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Mariam Marie Gisèle GUIGMA, Secrétaire adjointe à la décentralisation et aux relations avec les élus locaux du CDP : «Moi Gisèle, si le CDP tombe, je tombe avec»
Publié le samedi 10 mai 2014   |  L'Opinion


La
© Autre presse par DR
La députée Mariam Marie Gisèle Guigma/Diasso présidente de la Haute cour de justice


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Mariam Marie Gisèle GUIGMA-DIASSO, membre du Secrétariat exécutif national du CDP, député à l’Assemblée nationale, donne sa lecture de la situation politique nationale. Dans les lignes qui suivent, elle aborde, entre autres, la tenue du meeting du Front républicain, les démissions au sein de son parti ainsi qu’elle donne son appréciation des mesures sociales prises par le gouvernement sur instruction du Chef de l’Etat, depuis le 4 septembre 2013 ; sans tabou aucun, ni langue de bois.

Mariam Marie Gisèle GUIGMA, Secrétaire adjointe à la décentralisation et aux relations avec les élus locaux du CDPComment avez-vous apprécié la mobilisation lors du 1er meeting du Front républicain ?

Mariam Marie Gisèle GUIGMA/DIASSO (MMGGD) :Je voudrais vous remercier pour cette occasion que vous m’offrez d’échanger avec votre journal sur le lancement des activités du Front républicain à Bobo-Dioulasso. Pour cette première activité, il était évidemment question de présenter aux Burkinabè ce que c’est que le Front républicain ; ses objectifs ; le but qu’il vise. Cela l’a été. Les explications ont été assez claires. Il s’agit d’un regroupement de partis de la majorité et de l’opposition soucieux de préserver les intérêts républicains. La mobilisation à Bobo-Dioulasso a été formidable. Les Bobolais sont sortis de partout. Les femmes, les jeunes surtout, les personnes âgées ont bravé un soleil ardent pour être des témoins oculaires de cette manifestation. Nul n’a été obligé et la joie se lisait sur tous les visages. Grâce à Dieu, tout s’est déroulé sans incident aucun. Tous ceux qui ont effectué le déplacement au stade Wobi se sont retournés sains et saufs. Ceci est déjà un signe d’honnêteté et de pureté de cœur. Donc pour nous, c’est une forte mobilisation, le message des jeunes a été assez clair, court, mais bien compris des uns et des autres. Celui des femmes a été pareil. Le doyen qui a représenté la chefferie coutumière a été également apprécié de tous. Ce qui anime les Burkinabè aujourd’hui, c’est qu’ils ont la conviction d’avoir un pays qui est un havre de paix. Un pays où chacun, tout en respectant la démocratie, voudrait vivre dans la paix. Lorsqu’on voit ce qui s’est passé dans certains pays voisins ou ce qui se passe dans d’autres pays, je pense que nul ne souhaite que ce vent de trouble vienne dans le nôtre.

Comment appréciez- vous ce regroupement de la cinquantaine de partis politiques émanant de la majorité et de l’opposition ? Certains disent que c’est une association de formations aux idéologies divergentes, antithétiques, voire antinomiques dont des libéraux, des socialistes, etc. Comment appréciez l’esprit de ce regroupement dans le fond ?
MMGGD : D’abord il faut dire qu’un parti d’opposition a sa ligne idéologique, son programme. Il aspire à devenir une majorité. C’est-à-dire, gouverner un jour. Et quand on veut gouverner, c’est qu’on est prêt à respecter les textes républicains, la loi fondamentale. De ce point de vue, on peut donc dire que ce ne sont pas tous les partis qui sont dans l’opposition qui rejettent la Constitution. D’autant plus que c’est la Constitution qui fait la légitimité de leur existence, du multipartisme dans notre pays et qui lui confère son caractère démocratique. Tous les partis d’opposition ne sont pas animés de mauvaise foi. Ceux qui aspirent au respect de la loi fondamentale et qui voudraient que notre pays se développe dans la paix et la tranquillité ne devraient pas trouver d’inconvénient à se liguer avec les autres pour défendre les valeurs de la République. Donc, ce n’est pas une question de ‘’Majorité’’ mais une question de ‘’ Citoyenneté ’’, une question de ‘’Républicain’’. C’est pourquoi je pense que ce regroupement est très bien venu. Il démontre qu’au-delà des ambitions individuelles ou partisanes, tous ces partis ont un point commun qui les réunit : c’est le respect des textes républicains.

Mais les partis non affiliés au FR se disent tout aussi républicains ! Où est donc la nuance ou la différence ?

MMGGD : Oui, ils se disent républicains ! Ils ont leur vision à eux de la République qui peut ne pas être celle que nous épousons au Front républicain. Seulement, il faut reconnaître que même si tout le monde n’a pas eu une lecture de la jurisprudence, les questions fondamentales que beaucoup de ces gens ont contribué à codifier et mettre dans un corpus de textes qu’on appelle la Constitution, on ne peut pas les balayer du revers de la main en les mettant en cause parce que l’on a envie d’accéder au pouvoir. Un minimum voudrait qu’on les respecte ! En prenant la Constitution dans toute son étendue, il y a la Liberté et la Démocratie. Mais on ne peut pas se prévaloir de son ambition personnelle pour le pouvoir pour appeler au non respect de la loi fondamentale. La loi est là pour tout le monde ; Majorité comme Minorité ; Opposition comme Majorité. Il ne s’agit plus alors d’une interprétation de la loi mais d’un désaveu. La voie référendaire à ce propos n’est pas une invention, c’est une prévision contenue dans la Constitution. Ce sont d’ailleurs ces mêmes gens qui ont coordonné les commissions ad hoc pour rédiger cette Constitution à un moment donné de notre histoire ! Ils ne peuvent pas aujourd’hui, après avoir fait un pas en avant, faire deux pas en arrière. Un minimum quand même de respect des autres exige de la retenue dans les développements que les uns et les autres font. Cela se résume à : « Moi je voudrais être à ta place, donc je ne peux qu’être contre toi. » Mais le peuple aujourd’hui n’est pas celui que nous avons vu en 1991 après l’adoption de la Constitution, après avoir élu le Chef de l’Etat ; après avoir participé aux différentes élections législatives dont les mandats successifs ont consacré l’adoption de lois et l’abrogation d’autres. C’est donc au regard de cette expérience que l’on veut bien remettre d’autres. Même les enfants qui sont nés au lendemain de la Révolution ont aujourd’hui 31 ans. Ils ne sont plus des enfants ! Ce sont des chefs de famille ! Et même ceux qui sont nés après le 15 octobre 1987 ont plus de 27 ans ! Ce ne sont plus des enfants ; ils ont aussi des familles ! Il y en a qui sont encore sur des bancs de l’école, il y en a qui travaillent et qui aspirent aussi à la démocratie ! Que l’ont permette à chacun de s’exprimer, mais en respectant aussi les autres, leurs avis. Le FR n’est pas un ramassis de tous les partis. Ce sont ceux qui font confiance aux idéaux, de surcroît ceux qui aspirent à la République, au respect des institutions républicaines qui se sont regroupés et la porte reste toujours ouverte à tous. Parce qu’il y en a qui voudraient toujours adhérer.

Quel est, pour vous, le sens de la révision de l’article 37 voulue et demandée par votre parti, le CDP ?

MMGGD : C’est une option réfléchie et la Constitution nous en donne la possibilité. Il ne faudrait pas prêter de mauvaise intention à un groupe de partis ou à un individu. Parce que nous sommes dans une République où le Chef de l’Etat peut être élu à 35 ans et qu’on lui dise à 45 ans : « Comme les textes disent qu’il faut faire deux mandats, tu dois partir, alors il est temps pour toi de plier les bagages ». C’est cette restriction de la liberté de ceux qui sont appelés à diriger le pays que nous refusons. Depuis longtemps, avant même d’être au Parlement, j’en parlais ! Pour dire que je ne vois pas l’intérêt de l’existence de cette clause dans notre Constitution. Mais en relisant, je me suis rendue compte que ce n’est pas une clause verrouillée. Ce n’est pas une clause verrouillée qui dit qu’il est interdit d’y toucher. Donc, ceux qui brandissent l’argument selon lequel ladite clause est intouchable se trompent. On dit deux mandats, deux quinquennats deux fois. C’était même des septennats. A la révision de l’article 37, certains avaient émis le souhait que ladite révision ait un effet rétroactif. Donc aujourd’hui, connaissant le charisme, le souci de notre Chef d’Etat, il ne demande pas de modifier l’article 37 pour mourir sur le fauteuil présidentiel ! Le Parlement est là pour légiférer pour l’avenir. Sans pénétrer dans la profondeur des pensées de ceux qui s’offusquent à l’idée de la révision, si Dieu nous donne à tous longue vie et santé, il n’est pas évident que si ces gens arrivaient au pouvoir, que la première des choses qu’ils feraient ne soit pas de sauter cette même clause limitative. Pour qui a fait le gouvernement ; si vous venez d’arriver nouvellement, vous êtes obligé de passer un temps d’observation pour connaître les rouages. Lorsque vous commencez à les connaître, à les maîtriser, si c’est un grand ministère, vous y avez passé un minimum de deux ans et demi, trois ans. Et comme au gouvernement, il n’y a pas de jours pour faire de remaniement, il y en a qui arrivent et qui repartent sans avoir connu même le tiers du fonctionnement de leur ministère. Je prends l’exemple d’un Chef d’Etat qui en a pour des quinquennats, le premier quinquennat, c’est ce qu’on appelle ‘’l’apprentissage des premiers pas’’. Au deuxième quinquennat, on a commencé à asseoir sa politique. Et comme l’opposition est là à s’opposer et à ne pas vous laisser appliquer votre programme, vous êtes constamment entre la gestion du front social et les humeurs des uns et des autres ; vous comprenez donc que ce sont des quinquennats non paisibles. Et au moment où vous êtes en train de faire quelque chose de correcte, on vous dit que votre mandat est fini ou quand il tire à sa fin, vous voyez un certain nombre de comportements malsains nocifs pour la marche du pays. On se dit «Bof, il est à sa sortie, ce n’est pas la peine de se fatiguer. On attendra le nouveau». Il ne faut pas que l’on parte avec un tel esprit. Quand on voit le développement de l’incivisme dans notre pays, c’est parce que les gens se disent que, comme le mandat du Chef de l’Etat va finir, on peut se permettre tout. Sous d’autres cieux, il y a des choses qui n’auraient pas pu se passer.

Certains de vos camarades, pas des moindres, se sont cependant désolidarisés de cette option et ont claqué la porte du CDP…

MMGGD : Je respecte ceux qui partent. Ils ont leurs motivations. Mais j’ai plus de respect pour ceux qui y croient, qui ont foi en la démocratie et qui pensent que la liberté ne peut être restreinte par un texte. Parce que hier, c’est certains d’entre eux, qui, au travers de nos réunions, tentaient de nous montrer par A plus B qu’il n’est pas question de garder cette clause. A travers des conférences de presse, ils nous ont dit : «Il faut qu’on révise». C’est parce que nous avons tous été laxistes, sinon de 2009 à avant 2012 on aurait même pu réviser. Il y a eu des commissions ad hoc chargées des réformes, etc. qui ont été mises en place, au Parlement, au niveau des partis politiques pour réfléchir. C’est donc dire qu’on aurait pu le faire depuis. Les arguments de ces camarades partis ne sont-ils pas des mots avancés pour camoufler des intentions ? Je me garde d’accuser qui que ce soit. Mais c’est gênant pour nous tous ! C’est sous le directoire de certains de ces camarades que les choses ont été arrêtées. On nous a envoyés en mission dans des provinces pour défendre corps et âmes ces textes, le sujet sur le Sénat. On a juré à la Maison du Peuple que, qu’il pleuve ou qu’il neige, il n’y a pas de sujet tabou. Ces termes ont été utilisés et repris dans les langues nationales et sur la voie des ondes internationales. Mais, qu’on y revienne, avec l’âge que chacun de nous a pris aussi, c’est-à-dire un âge de sagesse, on doit peut-être avoir de la retenue. Que quelqu’un quitte pour aller créer un parti, je pense que nous sommes en démocratie, cela est normal. L’adhésion est libre et individuelle. Je ne comprends cependant pas le tapage qui se fait par la suite. Quand les gens quittent un parti, il faut prendre les journaux d’assaut, alors qu’on a vu des gens taper des pieds et des mains dans le bureau du président du parti, négocier nuit et jour pour se faire élire au Bureau politique national (BPN) ou au Conseil national (CN) ; en ce moment, personne n’a écrit dans les journaux pour dire : «Je suis allé voir le président du parti afin d’être au Bureau politique du parti». Si l’intéressé ou les intéressés veulent quitter le parti, qu’il (s) parte (nt) et qu’il(s) laisse(nt) ceux qui veulent rester tranquilles ! Tout ce tapage, moi, j’appelle cela du cinéma ! On a vu le parti se créer, on a vu l’ODP/MT se créer, on a vu le CDP se créer, en aucun moment on n’a vu, dans les journaux, quelqu’un écrire pour dire qu’il a adhéré au BPN. Nous les voyions pourtant ramper ! Franchement, celui qui le souhaite peut quitter, mais dans le respect de ceux qui restent. Parce que c’est une question de conviction politique. Nous avons vécu dans le pays un temps où il y avait le RDA qui s’est scindé après en Front de refus RDA. Mais, il n’y a pas eu d’injures, de propos déplacés. Plus près de nous, en Côte d’Ivoire, il y a eu le PDCI-RDA d’où est né le RDR ; les deux partis aujourd’hui continuent d’exister et se respectent ! Ici, c’est incroyable, on était ensemble, on mangeait ensemble, on buvait ensemble, on partageait les moments difficiles de l’évolution de ce pays et à présent que certains décident de quitter, ça devient tout une tambouille à tel point que les gens ne peuvent même plus rester tranquilles. Ce n’est pas tout le monde qui fait la politique ! Que l’on colle la paix aux honnêtes citoyens et que l’on leur fasse grâce des propos démagogiques ! C’est mon sentiment sur cette situation. Nous voulons la paix. Nous ne voulons pas que ce qui arrive dans les autres pays nous arrive. Nous n’avons pas de mer ; nous n’avons pas de pétrole, mais Dieu a donné le courage à ces hommes et femmes du Burkina Faso qui de leurs dix doigts savent travailler pour avoir à manger. Le fait de dormir tranquillement, de se lever et d’aller dans son débit de boisson pour boire et parler comme on veut, etc. ; c’est cela la démocratie. Nous ne voulons pas un désastre dans notre pays. Nos enfants n’en n’ont pas besoin. Nous, nous sommes des générations partantes. Il faut que nous laissions une bonne morale de démocratie à ceux qui voudront emboîter le pas des hommes politiques actuels. Il ne faut pas que nous donnions l’impression de gens instables qui tanguent au gré de leurs intérêts. Parce que dans nos villages, les paysans commencent à nous les sortir : «C’est vous qui êtes venus nous dire hier que c’est bien, le parti est bien. Il faut voter. Et nous avons toujours voté. Vous revenez encore pour nous dire que le parti n’est pas un bon parti. Donc, c’est le crapaud qui dit que le caïman a mal aux yeux ! Nous ne comprenons plus rien !». Ils nous disent de retourner à Ouagadougou régler nos problèmes parce que c’est nous qui vivons là-bas et de leur coller la paix.

Pour certains, le Sénat est budgétivore, pour d’autres, il servira à réviser l’article 37. Quelle lecture faut-il avoir de cette institution querellée à votre sens ?

Mon premier mot sur cette question, c’est pour dire qu’une fois de plus, les Burkinabè ne connaissent pas leurs textes. Notre Constitution consacre un Parlement bicaméral. Un parlement comportant deux chambres que sont l’Assemblée nationale et le Sénat. Dans le partage des responsabilités, on a donné des prérogatives à chaque chambre. Quand les deux chambres ne s’entendent pas, il est dit laquelle a le dernier mot. Alors, pourquoi certains pensent-ils que c’est l’Assemblée nationale seule qui doit être habilitée par le peuple, pendant que les sénateurs, qui ne seront pas forcément tous des politiciens mais des citoyens dont l’expérience permet de donner des avis mûris sur des questions d’intérêt national, n’ont pas le droit de se concerter ? C’est là la question. Lorsque certains s’agitent pour dire que le Sénat est budgétivore et sont les mêmes qui trouvent que l’Assemblée nationale est une caisse de résonnance, qu’on ne répond qu’aux mots d’ordre de nos partis, c’est paradoxal. Au sénat, personne ne répond au mot d’ordre d’un parti. Chacun y est libre de ses avis. C’est ce qui va dans l’intérêt du peuple qui guide. Moi, j’ai été à la défunte Chambre des représentants même si je n’y suis pas restée longtemps, mais j’ai vu les débats qui s’y menaient quand bien même à l’époque, ils (les représentants) n’avaient pas une voix délibérative. D’ailleurs, qu’est-ce qui n’est pas budgétivore ? Quand on marche pour demander une augmentation des salaires, c’est budgétivore ! On demande des indemnités par ci par là, c’est budgétivore. On va pour une réunion et on demande des perdiems, c’est tout aussi budgétivore. Est-ce qu’on a essayé de comptabiliser tout ça ? C’est, en fait, une fuite en avant ! Beaucoup sortent et voient les Parlements composés des deux Chambres dans beaucoup de nos pays qui fonctionnent. Chacune des chambres a ses prérogatives. Au Sénat, il y a les représentants de la société coutumière et traditionnelle, de la société civile, du patronat, des Burkinabè de l’étranger, des collectivités territoriales, etc. Cela élargit l’assiette de participation aux décisions ou aux réflexions qui engage la Nation. Mon parti l’a maintes fois répéter, il n’y a pas lieu de lier la question du Sénat à celle de la révision de l’article 37 de la Constitution. Dès lors qu’aucun accord ne semble possible entre les politiques, il ne reste plus qu’à aller au référendum. Ni l’une ni l’autre des deux chambres du Parlement ne peut empêcher un référendum s’il n’y a pas d’accord. Quand on refuse de repartir vers le même peuple qu’on a consulté en 1991, pour un retour à la vie démocratique, c’est grave. Tous ceux qui s’agitent, s’ils sont vraiment populaires, ils n’ont rien à craindre ; puisque pour devenir Chef d’Etat, il faut que le peuple te vote. Si déjà ils ont peur d’un référendum, cela veut dire qu’ils ne sont pas sûrs d’eux.
Tout ce qu’on organise qui soigne l’image de notre pays est budgétivore. On ne peut pas soigner l’image de notre pays en prenant l’argent posé quelque part. Il y a des choses auxquelles je ne voudrais pas répondre. Je préfère les garder parce que nous sommes tous des citoyens burkinabè. Ne soyons pas égoïstes. Ne voyons pas que l’Assemblée nationale. Permettons à ces deux chambres de pouvoir agir pour le peuple et au nom du peuple de façon complémentaire et concertée. Blaise COMPAORE ne restera pas éternellement sur cette terre. Nous passerons tous par le même « pont ». L’essentiel, c’est qu’après l’homme, à travers ses œuvres, on dise qu’il fut un homme. Aucun de nous ne restera éternellement.
Ceux qui poussent ceux qui ne comprennent pas dans la rue, ce sont des gens dont toutes les chambres sont climatisées, ils ne vivent pas la canicule de Ouaga ! Dans leur repas, ils ont des entrées et des sorties. Combien de Burkinabè mangent avec entrées et sorties ? C’est ce qui devrait faire réfléchir. Parmi eux, combien n’ont pas changé de véhicule dernier cri ? Combien n’ont pas leurs enfants à l’extérieur, au Canada, aux Etats-Unis ou ailleurs pour étudier ? Et ce sont eux qui poussent les enfants des autres dans la rue pour dire qu’on est contre ceci ou cela. On essaie de conditionner un dogmatisme qui ne sied pas dans l’esprit des pauvres populations et surtout des jeunes. C’est ça, nous les politiciens. Je suis politicienne et suis de ce rang aussi. Parce que nous aujourd’hui, on pense que nous ne devons pas bouger. Quel que soit le capital d’expérience, il faut qu’on reste. Et ceux qui sont nés en 1983, qui ont 31 ans, n’ont pas le droit de monter ; de devenir peut-être Chef d’Etat. Mais, avec un minimum, on apprend. Il faut s’approcher des anciens pour apprendre ce que c’est que la démocratie, comment on devient un futur homme d’Etat. Mais on ne vient pas avec des idées du genre : « Quitte là, ton temps est passé ». Nous savons que le pouvoir moderne n’est pas une chefferie coutumière qui se transmet de père en fils, mais il ne se décrète pas non plus ! On le sait. Donc laissons le peuple décider et la conscience de l’être humain apprécier. Ce ne sont pas les mouvements de rue qui rendront certains populaires. Si le Burkina a avancé, tous les Burkinabè qui sont dans les partis politiques qui crient sont tous comptables de l’histoire. S’il y a échec, ils sont tous comptables. S’il y a succès aussi, comme certains le disent : « Ouagadougou a changé », ils sont tous comptables. Personne ne peut fuir sa responsabilité depuis la révolution de 1983 à nos jours. Même si on change de veste, le visage, quand bien même il est devenu ridé, c’est la personne qui est toujours là. Qu’on ait perdu du poids ou qu’on ait pris du poids, c’est la personne qui est toujours là. Le discrédit ne peut être jeté sur un seul individu. Quand on parle de jeu collectif, dans le jargon sportif, cela se définit comme un ensemble d’individus qui conduisent le schéma tactique avec le ballon vers le but adverse. Si on est fatigué de la politique, qu’on se retire. Ainsi on pourrait constituer des monuments dont des gens viendront demander les appuis - conseils. Ainsi, nous seront utiles pour la démocratie dans notre pays et pour son développement et non sortir pour se faire ridiculiser, se faire rabaisser par de gens qui s’inclinaient pour nous respecter et qui nous insultent aujourd’hui, à chaque passage. Ce n’est pas ça la démocratie.

Quelle est l’originalité du Sénat burkinabè à votre avis ?
Le Sénat burkinabè est comme tous les Sénats. Ce sont de Chambres complémentaires qui ont une assemblée qu’on appelle le Congrès dans certains pays ou la Conférence, dans d’autres. Sénat et Assemblée nationale sont les deux chambres du Parlement dans le système bicaméral ; elles se consultent sur des questions précises annuellement, mais chacune étudiant des dossiers dans ses prérogatives. Si les deux ne s’entendent pas, c’est l’avis du Sénat qui prime.
Ensuite, il faut dire que dans le système bicaméral, le président du Sénat ne peut pas prétendre à la magistrature suprême. C’est pour cette raison qu’en cas de vacance du poste présidentiel, c’est lui qui assure l’intérim jusqu’à l’élection du prochain président. Alors que dans le système parlementaire simple, c’est le président de l’Assemblée nationale qui succède au Président du Faso en cas de vacance du poste présidentiel et celui-ci peut se présenter.
Encore, du point de vue des prérogatives, le Chef de l’Etat peut dissoudre l’Assemblée nationale. Mais il ne peut pas dissoudre le Sénat.

Vous êtes du CDP qui connaît des démissions depuis un certain 4 janvier 2014. Vous avez déjà un peu effleuré la question, mais quel est votre sentiment suite à cette scission ?

Je peux dire que je n’ai pas été surprise, puisqu’à la sortie du Ve Congrès de mon parti, de petits bruits se faisaient entendre, pour dire que certains de nos responsables, contrairement à leurs déclarations de se retirer pour se reposer, nourrissaient l’ambition de créer leur parti. Ça se murmurait. Vers les fêtes de fin d’année, en décembre 2013, il y avait une persistance de l’imminence de la création d’un nouveau parti avec quelques noms qui circulaient. Lorsque le jour «J» est survenu, nous étions tous dans une ambiance familiale, parce que les enfants de l’ex-Premier ministre et de l’actuel qui se mariaient ; c’était la grande retrouvaille. Tout le monde étaient là dans la gaieté pendant que certains avaient leurs intentions. J’étais au village lorsqu’on m’a appelée pour m’informer de ce qui s’est passé.
Personnellement, j’ai été choquée d’entendre certains noms, en premier lieu ceux des trois responsables qui étaient vraiment les inconditionnels du Chef de l’Etat, qui ne juraient que par lui, qui ne pouvaient prononcer une phrase sans citer ou faire référence au Chef de l’Etat, qui décident de partir ! Quelles que soient les explications qu’on a tenté de donner, je retiens simplement cet adage qui dit que « quand on veut abattre son chien, on l’accuse de rage ». Ils sont partis et à la suite on a vu une liste de noms de camarades. J’ai trouvé cela ridicule. Parce que de tous ces camarades qui ont débarqué dans la nuit de la démission, il n’y a pas eu un manœuvre, il n’y a pas eu un planton ni un chauffeur, ni un ouvrier. Ce sont ceux-là même qui étaient la crème des hautes fonctions de ce pays pendant de longues années, soit au Parlement, à la tête des sociétés, dans la diplomatie burkinabè, etc. Alors, il m’est revenu en tête que beaucoup de gens prenaient la carte du parti quand ils devenaient DG (Directeurs généraux), ministres, etc. Ces démissions n’ont donc fait que renforcer cette idée que les gens avaient : ce n’étaient pas des militants sincères. C’était un camouflage lié à leurs postes. Maintenant qu’ils n’avaient plus ces postes, ils sont repartis. C’est de cela qu’il s’agit finalement.
Moi, j’ai été ministre. Le Président m’a fait confiance. Il m’a appelée pour venir l’accompagner. Je suis partie, j’ai fait ce que je pouvais, j’ai été remplacée. Est-ce que je dois en faire un problème en disant que, comme j’ai quitté le gouvernement, je claque la porte au CDP ? Je suis allée au CDP alors que j’étais encore en études à Abidjan, jusqu’à venir être directrice provinciale dans le ministère en charge de mon corps de métier. J’ai vécu toutes les traversées. Et même en étant ministre, j’ai vécu pas mal de péripéties dans ma province dans le cadre des activités du parti ! Mais jamais cela n’a émoussé mon militantisme. C’est là où je trouve que ça fait rire un peu pour certains. Parce que cela voudrait dire que les jeunes dont je parlais tantôt n’ont pas droit à leurs postes à eux. Ils ont occupé tous les postes, et comme ils n’y sont plus, ils claquent la porte au CDP. Pour dire que la jeunesse montante ne doit pas venir les remplacer. Alors qu’à tous nos congrès on a toujours recommandé la promotion des cadres et qu’il faut créer un cadre pour les jeunes. Car l’on sait qu’un parti qui ne prévoit pas le rajeunissement des responsables de ses structures est appelé à mourir. C’est une vérité que tout le monde connaît ; mais maintenant que l’on veut insuffler du sang neuf dans les instances dirigeantes du parti en faisant monter les jeunes, et les femmes qui se battent réellement, on dit qu’il n’y a plus de démocratie dans le parti. Les arguments avancés pour justifier ces démissions sont légers, voire fantaisistes. A voir les gens se suivre à la queue leu leu, on comprend que beaucoup qui étaient cooptés dans le BPN, dans le Conseil national, etc. n’étaient pas de vrais militants ; ils venaient parce qu’il y avait X ou Y mais pas pour défendre les idéaux du parti. Ils ne venaient pas pour mouiller le maillot, comme on le dit, mais pour des intérêts égoïstes. C’est l’analyse que je fais aujourd’hui de l’attitude de ceux qui se disent partants. Ils pensent qu’au MPP, en plus du beurre qu’ils ont bouffé au CDP, ils auront du miel. Quand je sais que certains sont des retraités, je ne sais pas ce qu’on peut leur y réserver comme avenir. Ils ont peut-être intérêt à se faire des champs, s’il reste encore de la place dans leur village pour cultiver, puisque la force de battre le fer n’est plus de leur âge ! Au moins, comme la terre ne ment pas, chacun n’a qu’à aller être conseiller agricole dans son village en exploitant un lopin de terre. Il sera encore utile à nos populations. Parce que je ne vois vraiment pas la leçon qu’on veut donner. Franchement, je ne comprends pas leur attitude.
D’ailleurs, on peut se demander si certains étaient encore utiles pour le CDP en terme de mobilisation et d’encadrement des militants et de l’électorat car voyez-vous, je ne veux pas donner des noms, mais il y a des endroits où le parti a essayé de positionner certains d’entre eux, c’est là où il a pris des défaites cuisantes ! Parce que les populations ont démontré qu’elles ne les connaissaient pas. Ce sont des gens qui ne fréquentaient pas le village. Mais, comme ils ont la plume facile et manient souvent bien la langue de Molière, eh bien, ils meublent les colonnes des journaux et ceux qui savent lire et écrire croient qu’ils sont représentatifs. Or rien. Je parle peut-être avec passion mais sachez que j’ai du respect pour chacun d’entre eux. Tous les propos que je viens de tenir, en toute humilité, c’est avec tout le respect que je dois à chacun d’eux. Mais moi, Gisèle, si le CDP tombe, on tombe ensemble ! C’est clair et si c’est nous qui allons être la prochaine opposition, on le sera. Par contre si je dis demain que je ne ferai plus la politique, ce n’est pas pour aller prendre la couleur d’un autre parti. Je préfère aller m’asseoir et attendre que le Seigneur me rappelle un jour en menant mes activités au village ; en étant conseillère des générations montantes en matière de politique ou d’expérience administrative.

Ces conseillers politiques nationaux démissionnaires affirment ne pas être consultés comme le veulent leurs attributions. Qu’en dites-vous ?

MMGG : Au sein du Secrétariat exécutif national, il y a un noyau dénommé Secrétariat permanent qui a pour tâches, entre autres, de mener des concertations, de préparer les réunions du Secrétariat exécutif national, d’entretenir permanemment les échanges. Je ne pense pas que leur accusation soit juste parce qu’à maintes reprises, nous avons dû préparer nos réunions du Secrétariat exécutif national avec du retard pour la simple raison que le secrétaire exécutif et les autres camarades du Secrétariat permanent étaient en réunion avec les conseillers politiques. Nous avons eu des activités de terrain où certains de ces camarades conseillers politiques ont été responsabilisés pour conduire des missions. Est-ce par gaité de cœur ou à contre cœur qu’ils les ont effectuées ? Je ne puis en dire un mot. Mais nous savons que chaque réunion du Secrétariat exécutif national est précédée d’une réunion du Secrétariat permanent qui vient avec un ordre du jour bien ficelé et qui a des contacts permanents avec les conseillers politiques. Et quand il le faut, ils vont consulter le chef de l’Etat. Je ne pense pas que cela soit un argument qui tienne. Même si c’était le cas, nous avons les sessions du BPN qui sont une occasion pour dénoncer cet état de fait. Nul n’est infaillible. Chacun peut se tromper. Mais à aucun moment, à une réunion du Secrétariat exécutif national, il a été dit que les conseillers politiques ne sont pas contents pour telle ou telle autre raison. Jamais ! Je ne suis pas au Secrétariat permanent, mais en dehors d’un cas de force majeure, j’ai toujours participé aux réunions du Secrétariat exécutif. Et j’ai toujours conduit des missions du BPN sauf cas de force majeure. Donc, je ne le pense pas. Je ne le pense pas parce que les premiers responsables du MPP ont été les plus proches collaborateurs du Chef de l’Etat ; ses confidents après, peut-être, son épouse. Mais en matière de décisions sur la vie de la nation, ce sont ces gens qu’il a toujours consultés. Même si ce n’est pas tous les conseillers politiques, il y a quand même des têtes importantes que le Chef de l’Etat ne peut pas ne pas appeler à tout moment concernant la vie de la nation. Donc, cet argument n’est pas suffisamment fondé. Ce sont les mêmes reproches que certains de nos camarades avaient brandis pour quitter le parti : manque de considération, manque de démocratie interne, etc. Si eux-mêmes, ils embouchent la même trompète pour quitter, cela veut dire que ce sont eux qui ont cultivé cet esprit pour permettre à une première vague de partir avant qu’eux-mêmes ne suivent. C’est comme s’ils avaient creusé un abîme pour que ceux qui restent y tombent. C’est tout ce que je vois et rien d’autre. Il y a un âge pour tout. Tant que l’on peut dialoguer avec le supérieur, il faut toujours privilégier le supérieur. Si ces ex-camarades qui ont été là depuis la révolution jusqu’à cette date du 4 janvier 2014, avaient créé un parti de la mouvance pour montrer leur fidélité au Chef de l’Etat, cela aurait été moins choquant. Mais on ne va pas créer un parti qui s’oppose ; un parti qui n’épargne pas le Chef de l’Etat et son entourage dans les propos. Lorsqu’on dit qu’on est fatigué et qu’on ne veut plus assumer de responsabilité ; que voulez vous ? Que le parti reste sans tête ? Ou lorsqu’on dit qu’on n’en veut pas au Chef de l’Etat mais à son entourage ; qui est son entourage ? Vous l’avez laissé tomber en disant que vous ne voulez plus assumer de responsabilité, il vous remplace par d’autres personnes, vous dites que vous ne voulez pas les voir. Est-ce que nous plaisons à tout le monde ? Chacun a ses admirateurs et ses adversaires. Mais je le dis, il eut fallu de la retenue et de la concertation jusqu’à ce qu’il n’y ait pas de consensus. Au quel cas alors on crée un parti de la mouvance. Cela inspire plus le respect que cette attitude qui consiste à alimenter l’intoxication et la calomnie en rejoignant ceux-là même qui nous ont quittés pour créer l’opposition lorsque, eux aujourd’hui démissionnaires dirigeaient le parti. Ils se retrouvent à critiquer ce qu’ils défendaient bec et ongles. On ne comprend plus rien. C’est le désordre. Voilà la raison qui m’amène à dire que le peuple est perdu car comment va-t-il juger ce fourre-tout qu’est devenu l’opposition politique burkinabè dans une configuration hybride entre radicaux et ceux-là même qui tenaient les rênes du pouvoir hier dans une calebasse dorée. Peut-être qu’entre les deux

Interview réalisée par Wendpouiré Aristide OUEDRAOGO

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