définir des cibles intéressantes. Alors, il y a des sites qui n’intéressent pas les investisseurs. Quand les mines n’atteignent pas 15 tonnes d’or, on considère que c’est petit. Ce qu’il faut faire, c’est de promouvoir le privé national. De par le passé, nous avons encouragé le privé à prendre des permis. Les problèmes du secteur minier aujourd’hui se résument à l’investissement. Il faut actualiser et rendre plus fine la carte géologique. Cela veut dire que les recherches ont besoin d’être approfondies. Il s’agit de mettre en évidence les potentialités minérales du sous-sol burkinabè. D’un autre côté, il faut attirer les investisseurs, notamment ceux qui font la recherche stratégique, mais des recherches en vue de l’exploitation.

Mais est-ce qu’il y a des chances qu’un jour l’on trouve du pétrole au Burkina Faso ?

Au BUMIGEB, on a tenté. Chaque année, l’Etat donne un objectif au BUMIGEB en inscrivant les domaines de prospection. Du point de vue global, notre territoire est un vieux craton, C’est plus de trois ou quatre milliards d’années. Même les collines que vous voyez dans le Ganzourgou, ce sont les mêmes à Kaya et qui se poursuivent à Kongoussi. Elles suivent un sillon. Ceux que l’on trouve à Houndé, ce sont les mêmes que l’on retrouve à Poura et qui redescendent vers le Mali. Il y a eu des fractures là-bas avec du volcanisme. Ce sont dans ces zones que l’on retrouve des minéraux. Mais le vieux socle de granite est pratiquement stérile. C’est dire donc que pour le pétrole, il faut prospecter voir, mais en tant que géologue quand on regarde la zone potentielle, c’est ce que nous appelons la zone qui dépend du bassin de Taodéni. C’est une grande zone de sédiment récent de 800 millions à 2 milliards d’années. Parce que l’eau couvrait jusqu’à la région de Bobo-Dioulasso, et même jusqu’à aux environs de Kaya, les zones où il y a du calcaire, du grès qui sont des roches sédimentaires liées au retrait de l’eau et les roches se sont formées. Il en est de même dans les Hauts-bassins ainsi que dans les collines de Sindou… Donc c’est ce bassin de Taodéni qui va du Burkina jusqu’au Mali et en Algérie. Lorsqu’on regarde sa configuration avec les pays qui sont concernés, le Burkina Faso est en bordure. L’Algérie qui est au milieu, on y trouve du pétrole, le Mali aussi a des chances, mais le Burkina Faso qui est en bordure peut avoir des indices, mais des gisements, ce n’est pas évident. Lié à cela, on recherche aussi le diamant, la kimberlite, l’uranium…

Mais si vous devez proposer des solutions contre l’orpaillage, que direz-vous ?

Comme en Afrique du Sud, c’est de développer les petites mines. Cela veut dire qu’il faut que les moyens permettent à l’Etat d’appuyer les orpailleurs, mais à travers des investisseurs qui vont amener du petit matériel simple de traitement du minerai. Mais il faut les moyens. Il faut que les opérateurs économiques s’investissent. Il y a beaucoup de formules, mais il faut les moyens. Toutes ces études ont été faites au BUMIGEB, au niveau de la Chambre des mines, ils y pensent aussi. Donc, c’est le développement de la petite mine qui va sauver le Burkina. On peut maintenir la grande mine, mais la petite mine est en mesure de créer beaucoup d’emplois, de revenus et aussi beaucoup de sécurité, sans oublier la protection de l’environnement.

Vous avez été ministre de l’énergie. Pensez-vous que le problème d’énergie, que l’on connait depuis un certain temps au Burkina, est dû à un manque de prévision ?

Les prévisions ont toujours été faites. Je sais qu’au niveau de la SONABEL, ils ont toujours le plan d’électrification du Burkina jusqu’en l’an 2030, je crois et ensuite le plan d’investissement. Quand on avait la charge de ce département (de 1984 à 1986), les besoins de Ouagadougou seulement était de 50 à 60 mégawatts. De nos jours, c’est près de 220 mégawatts dont on a besoin au niveau de tout le Burkina. Les besoins ont augmenté, les usages de courant ont augmenté. Les moyens ne peuvent pas suivre. Les délestages ont commencé depuis 1986 et en son temps le président Thomas Sankara m’avait envoyé en Côte d’Ivoire. Malgré toutes les contradictions entre le président Thomas Sankara et Félix Houphouët Boigny, ce dernier nous a offert un groupe. Moi-même, je suis allé à Ferkéssédougou et l’on a démonté le groupe pour l’amener au Burkina Faso. Donc la collaboration n’a pas commencé aujourd’hui. Mais il y a les lotissements. Quand j’étais au ministère de l’équipement, tous les terrains lotis jusqu’à la première année de la Révolution ne dépassaient pas 120 mille parcelles. Mais nous avons réalisé plus de 120 mille parcelles aussi en changeant le mode de lotissement. Le président du CNR a voulu que l’on sécurise les gens sur leurs parcelles. Donc on a mis l’accent sur les 4 bornes au lieu de faire des aménagements qui amènent de l’eau, le courant, la route. On a fini le lotissement à Tanghin. Quant à la Patte d’oie, le lotissement était en cours. Sinon tous les quartiers populaires ont été lotis en faisant simplement le recensement et en posant les 4 bornes. La parcelle coûtait 100 ou 300 FCFA le mètre carré. A l’époque, on avait dit que le courant et l’eau viendront plus tard. En conséquence, l’on se retrouve avec une ville qui a accru en aménagement, en lotissement, mais tous les services de base n’ont pas pu suivre, car ce n’est pas le même rythme. A la SONABEL, ce n’est donc pas un problème de prévision, mais un problème à résoudre au fur et à mesure. Mais avec les programmes qu’ils ont annoncés, je pense qu’ils peuvent le faire, mais cela coûte beaucoup cher. Il faut que le privé s’y investisse. Je me rappelle qu’un appel a été lancé pour le recrutement d’un producteur privé et c’était infructueux ! Personne ne veut venir produire de l’électricité. Il y en a qui ont annoncé l’énergie solaire mais cela nécessite aussi des milliards. Il faut trouver un investisseur ! Je ne pense pas que ce soit de façon involontaire que les problèmes nous arrivent. La Kompienga a été réalisée et fait 14 mégawatts. Bagré fait 15 mégawatts. Ce sont de gros investissements, mais la production est déjà dépassée. Elle ne suffit même pas pour Tenkodogo, à plus forte raison arriver jusqu’à Ouagadougou.

Il y a des observateurs qui soutiennent que le partenaire naturel du Burkina, en termes de coopération en énergie est le Ghana. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez raison, mais il y a les intérêts nationaux et ceux sous-régionaux. Le Ghana a posé comme condition que le Burkina achète le courant chez eux, comme priorité. Le Burkina a aussi posé comme priorité la réalisation de barrages qui nous permettent d’avoir une certaine puissance. Mais en barrant le passage de l’eau,avec un barrage au Noumbiel, on peut avoir presque 200 mégawatts. Les conditions du Ghana étaient que le Burkina laisse tomber le Noumbiel et qu’on vienne acheter le courant là-bas par l’interconnexion. Mais les débats se poursuivent, parce que ce sont des questions stratégiques. Le premier projet, d’abord c’était Akossombo. C’est à Akossombo qu’il fallait faire l’interconnexion tout en discutant des autres projets. Rien n’a été abandonné, mais les choses ont été plus faciles avec la Côte d’Ivoire. Comme Ferkessédougou est aux frontières du Burkina, et en tant que pays francophone, les discussions ont été beaucoup faciles avec la SONABEL. Mais la SONABEL achète, ce n’est pas gratuit. Même avec le Ghana on devait acheter. Mais comme je l’ai dit, la plupart de nos cours d’eau se jetant là-bas, nous avons des possibilités de barrages qui nous permettent d’être beaucoup plus autonomes. Mais au niveau de l’UEMOA et de la CEDEAO, le Ghana va nous bloquer en s’appuyant sur les conventions internationales. On ne pourra pas réaliser de grands barrages tant que le Ghana ne donne pas son accord. Donc c’est un cercle vicieux. Je sais qu’il y a toujours des démarches, puisqu’il y a des villes du Burkina qui sont toujours connectées avec le Ghana et il y a des projets d’interconnexion prévus. Mais le Ghana vend à la Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo. Nous aussi, quand ce sera renforcé, la ligne continuera au Mali. En attendant le Mali est desservi par le Sénégal, le Niger par le Nigeria… Dans le cadre de l’UEMOA ou même la CEDEAO, il faut de grands projets cela à travers l’interconnexion. Sinon aucun pays seul ne peut résoudre le problème de l’énergie. Tous les jours, il y a des problèmes et on ne peut pas maitriser les besoins en un temps donné. Des efforts sont faits, mais il faut que la SONABEL se dépêche pour rattraper l’évolution.

Vous êtes à votre 3e mandat de député. Quelle leçon tirez-vous ?

Le parlement comme son nom l’indique, c’est là où on parle, à la seule différence que pour le moment ce sont les députés qui sont élus à travers le suffrage universel direct en attendant que les sénateurs viennent pour que le parlement soit complet. En fait aujourd’hui, c’est l’Assemblée nationale que l’on assimile au parlement. On nous appelle parlementaires, mais en fait nous sommes des députés. Quand les sénateurs viendront, nous prendrons le titre de parlementaires. Je suis entré à l’Assemblée à l’issue des élections de 2002, ensuite en 2007 et en 2012. Le travail à l’Assemblée nationale est assez passionnant. Mais il faut être à l’écoute des populations pour véritablement défendre les dossiers et faire des amendements en rapport avec les besoins des populations. L’Assemblée est de nos jours très évoluée, tant du point de vue des dossiers que l’on a, mais aussi du point de vue de la composition. Avec les 127 députés que l’on a, les compétences sont variées, ce qui permet de traiter convenablement les dossiers.

Quels conseils pouvez-vous donner à un nouveau député pour réussir son mandat ?

Quand on est à l’Assemblée, on prend connaissance avec les règlements qui régissent l’Assemblée. Ensuite l’Assemblée est administrativement organisée en groupes parlementaires et sur le plan du travail parlementaire, il y a des commissions de travail permanentes. Tous les travaux parlementaires se passent en commissions. Pour un nouveau député, c’est de bien lire les dossiers, à savoir les projets de loi venant du gouvernement et les propositions de loi qui viennent des députés eux-mêmes ou de pétitionnaires. Il faut aussi prendre connaissance des préoccupations de ceux qui vous ont élu. Pour le contrôle de l’action du gouvernement, il faut approcher les départements pour connaitre leurs attributions, leur programme afin de bien poser les questions, par exemple les questions orales au gouvernement qui ont lieu chaque vendredi et même les dossiers qui viennent du gouvernement pour pouvoir apporter les amendements. Sinon, il n’ y a pas de recette spéciale.

Et s’il est non-inscrit ?

C’est très rare les non-inscrits ! Actuellement nous avons un non-inscrit, mais il a tous les dossiers comme tous les autres députés, à la seule différence qu’il n’a pas un groupe parlementaire, mais il bénéficie des mêmes droits que les autres. Il peut s’inscrire dans une commission de son choix, il peut voter comme il veut. Laurent Bado par exemple a été à un moment donné non-inscrit. En général les non-inscrits ont un nombre qui n’atteint pas le nombre requis pour constituer un groupe parlementaire, or ils refusent de s’associer à un groupe parlementaire. Les groupes parlementaires peuvent contenir plusieurs partis politiques.

La crise au sein du CDP qui a engendré la naissance du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), est-elle ressentie à l’Assemblée ?

Je n’ai pas senti une crise au sein du CDP. Même parmi ceux qui sont partis, il y en a que j’ai pu approcher. Quand vous regardez la classe politique aujourd’hui, en dehors de quelques-uns, elle est composée de gens de la même génération : c’est la génération des années 80, c’est la génération de la Révolution. Tous les responsables de partis politiques sont généralement des anciens CDR. Les scissions ont donc toujours créé beaucoup de partis comme de nouveaux partis ont été mis en place après des fusions. Au CDP, moi je n’ai pas senti de crise parce qu’il n’y a pas eu de débat interne. Par exemple, les scissions avaient pour raison, l’appréciation de la ligne idéologique, comme la scission de 1979. Il y a une partie du mouvement étudiant qui influençait le mouvement syndical à l’époque et le mouvement politique dans son ensemble a estimé que l’étape de la lutte au Burkina, était la révolution nationale, démocratique et populaire que le PCRV défendait. Une autre partie a soutenu que l’aspect national est dépassé, car la révolution doit être démocratique et populaire. Toute chose qui a produit la Révolution du 4 août 1983 et le Discours d’orientation politique. Ce que je veux vous dire, c’est que les scissions n’existent pas seulement au sein des partis politiques. Des associations en ont connu, des syndicats, des religions aussi…
Donc au CDP, il n’a pas eu un débat qu’on a posé et un camp a dit qu’il n’est pas d’accord. Peut-être qu’il y a eu un problème de personne, ou de vision ou encore peut-être des gens étaient mécontents de leur situation.

Peut-être que c’est leur mise à l’écart ?

Ce n’est pas une lutte de ligne. Donc ce n’est pas un problème idéologique ni organisationnel. Même quand vous regardez leur organisation, c’est calqué sur celle du CDP. La social-démocratie est la ligne idéologique. Il n’y a pas de changement.

Mais ils disent que la social-démocratie appliquée par le CDP a un problème, parce qu’il n’y avait pas d’équité, beaucoup de corruption dans le système…
Mais, tous ces problèmes, c’est eux qui étaient là ! Qu’est-ce qu’ils ont fait pour redresser la situation? Je suis d’accord qu’il y a eu des défaillances au sein du parti, mais on s’en tient au débat à l’intérieur ! Les luttes se mènent à l’intérieur. Ce n’est pas la nouvelle direction qui a inventé les positions du parti ! C’est ensemble qu’on a pris les décisions qu’ils ont défendues. C’est facile de quitter quand il y a quelque chose en laissant les autres. Tu veux qu’ils se débrouillent comment. Même à Roch, j’ai dit qu’il nous a laissés orphelins.

Vous regrettez son départ alors?

Je ne regrette pas son départ. Je n’ai aucun problème avec Roch, ni sur le plan personnel ni sur le plan idéologique. Donc regretter son départ, je dis non. Si effectivement, c’est la conséquence de la mise en œuvre des structures issues du congrès, il y a des gens qui avaient plus de raisons de quitter le CDP.
Il y a plein de frustrés ! Si les frustrations doivent entrainer des départs, même dans vos familles vous n’allez pas maitriser les gens. Rappelez-vous les élections législatives de 2012 ! Moi j’étais 8e, mais j’ai accepté parce que l’on a décidé de promouvoir la jeunesse et les femmes. C’est ce que les Moussa Boly, Pierre Tapsoba… ont refusé en 2007, ce qui a entrainé leur départ pour créer leur parti aujourd’hui fondu au MPP. Alors que ce sont les leaders du MPP qui avaient accepté leur démission et les avaient décagnotés.

Il semble que vous êtes spécialiste de campagne au sein du CDP ! Mais d’où vous est venue cette spécialisation ?

C’est à l’administration territoriale, parce que j’en ai été le ministre. J’ai eu à connaitre l’évolution électorale dans notre pays. Et lorsque la démocratisation a été lancée avec le phénomène constitutionnel, en 1991, il a fallu que nous nous documentions. Mais les régimes d’exception qui ont duré dans notre pays ont détruit tous les documents. C’est Gérard Kango Ouédraogo qui nous a fourni un certain nombre de documents. Le fait d’avoir pris part au processus électoral, parce que j’étais le président de la commission nationale d’organisation du référendum… m’a permis d’avoir certaines qualités.

Justement pour avoir organisé le référendum de 1991, quelle est la différence entre ce référendum et celui que le CDP réclame ?

Je dois d’abord dire que ce que le CDP demande me concerne en tant que militant du CDP. Mais ce n’est qu’une expression de volonté comme ceux qui n’en veulent pas aussi expriment la leur. Mais le référendum en tant que pratique électorale a des principes. Le concept des deux référendums, c’est la même chose. En 1991, c’était un référendum constitutionnel, l’adoption de la Constitution qui devait régir la IVe République. Mais un référendum, c’est pour répondre à une question. Oui ou non pour la Constitution en 1991. Le taux de participation était de 49% et le oui l’a emporté avec environ 80%. Les points de divergence sont d’ordre organisationnel.

L’article 168 de la Constitution proscrit toute idée de pouvoir personnel. Alors que le président du Faso tient les rennes du pouvoir depuis 1987. Ne pensez-vous pas que modifier l’article 37, c’est lui ouvrir la voie du pouvoir personnel pourtant interdit par la Constitution ?

Moi je ne rentre pas dans des débats comme ça ! Le pouvoir personnel, c’est le peuple qui le détient. Moi j’observe simplement la vie politique nationale. J’en fais partie, mais ce sont des points de vue qui sont exprimés. Et ces points de vue ne doivent pas être des points antagoniques qui nous amènent à nous affronter. La politique c’est avant tout mettre en avant des idées et non s’affronter. Il faut respecter l’avis de tous. Moi je respecte toutes les positions.

Mais vous ne pensez pas que ce référendum fait courir au Burkina Faso une crise ?

Ceux qui contestent, si leur intention est de créer des troubles, cela pose problème. Ceux qui réclament, si leur intention est d’imposer et de créer des troubles, c’est aussi un problème ! C’est parce que le pays est en paix qu’on peut s’exprimer. La démocratie est un cheminement. Aucune République n’a tenu plus de 6 ans ; or la IVe République a plus de 20 ans. Cela est un acquis.

20 ans après, est-ce qu’il n’est pas l’heure de passer à autre chose ?

L’heure de passer à autre chose c’est avec vous tous ! Ce n’est pas quelqu’un qui doit s’asseoir dans sa maison pour théoriser contre un autre ! Vous- même vous pouvez apporter votre contribution. Passer à autre chose veut dire quoi ? Le problème pour moi n’est pas lié aux individus, mais aux institutions. C’est la démocratie qu’il faut d’abord consolider, la liberté, la paix que nous avons. Le problème des individus peut se résoudre avec le temps. Aujourd’hui nous avons franchi le cap des 20 ans. Bien sûr qu’il y a des besoins d’amélioration. On peut faire partir quelqu’un par la force ou sous les textes, mais après vous ne résolvez pas vos problèmes de fond. Ce n’est pas quand vous allez enlever le chef de famille dans la maison que vous arrivez à quelque chose ! On a vu des cas où le premier fils était pressé que le papa parte et après ils ont dilapidé les biens.

Donc c’est ce qui va se passer quand Blaise Compaoré va partir ?

Moi je ne parle pas de Blaise Compaoré. Dans tout ce que je dis, je ne parle ni de Blaise ni de moi.

Mais l’image du chef de famille qui part… ?

Diriger une nation, c’est comme dans votre propre famille. Il y a des responsables qui sont là. Même ceux de l’opposition, ils n’étaient pas opposants hier, parce qu’ils étaient avec Blaise ! Donc les mutations ne disent pas ce qui va arriver demain. Zéphirin Diabré, moi j’étais avec lui dans le gouvernement. On a géré la dévaluation ensemble. Roch était aux finances, Zéphirin aux commerces, et moi à l’Emploi. C’est nous 3 qui gérions la dévaluation chaque matin. Les syndicats allaient en grève et venaient nous trouver assis et on cherchait les solutions. Donc les problèmes qui peuvent atteindre Diabré sont mes problèmes à moi. Blaise est venu en 1987 par une voie que vous connaissez. Ensuite il a légitimé son pouvoir et la Constitution est venue. C’est sur cette base aujourd’hui que nous tous nous parlons, qu’on soit de l’opposition ou de la majorité, c’est grâce à cette Constitution. Donc, il faut éviter d’en faire des problèmes personnels ou d’exclusion. Du ôte-toi de là que je m’y mette !. Comme je dis, l’article 37 de la Constitution est un article comme un autre. La Constitution en a près de 200. L’article 37 a été rédigé dans un contexte donné et a suivi une évolution jusqu’aujourd’hui. Jusqu’à présent les modifications qui ont été faites ne sont pas passées par un référendum. Moi j’étais membre du CCRP, nous étions 10 de la majorité et ce que le CCRP a pris comme décisions. Il y en a parmi les 10 qui, aujourd’hui les contredisent. C’est la liberté, mais il ne faut jamais oublier ce qu’on a mangé hier, d’où ce qu’on a été hier. On a proposé l’augmentation du nombre de députés, ce qui a été fait. Le Sénat également a été proposé et c’est la mise en œuvre qui pose problème. On a introduit le sénat dans la Constitution avec ceux-là même qui aujourd’hui disent de ne pas mettre cela en place. C’est eux-mêmes qui ont tapé le bâton à l’Assemblée pour dire oui!

C’est peut-être la discipline du parti ?

Ce n’est pas la discipline du parti, mais une conviction, puisque le CCRP a donné son accord à l’époque. C’est peut-être dans l’approche pour l’opérationnalisation qu’il y a eu des couacs. On n’a plus concerté les uns et les autres et on n’a pas revu le format. Le CCRP a donné son avis favorable pour mettre en place le Sénat comme une chambre nécessaire. Que vous le vouliez ou pas, je suis convaincu que les partenaires financiers vont le poser comme conditions un jour ou l’autre. Ceux qui n’auront pas formalisé en entier leur parlement risquent d’avoir des problèmes. Nous, nous avons anticipé pour aller vers la Constitution et ne pas passer vers la conférence nationale de souveraineté. Le Burkina Faso a eu l’anticipation et nous avons maitrisé nous-mêmes notre processus. Si nous étions allés vers la conférence nationale souveraine, on allait avoir beaucoup de problèmes. Nous avons créé notre propre processus, jusqu’à adopter notre Constitution. Je me dis que les gens ont encore la possibilité de s’asseoir et discuter, évitant ainsi de nous donner en spectacle. Blaise Compaoré ne veut pas créer des problèmes au Burkina. Il est bien conscient que le capital des acquis du Burkina est à préserver et que ces acquis doivent survivre après lui. Il est conscient de ses responsabilités quant à ce que le Burkina doit rester debout et avancer. Il ne peut avoir fait des médiations ailleurs et mettre le feu ici. Je ne crois pas. Je ne le vois pas fréquemment, je ne dors pas avec lui pour savoir, mais ce que je sais, c’est qu’il n’est pas quelqu’un qui va casser le pays parce qu’il veut coûte que coûte être au pouvoir. Je pense encore au risque qu’il a pris pour venir en 1983, pour venir avec la Révolution, pour amener la Constitution, la démocratie… C’est parce que les Burkinabè ont accepté et ont suivi. Aujourd’hui, la démocratie a plus de 20 ans. Je peux me tromper, mais je ne crois pas que le président va mettre le feu au Burkina Faso par un entêtement ou par une position de force quelconque. Je crois aussi que tous ceux qui sont dans l’opposition, ce n’est pas aussi dans leur volonté de prendre un pays qui démarre avec des soubresauts ou avec des contradictions. Maintenant le reste c’est le débat politique et il est vite passionné. Et il y a la presse qui est libre. Il y a certains quand ils voient leur nom dans la presse, ils sont paniqués et ne mangent pas toute la journée. Il y a une peur parce que rapidement les gens amènent les problèmes à des niveaux personnels. C’est pour cela que je dis qu’avec ou sans référendum, il faut qu’on garde le pays debout. Et comme je l’ai dit, je répète, je ne crois pas que Blaise Compaoré veuille casser ce pays. Tout comme les opposants, leur intention n’est pas d’être au pouvoir vaille que vaille. Des voies de règlement existent. En s’asseyant, on peut trouver des voies médianes. Le débat est de tous les côtés. Quand on écoute et quand on lit les réactions des internautes, on a l’impression que les gens sont assis avec des coutelas. C’est des anonymes, mais ils peuvent s’exprimer de façon non maitrisée. Comme on le voit en Centrafrique et autres. Il suffit d’un petit truc et ça démarre. Une bousculade, une injure, un fouet sur quelqu’un … Il faut être vigilant et faire attention aux extrémités.

Justement, comment vous appréciez le traitement de l’information par la presse burkinabè ?

La presse écrite est beaucoup diversifiée, les titres et les éditoriaux sont variés. La presse burkinabè n’est pas une presse à passion. On a la chance que la plupart des médias de notre pays ne sont pas des organes de partis politiques. Même s’il y en a, c’est en nombre limité. Donc de façon globale tout le monde s’exprime et c’est cela les fruits de la démocratie qu’il faut préserver.


Entretien réalisé par Boureima DEMBELE

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